Mort spirituelle

noir

Ma colère a besoin d’une cible, elle se tourne automatiquement vers quelqu’un, la seule personne qu’il ne faudrait pas. Mais je ne vais pas la laisser faire. Parce que 1) c’est totalement stupide de s’en prendre au messager, il n’y est pour rien ; 2) quand mon cœur se réveillera, je m’en voudrai à mort. Soit ma raison sait que c’est la plus mauvaise chose à faire, alors elle met le hola. Pourtant je me sens dans cet état froid où rien ne m’atteint, où je pourrais me dire que ce n’est pas grave et faire n’importe quoi. Je veux dire, rien ne m’en retient émotionnellement parce que mon cœur s’est éteint. Shut down. Totalement. À certain moment, il semble se réactiver, comme une vieille machine rouillée et atrocement affligée, dont la mécanique hurle dès qu’elle se remet à bouger. Si je laisse la porte entrouverte, alors les vagues la pénètrent. Je sens le raz de marée de la douleur et du désespoir, de la peur et de l’envie de me cacher dans le noir.

Quelle est la couleur qui m’est apparu quand j’ai demandé à ce que me vienne l’énergie dont j’ai besoin ? Le noir. J’ai vu mon corps recroquevillé sur lui-même dans une bulle de noir. Pour me cacher, me masquer aux regards, m’isoler, me protéger, m’endormir et me calmer. Sombrer dans un cocon où plus rien ne pourrait me toucher. Je suis agacée par les tentatives extérieures qui vise à toucher mon cœur, à me rappeler que je suis capable d’aimer.

Et alors ? J’ai peut-être l’air normal à l’extérieur, mais mon cœur est mort. Il a besoin de temps pour se régénérer, pour renaître à la vie et de nouveau aimer. Voilà ce que je viens abruptement de réaliser.

Je dois faire le deuil de celle que j’ai été. C’est une mort certaine de l’enfant et la femme que j’ai été avant, mais aussi celle de mon passé. En l’acceptant, j’ouvre la porte au vide, à l’inconnu, mais aussi à l’être en moi qui va naître de ce noir absolu.

Alors j’accepte de mourir spirituellement.

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.Musique : In the backseat –  Arcade Fire.

20 janvier 2014

Source 2ème image : desideriasp-stock

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Entendre sa colère et la respecter

onyourwings_by_fdasuarez-d72m54tComment te sens-tu aujourd’hui ?

Fatiguée… C’est dur de reprendre contact avec la réalité. Je me sens encore faible et préoccupée. J’aurai plutôt envie de rester dans une bulle de douceur pour me soigner. Je me sens fatiguée de devoir m’acharner… à finir ce projet, à chercher un stage. Je trouve que ma vie manque de rires et de légèreté. J’ai envie de partir à la campagne, sentir le soleil sur ma peau me réchauffer, l’eau des ruisseaux me purifier. Oublier l’outrage du viol conscientisé, oublier mon égo qui hurle à tue-tête que le monde entier devrait savoir, pour que je me sente obligée de jouer un rôle de victime. Oublier la voix qui me dit « mais où sont tes proches pour te soutenir ? » alors que personne ne sait, et qui cherche à me faire sombrer dans la solitude et le désespoir comme dans une carapace qui me couperait du monde. Oublier cette part de moi qui a envie de le hurler pour qu’il soit reconnu, démasqué, puni et accablé.

Je voudrais cracher à sa face. Après le déni, la réalisation ouvrant un gouffre sur mes pieds, la peur de ne jamais m’en relever, la sensation de faiblesse extrême, la compréhension de tout ce que cela impliquait, arrive au galop la colère. Celle de m’être laissée aveuglée, celle de le savoir insouciant et non inquiété, celle de savoir qu’il a peut-être et qu’il pourrait encore recommencer. Je sentirai presque en moi la guerrière se dresser, tenant à la main une lance acérée, les traits peints de mon propre sang, prête à lui faire payer. Mais à quoi bon ? Il me vaudrait mieux canaliser cette énergie à quelque chose de constructif. Parce que c’est sûr que cette colère, je ne vais pas la sublimer comme le prône la Lumière, je ne suis pas prête à lui pardonner. Et en attendant, j’en fais quoi de cette colère ? Pour ça, il semblerait qu’il n’y ait que l’Ombre qui puisse m’apprendre à la manipuler, pour ne pas la laisser divaguer sauvagement et faire des ravages énergétiques sans que j’en sois consciente. Pour changer du passé…

Et si tu laissais tomber ça pour ce soir ? Et si tu t’amusais ?

Je me sens tellement épuisée…….

19 janvier 2014

Source image : fdasuarez

Violée ?

broken_window_to_the_soul_by_destinyblue-d4rgk9aJe suis d’humeur sauvage ce soir, je dirai même presque méchante. J’ai envie de me défouler. Ce n’est pas trop compatible avec la soirée qui m’attend.

Tu peux toujours lui demander de changer le programme, de faire un truc qui va te défouler. Il comprendra mieux que si tu masques ton émotion et te fais distante, par manque d’envie d’en parler.

Mouais… je me sens insatisfaite. Insatisfaite de la vie que j’ai, là maintenant tout de suite. À bosser sur un truc qui ne me plait pas, qui me fait ramer et peiner sans motivation pour avancer. Je ne vois absolument pas l’utilité de ce que l’on fait. Même du point de vue pédagogique, sans encadrement par le tuteur, ça revient à nous laisser galérer, pas à développer une méthode propre. On n’est pas assez compétent dans le domaine pour ça, on manque d’expérience.

Et si tu chantais ?

J’ai mal à la gorge… et je suis fatiguée. Pas assez d’énergie pour ça, bien que j’ai envie de me défouler. Je n’ai pas assez dormi cette nuit.

Oui, tu t’y attendais.

C’est toujours comme ça, les premières fois j’ai besoin de m’accoutumer à la présence de l’autre personne, même quand elle ne me touche pas, même quand c’est un(e) ami(e). Je ne sais pas, c’est bizarre… je me dis que c’est parce qu’une part de moi est aux aguets, sur la défensive. Ou bien que mon corps énergétique doit s’habituer à celui de l’autre.

Pourtant cela ne te gêne pas en journée.

Non, c’est vrai… alors pourquoi la nuit ?

C’est comme si tu laissais ton corps physique et énergétique à la merci de l’autre pendant que tu allais te promener. Alors tu n’arrives pas à dormir, tant que tu n’as pas testé, tant que tu n’es pas sûre de ta sécurité. C’est viscéral chez toi. Ce sentiment permanent de danger. Tu as souvent et beaucoup besoin d’être rassurée.

Hum… c’est pourtant bien inconscient. Je me demande d’où ça vient…

Tu as un peu cette peur permanente de te faire violer.

Hum… oui ? Peut-être.  Bien que ma raison sache parfaitement, que je ne crains rien avec qui je suis en ce moment. Mais c’est tellement profond que c’est incontrôlé. Comme un réflexe ancré… je n’en vois pas l’utilité, ça me semble être une très vieille peur, usagée, qui n’a plus sa place.

Tu crois que tu oserais plus de choses si cette peur n’était pas ancrée quelque part en toi ?

J’imagine que oui… c’est sûr. D’ailleurs c’est pour ça que j’aimerai bien me mettre un jour à un sport de self défense, pour ne plus me sentir dans ce sentiment permanent de danger. Je veux dire, je sais qu’on a été éduqué dans une société « du viol », où c’est fréquent, où c’est la femme qui tente l’homme, où c’est un péché, etc… mais pourtant, je n’ai jamais tellement eu à subir ce discours, moi je vivais à la campagne petite, je sortais très peu avant les études supérieures.

Pourtant tu t’es souvent demandé d’où te venait cette peur.

Oui… Je me suis même demandée si cela ne viendrait pas d’un traumatisme de mon passé que j’aurai oublié. Je me suis posée la question : et si j’avais oublié quelque chose dans ce genre ? Mais pourtant, de raison, je n’ai jamais été dans un environnement à risque.

Pourtant cette peur est ancrée. En te réveillant ailleurs que dans ton lit, tu te demandes toujours où tu es, comment tu y es arrivé. C’est ta phobie de te faire violer en soirée sans t’en souvenir. C’est pour ça que tu n’as jamais voulue être bourrée, où jamais au point de perdre le contrôle. C’est pour ça que tu n’es jamais allé voir Cyril à cette fête de nouvelle année…

Oui, il n’a pas compris, il m’a prise pour une allumée. Moi je ne voulais pas me retrouver au fin fond du Morvan, sans voiture pour m’en aller, sous un chapiteau géant avec 500 personnes, dont je n’en connaissais qu’une seule après l’avoir vue 3 fois. Ça me semble sensé.

Pourtant d’autre que toi y serait allé.

Moi je n’ai pas voulu tenter le diable.

Et si je te disais que cette peur en toi est plus qu’ancrée ? Que c’est un obstacle dans ton épanouissement à dépasser.

Arf… ça me semble encore compliqué. Évidemment que je veux en être libérée. Mais alors ça suppose déjà que j’admette qu’elle est là. Pourquoi elle y serait ?

Tu as dit hier, que toute les personnes que tu connaissais de visu, à très fortes capacités spirituelles, avaient toutes subies un viol ou avaient été battues/rejetées par leurs parents, certaines personnes même en combiné. Tu crois que tu y as échappé ?

Euh… c’est quoi cette question-là ? Tu me fais flipper. Oui je crois que dans cette vie-là j’y ai échappé. J’ose l’espérer. En tout cas, c’est sûr et certain que ça ne vient pas de mes parents ! Ça ne me laisse qu’une option : une mémoire du passé ?

Mais encore ?

Un vécu rejeté ?

Ton deuxième partenaire, qui c’était ?

On doit vraiment parler de ça ?

Qui c’était ? *voie exigente*

Un gars plus vieux que moi, de quatre années. J’étais jeune à cette époque-là, 17 ans je crois ? C’est celle où j’ai commencé à fumer autre chose que de la cigarette. Je me laissais portée, je voulais oublier N. et tout le cortège funèbre qu’il avait (indirectement) provoqué. Je voulais m’oublier, je me suis laissée tentée… c’était une erreur.

Et lui t’as dit qu’il ne voulait pas que ce soit à cause de lui que tu te droguais. Mais il te l’a pourtant proposé.

J’aurais pu refuser. J’ai fait le choix d’accepter, j’aurais mieux fait de refuser.

Crois-tu que ce qui a suivi ce serait passé si tu n’avais pas été droguée ?

Je ne sais pas, jamais je ne le saurai.

Crois-tu qu’une partie de toi ne s’est pas sentie violée ?

… Tu sais, je garde des souvenirs très confus de cette époque-là.

Comment t’es-tu sentie après ?

Salie, ce n’était pas ce que je voulais. Je n’y ai pris aucun plaisir, j’ai amèrement regretté. Je me suis sentie une poupée manipulée. Je me suis détestée.

Bien, alors maintenant va lire un témoignage en ligne de personne violée. Vas-y.

… « Je me suis sentie humilié, soumise, rabaissée, salie ». Voilà ce que j’y lis…

C’est pour ça que tu te sentais tellement émue et touchée quand des proches à toi t’ont raconté leur viol.

Mais puis-je vraiment considérer ça comme un viol ? Physiquement il ne m’a pas agressé…

Ce n’était pas une situation  « classique » de viol. Mais il a abusé de toi, ton âme s’est senti violée.

… Le pire c’est que je l’ai laissé recommencer… à me manipuler. Je me suis haï pour ça. C’était comme si tout était normal. Je ne comprenais pas ce que ça impliquait, je n’en réalisais pas la portée. C’était un peu comme si je n’étais pas là. Comme si c’était un passage obligé, un moment désagréable, pour pouvoir quand même oublier tout le reste.

Combien de temps ça a duré ?

Pas si longtemps que ça, 3 semaines je dirais. Il s’est lassé…

Mais cela a suffi à laisser des traces en toi. Et en fait, c’est à partir de ce moment à que tu as commencé à te couper. Mais tu as oublié, tu as tout effacé.

… Mince, je te crois, c’est vrai… les périodes correspondent. Alors ça a été le déclencheur ? Ou c’était la raison masquée de ma haine envers moi ? Et pas seulement mon passé ?

Qu’importe ? La vérité est là. À toi de la regarder. Dis-moi, comment ont été tes relations avec les hommes après ça ?

Après… c’est une femme que j’ai aimée. Je ne me sens pas en danger avec les femmes, je suis bien plus rassurée et libérée. Après… j’avais peur des hommes… je ne voulais plus les approcher.

Tout ça à changer quand tu as été catapulté à M., dans cette école avec si peu de filles…

Je n’avais pas le choix, je n’y avais pas réfléchis… Mais je me retrouvais dans un environnement entourée d’hommes, de garçons uniquement. Je ne pouvais pas paraître faible. J’ai pris un masque, la fille sûre d’elle et de son corps, la fille féroce avec qui il ne fallait pas plaisanter. On pouvait m’approcher, me draguer, me lancer des blagues sexistes et sexuelles, me provoquer, me chercher mais PAS me toucher. Pas si je ne l’avais pas décidé. Ils me couraient après… je n’avais que l’embarras du choix, mais je ne voulais pas coucher. En fait, je n’ai pas eu tant de partenaires que ça dans ma vie. Et toujours, j’ai appréhendé la première fois avec chacun.

***

Devrai-je publié ça ?

Et pourquoi tu ne le ferais pas ?

Par peur d’être jugée… que vont penser les gens quand ils sauront que je me suis « laissée violée » ?

C’est un refrain courant chez les personnes violées. La honte, la culpabilité. Crois-tu que c’est toi qui es à blâmer ? Qui était la personne majeure ? Qui était celle qui t’a humiliée ? Qui a abusé de ta faiblesse psychologique et émotionnelle ? De ton état d’instabilité ? Et comment crois-tu que cela se serait passé si tu n’avais pas été physiquement passive ?

C’est vrai qu’il faisait presque 2m… je n’avais aucune chance de me sauver… Mais quelle stupidité ! Comment j’ai pu me fourrer dans une histoire comme ça ?

Arrête de t’auto-juger. Ça ne changera pas le passé. Fais la paix avec toi-même.

Pourquoi je ne suis pas aussi choquée que ça, par ce dont on vient de parler ?

Parce que tu le savais déjà quelque part au fond de toi. Tu devrais plutôt être soulagée. Mais pour l’instant, tu n’as rien accepté.

Là je me sens plutôt faible. Et je ne veux pas admettre que j’ai été violée. Je préfère juste me dire que je me suis donnée à la mauvaise personne, que c’est MOI qui me suis trompée. Quelque part, ça me laissera moins faible.

Parce que tu aimerais que ce soit toi qui ai contrôlé la chose. Tu préfèrerais une erreur de jugement de ta part que d’admettre que tu t’es faite manipulée, abusée et diminuée. Or tu n’as rien contrôlée du tout. Est-ce que tu as aimé ce qu’il s’est passé ? Est-ce que tu l’as souhaité ?

…. Non ! SHIT, je ne veux plus t’écouter. Je ne veux JAMAIS me considérer comme une victime. Plus JAMAIS.

Ce n’est pas incompatible avec le fait d’accepter d’avoir été violée. Personne ne t’oblige à te comporter en victime, à te sentir rabaissée. Tu n’as qu’à plutôt relever la tête et apprendre à assumer. C’est une conséquence de tes erreurs, mais ça n’a jamais été quelque chose que tu souhaitais provoquer. Tu n’es pas responsable de la manière dont LUI s’est comporté. Tu ne l’as jamais cherché. Tu étais trop jeune pour savoir là où tu mettais les pieds.

Je ne veux pas accepter cette vérité. Laisse moi STP.

Comme tu voudras, mais je reviendrai… Il le faudra pour t’aider. N’oublie pas que tu n’as jamais imaginé blâmer M. pour avoir fait confiance à un adulte qu’elle connaissait.

La situation était différente. C’était mon « petit ami ».

Et alors, d’autant plus, n’aurait-il pas dû te respecter ?

 

18 janvier 2014

Source image : DestinyBlue

Décider par soi-même

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J’avais envie d’écrire, j’étais inspirée puis cela m’est passé… Pourtant j’aurai bien aimé le coucher par écrit, toutes ces pensées qui m’ont traversé. C’est rigolo, j’ai lu le commentaire d’Emmanuel juste après avoir fini mon article sur la volonté, et ça m’a conforté. Ça a aussi provoqué un déclic. Un déclic de compréhension. Pourquoi les plantes médicinales plutôt que la phytothérapie ?

Parce que depuis toujours, ce sont les plantes qui me passionne et non l’homme. C’est ce qui m’a retenu de me lancer dans une formation d’herboristerie. Je veux travailler pour le Terre, pas pour l’homme. C’est elle que je voudrais soigner, préserver et aider, avant tout. C’est sûrement une vision égoïste. Mais je n’en ai rien à faire des sous, du prestige et de la reconnaissance sociale pour une profession « à haute valeur ajoutée ». Mais bon, il faut être réaliste quand même… si l’argent n’est pas une fin en soi, il est quand même nécessaire pour vivre dans cette société, pour se nourrir, se loger, prendre soin de son corps et puis tout simplement profiter d’un certain confort, pouvoir voyager, se cultiver etc…. Je ne suis pas de ces « idéalistes » qui voudraient s’en passer (sans aucun jugement de valeur je précise, c’est juste ma façon de penser). Mon vieux rêve de gamine de devenir ermite dans la forêt  est plus que dépassé, lol. Et je ne lui cours plus après.

Je pense qu’on est plusieurs à un moment ou à un autre, lorsque l’on se sent en décalage complet avec la société, à se poser cette question. Celle de la place, du rôle que l’on veut jouer dans cette société. De rôle que l’on veut bien assumer. Veut-on vivre tranquillement en retrait dans son coin, profiter simplement des bienfaits de la vie ? Veut-on se mettre sur le devant de la scène pour se sentir exister ? Veut-on prendre la peine de lutter pour ses valeurs et faire évoluer les choses ? Ou veut-on se laisser porter ? Je crois qu’il y a autant de vision que d’individualité. Pourtant si je devais dessiner une tendance d’après les différentes personnes que j’ai rencontrées, je dirais que la reliance à l’Ombre ou la Lumière (le plus souvent inconsciente) a un effet important sur le rôle que l’on veut jouer. On peut aussi décider ou se retrouver à ignorer son cœur, choisir de prendre un rôle opposé, ou différent à celui dont on aurait rêvé. Et je me demande qu’est-ce qui fait que l’on s’accroche à ce rêve ? Qu’est ce qui fait que l’on veut écouter son cœur jusqu’au bout, même s’il semble avoir de folles idées ? Aller à l’encontre des attentes de la société ?

Pour ma part, j’ai toujours penser qu’un rôle en retrait me convenait, que je voulais juste pouvoir profiter pleinement et sereinement de chaque moment de la vie, de chaque merveille de la Nature. Je peux rester des heures à contempler le vent agiter les arbres et les nuages passer. Je suis à chaque fois émerveillée par la magie de la nature et de la vie. À en pleurer. C’est toujours ma gratitude envers la Nature qui m’a sauvée, toujours, toujours. Elle a réveillé mon cœur tombé dans l’apathie, elle m’a donné une raison d’apprécier la vie quand je voulais me suicider, elle a reposé mon âme et l’a soigné. Elle a toujours tenu sous mes pieds, m’a nourrie et abritée. Jamais je n’ai souffert de la faim, jamais je n’ai vu le sol s’effondrer (physiquement) sous mes pieds. Elle est ma mère nourricière, ma vie, mon souffle et ma mort. Elle est une de celle qui me guide et  elle est la seule à m’offrir l’ancrage dans la réalité. Je lui dois tout, je lui dois probablement le fait de « m’être éveillée », de par les plantes et les animaux, le souffle de l’eau,  les pierres taillées de sa chair chargées des énergies de centaines d’années. La Nature est belle, mais elle est aussi terrible et sans pitié. Elle est sauvage et indomptable, traitresse et pourtant alliée. Elle est la foudre qui s’abat, le prédateur qui mange sa proie. Elle est. Les mots seraient trop pauvres pour lui rendre hommage.

Alors est ce que je veux toujours rester en retrait ? Ou est-ce que je vais accepter de devoir me battre pour mes valeurs ? Clairement, en étant reliée uniquement à la Lumière, j’aurais eu tendance à rester en retrait. Mais avec la découverte de ma reliance à l’Ombre, je mesure mon envie de progresser, de me dépasser. Alors ou se situe le chemin entre les deux ? Qu’ai-je à apporter ? Et quelle est la manière la plus adaptée ? Ça c’est une sacrée question. Et là est tout le cœur de ma réflexion.

Puis je avoir la prétention que moi, petite personne que je suis, je puisse faire évoluer quelque chose ? J’aurai tendance à dire non. Mais n’est-ce pas par l’exemple que l’on inspire les autres à changer ? N’est-ce pas d’abord en regardant en soi, en se changeant soi-même intérieurement, que l’on peut espérer voir ce changement lentement se propager ?

Que m’a appris mon expérience ? Que lorsque j’ai confronté mes parents à la spiritualité, à ma spiritualité naissante, ils l’ont rejeté. Exactement comme moi je la rejetais. Et en évoluant moi-même, en acceptant de m’écouter, de prendre le temps d’appréhender, d’assimiler, de réaliser et d’accepter qui je suis au niveau de la spiritualité, mes parents ont suivi le même mouvement envers moi-même. Maintenant, j’accepte la spiritualité comme une partie intégrante de la personne que je suis, et je ne veux plus la rejeter (bien que j’ai toujours des périodes difficiles à accepter les réalités qui vont avec). Et mes parents ne la rejettent plus, ils l’ont aussi accepté et assimilé comme une partie intégrante de moi-même. Je cherchais leur approbation et leur acceptation, mais ils ne me l’ont jamais donné quand j’en avais besoin. C’est moi-même en m’acceptant, en faisant la paix avec moi-même, qui me la suis donnée. Et eux on suivit mes pensées. En étant en paix avec moi-même, en n’ayant plus peur de moi-même, ils ont arrêté d’avoir peur de cet aspect chez moi.  Quand il y a des années, je me suis vue regarder comme une folle à l’idée que je sentais les morts, maintenant, ma Maman accepte de regarder dans le journal les avis de décès pour me rassurer. Sans poser de questions, sans juger, avec application et méticulosité, juste avec le plus grand amour maternel. Alors oui, c’est au centre de moi que le changement doit commencer.

Mais quel est le changement que je voudrais diffuser autour de moi ? Quel est le changement que je voudrais, moi, personnellement apporter ? Je n’ai pas besoin de mes guides pour me le dicter, de mon âme pour me l’imposer. J’ai besoin de mon cœur pour m’aiguiller et de ma volonté pour le faire se matérialiser. La Lumière d’une main pour la vérité, l’Ombre de l’autre pour la matérialiser. Alors je vais chercher, et je vais trouver. Je ne veux pas laisser quiconque décider pour moi, pas même mes guides, le ciel ou mon âme. Je veux décider en étant à l’unisson entre le corps et l’esprit, entre l’âme et la raison, et avec le cœur pour seule direction, le « vrai » cœur.

16 janvier 2014

Source image : Wang Xiuying