Réveil enneigé

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Auteur : Kaninnvven-d4rn8e9 (deviant art)

Aujourd’hui, quand je me suis levée, il neigeait ! C’était une belle surprise en ouvrant les volets. Ma première neige de l’année, voire des 2 dernières années. Dans ma nouvelle région, où il ne neige quasiment jamais, mais où il fait quand même bien froid. J’ai eu cette petite bouffée de joie pure et enfantine. Comme une réminiscence de mon enfance, quand on était tout excité de voir de la neige tomber, parce que cela voulait dire qu’on pourrait faire de la luge, courir sous les flocons et rater une journée ou deux d’école. Il y a quelque chose d’enivrant à voir ces flocons si blanc tomber et recouvrir le paysage de son manteau. Quelque chose de jubilatoire à voir les lieux engloutis sous tant de pureté et d’admirer les traces du quotidien effacées. Comme un nouveau monde qui s’offre à la vue, pourtant derrière la même fenêtre que d’habitude.

Dans ces moments-là j’ai le cœur qui se gonfle d’un sentiment inexprimable, et j’oublie tout le reste. Je suis captivée par la beauté de cette nature toute simple et pourtant si merveilleuse. Qui change sans cesse et se renouvelle sans fatigue, sans bruit et parfois si brusquement. Pourquoi ne puis-je être habitée de la même facilité à évoluer ? Pourquoi en comparaison, mes changements d’état sont-ils toujours des luttes et des déchirements ? Pourquoi une partie de moi résiste tant à ces évolutions que je sais pourtant nécessaires et inévitables ?

24 février 2015

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Dureté de la vie

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Aujourd’hui je me suis bêtement emportée contre mon compagnon. Alors qu’il essayait de me remonter le moral. Sa maladresse m’a mise dans une colère immense, qui n’est finalement que le reflet d’une grande souffrance. Souvent la colère disproportionnée cache une blessure qui s’ignore. Qu’est-ce donc qui m’a tant blessée ? Le fait d’avoir l’impression de ne pas être prise au sérieux ? De me sentir incomprise ? De voir mes difficultés amoindries et comparées à des choses incomparables ? De comprendre que l’autre n’a aucune idée des épreuves et de la dureté réelle de ce qu’elles impliquent ?

Aujourd’hui était une dure journée. De celle qui font que la semaine paraît sans fin, qu’il est si difficile de sortir du lit le matin et que la perspective du lendemain est déprimante. Mon quotidien va-t-il ressembler à cela tous les jours ? Et même si je m’habitue au travail physique et aux conditions météos difficiles, trouverais-je la motivation chaque jour pour me lever ?

Le travail ouvrier en horticulture est parmi les plus durs. On est souvent penché, accroupi ou plié en deux, debout à piétiner Les mains dans l’eau et la terre. De 0 à 45°C, par tous les temps, l’hiver, le printemps, l’été et l’automne. Il faut perpétuellement porter des choses plus ou moins lourdes, pousser des rolls ou des tablards. Faire un travail physique à une cadence soutenue. Toujours plus, toujours plus vite. Pour de meilleurs rendements…

Est-ce une vie de se casser le dos à ses tâches là ? Qui voudrait faire ça dans de telles conditions ? Les employés qui sont là ont la cinquantaine. Cela fait 30 ans qu’ils font ça. Ils sont usés et désabusés. Ils travaillent par nécessité. Comment s’épanouir dans de telles conditions ? Personne ne ferait ce travail par plaisir, pas à ce rythme-là… Et pour le peu de reconnaissance qu’ils ont. C’est d’une dureté terrible.

Et moi, je dois encadrer ces gens-là, les motiver. Comment leur demander plus alors qu’ils donnent déjà tout ce qu’ils peuvent ? Pourquoi exiger plus d’eux ? C’est inhumain. Je ne veux pas de ce rôle-là. Moi qui ne suis pas capable de supporter physiquement ce travail à plein temps, comment le réclamer à d’autres ? Contre une paye dérisoire et si peu de reconnaissance du patron. Ces gens comptant les centimes en faisant les courses et se privant de certains produits trop chers. Pourtant, sans ces gens-là, l’entreprise ne tournerait pas.

Je trouve leur quotidien d’une dureté terrible. Je vois la fatigue, je lis la lassitude entre les lignes, le fatalisme et le désabusement. Comment alors leur reprocher de râler tout le temps ? Qui ne le ferait pas face à une situation si difficile ? Entendre leur souffrance émotionnelle, portée par leurs remarques négatives me laminent, moi l’hypersensible de service. J’essaye d’apporter mon rayon de soleil et un point de vue optimiste, mais cette énergie positive se perd vite. Comment leur apporter la reconnaissance qu’elles méritent et demandent, sans inciter au relâchement que les félicitations impliquent, tellement elles sont espacées ? Et comment apporter cette reconnaissance quotidiennement sans surenchérir et lui faire perdre de sa puissance d’expression ? On me dira que c’est leur travail, et qu’elles sont payées. Mais cela me semble plutôt dérisoire comme contrepartie, un faible salaire d’ouvrier pour un travail si pénible… qui entament forcément leur santé (et les produits phyto ? et la poussière dans les poumons ?).

Parfois les cadres/patrons oublient que ce sont des êtres humains que l’on dirige. Ces personnes ont leurs qualités, leurs défauts, leurs espérances, leurs besoins, leurs limites et leurs rêves. Ils ont leur histoire et leur caractère. Comment respecter leur intégrité, valoriser au maximum leur potentiel et leur travail sans les exploiter ? Je ne peux pas faire fi de l’être humain, c’est trop me demander. Je ne peux pas les traiter comme un facteur de rendement chiffré à l’équation simple. Je ne peux pas les écouter sans entendre le sens réel de leurs paroles et ressentir leurs émotions. Je ne peux pas ignorer leurs difficultés et les balayer de la main comme de simples râleries.

Alors je me sens tiraillée, dans l’entre-deux. Entre ces gens ouvriers et les patrons. Entre ceux qui triment dans la difficulté et ceux qui calculent les chiffres et exigent des résultats mathématiques. Je me sens compressée entre deux mondes opposés, que je ne sais comment concilier. Double point de vue, arme à double tranchant pour l’hypersensible que je suis. Je ne dois pas oublier que chacun cherche à servir son propre intérêt, mais n’est-ce pas dans la nature de l’être humain ? Qui se soucie réellement du point de vue et des objectifs du voisin ? Où est-ce que je me situe moi-même ? Parfois, à trop regarder à la porte des autres, je me néglige moi-même. Mais je ne peux pas obtenir des choses, si c’est au détriment des autres… Je voudrais que chacun ait sa place et y trouve son compte, sans que personne ne se sente léser. Mais est-ce seulement possible ? Et comment prendre le recul émotionnel nécessaire pour ne pas souffrir de cette situation ?

J’ai donc le cœur lourd, face à une situation où je me sens impuissante, transformée en tyran malgré moi, à exiger plus, à « toujours pousser et les tirer plus loin ». Je ne veux pas de cette position. Comme je ne veux pas non plus être à la place de ces ouvriers. Je me sens prisonnière de la situation et je déteste ça. Comment améliorer les choses ? Comment les rendre plus vivable pour eux, mais aussi pour moi par effet boumerang ? Comment ramener le soleil dans ma propre vie mais aussi un peu dans la leur ?

19 janvier 2015

Auteur image : Kyrie0201

Commencer quelque part

golden_fields_by_megatruh-d80cpc9Pourquoi me remettre à écrire sur ce blog, après tant de temps ? Tant de souvenirs ? Alors qu’au jour d’aujourd’hui, mon état d’esprit et mes centres d’intérêts ont beaucoup changés et ne sont plus en phase avec mes écrits d’il y a un an ? Peut-être simplement parce que j’ai pris conscience qu’il est futile de créer un nouveau blog pour fuir l’ancien, que cela n’effacerait pas celui-ci et surtout les souvenirs et le vécu associés. Autant les intégrer et, plutôt que les laisser prendre la poussière dans un coin, les transformer en terreau fertile pour quelque chose de plus constructif. Pas que ce soit facile ou que cela se fasse en un claquement de doigt, mais il faut bien commencer par quelque part.

Souvent, on ne peut pas s’empêcher d’éprouver des sentiments négatifs liés à une situation passée, lorsqu’on se retrouve dans la même configuration. Pourtant, nous ne sommes pas obligés de répéter le passé, de prendre les mêmes décisions, de vivre la chose de la même manière. L’être humain n’aime pas souffrir, et lors d’une épreuve difficile qui le blesse, il garde souvent des cicatrices. Celles-ci lui rappellent que la prochaine fois, il devra faire plus attention. Mais quand est-ce salutaire et quand est-ce handicapant ? Une brûlure par le feu nous apprend qu’il ne faut pas s’en approcher trop près. Une trahison par un ami nous apprend-elle qu’il faut se méfier du monde entier ? Comme tout, un équilibre doit se trouver. Fermer son cœur, comme ne pas sortir de chez soi pour éviter un accident, n’est pas une solution. Comment faire alors ? Certaines personnes sont douées de la capacité de pardonner ou d’oublier facilement, et s’ouvrir de nouveau, encore et encore. Mais pas toutes.

Je ne fais pas partie de ces gens. J’ai par le passé était trahie, humiliée, harcelée même. J’en ai beaucoup souffert et par mécanisme de défense, j’étais devenue effacée et solitaire, fermée et méfiante. Il m’a fallu des années pour réapprendre à m’ouvrir, à faire confiance, à oser me dévoiler et exprimer mes pensées profondes, que je préférais garder cachées, à l’abri de la moquerie et des attaques. J’avais adopté le noir comme couleur de vêtement. Une muraille pour me distancer des autres, me protéger des curieux qui voudraient me connaître. Une armure de discrétion et de protection. On ne va pas chercher à parler à quelqu’un qui a l’air sombre et solitaire, on s’imagine que c’est une personne passionnée par la mort, les chauves-souris et que sais-je… On la pointe du doigt par son style vestimentaire différent, mais on ne la critique pas pour la personne qu’elle est, parce qu’on ne sait PAS qui elle est. Et puis des bracelets à piques et autres finissent de dissuader les éventuels audacieux. Ouf, on est à l’abri. Un peu seule, mais « mieux vaut être seule que mal accompagnée ». Surtout quand on ne sait pas ce que c’est que d’être bien entourée. Longtemps, j’ai eu ce genre de vie-là.

Heureusement, l’amour a réouvert mon cœur, et m’a permis de me réouvrir aux beautés de la nature et au monde en général. Depuis, j’ai fait beaucoup de chemin. On finit bien par ce rendre compte qu’on est vraiment seule dans son coin, et que finalement, être avec des personnes aimantes, ça fait chaud au cœur. Alors timidement, on fait des pas vers les autres. On se casse les dents, parce qu’on a peu d’expérience en sociabilisassions, peu de points communs à partager avec la majorité. On se décourage, on retourne dans sa coquille. Puis par hasard, on rencontre une personne avec une passion commune, cela fait tomber les barrières. Avec le quotidien, le temps et la patience, on apprend à se connaître, on s’apprivoise, on gagne en confiance. Une relation d’amitié solide se construit, petit à petit, lentement, comme un jeune arbre. Mais cela ne se fait pas d’un claquement de doigt et toutes les graines ne prennent pas. C’est aléatoire, cela dépend de la personne que l’on est à l’instant T, de l’évolution de l’autre et de soi-même. C’est un peu comme les histoires d’amour. Les plus belles rencontres sont inattendues, on partage un bout de chemin plus ou moins long. Cela peut être une rencontre éclair, une amitié coup de foudre, ou bien une relation patiemment construite. Peu importe, du moment qu’elles sont précieuses.

Parfois on a peur de perdre cela. Avec l’éloignement géographique, avec la monotonie du quotidien, érodant les liens et les souvenirs. Mais parfois, on se sent surtout dans un désert, où toutes ces personnes semblent inaccessibles, parties sur leur chemin d’aventure, alors que l’on se retrouve ancré quelque part. Dans un nouveau lieu, une nouvelle région inconnue. Où les habitants semblent méfiants et les commerçants peu aimables. Où les villages sont déserts, où les cinémas sont lointains, où les bars sont peuplés d’anciens. Où la solitude semble être votre nouvelle compagne. Où la perspective de s’intégrer semble être une montagne gigantesque à gravir.

Pourtant les oiseaux chantent dans la haie, le ciel est bleu aujourd’hui, le froid dessine des arabesques de givre que le soleil vient chatouiller. Les cèdres veulent toucher les cieux, et l’herbe dormir tranquillement. Mais la perspective de parcourir ces paysages seule en allège le charme. J’aime découvrir de nouveaux chemins de campagne ou de forêt, me promener dans un petit village à maisons à colombages, être dans des lieux vides et paisibles. Mais c’est pour moi plus une habitude de vacances, de we de promenades, avant de rentrer quelque part où m’attend ma famille ou des amis. Ici, c’est maintenant ma réalité, mais personne ne m’attend chez moi. Mes amies viennent et découvrent avec moi, mais elles repartent le lendemain, pour elles se sont des vacances, la semaine elles retrouveront des gens et des lieux familiers. Pas moi, et je me sens mon cœur étrangement tiraillé.

L’effort d’adaptation me semble plus grand que d’habitude, plus difficile à faire. J’imagine qu’avoir tous ces repères chamboulés est forcément perturbant. Il faut du temps pour découvrir, s’habituer et s’installer. Moi j’ai plutôt envie de me cacher sous la couette au chaud et d’hiberner. Mon nouvel environnement me semble indifférent, voire carrément hostile par endroit. Comment accueille-t-on une fille qui vient d’ailleurs dans ces campagnes qui me semblent si différentes des miennes ? Des bouffées d’angoisse et de mal-être me submergent, comme des vieux souvenirs qui remontent. Et je me rappelle ces mauvaises expériences que j’ai eues : cet endroit où je me suis faite oppressée et chassée alors qu’on m’avait accueilli volontairement ; cette autre ville glauque où malgré mes efforts je n’ai pu rencontrer personne ; ces we mornes et gris en cité U où tout le monde rentrait dans sa famille et moi je restais seule. Qui me dit qu’ici cela ira mieux ?

Pourtant, je dois me rappeler qu’une mauvaise expérience n’est pas condamnée à se répéter. Que c’est à moi de saisir l’opportunité pour en faire quelque chose de mieux, de positif. Que ce n’est pas écrit d’avance et qu’il ne faut pas partir battue. Reconstruire un cocon, bâtir de nouvelles relation, s’accoutumer à une nouvelle région, cela prend du temps, mais il faut bien commencer quelque part.

J’ai beau me dire cela, ça sonne superficiel. Je ne me sens pas bien et je n’arrive pas à identifier la source de ce mal être. La fatigue ? Le stress ? Le fait d’être dimanche soir et d’avoir une dure semaine qui s’annonce ? La solitude ? Mon hypersensibilité heurtée ce we ? Depuis quelques jours, je suis dans une « phase de boulimie émotionnelle », je mange et je mange et je ressens le besoin de manger alors que je n’ai pas faim. Comme un exutoire. A quoi ? A mes émotions refoulées ? A toutes les brusqueries que je ressens intérieurement ? Je maudis mon hypersensibilité. Celle qui fait que je suis blessée par les émotions des autres, qui sont déchargées sur moi bien que je n’en sois pas la cible. Celle du commerçant qui s’énerve car il a eu une mauvaise journée. Celle du serveur qui est brusque car il est fatigué. Mon empathie me permet de bien mieux capter l’état d’esprit ou les émotions des gens. Mais c’est un poignard à double tranchant pour moi. Car de par mon hypersensibilité, ces émotions me heurtent de plein fouet. Je n’arrive pas à les laisser couler sur moi sans qu’elles m’atteignent. Comment le pourrais-je ?

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« Il n’y a pas cinquante solutions quand une situation parait sans issue. Soit on se laisse couler, soit on se remet en question. Plutôt que « pourquoi j’en suis là ? », essayer « où se cache le soleil ? ». » Sylvie

 Où est caché mon soleil ? Derrière quel nuage est-il parti ? Et comment le faire revenir ? Je rêve de courir dans les herbes hautes par une douce nuit d’été, de rire autour d’un feu de camp avec mes amis, de partager un gâteau aux pommes moelleux, de célébrer les petits instants avec les gens que j’aime. Pourquoi donc la solitude me pèse tant, moi qui n’ai jamais eu de problème à être seule et écouter le silence ? Est-ce parce que je ne trouve pas le calme en mon cœur, en ce moment, pour être touchée par la beauté de ce qui m’entoure ? Je voudrais tant rire comme une enfant le cœur léger. Sans me préoccuper de demain et de responsabilités. Mais je sens mon cœur lourd. Est-ce le stress et la pression qui me font tant ployer ? Il est peut être tant de réapprendre à respirer…

 18 janvier 2014

Auteur des images : Megatruh

Hypersensibilité et transformation

             J’ai l’impression que mon hypersensibilité a fait un boum et que je ressens bien plus les émotions qu’avant (ou tout de moins depuis que j’ai délaissé le « développement spirituel » il y a un an). Mais comme si cela avait quelque chose à voir avec le fait d’habiter de nouveau à la campagne, d’observer les arbres, de travailler avec des plantes, de ressentir le climat et de regarder le ciel chaque jour. Comme si j’étais plus connectée aux choses, et donc à moi-même ?
Cela me rend la vie difficile, cette hypersensibilité que je ne sais pas gérer. À l’annonce du massacre de Charlie Hebdo par mon collègue, j’ai été choquée et scandalisée, mais pas attristée comme par la mort d’un proche, parce que je ne connaissais pas ces gens. Pourtant quand j’allume la radio ou que je lis des posts sur internet, aux premiers mots sur le sujet, je suis frappée par une vague massive de tristesse, de choc et de douleur ; des émotions violentes et invasives, qui sont trop disproportionnées pour être les miennes. Je me sens comme cimpossibilities_by_b1nd1-d48r6xsonnectée à l’émotionnel général, qui combine tous ces sentiments émis, et cela me submerge.

Puis, je pense à mon travail, à ma relation avec mes nouveaux collègues. Je ressens à fleur de peau leurs réactions, même celles qu’ils cherchent à masquer : la colère refoulée, l’énervement, la méfiance, le besoin de juger, l’impatience, le scepticisme et j’en passe. C’est déjà dur d’arriver quelque part et de s’intégrer, mais ça l’est encore plus quand on perçoit les émotions que les gens veulent cacher… Comment me comporter, moi qui suit un livre ouvert et ne sait pas mentir ?

Je ne sais pas comment gérer ça. Comme je ne sais pas comment gérer la pression qui m’est mise. Et le stress envahissant qui me rend physiquement malade. Comment réagir quand on vous embauche pour relever tous les défis techniques qui sans ça conduiront à la fermeture de la boîte ou sa délocalisation ? Comment ne pas avoir la pression quand on représente l’investissement clé après plusieurs années de travail acharné, qu’on vous attend un peu comme le messie pour tout arranger, mais qu’en même temps on a peur des changements que vous pouvez apporter ? Est-ce que je peux vraiment porter ça sur mes épaules ? Est-ce que je suis de taille, alors que c’est mon premier job en tant qu’ingénieur ? Et si la solution attendue mettait trop de temps à développer ? Et si on attendait de moi une chose impossible, même avec la meilleure volonté du monde ?
À vrai dire, j’ai peur. Plus cela va et moins je me sens de taille. Pourtant, probablement personne de ma promo n’en sait plus que moi sur les sujets spécifiques que je dois traiter. Mais la tâche est immense et on attend de moi beaucoup, même beaucoup trop. Parce qu’il faut connaître le sujet pour appréhender sa complexité, mon patron ne se rend pas compte de l’immensité des tâches demandées.

           Face à tout ça, je me sens bloquée, coincée. Je ne veux pas avancer, parce que j’ai peur et je me braque. Je suis un bloc de glace qui craque, s’effrite et se brise sous le mouvement de la transformation, au lieu d’être une eau vive et souple qui suit le courant. Je ne me sens pas prête face à toutes ces transformations : changement de statut, de quotidien, de maison et de région (déménagement), de gens qui m’entourent physiquement. C’est un nouveau départ, et malgré tous ceux que j’ai déjà recherchés et voulus pendant mes études (plus de 3), je ne me sens pas prête pour celui-ci. Mon esprit se braque, et mon corps en fait de même. Trop fatiguée, trop démotivée… pas assez foi en moi-même ? Cette lutte interne m’épuise, physiquement et moralement.

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Comment changer les choses ? Comment changer ma relation à ces transformations, et les accueillir en les laissant couler en moi comme de l’eau ? Comment lâcher prise quand tout se crispe en moi-même ? Comment prendre du recul et dédramatiser ? Comment alléger un quotidien lourd où chaque journée semble trop longue par l’épuisement qu’elle provoque ?
Je n’ai pas la réponse à ces questions. Mais je vais bien devoir les trouver.
Un petit coup de pouce de l’univers ne serait pas refus. Puisqu’il paraît qu’il faut que j’apprenne à demander (et recevoir) de l’aide. J’imagine que c’est le moment.

14 janvier 2015

Auteur images : B1nd1