Que choisir ? [carrière professionnelle]

Je sens que je suis à un tournant décisif. Il s’agit de plus que choisir si je reste dans l’entreprise où je suis ou si je pars pour une mission à l’étranger. Il s’agit de choisir ma voie professionnel : la production de PPAM ou la qualité/ l’utilisation des PPAM via l’ethnopharmacologie et l’herboristerie. Le fameux choix que je repousse depuis longtemps déjà.

Mais suis-je obligée de choisir maintenant ? Un choix va-t-il me fermer des portes que je vais regretter ? Comment choisir de manière réfléchie sans avoir tous les éléments en main ? Sans savoir ce qui me plaira vraiment ? N’est-ce pas trop prématuré ?

Il est vraiment difficile de faire ce genre de choix sans se laisser influencer par les attentes des proches, la pression mise par le patron et les collègues, le contexte de la crise économique, les petites voix de l’égo (peurs, doutes, méfiance…). Il serait très tentant de « s’en remettre au destin », de se laisser porter par les circonstances, ou encore de se reposer sur des conseils extérieurs, que ce soit ceux venant d’amis, de professionnels ou de tirage de cartes. De se déresponsabiliser. Mais c’est à moi de faire ce choix, à moi seule et avec moi-même. Il n’y a que moi pour savoir ce que je veux vraiment, car même si je ne le sais pas encore, personne d’autre ne peut le savoir à ma place.

Comment le savoir ? En essayant je suppose, en tâtonnant, en se trompant, en recherchant des informations sur le sujet, en en discutant avec des connaisseurs. Pour définir de quoi on parle (est-ce que l’herboristerie est vraiment ce que je crois, ou ma définition relève-t-elle des idées reçues ?). Pour cerner le sujet et ses problématiques, ses enjeux et ses défis. Les confronter : responsabilité de la santé des plantes VS responsabilité de la santé des hommes. Puis se questionner : suis-je capable de soigner des hommes avec les plantes, ou bien des plantes avec les hommes ? Qu’est ce qui m’intéresse le plus ?

C’est complexe et je sens que ma réponse ne sera pas figée. Elle évoluera avec la personne que je suis. En cet instant, je ne suis pas attirée par le soin des hommes : c’est trop de responsabilités, je ne contrôle pas mon hypersensibilité et mon empathie, je n’arrive plus à faire preuve de compassion et de générosité parce que j’ai déjà du mal à prendre soin de moi-même.

Mais je n’ai pas non plus envie d’être responsable de la santé de milliers de plantes !! Et par la même du rendement et de la quantité produite, et donc du chiffre d’affaires de l’entreprise, de sa santé et du maintien des emplois des salariés… En fait, ce sont les responsabilités qui me posent problèmes. Je ne veux pas être responsable des conséquences, même si j’aime prendre des décisions. C’est trop de pression. Je n’ai pas le droit à l’erreur. Et je gère mal la pression…

Je sais déjà que j’ai tendance à fuir certaines responsabilités, alors que je suis capable d’en assumer d’autres. Je ne me suis jamais investie dans des clubs où il fallait être là à chaque réunion, gérer de l’argent, et au final où les gens comptaient sur moi, où je devais être infaillible. Bref, dans les cas où mes responsabilités englobent les autres, et où les conséquences ont un impact sur eux. Alors que les cas où cela ne me concerne que moi, ou les cas où l’on a le droit de se tromper (parce qu’on apprend et que c’est autorisé), je n’ai pas de problème à prendre des responsabilités, voire même des importantes.

Pourquoi ? Probablement parce que j’ai peur de l’échec. J’ai peur de me tromper et que mes erreurs se répercutent sur autrui, qu’ils en payent les pots cassés et me rejettent. Je n’aime pas non plus l’idée que le bon déroulement des choses dépende de moi. Si je rate un exam, tant pis je n’aurai pas mon diplôme, mais cela n’empêchera pas aux autres étudiants de continuer leur scolarité. Si je ne donne pas les consignes correctes, les employés… en fait si, ils sauront quoi faire pour s’occuper, mais cela ne correspondra pas forcément aux tâches prioritaires car ils n’ont pas la vision d’ensemble des cultures et des objectifs de l’entreprise. Je ne suis donc pas indispensable. Et si je ne suis pas là pour m’occuper des cultures, alors quelqu’un d’autre le fera à ma place. En revanche, quand je suis là, je suis seule à le faire… mais sous la surveillance (plus ou moins lointaine ?) de mon dirigeant.

Il faut que je me donne le temps de cultiver mes désirs et mes envies. De savoir ce dont j’ai vraiment envie pour ma carrière professionnelle. Que je me renseigne, lise et discute sur la voie que je connais le moins, pendant que j’expérimente l’autre. Mais dois-je partir pour cela, est-ce « malin » ? Cette opportunité sous mon nez, vais-je regretter si je ne la saisis pas ?

Cette mission à l’étranger, n’est-ce pas un moyen inconscient de fuir une situation qui me déplaît, que je trouve trop dure ? Ou bien n’est-ce que pour me faire plaisir, avec des sujets qui m’intéressent, mais sans réelle cohérence avec mon futur professionnel ? Quel intérêt de faire une mission pour acquérir des connaissances chimiques, ethno pharmacologiques sur des plantes tropicales ? Je ne pourrai pas me servir de ces plantes pour me soigner dans mon jardin en Europe, même si elles pourraient être achetées dans certaines pharmacies spécialisées en herboristerie. Est-ce que je compte passer ma vie dans des pays tropicaux ? Comment je le valorise après ? Ces connaissances, est-ce que je ne peux pas les acquérir autrement ? Je ne vais pas développer de nouvelles compétences, mais juste mobiliser mes capacités d’analyse, de synthèse et de transmission. En revanche j’aurai l’occasion d’avoir des contacts professionnels qui pourraient être très utiles. Je ne serai responsable de rien du tout, juste une petite main de passage, est-ce que cela me va vraiment mieux que trop de responsabilités ? Je serai payée des cacahuètes alors que je devrais payer mon billet d’avion. Suis-je vraiment capable de faire un tel volontariat de bon cœur et avec peu de contreparties ? Est-ce que l’équilibre qui me satisfera ? Cela me permettra-t-il vraiment de créer des contacts professionnels utiles ?

Et puis il y a tous le volet personnel. Bien sûr, ce doit être une expérience très enrichissante : la découverte d’une autre culture, un autre lieu, de nouveaux gens. Partir loin, découvrir, visiter, explorer. J’ai envie de voyager, de voir autre chose, de bouger. Mais ai-je vraiment envie de partir aussi longtemps, ou n’ai-je besoin que de longues vacances ailleurs ? Pourtant, j’imagine les plages là-bas et j’ai envie de m’y baigner. Je pense aux plats et spécialités et j’ai envie d’y goûter. J’ai soif de voyages, de nouveaux paysages, de nouvel air, loin des préoccupations de mon travail et des responsabilités.

18 mars 2015

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Se respecter : savoir poser des limites

Auteur : Kyrie0201
Auteur : Kyrie0201

Je suis contente ! Je me sens heureuse après cette journée. Pas qu’elle était extraordinaire, mais pour la première fois de la semaine, j’ai enfin fait des tâches qui relevaient de mon niveau de compétence, enfin appris des choses, enfin arrêter de me casser le dos sur des tâches ouvrières qui ne sont pas censées faire partie de mes missions. Mais surtout, j’ai négocié mes we d’astreintes et j’ai tenu tête à mon patron qui a essayé de me filouter – encore une fois. Sauf que cette fois ci, j’ai gentiment mais clairement fait comprendre que non, je n’aurai pas une demi-journée de repos en échange d’une permanence sur un jour férié entier. Et j’en suis fière, j’ai besoin de le dire, même si je ne sais pas pourquoi.

Peut-être, parce que je me suis déjà faite avoir pour les we… Quelle idée d’accepter de faire un « we d’astreinte » – qui est en fait légalement un we de travail, puisqu’il faut bien aller à l’entreprise, pas juste attendre chez soi en cas de problème – contre seulement un jour de repos et sans aucune compensation financière !! Je peux comprendre que ce soit handicapant, pour une toute petite entreprise, de voir un cadre absent 2 jours de la semaine parce qu’il était de permanence le we. Mais enfin… c’est le droit du travail !! En attendant, c’est 2 jours (samedi et dimanche) sont bien travaillés. Pas très légal tout ça. Pas plus que de m’entendre dire « mais on ne prend pas de RTT ici » alors qu’aucun accord statuant sur un renoncement aux jours de RTT en faveur d’une compensation financière n’a été signé…

Non décidément, ce dirigeant n’a pas des pratiques de gestion des cadres très légales… Et en même temps, mes collègues cadres se laissent faire. Ils acceptent tout ça, les semaines de 50h, les « we d’astreintes », l’absence de RTT sans broncher, malgré un salaire très moyen, qui vaut moins qu’un SMIC si on le ramène au nombre d’heures travaillées dans l’année. Alors que mes collègues ouvrières ne font pas une heure supp’ si elles ne sont pas payés (leur contrat est à l’heure).

Je ne comprends pas. Je ne comprends pas que ces personnes se laissent exploiter. Je comprends qu’il y ait très peu de travail dans la région, je comprends que ces personnes soient proches de la retraite et veulent finir de cotiser, je comprends qu’elles aient construit leur vie ici (maison, famille, activités, amis) et je comprends qu’elles soient habituées à travailler pour le même patron depuis 30 ans.

Mais je ne comprends pas qu’elles acceptent une situation qui soit en leur défaveur sans obtenir un juste retour. Quelle compensation y trouvent-t-elles ? Une sécurité de l’emploi, une « reconnaissance » de leur patron ?

Ces personnes peuvent sembler bloquer dans cette situation. Pourtant elles possèdent de nombreuses compétences et honnêtement elles méritent mieux. Elles pourraient faire le choix de trouver une autre solution, une situation où elles ne seraient pas lésées. Elles pourraient partir chercher un emploi ailleurs, se reconvertir ici ou monter une autoentreprise. Evidemment, tout cela suppose de prendre des risques, de sortir du train-train quotidien, de miser sur leurs capacités, de se faire confiance et de se responsabiliser, des choses qui sont difficiles – je suis la première à l’admettre. Il est plus facile de se laisser porter – voire même exploiter – par un patron qui prend toutes les décisions, assume les responsabilités qui en découlent, arrive à contrôler les gens à sa guise.

Il ne faut pas croire, je suis admirative devant sa motivation, son énergie d’entrainement des autres, sa capacité à discourir et manipuler subtilement les autres. C’est un fin stratège qui a compris qu’on ne manipulait pas les gens avec la peur, la menace et les punitions, mais les récompenses, la reconnaissance, l’humour, la relativisation et la fermeté. Il a une capacité stupéfiante à entraîner les gens à sa suite et ne leur faire voir et entendre que ce qu’ils souhaitent. Des vrais talents « d’ombreux ». Probablement parce qu’il sait ce qu’il veut et où il veut aller. Des talents exercés sur ses employés, mais aussi et très probablement sur ces financiers, et c’est bluffant ! Savoir se rendre indispensable, soucieux de l’autre, lui apporter de la « valeur ajoutée » tout en lui coûtant de l’argent… c’est fort !

Malgré le respect que j’ai pour lui et mon attrait pour les missions de mon travail, je refuse de marcher dans son jeu et de me faire exploiter sans contrepartie. Je suis prête à travailler beaucoup et à m’investir, mais seulement en contrepartie d’un juste retour. Pour l’instant la formation et l’expérience que j’acquiers sont des motifs suffisants pour compenser les inégalités. Mais ce ne sera pas toujours le cas. Et il est hors de question que je gaspille ma santé, mes compétences et mon temps pour un dirigeant qui sait pertinemment qu’il en demande trop et n’en donne pas assez. Il faut un équilibre. Si l’équilibre est rompu, ou bien mon corps dit stop, ou bien mon moral et ma motivation tombent tellement bas que je ne suis plus efficace. Dans cette histoire, lui-même sera perdant si un juste équilibre n’est pas trouvé.

J’estime simplement que je mérite cet équilibre, et si ce n’est pas moi qui le réclame, personne ne le fera pour moi, surtout pas mon dirigeant ! Le respect de soi même passe d’abord par la définition des limites de ce que l’on tolère, par l’indentification de ses besoins profonds et par le respect de ces derniers. Ce n’est pas une question de supériorité sur autrui (« je mérite mieux que untel »), de jeu de dominant/dominé (« je veux avoir raison »), de soif de richesse (« je veux gagner plus »). C’est savoir quelles sont les limites à respecter pour ne pas perdre l’estime de soi, pour ne pas s’épuiser énergétiquement et pour ne pas atteindre à sa santé physique et mentale. Il faut parfois de dure leçon pour l’apprendre, je crois que je me souviendrais de celle-ci…

12 mars 2015