Ce que l’on mérite

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Auteur : Yuumai, Fishing birds

Je n’arrive pas à travailler, je suis stressée…

Tu as la tête occupée par ta recherche de logement. Tant que tu ne te sentiras pas chez toi, tu seras dans cet état.

Je ne sais pas quoi faire, vraiment pas quoi faire pour améliorer ma situation. Je sais, c’est moi qui m’y suis mise toute seule… C’est moi qui étais pressée de partir pour avoir mon propre logement et mon indépendance, alors que mon hôte me proposait de rester jusqu’à l’arrivée de mon compagnon. J’ai obtenu plus que ce que je voulais… Je me suis retrouvée bloquée chez moi à cause de ma maladie, « seule et tranquille » – sans aide – dans un appartement froid et mal équipé.

***

Je suis en colère, en colère contre le proprio mais aussi en colère contre moi-même. Comme d’habitude, j’essaye de faire les choses bien, de regarder dans le détail l’équipement, le lit, l’accès à internet etc… Mais je me fais rouler. Et je me roule moi-même en passant au-dessus de détails qui me paraissent insignifiants mais ne le sont pas… Pour lesquels je me dis que je m’arrangerais, que ce n’est pas grave. Qu’en aérant ça ne moisira plus. Qu’en demandant de compléter la vaisselle à un proprio acquiesçant, j’aurai de quoi faire la cuisine. Etc, etc…

J’en ai marre, on dirait que je suis la pro pour récupérer des logements sales physiquement ou énergétiquement et les rendre bien plus propre que ce qu’ils étaient. Comme si j’y passais juste pour faire le ménage et les purifier. Ça me saoule !! Vraiment !

Pourquoi ne pourrais-je pas, pour une fois, avoir un logement bien équipé et super propre à mon entrée ? Je pensais que ce serait le cas dans un immeuble tout neuf !! Mais le peu à faire, le proprio ne l’a pas fait. Et en ça, je suis très en colère contre lui, car je trouve ça profondément irrespectueux. Je suis également en colère contre moi-même pour avoir fermé les yeux dessus sans rien dire. J’aurais dû refuser de prendre le logement sans que le ménage soit fait à fond !

Et le proprio aurait fait quoi ? Il partait le jour même en métropole. Tu n’aurais rien obtenu de lui, et tu le sais. Toi tu voulais absolument avoir un logement à minima correct avant le 17 juillet. Cela ne te laissait pas beaucoup de choix…

Non, en effet, je suis sidérée comme il y a si peu d’offres pour des meublés supérieurs en taille à un T1. Ou alors ce sont de gigantesques villa 6 à 7 pièces à 1500 ou 2000€/mois ! Comme si j’avais un tel budget !! Non, je n’avais pas vraiment beaucoup de choix. J’ai essayé de choisir le mieux qui se présentait, j’en ai refusé un certain nombre…

Mais comment j’ai pu me retrouver pendant 1 semaine dans un logement super humide et froid, sans couette ni couverture chaude, sans couteau pour cuisiner et frigo rempli… et me retrouver coincée sur place sans pouvoir bouger à cause de mon état de santé ??

Qu’est-ce que cela t’a appris ?

Qu’un logement froid ET humide est invivable… Tous les vêtements paraissent glacés parce qu’ils sont imprégnés d’humidité. Prendre une douche chaude fait du bien, mais pas pour longtemps, et l’humidité accentue ensuite le problème…

Cela m’apprend encore une fois que je me suis précipitée. Que j’ai mal évalué mes priorités ?

Pour être honnête, je crois que tu ne pouvais pas vraiment faire autrement… C’est un mal pour un bien. Peut-être que tu trouveras mieux, beaucoup mieux, mais qu’il faut être patiente. Plus longtemps qu’un mois.

Je ne sais pas… Mais cette fois-ci, je veux quelque chose de propre, et ce dès la visite. Pas de moisissure, de gras ou de poils d’animaux partout. Quelque chose de vivable : possibilité de chauffer ou d’aérer/refroidir, pas d’humidité stagnante qui fait moisir le mobilier… Des portes intérieures, extérieures et des fenêtres qui ferment toutes (ça peut paraitre bête, mais on vient de me prouver l’inverse) ! Une isolation phonique correcte. Un T3 au minimum (voire un T4 si faisable). Un ameublement adéquat avec un lit correct (ferme), si possible un bureau pour mon compagnon. Une cuisine équipée pour pouvoir cuisiner, ça parait évident, mais cela implique au moins des plaques au gaz et/ou un four, la vaisselle qui va avec. Une terrasse/varangue/cour, bref un espace extérieur (ne nécessitant pas trop d’entretien). Des moustiquaires seraient je pense nécessaires… Un emplacement pas trop excentré du centre-ville. Un accès à internet.

Ça fait beaucoup de choses. D’où te viennent ces exigences ?

A M. : pas d’appart isolé à l’autre bout de la ville dans une technopole, sans voiture ! C’est la misère pour sortir le we, quand il n’y a pas ou peu de bus !! Laverie sur place faisable, mais abîme les vêtements. Importance des couleurs du logement au quotidien à vivre (ce gris était dépressif à mourir). L’importance de ne pas entasser la vaisselle et donc d’avoir un évier accueillant.

A A. : un appart mal isolé au niveau sonore, c’est l’enfer. Dès que quelqu’un passe dans le couloir commun, tu as l’impression qu’il est chez toi, tu entends tout ce qu’il dit et lui aussi. Comment avoir de l’intimité dans ce cas, surtout à deux ? Je ne m’imagine pas me sentir en confiance sexuellement dans ce type d’environnement… De là aussi un chauffage suffisant (suite aux pannes que j’ai subies). Par contre le parquet en bois et les boiseries au mur c’était chouette ! Les plaques électriques, c’est la misère pour cuisiner (mais bon c’est faisable quand même). Un four est absolument nécessaire pour la liberté de cuisiner ! RDC chiant quand des bourrés se posent devant ta fenêtre.

A G, 1er appart : nécessité d’une porte d’entrée qui ferme à clé ! Pas de vieux logement avec des nids de souris dans les murs ! Absolument besoin d’une fenêtre dans la chambre. Le plaisir d’avoir une fenêtre dans sa salle de bain.

A G, 2 ème appart : pas d’ancien appart de souillon, parce que même s’il est refait à neuf, tu retrouves quand même des cadavres de cafards là où tu ne t’y attends pas (beurk !). Pas d’appart sur une rue passante, trop bruyant pour dormir, même avec le double vitrage ! Pas de VMC intérieure non contrôlable, le bruit continu me rendait folle ! Un cuisine vraiment propre, sinon je n’ose pas m’en servir ! L’intérêt d’une baignoire et d’une graaaaaande salle de bain lumineuse (ça s’était chouette). La proximité duu ciné c’était cool.

J’aimais beaucoup mon appart à A. même s’il avait certains gros défauts. Je m’y sentais bien, chez moi. J’ai visité, j’ai fait le tour du pâté de maison et je suis revenue en courant le prendre. Alors que c’était juste le 2ème que je visitais. J’ai eu un coup de cœur, vraiment, il m’a plu, avec ces boiseries, son sol coloré dans le salon. Et puis le quartier que j’ai découvert après était tellement pratique, 2 supers boulangerie, une supérette, les bus à proximité, ma librairie préférée. La possibilité de faire des cours de yoga et de chant à 3 min pied de chez moi ! La proximité avec le centre-ville, la possibilité de sortir, habiter près de chez mes amies. Cet appart était vraiment cool, il me manque.

Tu te souviens pourquoi tu l’avais choisi au départ ?

Oui… parce que je voulais 2 pièces séparés pour emménager avec mon copain de l’époque. Mais que je puisse le payer seule malgré tout au cas où… Et j’ai bien fait, il n’a jamais emménagé avec moi…

Est-ce que tu as regretté ton choix ?

Jamais, au contraire. J’aurais probablement cherché un studio si ça n’avait pas été pour lui… Alors je devrais chercher d’abord un logement pour moi ? Ou pour mon couple ?

Qu’est ce qui ne te plait pas dans ce logement ci ?

Et bien il n’a pas vraiment d’âme (normal, le bâtiment est tout neuf). Surtout, il n’y a pas de four, pas des plaques électriques et pas d’équipement pour cuisiner. Or c’est important pour moi de pouvoir cuisiner librement. C’est très important. Je me sens restreinte dans ma créativité quand je suis restreinte dans ma possibilité de cuisiner. Même si je ne suis pas du genre à inventer des recettes et que je me cantonne souvent à ce que je connais déjà. Mais j’aime me sentir chez moi dans ma cuisine, quand elle est propre et rangée, quand elle est équipée et bien remplie d’ingrédients. Ça me libère l’esprit et me permet d’être plus créative pour dessiner, colorier, etc…

La salle de bain est pas mal, j’aime son grand miroir et sa lumière jaune chaleureuse. J’aime sa grande douche moderne avec son eau bien chaude ! Il manque d’espace pour pouvoir mettre un siège, poser ses vêtements et une fenêtre par contre. Le salon est pas mal, bien que plus grand serait mieux, et avec une vue sur de la verdure, une plus grande terrasse. L’idéal serait surtout d’avoir un bureau pour mon compagnon.

Je sais que je ne trouverai jamais le logement idéal. Qu’il faudra toujours que j’apprenne à faire avec des inconvénients. Je ne demande pas le logement parfait. Je ne demande pas à avoir tout prêt servi sur un plateau. Je demande à avoir ce que je mérite, pas plus, pas moins.

Et je pense que je mérite d’avoir une maison où je me sente chez moi, à l’abri, en sécurité, dans mon intimité, dans une bulle douillette et confortable. Je ne demande pas un château, mais quelque chose qui soit pratique et vivable en couple. Qui me permette d’avoir mon espace à moi, et son espace pour mon compagnon, tout en ayant un lieu de vie commun agréable à partager. Un cocon qui me permette de me ressourcer. Et clairement, les deniers logements que j’ai eu, ce n’était pas le cas…

Je veux un endroit où construire mon cocon, ça ne parait pas si compliqué, non ?

En théorie non, en pratique c’est plus compliqué. Il faut aussi que ce soit un cocon pour ton compagnon.

Oui je sais, et je discerne que l’équilibre va être difficile à trouver… J’ai plus choisi ce logement pour lui que pour moi. Et si j’avais choisi la maison d’aujourd’hui, je l’aurai plus choisie pour lui que pour moi. Il ne faut pas que je fasse la même erreur encore une fois… Je pense que c’est pour ça qu’il faut que l’on cherche ensemble. Pour ne pas projeter ce que l’autre attend et se laisser influencer.

C’est bizarre, j’ai, maintenant, presque comme la foi que je vais trouver ce qu’il me faut. Facilement.

 Oui. Demander ce que tu veux, de manière claire, te permet toujours de l’obtenir plus facilement. Il te faut apprendre à choisir et faire preuve de discernement dans ce qui t’entoure. La facilité est souvent un gage d’adéquation. Quand les choses coulent dans le bon sens, il n’y a pas à lutter contre les flots. C’est une fausse croyance de l’égo, que les choses trop faciles sont des pièges et qu’il faut lutter dans la douleur pour obtenir quelque chose de valable. Tu peux travailler dur pour quelque chose, mais cela peut malgré tout ce faire dans le flot et la facilité, d’une manière ou d’une autre.

Regarde, tout à couler tranquillement pour ton poste actuel, comme pour le précédent. Et quand tu as lutté et lutté désespérément pour ton dernier stage, cela n’a pas marché. Il fallait attendre. Parfois la facilité nécessite la patience, pour que la bonne opportunité puisse se présenter à toi. Regrettes-tu d’avoir trouvé ton stage au dernier moment ?

 Non absolument pas, c’était une opportunité extraordinaire, une expérience très enrichissante et qui a beaucoup de valeur, je commence seulement à le mesurer… On me contacte au sujet de mon mémoire. Ma connaissance du fonctionnement de l’entreprise est un atout pour mon job actuel… etc etc. Il m’a permis de me former à de nombreux sujets, d’être polyvalente, d’apprendre la réglementation malgré moi, et de suivre le déroulement d’un projet humainement et économiquement.

 Et tu en as fait ressortir le meilleur de ce que tu pouvais. Tu méritais ce stage. Mais il ne pouvait t’être offert qu’au dernier moment. Parce que tu restais libre alors qu’une autre se désistait.

 Et je me demande ce que je vais pouvoir faire sortir de ce poste actuel… Je n’ai encore rien fait de concret. J’ai l’impression d’être inutile et feignante.

 En même temps, on ne t’a pas encore donné les outils nécessaires, ni des objectifs clairs et précis. Mais cela viendra, soit patiente. Il te faut apprendre à être patiente et à observer. Tire le meilleur parti du temps que tu as pour t’informer sur les sujets. N’attends pas qu’on t’apporte tout sur un plateau. Plutôt que de te sentir ignare, tu prendras confiance en toi en engrangeant des informations. Et cela sera toujours bon pour ta culture personnelle. Lis ce qui t’intéresse le plus, profites-en !

 Oui, tu as raison. Merci du conseil. Je vais être patiente, et apprendre à croire que je vais réussir à obtenir ce que je mérite, et pas moins. Obtenir une maison accueillante et confortable me permettra de me sentir bien et d’offrir le meilleur de moi-même au travail. Je n’en ai pas seulement le besoin, je le mérite aussi. Pour tous les logements pourris que j’ai eu par le passé ! lol.

 8 juillet 2015

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Sang sacré

Auteur : Sionra
Auteur : Sionra, The firebird

Qu’est-ce que t’a appris ta maladie ?

 L’importance d’un mode de vie sain pour se maintenir en bonne santé : pas de cigarette, pas d’alcool, pas de caféine, une bonne qualité de sommeil, une alimentation riche en fruits et légumes pour les vitamines, riche en fibres pour le transit intestinal, riche en fer contre l’anémie (malgré que je n’apprécie pas le goût de la viande rouge).

L’importance d’écouter son corps, de s’accorder repos dans la phase précédant et pendant les règles. D’apprendre à accepter cette perte de vitalité, cette énergie qui coule et fuie en me laissant faible. C’est difficile, mais cela fait partie du cycle.

C’est quelque chose de particulièrement difficile à comprendre pour ton compagnon.

 Oui, il ne comprend pas bien ce concept. Pour lui le corps peut être dominé par la volonté, et si l’on décide d’être en forme, alors il ne faut pas laisser son corps au repos comme ça. C’est typiquement masculin comme mode de pensée. Il ne comprend pas que ce n’est pas une maladie que l’on combat ou une fatigue que l’on surmonte.

Non, c’est une des phases du cycle féminin. Les énergies montent comme la lune et atteignent un climax, puis elles redescendent jusqu’au mourir. Chaque cycle féminin est une mort puis une renaissance. Et toutes ces énergies se ressentent dans notre vie physique, notre vitalité et notre quotidien.

D’ailleurs, je relisais le très enrichissant livre de Miranda Gray « Lunes Rouges » sur ce sujet. Qui disait qu’elle n’était capable d’écrire que pendant 1 semaine par mois, à une certaine phase de son cycle. Même moi je suis plus inspirée à certains moments que d’autres, que ce soit pour écrire, dessiner ou autre chose… Je devrais d’ailleurs faire le parallèle un peu plus souvent.

La femme est cyclique. Et son cycle correspond plus ou moins à un cycle lunaire, ce qui explique que les énergies féminines soient proches des énergies lunaires selon les moments. Mais c’est quelque chose de difficile à admettre par les femmes, surtout dans nos sociétés linéaires, mais encore plus difficile à admettre par les hommes.

Car les hommes ne sont pas cycliques de la même façon. A moi ils m’apparaissent linéaires, avec des pics d’activités différents. Mais je ne suis pas un homme et je n’ai pas cette connaissance intérieure. J’ai également lu que les hommes suivaient un cycle solaire, sans plus de détails. Donc un cycle quotidien jour/nuit ? Ou un cycle plus long, telle une rotation complète de la terre autour du soleil ?

Il est à noter combien le cycle féminin et ses énergies sont souvent abordés dans le domaine ésotérique/spirituel, mais complétement délaissés par la société (sujet tabou), alors que c’est l’inverse pour l’homme. Point de scrupules à parler de ses besoins sexuels dans la société, mais on entend rarement parler du cycle énergétique des hommes. Bref, tout ça pour dire que je n’en sais pas grand-chose, mais que c’est une bonne question que m’a posé mon compagnon.

 Parfois je suis frustrée, parce que je sens bien qu’il ne comprend pas cet aspect cyclique, et cette obligation physique de devoir respecter mon propre cycle et rythme intérieur. Je le vois cette incompréhension et cela m’énerve. Cela me blesse parce que je le sens passer à côté de toute une partie de ce que je suis. Et puis comme s’il déniait même ma nature cyclique, en déclarant qu’il suffit de faire preuve de volonté sur son corps. Ce n’est pas comme cela que ça marche pour mon corps, et je doute que cela le soit pour n’importe qu’elle autre femme. A un moment, celui-ci cassera ou se rappellera d’une façon ou l’autre à la femme.

J’aimerais bien inviter tous les hommes à apprendre sur ce sujet. A comprendre leur femme et la force qui réside dans leur cycle. Une phase de vitalité croissante, concentrée sur son épanouissement et ses désirs propres, avec combativité et énergie ; une phase de générosité et de bienveillance où l’on s’oublie dans le soin des autres ; une phase de créativité qu’elle soit physique ou en idée, avec les mots, les mains ; une phase de retrait et d’introspection en même temps que de fatigue pendant le renouvellement de ses énergies. Tellement de changements, de possibilités, d’élans différents, d’énergies riches et diversifiées…

 La femme est la première étourdie par ce tourbillon, et met souvent énormément de temps à le comprendre et l’apprivoiser. Moi-même je n’en suis encore qu’aux balbutiements de sa compréhension. Alors je peux comprendre que les hommes soient perdus, et qu’ils ne perçoivent que chaos, humeurs lunatiques et inconstance. Je peux comprendre que certaines énergies puissantes les effraient, celle de la guerrière, celle de l’indépendante, celle de la femme assouvissant sa sexualité sans tabou. Mais je ne peux accepter que la société cherche à nous cantonner à une seule phase du cycle, celle de la mère aimante et flexible, qui s’occupe des autres avant elle-même et est passive et compréhensive. Les femmes sont plus que cela et j’en veux à la société patriarcale de chercher à nous déposséder de notre propre pouvoir féminin. Par peur de sa force et de son caractère incontrôlable.

Pourtant le dire ne me soulage pas. Je suis en colère. Le sang versé pendant les règles devrait être quelque chose de sacré et de respecté, et pas quelque chose de caché, tabou et considéré comme sale.

 Qu’y-a-t-il de sale à cet écoulement de sang chaud profondément intime ? Il n’est pas plus sale que du sang versé par une blessure. Il témoigne d’un renouvellement des énergies, de la capacité du corps féminin à encore une fois créer un nid capable d’accueillir la vie –qu’on souhaite ou non l’utiliser. C’est une petite mort qui permet une renaissance. Et pas un signe de péché !

Pourquoi cela gêne-t-il tant la société patriarcale ? Est-ce comme je l’ai lu, parce que ce saignement est incontrôlable ? Et que par la même il rappelle aux hommes leur impossibilité de contrôler les énergies du cycle féminin ? On ne peut pas les empêcher, on ne peut que les accueillir et leur donner forme. Mon outrage semble ne jamais se tarir. Pourquoi ?

 Peut-être, parce que comme les autres femmes de ta société, tu as été formatée à trouver ce sang sale, à en avoir peur, à le cacher et à le craindre. Il est vrai que personne n’en parle. Aucune de tes amies ne dit quand elle a ses règles. Et tu t’ais sentie humiliée à chaque fois de devoir le dire pour expliquer pourquoi tu étais malade – quand tu ne savais pas encore que c’était de l’endométriose.

 Oui c’est terrible. C’est comme si je m’étais trahie moi-même en laissant ce formatage me contrôler. Comme si j’avais renié la femme que je suis, dénié son propre pouvoir de transformation et d’évolution. Refusé à mon corps son droit à être cyclique et par la même refusé l’existence de mes ovaires et de mon utérus. Je me demande si c’est cela qui est à l’origine de ma dystrophie ovarienne. Après tout, mes ovaires font le double de la taille qu’ils devraient, de sorte que je ne peux plus les ignorer.

 Comme s’ils te disaient « nous sommes là, nous faisons partie de ton corps, et nous ne nous arrêterons pas de dysfonctionner tant quand tu ne nous auras pas reconnus ».

 C’est vrai… mais ensuite ? Pourquoi de l’endométriose en plus, par-dessus tout ça ? Pourquoi cette souffrance, cet isolement, cette errance médicale (5 ans quand même…) ?

 Pourquoi pas ?

 Ce n’est pas une réponse, pas du tout une réponse !

 Qu’as-tu envie de dire aujourd’hui ?

 Qu’aucune femme ne devrait avoir honte d’avoir ses règles !! Qu’elle devrait être fière de sentir son sang couler ! Qu’elle ne devrait pas avoir à le cacher ! Qu’elle devrait être capable de reconnaitre sa couleur et son odeur, exactement comme elle le ferait d’une autre partie de son corps, de ses cheveux ou de sa peau. Parce qu’avoir ses règles – sans être malade – est une bénédiction !!!!!!!!!!

 Alors tu es triste à l’idée de perdre tes règles ?

 Oui. Le traitement que je vais devoir prendre contre l’endométriose va arrêter mon cycle hormonal et mes règles. C’est le seul moyen de stopper le développement de la maladie. Jusqu’à la ménopause. Que ce soit sous hormone ou sous pilule, je ne vais plus jamais avoir de règles naturelles !!!!!!!! Alors même qu’elles m’ont rendue si malades, je ne veux pas les perdre ! Elles font partie de mon cycle féminin. Comment vais-je reconnaître le début d’un nouveau cycle féminin ? Comment vais-je renouveler mes énergies vitales sans elles ? Comment vais-je me sentir femme cyclique et maitresse de mon propre pouvoir ? Je ne veux pas les perdre. Je ne veux pas. Je ne veux pas.

Pas après avoir appris si durement leur valeur !!! Pas quand je commence juste à comprendre tout le pouvoir qu’elles renferment et auquel elles donnent accès ! Ce n’est pas juste !!! Ce n’est vraiment pas juste !! J’ai traversé tout ça pour en arriver là ?

 Tu sais, beaucoup aimerait pouvoir nommé leur maladie et avoir un traitement efficace.

 … Moi je ne veux pas avoir de traitement hormonal à vie…

 Pourtant, tu n’aimerais pas ne plus avoir d’acné, diminuer ta pilosité, arrêter de pendre et perdre du poids sans raison ? Tout ça sont des symptômes de ton dérèglement hormonal. En contrôlant celui-ci, tu pourras retrouver la peau de pêche que tu as eu sous ta première pilule, tu t’en souviens ? Il n’y a pas que des désavantages…

 Oui, tu as raison, j’ai une folle envie de voir mon acné s’arrêter, parce que je n’en peux plus. C’est disgracieux et rend ma peau difficile à aimer, rend mon corps difficile à accepter. Et puis c’est douloureux, on ne pense souvent qu’à l’aspect esthétique, mais cela peut être très douloureux et laisser des cicatrices malgré de bon soin… J’ai essayé toutes sortes de choses pour m’en débarrasser, mais rien n’a jamais marché….

 Mais je vais te dire, tout cela ne me semble être que des lots de consolation. Parce que j’ai peur. J’ai peur des conséquences de ce traitement sur mon cycle féminin, mon fonctionnement interne et biologique. C’est une peur profonde et irrationnelle, que mon compagnon ne comprend pas du tout. Mais c’est comme si tu disais à un objet sphérique de devenir cubique. Comme si tu cherchais à changer son essence même. Je suis cyclique. En cassant mon cycle hormonal et biologique, j’ai peur de casser ma nature cyclique de femme… Comment l’exprimer à quelqu’un qui ne comprend pas cette essence-là ??? Comment l’accepter ?

Tout dépend si c’est ton cycle biologique qui crée ton cycle énergétique. Ou si c’est ton cycle énergétique qui crée ton cycle biologique. Sont-ils la transposition l’un de l’autre ? Si l’un est arrêté, l’autre est-il aussi stoppé ? Ou peux-tu continuer à vivre ton cycle énergétique féminin d’une autre façon ?

 Je n’ai pas la réponse. Si je l’avais, je n’aurai probablement pas cette peur, ni cette réticence…

Je te demande de réfléchir à ce que tu es prête à abandonner. Préfères-tu conserver tes règles et être malade chaque mois, à chaque menstruation ? Sachant que cela peut te rendre définitivement stérile ? Ou préfères-tu abandonner ton expérience physique du cycle féminin pour cette vie restante ?

… N’y-a-t-il pas un autre chemin ? Une autre voie qui ne soit ni l’un ni l’autre ?

Peut-être. Peut-être que cela dépend de ta capacité à surmonter les obstacles. Reconnaître le choix en est déjà un. Trouver une autre porte en est un autre. Nous en reparlerons.

7 juillet 2015

Endométriose

 

Auyeur
Auteur : Weewill

 

       Parfois je me rends compte combien avoir appris le nom de ma maladie me déprime. Je devrais être soulagée, enfin on arrête de me prendre pour une hystérique, une menteuse ou pire une douillette après des années. Après tout, « c’est normal que les femmes souffrent pendant leur règles ».

Mais pourquoi donc ? Pourquoi notre biologie naturelle aurait sélectionné une telle faiblesse ? Pourquoi les femmes devraient souffrir passivement alors que presque toutes les maladies ou inconforts du monde sont sources de recherches médicales ? Alors pourquoi a-t-on toujours dit aux femmes que « ça va passer et tu n’as qu’à prendre un doliprane » ? Et si un doliprane ne suffisait pas ? Ni même les anti-inflammatoires non stéroïdiens (type Antadys) ? Et si en fait, on se retrouvait tordue de douleurs au point de ne pas pouvoir bouger, de ne pas pouvoir se lever, de ne pas pouvoir dormir, de ne pas pouvoir manger, ni aller aux toilettes ? A avoir mal au point de crier et d’avoir des hallucinations ? Et de croire que cette fois ci, on va vraiment en crever ?

Est-ce que les gens parlent de ça quand ils parlent d’endométriose ? La maladie de l’ombre… Personne n’en parle, pourtant une estimation médicale chiffre à 10% le taux de femmes atteintes. Sauf que toutes ne développent pas les mêmes symptômes ni le même stade de gravité. Certaines ne sentiront jamais rien et découvriront un jour leur maladie en cherchant la cause de leur infertilité. D’autres auront des douleurs et des règles abondantes. D’autres encore verront leur qualité de vie plus (ou moins) gravement altérée.

         Parce qu’il faut parler du reste aussi : des endométriomes et cicatrices douloureuses au niveau de l’utérus, qui rendent parfois les rapports sexuels avec pénétration une torture, qui instillent la peur du sexe et coupent une femme de son corps et de son plaisir. La peur de ses règles et de son propre corps, en anticipation de la période de souffrances qu’on sait venir inexorablement. L’isolement, parce qu’on ne peut pas se lever même pour ouvrir sa porte et que parler est déjà un effort, parce qu’on rate les cours une semaine par mois ou tous les deux mois, parce qu’on a besoin d’une longue période de récupération après chaque menstruation et qu’on doit alors refuser toute activité sociale pour dormir. La solitude, parce qu’on ne connait personne d’autre avec le même problème que soi, parce qu’on n’a pas l’occasion d’en parler, ni de se sentir comprise…

Et pire que tout l’incompréhension. Pourquoi moi ? Pourquoi ça ? Qu’est-ce que mon corps veut me dire ? Je me sens trahie par lui, abandonnée par ma bonne étoile. Pourquoi ? Le même désespoir, la même tristesse, la même colère face à cette injustice, qui reviennent en boucle. On ne choisit jamais d’être malade. Personne ne choisit jamais d’avoir un cancer par exemple. Je peux comprendre ne serait-ce qu’un peu toutes les émotions qui peuvent traverser une personne malade.

       Pourtant je ne me considère pas comme quelqu’un de malade au quotidien. Il n’y a que pendant « les crises » que je m’en souviens… Longtemps je me suis définie par cette maladie, sans même savoir son nom, en me comportant comme une victime, me considérant faible et fragile. Puis j’ai décidé que je ne voulais pas la laisser régner sur ma vie, que je ne devais pas me punir encore plus. J’ai commencé à travailler dessus avec un biokinésiologue, alors que tous les médecins, qui avaient été incapable de diagnostiquer ma maladie, me renvoyaient en me disant « vous n’avez qu’à faire un enfant et ça ira mieux ». J’ai arrêté de fumer en soirée, arrêter ma consommation d’alcool, appris à manger autrement avant et pendant mes règles, appris à écouter mon corps et son besoin de repos, appris à accueillir la crise et ne plus lutter contre elle. J’ai essayé mille choses, mais rien n’a mieux marché que cet apprentissage. Celui aussi de la reconnaissance de ma colère, de mon sentiment d’injustice. Et petit à petit, les crises sont devenues moins violentes, jusqu’à pouvoir reprendre un simuli de « vie normale » et pouvoir le cacher à mes employeurs (parce que oui, personne n’a envie de recruter quelqu’un de potentiellement malade chaque mois…).

      Mais quand je lis l’article de Sylvie sur les symptômes de ces intolérances alimentaires, cela me rappellent aussi tous les miens. Ceux du quotidien qu’on ne considère plus comme des symptômes. Une faible anémie constante, qui entraine fatigue permanente, crampes, maux de gorge perpétuels, sensibilité au moindre virus qui passe, parfois des vertiges et des essoufflements en montant un escalier. Variations hormonales brutales avec « déprime » pré-menstruelle. Ce mot m’a toujours fait rire. Le médecin parle de « déprime » quand d’un seule coup me vient de nulle part pessimisme et pensées très suicidaires pendant 4 jours, avant que je comprenne que ce sont mes hormones qui font n’importe quoi. Et une hypersensibilité qui donne l’impression d’avoir la chair à vif, prête à pleurer ou m’effondrer pour n’importe quoi. C’est un calvaire, un ascenseur sans fin, qui use moralement et émotionnellement. Et puis je ne parle pas du fait que si je me permets des écarts en alcool ou nourriture, mon corps me le fait chèrement payer… Mon système digestif est aussi capricieux qu’un enfant. Tout ça parce que cette fichue maladie a créé des nodules sur les ligaments entre mon utérus et mon tube digestif…

J’aimerai parfois, qu’à moi aussi, on me dise ce que je peux manger ou ne pas manger, ce que je peux faire pour améliorer mon état de santé… Parce que j’ai déjà l’impression de tout essayer, mais que cela ne marche pas…

 6 juin 2015

Pour ceux et celles qui veulent des informations sur l’endométriose, c’est par ici :

EndoFrance

Lutter contre la douleur