Sang sacré

Auteur : Sionra
Auteur : Sionra, The firebird

Qu’est-ce que t’a appris ta maladie ?

 L’importance d’un mode de vie sain pour se maintenir en bonne santé : pas de cigarette, pas d’alcool, pas de caféine, une bonne qualité de sommeil, une alimentation riche en fruits et légumes pour les vitamines, riche en fibres pour le transit intestinal, riche en fer contre l’anémie (malgré que je n’apprécie pas le goût de la viande rouge).

L’importance d’écouter son corps, de s’accorder repos dans la phase précédant et pendant les règles. D’apprendre à accepter cette perte de vitalité, cette énergie qui coule et fuie en me laissant faible. C’est difficile, mais cela fait partie du cycle.

C’est quelque chose de particulièrement difficile à comprendre pour ton compagnon.

 Oui, il ne comprend pas bien ce concept. Pour lui le corps peut être dominé par la volonté, et si l’on décide d’être en forme, alors il ne faut pas laisser son corps au repos comme ça. C’est typiquement masculin comme mode de pensée. Il ne comprend pas que ce n’est pas une maladie que l’on combat ou une fatigue que l’on surmonte.

Non, c’est une des phases du cycle féminin. Les énergies montent comme la lune et atteignent un climax, puis elles redescendent jusqu’au mourir. Chaque cycle féminin est une mort puis une renaissance. Et toutes ces énergies se ressentent dans notre vie physique, notre vitalité et notre quotidien.

D’ailleurs, je relisais le très enrichissant livre de Miranda Gray « Lunes Rouges » sur ce sujet. Qui disait qu’elle n’était capable d’écrire que pendant 1 semaine par mois, à une certaine phase de son cycle. Même moi je suis plus inspirée à certains moments que d’autres, que ce soit pour écrire, dessiner ou autre chose… Je devrais d’ailleurs faire le parallèle un peu plus souvent.

La femme est cyclique. Et son cycle correspond plus ou moins à un cycle lunaire, ce qui explique que les énergies féminines soient proches des énergies lunaires selon les moments. Mais c’est quelque chose de difficile à admettre par les femmes, surtout dans nos sociétés linéaires, mais encore plus difficile à admettre par les hommes.

Car les hommes ne sont pas cycliques de la même façon. A moi ils m’apparaissent linéaires, avec des pics d’activités différents. Mais je ne suis pas un homme et je n’ai pas cette connaissance intérieure. J’ai également lu que les hommes suivaient un cycle solaire, sans plus de détails. Donc un cycle quotidien jour/nuit ? Ou un cycle plus long, telle une rotation complète de la terre autour du soleil ?

Il est à noter combien le cycle féminin et ses énergies sont souvent abordés dans le domaine ésotérique/spirituel, mais complétement délaissés par la société (sujet tabou), alors que c’est l’inverse pour l’homme. Point de scrupules à parler de ses besoins sexuels dans la société, mais on entend rarement parler du cycle énergétique des hommes. Bref, tout ça pour dire que je n’en sais pas grand-chose, mais que c’est une bonne question que m’a posé mon compagnon.

 Parfois je suis frustrée, parce que je sens bien qu’il ne comprend pas cet aspect cyclique, et cette obligation physique de devoir respecter mon propre cycle et rythme intérieur. Je le vois cette incompréhension et cela m’énerve. Cela me blesse parce que je le sens passer à côté de toute une partie de ce que je suis. Et puis comme s’il déniait même ma nature cyclique, en déclarant qu’il suffit de faire preuve de volonté sur son corps. Ce n’est pas comme cela que ça marche pour mon corps, et je doute que cela le soit pour n’importe qu’elle autre femme. A un moment, celui-ci cassera ou se rappellera d’une façon ou l’autre à la femme.

J’aimerais bien inviter tous les hommes à apprendre sur ce sujet. A comprendre leur femme et la force qui réside dans leur cycle. Une phase de vitalité croissante, concentrée sur son épanouissement et ses désirs propres, avec combativité et énergie ; une phase de générosité et de bienveillance où l’on s’oublie dans le soin des autres ; une phase de créativité qu’elle soit physique ou en idée, avec les mots, les mains ; une phase de retrait et d’introspection en même temps que de fatigue pendant le renouvellement de ses énergies. Tellement de changements, de possibilités, d’élans différents, d’énergies riches et diversifiées…

 La femme est la première étourdie par ce tourbillon, et met souvent énormément de temps à le comprendre et l’apprivoiser. Moi-même je n’en suis encore qu’aux balbutiements de sa compréhension. Alors je peux comprendre que les hommes soient perdus, et qu’ils ne perçoivent que chaos, humeurs lunatiques et inconstance. Je peux comprendre que certaines énergies puissantes les effraient, celle de la guerrière, celle de l’indépendante, celle de la femme assouvissant sa sexualité sans tabou. Mais je ne peux accepter que la société cherche à nous cantonner à une seule phase du cycle, celle de la mère aimante et flexible, qui s’occupe des autres avant elle-même et est passive et compréhensive. Les femmes sont plus que cela et j’en veux à la société patriarcale de chercher à nous déposséder de notre propre pouvoir féminin. Par peur de sa force et de son caractère incontrôlable.

Pourtant le dire ne me soulage pas. Je suis en colère. Le sang versé pendant les règles devrait être quelque chose de sacré et de respecté, et pas quelque chose de caché, tabou et considéré comme sale.

 Qu’y-a-t-il de sale à cet écoulement de sang chaud profondément intime ? Il n’est pas plus sale que du sang versé par une blessure. Il témoigne d’un renouvellement des énergies, de la capacité du corps féminin à encore une fois créer un nid capable d’accueillir la vie –qu’on souhaite ou non l’utiliser. C’est une petite mort qui permet une renaissance. Et pas un signe de péché !

Pourquoi cela gêne-t-il tant la société patriarcale ? Est-ce comme je l’ai lu, parce que ce saignement est incontrôlable ? Et que par la même il rappelle aux hommes leur impossibilité de contrôler les énergies du cycle féminin ? On ne peut pas les empêcher, on ne peut que les accueillir et leur donner forme. Mon outrage semble ne jamais se tarir. Pourquoi ?

 Peut-être, parce que comme les autres femmes de ta société, tu as été formatée à trouver ce sang sale, à en avoir peur, à le cacher et à le craindre. Il est vrai que personne n’en parle. Aucune de tes amies ne dit quand elle a ses règles. Et tu t’ais sentie humiliée à chaque fois de devoir le dire pour expliquer pourquoi tu étais malade – quand tu ne savais pas encore que c’était de l’endométriose.

 Oui c’est terrible. C’est comme si je m’étais trahie moi-même en laissant ce formatage me contrôler. Comme si j’avais renié la femme que je suis, dénié son propre pouvoir de transformation et d’évolution. Refusé à mon corps son droit à être cyclique et par la même refusé l’existence de mes ovaires et de mon utérus. Je me demande si c’est cela qui est à l’origine de ma dystrophie ovarienne. Après tout, mes ovaires font le double de la taille qu’ils devraient, de sorte que je ne peux plus les ignorer.

 Comme s’ils te disaient « nous sommes là, nous faisons partie de ton corps, et nous ne nous arrêterons pas de dysfonctionner tant quand tu ne nous auras pas reconnus ».

 C’est vrai… mais ensuite ? Pourquoi de l’endométriose en plus, par-dessus tout ça ? Pourquoi cette souffrance, cet isolement, cette errance médicale (5 ans quand même…) ?

 Pourquoi pas ?

 Ce n’est pas une réponse, pas du tout une réponse !

 Qu’as-tu envie de dire aujourd’hui ?

 Qu’aucune femme ne devrait avoir honte d’avoir ses règles !! Qu’elle devrait être fière de sentir son sang couler ! Qu’elle ne devrait pas avoir à le cacher ! Qu’elle devrait être capable de reconnaitre sa couleur et son odeur, exactement comme elle le ferait d’une autre partie de son corps, de ses cheveux ou de sa peau. Parce qu’avoir ses règles – sans être malade – est une bénédiction !!!!!!!!!!

 Alors tu es triste à l’idée de perdre tes règles ?

 Oui. Le traitement que je vais devoir prendre contre l’endométriose va arrêter mon cycle hormonal et mes règles. C’est le seul moyen de stopper le développement de la maladie. Jusqu’à la ménopause. Que ce soit sous hormone ou sous pilule, je ne vais plus jamais avoir de règles naturelles !!!!!!!! Alors même qu’elles m’ont rendue si malades, je ne veux pas les perdre ! Elles font partie de mon cycle féminin. Comment vais-je reconnaître le début d’un nouveau cycle féminin ? Comment vais-je renouveler mes énergies vitales sans elles ? Comment vais-je me sentir femme cyclique et maitresse de mon propre pouvoir ? Je ne veux pas les perdre. Je ne veux pas. Je ne veux pas.

Pas après avoir appris si durement leur valeur !!! Pas quand je commence juste à comprendre tout le pouvoir qu’elles renferment et auquel elles donnent accès ! Ce n’est pas juste !!! Ce n’est vraiment pas juste !! J’ai traversé tout ça pour en arriver là ?

 Tu sais, beaucoup aimerait pouvoir nommé leur maladie et avoir un traitement efficace.

 … Moi je ne veux pas avoir de traitement hormonal à vie…

 Pourtant, tu n’aimerais pas ne plus avoir d’acné, diminuer ta pilosité, arrêter de pendre et perdre du poids sans raison ? Tout ça sont des symptômes de ton dérèglement hormonal. En contrôlant celui-ci, tu pourras retrouver la peau de pêche que tu as eu sous ta première pilule, tu t’en souviens ? Il n’y a pas que des désavantages…

 Oui, tu as raison, j’ai une folle envie de voir mon acné s’arrêter, parce que je n’en peux plus. C’est disgracieux et rend ma peau difficile à aimer, rend mon corps difficile à accepter. Et puis c’est douloureux, on ne pense souvent qu’à l’aspect esthétique, mais cela peut être très douloureux et laisser des cicatrices malgré de bon soin… J’ai essayé toutes sortes de choses pour m’en débarrasser, mais rien n’a jamais marché….

 Mais je vais te dire, tout cela ne me semble être que des lots de consolation. Parce que j’ai peur. J’ai peur des conséquences de ce traitement sur mon cycle féminin, mon fonctionnement interne et biologique. C’est une peur profonde et irrationnelle, que mon compagnon ne comprend pas du tout. Mais c’est comme si tu disais à un objet sphérique de devenir cubique. Comme si tu cherchais à changer son essence même. Je suis cyclique. En cassant mon cycle hormonal et biologique, j’ai peur de casser ma nature cyclique de femme… Comment l’exprimer à quelqu’un qui ne comprend pas cette essence-là ??? Comment l’accepter ?

Tout dépend si c’est ton cycle biologique qui crée ton cycle énergétique. Ou si c’est ton cycle énergétique qui crée ton cycle biologique. Sont-ils la transposition l’un de l’autre ? Si l’un est arrêté, l’autre est-il aussi stoppé ? Ou peux-tu continuer à vivre ton cycle énergétique féminin d’une autre façon ?

 Je n’ai pas la réponse. Si je l’avais, je n’aurai probablement pas cette peur, ni cette réticence…

Je te demande de réfléchir à ce que tu es prête à abandonner. Préfères-tu conserver tes règles et être malade chaque mois, à chaque menstruation ? Sachant que cela peut te rendre définitivement stérile ? Ou préfères-tu abandonner ton expérience physique du cycle féminin pour cette vie restante ?

… N’y-a-t-il pas un autre chemin ? Une autre voie qui ne soit ni l’un ni l’autre ?

Peut-être. Peut-être que cela dépend de ta capacité à surmonter les obstacles. Reconnaître le choix en est déjà un. Trouver une autre porte en est un autre. Nous en reparlerons.

7 juillet 2015

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3 commentaires sur « Sang sacré »

  1. Bonsoir Célia,
    J’espère que 3 ans après cet article, tu es plus apaisée. Que le choix que tu as fait t’a apaisée.
    Je trouve que tes articles sur la féminité devraient être envoyés à beaucoup de femmes car convaincue que beaucoup se sentiraient comprises et accepteraient mieux leurs propres questionnements.
    Plus jeune j’ai également détesté avoir les règles, je n’avais que quelques douleurs et je manquais parfois les cours mais c’était l’idée de ce sang qui coule et qui peut tâcher les vêtements qui m’insupportait. Avec les classes de 1ère et terminale, j’ai réalisé que c’était un sang merveilleux puisque c’est lui qui permettrait de « nourrir » l’éventuel bébé mais je restais peu joyeuse à l’idée d’avoir mes règles. Cette année c’est un bel article de Crystalia qui m’a apporté toute la douceur sur le renouvellement des énergies.
    Je voulais te demander si finalement tu as constaté que c’est le cycle biologique qui crée le cycle énergétique ?
    Je t’envoie beaucoup de douceur

    1. Bonsoir Heleneveil,
      Merci pour tes mots. Je pense qu’il y aurait toute une éducation à faire pour aider les jeunes filles à découvrir sereinement leur cycle.
      Pour répondre à ta question, je pense de mon expérience que c’est plutôt le cycle énergétique qui en l’enclenche le cycle biologique. Car même sous ménopause artificielle à cause de l’endometriose, j’ai un pseudo cycle et des phases de purification de mes énergies (ce a quoi servent aussi les règles).
      Bises

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