La douleur du départ

Auteur : Kaminari san
Auteur : Kaminari san

Pourquoi est-ce que je n’arrive plus à écrire sur mon blog ? Je me sens dans une impasse, dans tous les domaines. Dans la spiritualité, parce que je me sens déconnectée de tout, et plus capable de manipuler les énergies. Dans mon logement, parce qu’il est étroit et moisi et que je ne trouve pas autre chose. Dans mon travail, parce qu’on attend beaucoup de moi et que je vais devoir prendre une importante décision. Dans ma vie sociale, parce que je n’ai rencontré personne avec qui me lier. Dans ma santé, parce que j’ai l’impression de ne pas m’en sortir avec mes nouveaux traitements hormonaux. Dans ma vie de couple, parce que je n’arrive pas à gérer mes émotions, ni mes blocages liés à la sexualité. Dans ma vie familiale et amicale, parce que je me sens coupée de toute ma famille et de mes amis en métropole.

Je me sens perdue et déracinée. J’ai l’impression d’être dans un environnement hostile, où chaque étranger est un potentiel agresseur. Tout m’est étranger : les plantes, les animaux et insectes, les constellations dans le ciel, le climat et le cycle des saisons. Je n’ai plus aucun de mes repères. Je ne peux plus me promener sous les forêts de chênes et de châtaigniers, observer la constellation d’Orion, prêter attention aux cris des Corneilles, identifier les fleurs sur mon chemin, cueillir du millepertuis pour en faire une huile, reconnaître le chant des oiseaux, parcourir le chemin familier qui mène au moulin, observer les orchidées sauvages dans le jardin, manger des cerises dans l’arbre de mon oncle. Aller me recueillir sur la tombe de ma grand-mère, embrasser ma mère, chatouiller mon père, faire râler ma sœur, goûter le gâteau de mon grand-mère, me moquer de mon cousin. Rire avec Laurie Anne et Camille, faire du shopping entre amies, observer le bonheur de Marion. Parcourir ma bibliothèque ésotérique, faire sécher mes plantes, prendre soin de mes cristaux. Observer la pleine lune dans un champ, écouter la pluie en emmitouflée sur le canapé. Manger les gâteaux de mon père, me chamailler avec ma mère. Rentrer à la maison.

Tout ça me manque horriblement. Je savais que ce serait dur de partir, mais je ne pensais pas que cela m’arracherait le cœur comme ça. J’ai l’impression d’avoir tout perdu. Mon cocon protecteur, ces petits riens qui faisaient mon bonheur et me donnaient chaud au cœur. Je pensais que la découverte d’un nouvel endroit et d’un nouveau milieu naturel m’émerveillerait et m’occuperait l’esprit. Que cela compenserait la douleur du départ et la perte de tout ça. Mais la vérité c’est que je n’ai même pas envie d’en profiter. Parce que je suis trop mal.

Malgré le fait d’être avec mon compagnon, de garder contact avec ma famille, d’avoir accroché mes images préférées, d’avoir amélioré mon appartement, de travailler sur un sujet intéressant, de faire un atelier de peinture, de manger du chocolat et de m’offrir des boucles d’oreilles.

Rien ne semble consoler mon cœur qui a mal et qui pleure à longueur de temps. Mes proches attendent de moi que je sois heureuse, parce que c’est moi qui ai décidé de partir, que c’est eux qui restent avec le vide de mon absence. Parce que c’est moi qui suis partie sur une île tropicale où la vie est sensée être paradisiaque.

Mais je ne vois que le négatif, je lutte encore et encore. Pour améliorer les choses. Pour essayer de maîtriser mes émotions, de faire les choses bien. Pour essayer d’être heureuse. Mais je ne le suis pas du tout. J’ai rarement pleuré autant durant toute ma vie. Même si au moins, maintenant j’arrive à dormir (ce qui n’était pas le cas dans mon job précédent…). Je me sens perdue sans mes repères et mon chez moi réconfortant. Je me sens seule au milieu d’une foule hostile. Je me sens rejetée par ce lieu, ces gens et cette culture. Ce qui est très probablement une projection de mon mal être. Mais j’ai beau essayer de rester ouverte aux gens, à la vie, aux opportunités, je n’y arrive. Je me sens trop mal.

Pourquoi tout ça alors ? Des fois je me demande si je ne ferais pas mieux de rentrer. Mais pour aller où ? Faire quoi ? Avoir la sensation de fuir et d’abandonner les responsabilités que l’on m’a confiées ? Je m’imaginais les choses tellement différemment. Je voulais venir pour construire ma bulle avec mon compagnon, siroter des cocktails sur la plage avec lui, découvrir de nouveaux paysages ensembles. Mais mon mal être contamine tout, je n’arrive pas à profiter de l’instant. Pire, je me sens faible et vulnérable sans lui. Comme si j’allais casser à la moindre altercation, et qu’il n’y aurait personne pour ramasser les morceaux à la petite cuillère… Je me sens parfois si épuisée que j’ai juste envie d’abandonner, et d’aller dormir, de ne pas me lever le lendemain. A quoi bon ? Je n’arrive plus à trouver de la force, de l’espoir, de l’envie et de la joie de vivre. J’attends que le temps passe… et il passe tellement lentement, en s’étirant sans fin…

Une amie à moi me dit que je suis trop dure avec moi-même, que je suis malade et que cela risque de prendre plusieurs années pour trouver le traitement hormonal adéquat, que c’est normal d’être perturbée dans le processus, que je suis loin de ma famille et de mes amies, dans un environnement nouveau où je ne connais personne, que je me remets à peine de la pression anormale qui m’était mise dans mon job précédent… Que si j’arrive à faire face à tout ça, j’aurai vraiment surmonté une « sacré épreuve ».

Alors oui, je peux être dire que « j’ai le droit de me sentir mal » face à tout ça. Mais cela ne change pas la situation. Cela n’efface pas les éclats et les disputes, les blessures et les agressions vécues. Un cœur blessé peut-il comprendre que la personne d’en face la blessée involontairement parce qu’elle est faillible ? Et qu’elle n’arrive pas à faire face ? Qu’est-ce que cela change quand on se sent mal ?

Comment transformer la situation quand on se sent si impuissant ?

31 août 2015

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