Cœur cassé

Artiste : NanoMortis
Artiste : NanoMortis

Comment je vais ? A vrai dire, ça m’a touché que Bluebird me pose cette question. Cette question que je n’ose même pas me poser à moi-même depuis quelques semaines déjà, tellement je sais que la réponse est très loin du positif…

Comment peut-on faire face honnêtement à cette question quand l’on se sent se déliter de l’intérieur, tout doucement mais surement sans savoir comment  arrêter ce processus ? Comment ? Je crois que j’ai dépassé le stade du désespoir, celui même de pleurer sur moi-même et de prier pour avoir de l’aide. Pour passer à celui de celle qui subit en attendant la fin… la fin de quoi, je ne sais pas. Ça commence par attendre la fin de la journée, la fin de la semaine de travail, la fin du mois. Sans perspective. Sans envie et sans énergie.

Je ne sens plus la force de rien. Même plus d’écrire sur mon blog, encore moins de cuisiner, d’appeler mes proches, ou de faire quelque chose de créatif en rentrant le soir. Je suis épuisée par mon travail, le stress qu’il induit, par mon supérieur et sa façon d’être, ses énergies. Je suis lassée de ma sciatique qui ne passe pas malgré le traitement, d’avoir mal en permanence depuis des semaines.

On dit que la douleur use, je crois que c’est très vrai. La douleur vive et acerbe des crises d’endométriose me le faisait déjà dire. Elle me faisait changer, me recroqueviller sur moi-même, pleurer de souffrance, me renfermer dans une bulle physique et émotionnelle. Mais que dire de la douleur sous-jacente et constante ? Celle qui ronge les nerfs et nous fait craquer au bout de 2 ou 3 semaines… ? Celle-ci me rend littéralement folle.

Je n’ai rien de joyeux, rien de positif, rien de constructif à écrire, alors je n’écris plus. Je n’en ai de toute façon absolument pas la force en ce moment. Alors j’attends, en attendant que ça passe, en essayant les traitements, la kiné, les étirements, en dormant beaucoup. J’attends que cette crise de fatigue sévère s’atténue, en ne me forçant pas, en me reposant.

Je marche au milieu de cette société, je marche dans la rue, je marche dans un centre commercial et je me demande « à quoi bon ? Quelle est le sens de cette vie de consommation ? » N’est-on que ça ? Des consommateurs ? Mon âme ne se satisfait pas de cette perspective. Mais la fatigue m’empêche même de trouver du réconfort dans la spiritualité, mes rêves, mes guides étant eux aussi absents… Et rien ne fait sens à mes yeux, rien ne parle à mon cœur.

Je me sens vide. Et mon cœur pleure. Combien de temps va-t-il donc pleurer mon compagnon parti ? Combien de temps chaque musique, chaque sujet me le rappelant vont écrabouiller les miettes de mon cœur ? La colère ne me sert à rien, l’espoir non plus… Parfois il me semblerait tellement plus simple, tellement moins de douloureux de vivre sans émotions… De déposer mon cœur écorché quelque part, de le confier aux racines d’un arbre, et de le laisser battre loin de moi.

Mais je ne sais pas comment faire ça. Alors je reste, avec toutes ces émotions trop lourdes et encombrantes, qui semblent ne jamais cesser de jaillir de quelque part, alors même qu’à chaque fois je croyais la source tarie… Alors même que le temps est censé avoir commencé son œuvre. Mais il semble n’avoir aucune prise sur ma souffrance, tout au plus la masque-t-il, rendant ses apparitions encore plus brutales et vicieuses.

Et je me demande sincèrement, est-il plus heureux maintenant ?

Car moi, j’aimerais trouver un remède pour me redonner goût à la vie.

Je suis fatiguée de lutter, fatiguée de me lever chaque jour, et fatiguée de devoir continuer à avancer.

Qui est là  auprès de moi ? Si le temps n’a pas fait son office sur les plaies de mon cœur, elle l’a fait sur la mémoire de mes proches, qui donne l’apparence que la chose appartient au passé. Ont-ils conscience de ma fragilité ? Ont-ils même envie de le savoir ?

Le temps passe, la vie continue, mais mon cœur s’est arrêté de marcher normalement. Il ne semble plus vouloir ressentir de la joie, malgré tous mes efforts. Il n’y a que la fuite de la réalité qui permet de l’apaiser un instant. Pourquoi ? Pourquoi ne peut-on se défaire de telles émotions ? Je sens la souffrance m’enfermer dans une bulle de solitude, doucement et surement. Et je sens toute mon impuissance face à cet isolement progressif qui semble inéluctable… et invisible aux yeux de mes proches si éloignés de moi…

30 avril 2016

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Sur le bord de la route…

Auteur photo : Les rêves de Celia ©
Auteur photo : Les rêves de Celia ©

Je me sens stressée et oppressée depuis que je suis revenue du travail. Cela fait à peine 2 jours que j’ai repris, et je suis épuisée. Je compte les heures et les journées passent à un rythme tellement lent… Je ne comprends pas comment cela se fait, alors que ce n’était pas comme ça au début, que j’aimais ce que je faisais. Et que mince, j’ai quand même l’opportunité de faire un travail assez unique en son genre, dont je n’aurai pu rêver en sortant de l’école ! Je ne comprends pas et cela me désespère…

C’est une mauvaise passe à supporter. Le problème c’est que le travail seul n’est pas le plus important. Il y a aussi l’ambiance, les relations au travail, les énergies qui t’entourent et te pèsent. Et comme tu ne sais pas maitrisée ton hypersensibilité, tu te prends tout de plein fouet.

Mais je ne sais pas comment faire. Même en essayant de prendre mes distances, de ne pas rentrer plus dans la conversation, de ne pas rebondir sur les plaintes de mon collègue, rien n’y fait… Sa colère, sa frustration, son angoisse, son ras le bol, j’ai l’impression de tout me prendre en pleine figure. Comme s’il essayait de se décharger de toutes ces émotions sur moi. Mais je ne suis pas sûre qu’il en soit conscient. Après tout, peu de gens considèrent que les émotions sont des énergies (ou plutôt des charges portées par une énergie) qui peuvent s’envoyer, se recevoir, se ressentir. Et ça m’énerve, parce que j’essaye de me protéger, j’essaye de ne pas rentrer dans son jeu, de garder mes barrières pour ne pas prendre ce qui ne m’appartient pas. Mais c’est comme si j’étais une éponge malgré moi. Je ne peux quand même pas arrêter de parler avec et éviter mon supérieur ! Alors je ne sais pas comment faire… Vraiment pas comment faire. Je ne peux pas lui en parler de manière frontale, il ne comprendrait pas et se braquerait… Je ne peux pas éviter de lui parler quand je fais du covoiturage avec lui… J’essaye alors de réorienter le sujet vers quelque chose de « plus » léger. Mais on dirait qu’il a besoin d’une oreille et que je joue bien ce rôle malgré moi. Je n’en peux plus, je ne sais plus comment gérer ça…

Et puis ?

Et puis le climat au travail est merdique. On n’a pas reçu les subventions, alors c’est super compliqué pour nous payer, pour ceci, pour cela… J’ai surpris sans le vouloir une conversation qui m’a glacé. Ils parlaient de licencier une de mes collègues indirectes, affiliée à une autre structure. Alors que la présidente me l’a présenté comme une de ses filles quand je suis arrivée, que cela fait des années qu’elle est là, ils lui cassaient du sucre dans son dos. J’imagine que puisqu’il n’y a pas d’argent, toutes les excuses sont bonnes pour la virer… Je n’en revenais pas. Et sa collègue qui en rajoutait une couche, comme pour dire « c’est elle qui ne vend pas assez, c’est elle qu’il faut virer »… Horrifiée d’entendre ça, horrifiée de savoir ça alors que cette personne ne le sait pas… Je ne sais rien de leurs histoires, de la véracité de leurs arguments, et je ne veux pas savoir. Mais cela me fait me poser des questions. Après un de mes collègues m’affirmant que c’était cette personne qui se salissait le plus les mains et faisait le job « ouvrier », je me demande comment va faire l’autre collègue qui ne veut pas se casser un ongle pour tout faire toute seule.

Et si on la vire elle, alors pourquoi pas moi ? Bref, une belle claque dans ma figure pour me rappeler que, même si j’ai signé un CDI, ce n’est pas pour autant que mon poste est stable… Qui sait ? Si ça continue comme ça je pourrais bien être licenciée économiquement. Pas forcément parce qu’ils ne voudraient plus de moi, mais parce qu’ils n’auraient pas reçu les subventions pour nous payer… J’essaye de ne pas y penser, parce que de toute façon je n’ai aucun pouvoir là-dessus, mais cela n’allège pas les tensions.

Mais que puis-je faire s’il décide de me virer parce que mon boulot ne leur convient pas sur mon nouveau poste ? Je me sens vraiment incompétente et en insécurité, car les outils ne m’ont pas été transmis, je n’ai pas été formée sur le terrain. Alors, je sais que ce n’est pas ma faute… mais si eux décident qu’ils s’en foutent et veulent me remplacer par un autre VSC arrivant qui connaît mieux les plantes ?

Et bien alléluia, tu rentreras en métropole. Ce n’est pas ce que tu veux ?

Pas dans ces conditions-là. Et puis, j’ai besoin d’un peu plus de temps ici, je me suis donnée une année pour explorer les pistes qui me sont offertes ici, sur ma maladie, sur mon féminin, sur les cercles de femmes. Alors si les circonstances font que je dois rentrer, je rentrerais, mais ça serait dommage. De toute façon peu de choses m’attendent en métropole. Certes il y a ma famille, et quelques amies éparpillées aux 4 coins de la France. Mais ce n’est pas avec eux que je vais vivre au quotidien. Je ne me vois pas ré emménager chez mes parents entre autre…

Ce que j’aimerais juste, c’est que mon travail ne soit pas un enfer au quotidien. Parce que ma vie me semble bien difficile en ce moment. Entre mes galères de voiture, ma maladie, me remettre de ma rupture, la solitude, je crois que je craque.  La nourriture n’arrive même plus à être une compensation, une motivation ou une récompense, comme d’habitude. Aucune activité ne me donne une perspective de joie, tout me semble être une corvée, même les cours d’astrologie et j’ai envie d’abandonner. A quoi bon ? Je n’ai pas envie d’apprendre l’étude des relations de couple dans un thème…

C’est parce que tu n’as pas fini le deuil de ton couple.

Je ne sais pas si je le finirais un jour tu vois. Alors je sais, tout le monde dit ça quand il sort d’une relation longue qui a beaucoup affecté la personne. Mais je ne suis pas du genre à me remettre en couple pour oublier, pour guérir ou pour me chercher mieux. Je suis plutôt du genre à panser seule mes blessures et les lécher jusqu’à ce qu’elles soient à peu près propres et si possible cicatrisées.

Mais je ne sais pas comment cicatriser de cette relation. J’ai juste l’impression d’avoir perdu le gout de vivre et de ne pas savoir comment le retrouver… Tout le monde trouve ça normal, mais cela fait déjà 6 mois et je trouve ça long… Comment lui a-t-il pu passer à autre chose en moins de 3 mois ? Comment ? J’aimerais bien moi aussi ! Mais même en ayant pris conscience de nos besoins différents, une part de moi inconsciente n’arrive pas à tourner la page. Je rêve encore de lui. Les rappels de lui me sont douloureux.

J’ai décidé d’être patiente avec moi-même. De ne pas me forcer, de ne pas me fustiger pour réussir à tourner la page. Malgré cela, je me sens désemparée… Jusqu’à quelle profondeur de mon être ai-je donc été blessée ? Comment en guérir durablement ? Quand cette histoire n’a fait que remué le couteaux dans la plaie de mes blessures préexistantes.

Alors je sais que je dois guérir mes vieilles blessures pour que cette rupture ne me fasse plus aussi mal. Mais je ne connais pas de miracle. Juste le temps qui passe pour laisser le temps de guérir et de la douceur pour panser les plaies. Mais je crois que je suis une piètre infirmière. C’est toujours plus facile pour les autres, d’avoir l’oreille attentive, de trouver les mots, d’apporter un soutien sans jugement. Quand c’est avec soi-même, c’est une tout autre histoire. Et la volonté de s’apporter à soi-même de la douceur ne permet pas forcément de déverrouiller son propre cœur et d’arriver à ressentir de l’amour envers soi-même.

Je sais qu’il est vain de le détester pour tout ça. Que quelque part c’était inéluctable à partir du moment où l‘on s’est rencontré. Des fois, je me dis que ce serait plus simple, d’être en colère contre lui, plutôt que de ressentir cet océan de tristesse, ce vide, cette absence de couleurs. Comme si ma vie était devenue terne, n’avait plus la même saveur, quoi que j’y fasse.

Cela me rend presque les lèvres acides, d’admettre ce trou dans mon cœur qui ne se répare pas, alors que lui a continué a tracé son chemin, s’est remis en couple. Comme un aveu de faiblesse. Comme un aveu d’un trop plein d’amour dont il ne se serait jamais rendu compte. Comme un sentiment de rester cassée sur le bord de la route, le destin ayant méchamment joué avec mon cœur.

Et je m’en veux à moi-même d’être encore si attachée à lui, d’avoir tous ces souvenirs qui remontent et cette envie de rentrer chez lui en disant « tadaima ». J’ai parfois envie de déchirer tous ces souvenirs de ma tête tellement ils sont douloureux. J’ai beau essayer de les fuir, ils ne font que m’exploser au visage. Le battement accéléré de mon cœur alors que je prenais l’ascenseur pour chez lui, toujours, peu importe le nombre de fois. Le son de sa voix lorsqu’il m’accueillait tout heureux de me voir rentrer. Les pas feutrés sur la moquette, le canapé rouge. Son odeur, la douceur de sa peau, le goût de sa bouche. La douceur et l’amour dans son regard… Comment des choses qui m’ont rendu si heureuses peuvent-elles maintenant me faire tant de mal par leur absence et leur souvenir ?

12 avril 2016

Ballade photo

Auteur photo :
Auteur photo : Les rêves de Celia ©

Alors tu as pris des photos intéressantes aujourd’hui ?

Oui, c’est vrai, il y en a quelques-unes que j’aime bien, même si ça reste très amateur. C’était une bonne idée d’aller prendre des photos pour me forcer à prendre l’air et sortir un peu. Je n’ai pas trop la motivation ni le courage de sortir depuis mon arrêt maladie.

Tu restes enfermée dans ton cocon ?

Je ne me sens pas bien, vraiment pas bien. Physiquement, parce que mon corps est épuisé d’un rien et que dès que je fais un effort j’ai mal aux ovaires. Mais aussi moralement, je crois que je déprime… J’ai toute cette tristesse qui remonte de je ne sais où…

D’abord le deuil de ma grand-mère, que je n’avais que partiellement fait parce que j’étais trop occupée à soutenir la famille et faire bonne figure pour l’accompagner vers la lumière. Et maintenant le deuil de mon couple, que je croyais déjà avoir fait… Cette nuit, j’ai rêvé de mon ex-compagnon. C’était pénible et le réveil a vraiment été dur.

Je me sens vraiment très très fatiguée en réalité. Malgré ma semaine de repos forcé. Je vois bien que je n’ai plus envie de rien, ni de cuisiner, ni de sortir, ni d’écrire sur mon blog. Si je n’avais pas pris ces photos, je n’aurai rien eu comme sujet m’amenant à écrire.

Ça va, tu as le droit de te sentir fatiguée, tu as le droit d’être déprimée. La vie n’est pas toujours faite que de haut. Cette tristesse en toi est bien réelle, cela ne sert à rien de la combattre ou de la fuir, ce n’est pas comme cela que tu t’en allégeras.

Je pensais être passée à autre chose. Je pensais avoir déjà évacuée tout ça, en être un peu plus loin.

Parce que pour toi, être triste est la preuve que tu n’as pas avancé spirituellement ?

Je sens toutes ces énergies si lourdes, en moi, autour de moi, comme je ne les sentais pas il y a quelques mois. J’ai l’impression d’être retombée des années en arrière, comme si tout le chemin que j’avais fait n’avait rien allégé. Tout est là, tel quel, intouché, juste mis en bouteille au fond de moi. Alors oui, j’ai le sentiment de régresser. Pas que le fait d’être heureuse et joyeuse soit synonyme « d’avancée spirituelle », juste que je pensais mettre défait un peu plus de mes casseroles.

Je me sens tellement en manque de confiance sur ce que je vis dans ma spiritualité. Et sentir toutes ces lourdeurs, c’est comme me confirmer que tout ce que je capte est déformé par le voile de ces énergies denses, que je ne peux pas transmettre des choses « justes » ou tout du moins de façon alignée. Comme si tout ce que j’étais et tout ce que je faisais était « en décalage ». Voilà, je me sens bonne à rien, même dans le seul domaine de ma vie, en dehors du travail, où je dépasse tant d’énergies. Tout ça pour quoi ?

Je n’ai aucun discernement énergétique, je ne sais pas capter l’origine et le type des énergies que je perçois. J’ai l’impression d’évoluer dans des sables mouvants à l’aveugle. De ne pas comprendre les règles du jeu, de ne pas comprendre ce que je perçois si partiellement.

Ce n’est pas parce que tu es entourée d’énergies lourdes que tu ne peux pas avoir accès à ta propre guidance. La preuve, je suis là. Tant que tu arriveras à ouvrir ton cœur, à dire ce qui te pèse, tu pourras nous capter. Peu importe qu’une tristesse de la taille d’un paquebot t’entoure. Peu importe ce que l’on peut te dire sur la justesse et l’alignement de ce que tu captes. Tu n’as pas à t’en préoccuper, car c’est pour toi-même que tu le fais. Pas pour un tiers. Peu importe donc les projections que tu peux faire, puisqu’elles ne te concernent que toi et sont un reflet de toi-même, qui permet aussi de t’observer en miroir.

Tu as vu que parfois, lorsque certaines personnes te parlaient de leur vécu, de leurs expériences similaires, tu ressentais parfois de vives émotions que tu leur collais dessus comme une étiquette, prétextant ton empathie, alors qu’en réalité, c’était toi qui projetais dessus tes propres sentiments en résonnance. Voilà pourquoi il n’est pas si facile de faire preuve d’une « juste » compassion avec autrui, sans leur prêter des sentiments qu’ils n’ont pas, mais en accueillant bien leur vécu, sans laisser le sien propre prendre la place. C’est de cela que l’on parle quand on dit « alignement » pour aider autrui avec justesse.

Mais ce n’est pas ce que tu fais ici, tu ne l’as jamais prétendu, au contraire. Tu écris pour toi, pour t’aider toi-même à trouver ta propre guidance dans la noirceur de ta nuit de l’âme. Comme un peu de baume au cœur pour t’aider dans ce désert.

Alors laisse-moi te consoler, laisse tes larmes couleur, tu en as le droit. Ici c’est ton sanctuaire, tu peux t’y montrer vraie. Tu peux pleurer alors que le monde extérieur te demande de sourire. Tu peux dire que tu n’as pas envie d’aller au travail demain, alors que tout le monde te demande de leur dire que tu reprends avec grand sourire.

Je n’ai pas envie de reprendre le travail. J’ai besoin de vacances, de me changer les idées. J’en ai marre de l’ambiance pourri qui y règne à cause des problèmes financiers. J’en ai marre de reprendre ce poste sans être formée ni que l’on me donne les outils adéquats… Je suis fatiguée de chercher une voiture sans trouver, de devoir prendre le bus et perdre mon temps… Je suis fatiguée d’être angoissée à cause de tout ça. Je n’ai pas envie de voir mon supérieur. J’ai de plus en plus de mal à supporter ses énergies, sa façon de passer sa frustration sur les autres, ses emportements, ses plaintes « tu comprends… ». A certains moments, il me sort par les trous de nez, et je me porte beaucoup mieux quand il n’est pas là. Et je n’aime pas penser à tout ça. Je n’aime pas sentir mon mental qui s’agite sur ses sujets, ressasse ces idées, m’empêche de dormir à 4h du mat.

Tu préfères ne pas y penser ?

Ça me dérange tu vois. Ça me dérange cette situation, parce que je me sens prise en étaux, entre ce que je supporte de moins en moins avec le respect de moi-même, et le fait de devoir m’adapter et m’assouplir, me plier à la situation. J’en ai marre. Et quand c’est comme ça, ce n’est pas bon. Je perds ma patience, j’explose, je peux dire ou agir de façon déplacée à cause du ras le bol. Et ça risque de faire des étincelles et de ne pas bien se passer. En gros, que je renvoie vertement mon supérieur dans les roses parce qu’ils dépassent parfois les bornes. Ça me pèse et ça me stresse cette situation. Je déteste quand on me demande des choses que je ne peux pas faire, parce que ni les outils ni les connaissances ne m’ont été transmises, et qu’en plus on me le reproche au lieu de le faire auprès de la collègue incriminée… Franchement, je n’aime pas comment cela se passe…

Que peux-tu faire pour améliorer la situation ?

C’est une bonne question… Je ne sais pas… Prendre du recul émotionnel ?

Tu n’es pas responsable de ton manque de formation et du manque de transmission par ta collègue. Tu ne peux pas donc pas culpabiliser de ne pas pouvoir faire le travail attendu. Fais du mieux que tu peux, avec ce que tu as, laisse ton supérieur tempêter sans le prendre pour toi, détache toi des émotions qu’il peut émettre, mais n’hésites pas à souligner les lacunes et les manques qui t’handicapent. C’est son job à lui de coordonner, lui aussi fait trop de choses à la fois, et n’a pas bien gérer la transition. Il a attendu le dernier moment jusqu’au bout. Il n’a jamais donné la consigne à ta collègue de t’apprendre la reconnaissance botanique et l’emplacement des ressources. Elle ne l’a donc jamais fait. Il est tout autant responsable, sinon plus qu’elle-même. Il te faut prendre du recul sur la situation. Beaucoup de recul, vois plus large, dans le temps et dans l’espace. Ton supérieur a aussi ses failles et lui aussi est à bout, donc tout déraille, mais ce n’est que l’expression d’un long processus qui a déjà commencé il y a longtemps, avant même ton arrivée.

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas très optimiste sur la survie de l’association…

Ce n’est pas ton problème, ni ta responsabilité. Tu y vas pour y faire un travail, concentre toi sur ça et laisse le reste de côté. En sachant que tu n’es pas définie par ton travail et en te rappelant que tu ne vis pas pour travailler, mais que tu travailles pour vivre. Et que ce que tu as gagnée, tu le mérites. Tu n’as donc aucune raison de culpabiliser quand tu es en arrêt maladie. Après tout, ces jours-là, ils ne les payent pas, c’est la sécu, à laquelle tu cotises toi aussi. Et comme tu te le disais l’autre jour, ce n’est pas ton supérieur qui te tient la main quand tu es seule et « malade comme un chien » dans ton lit, parce que tu as trop tiré sur la corde au travail. Tu ne lui dois rien. Détache-toi des attentes émotionnelles et des jugements d’autrui. Tu as peur de décevoir ton supérieur ? Et lui, est-ce qu’il se soucie de te décevoir ? Est-ce qu’il s’inquiète pour toi que tu ne te sentes pas formée et armée pour ton nouveau poste ? Est-ce qu’il culpabilise quand tu touches ta paye avec 15 jours de retard ? Remets les choses à leur juste place. Il a d’autres chats à fouetter et toi aussi.

Tu dois prendre soin de toi. Ce n’est pas le travail qui te rendra le sourire. C’est ce que tu feras des fruits que tu en tires qui t’aidera.

Merci.

10 avril 2016

A ma chère disparue

Artiste :
Artiste : Megatruh

Mamie tu me manques. J’aurais aimé être un peu plus en contact avec la femme forte que tu étais, caractérielle, capricieuse mais en même temps authentique, dans toute sa malice mais aussi sa détresse. Finalement, tu ne te préoccupais plus des jugements des autres, d’être excentrique, de n’en faire qu’à ta tête et qu’on se moque gentiment de toi.

On avait beau dire, je crois que personne n’avait connaissance de l’étendue de ta solitude, seule dans ta maison avec ton chien, à attendre, on ne sait quoi… la fin peut-être. Est-ce que tu ressassais les souvenirs de ta vie ? Repensais-tu à ton mari disparu si tôt ? A tes compagnons toujours partis avant toi ? A ton premier fils mort de façon si injuste et incompréhensible ? A ton enfance difficile ?

Quels ont été les bonheurs de ta vie ? Quelle expression avais-tu quand tu as vu ma mère marcher pour la première fois ? Vu ma tante se marier si jeune ? Que connaissais-tu de l’histoire de ta famille ? A quoi a ressemblé ton périple pour retrouver les racines de notre arbre généalogique ? As-tu osé aller parler à ton père biologique ? Qu’as-tu ressenti ?

Il y a tellement de choses que j’aurais aimé que tu me racontes. L’histoire de ta vie, tes souffrances, tes petits bonheur, le chemin que tu as tracé, toujours, en avançant, malgré les difficultés. Je sais que tu as bien mérité le repos dont tu profites aujourd’hui. J’aimerais parfois te sentir près de moi, me tenant la main pour me guider, comme j’ai tenu la tienne quand tu es partie.

Dans quelques jours, tu aurais fêté ton anniversaire. Ta mémoire ne me quitte pas, même après tous ce temps, même malgré la distance. Je ne sais quoi faire de tout cet amour pour toi dans mon cœur, si fort, si présent, au-delà du temps et de l’espace.

Je ne sais pourquoi mon cœur est en peine aujourd’hui, alors que je fus celle qui consolait les larmes lors de ton départ. Car je savais que tu souhaitais partir, c’était ton droit, ta récompense, ton temps du repos si mérité après une longue vie pleine d’épreuves.

Je pense que j’aurais simplement aimé partager plus avec toi, te communiquer un peu plus de mon amour pour toi, de cette chaleur qui te faisait tant défaut, toi qui observait dans la solitude de l’âge nos folles vies à la course incessante, avec si peu de temps pour toi.

J’aimerais te dire que je t’ai aimé, que souvent je ne t’ai pas comprise, que j’ai été choquée, surprise, attristée parfois par ta façon d’être, mais que cela ne m’empêchait pas d’apprécier ta personnalité si unique et bigarrée.

Et je sais que je brode dans une tentative vaine de renouer le lien avec toi, à travers ce que tu m’as appris, ce que tu m’as offert. Sans comprendre ce vide dans mon cœur, ce vide dans ma vie, alors que je sais que tu es quelque part, sur ton juste chemin.

Mamie, je t’aime !

Je pleure le temps passé,
Je pleure ces souvenirs éloignés,
Je pleure cette enfance à jamais égarée.

Les fleurs se fanent sur ta tombe
S’effritant, alors que les saisons dansent leur ronde,
Je tends encore une fois l’oreille
pour entendre ta voix,
Mais seule l’écho de la corneille
Répond à mon émoi.

Je voudrais te sourire
encore une fois,
Je voudrais rire
Et simplement te prendre dans mes bras.

Tu as bercé mon enfance
De ta farouche présence.
Tu as créé des fossés
Et déclenché des raz de marée.
Intransigeante à tes caprices
Masquant fort bien ta malice,
Tu t’es parfois joué de nous,
Pour crier ta détresse,
Mais c’était toujours
Car tu recherchais notre tendresse.

8 avril 2016

Écho : A ma disparue