Fatigue à l’âme

Artiste : Kuvshinov-Ilya
Artiste : Kuvshinov-Ilya

Comment réparer un moral cassé ? Où commence la dépression ? Où s’arrête l’impact des hormones, celle de la fatigue et de la maladie ? Ces questions, je me les pose souvent alors que j’ai chroniquement de grosses baisses de moral. Je m’interroge alors, sur le pourquoi, sur l’origine pour espérer y trouver une solution. Et je me trouve toujours confronter à ce magma de confusion, à cette absence de réponse, et cette solitude profonde face à l’incompréhension voir le désintérêt de mes proches. « Elle n’a pas le moral aujourd’hui, ça passera… »

Oui, mais quelle sera la fois de trop ? Celle où je commettrais une erreur irréparable, en blessant par les mots un proche, en brisant quelque chose de précieux ou en négligeant mon corps ?

Je me sens non équipée pour faire face à ce quotidien qui m’épuise, à toutes ces émotions et désirs extérieurs, qui parfois semblent m’écarteler, le peu de fois où je m’y soumets. C’est souvent pour ça que j’ai tendance à m’isoler, lorsque je suis seule, je me sens protégée de ce raz de marée d’émotions extérieur, ayant déjà du mal avec mes propres émotions. Seulement, ce n’est pas une solution, car alors je ne vis pas. Je reste dans ma bulle, à attendre que le temps améliore les choses, à espérer une solution, une guérison.

Mais guérit-on seulement de l’hypersensibilité ? De cette chose qui provoque des surréactions à tout, une envie de pleurer face à une petite contrariété, une tristesse violente comme un raz de marée face à une affirmation sur soi erronée d’un proche, une colère démesurée face à du désintérêt ou de l’incompréhension de la part des proches ?

Et qu’est-ce que c’est d’abord ? Est-ce réellement l’impact de mes hormones et de mon traitement hormonal qui est responsable de cet état plus qu’instable émotionnellement ? Où est-ce justement mes ovaires dystrophiques et un traitement hormonal inadapté ? Est-ce la fatigue de mon corps, qui relâche la pression alors que je suis en vacances ? Est-ce la douleur de ma rupture dont je n’arrive pas à guérir ?

Cela fait des mois que je mets cet état émotionnel à vif sur le compte des hormones, mais est-ce vraiment cela ? Lors de mon 1er traitement hormonal, j’étais très compliquée à vivre pour mon ex-compagnon, irritable, instable, hyper sensible et chamboulée par ses réactions à lui, comme écorchée à vif par toutes les émotions que je pouvais ressentir, quelles soient les miennes ou les siennes. Lorsque j’ai changé de traitement, j’ai vu une différence, et c’est là que j’ai fait le rapprochement entre mon état et le 1er traitement. Mais il était trop tard… Le mal était déjà fait.

C’est cette même hyper sensibilité qui m’a amené à me sentir agressée verbalement, par des hommes dans la rue, de façon répétitive et à prendre conscience de ma peur (voir cet article). Début d’une boule de neige sans fin, déclencheur de la rupture…

Mais tout ça, est-ce réellement liée à ma maladie ? Ou simplement au fait que je suis hypersensible et que je n’arrive absolument pas à le gérer ?

Quand je lis ce témoignage sur l’hypersensibilité, je m’y reconnais. Je m’étais aussi reconnue dans un livre sur les personnes hypersensibles et douées. Ok. Mais comment on apprend à gérer ça ? J’ai l’impression que depuis que j’ai commencé mes traitements hormonaux, mon hypersensibilité a explosé tous les plafonds. Et pire, du fait de vivre seule, dès que je suis soumise aux émotions des autres, je le supporte de moins en moins bien. Augmenté en cela par mon décalage à cause de la maladie et de la fatigue, qui me force à avoir un rythme de vie plus lent, à voir les choses différemment de mes proches.

Je ressens alors parfois une réelle incompréhension et une réelle solitude. Mes parents ne semblent pas avoir le temps de s’arrêter et de considérer ces « détails » occupés comme ils sont à travailler, et si loin – ce que je peux comprendre du point de vue de la raison, mais qui coince émotionnellement. Y a-t-il seulement quelqu’un pour comprendre ce qui se passe dans mon corps et dans mon cœur ? C’est impossible et je me sens emprisonnée dans ces limitations…

Je suis fatiguée de ressentir, sans pouvoir appuyer sur un bouton pause, sans pouvoir atténuer mes émotions. Épuisée de me sentir mal et de pleurer sans raison, alors que le soleil brille dehors et que j’ai la vie devant moi. Découragée que ce mal être me mine et me vide au point de m’empêcher de profiter du présent et des bonnes occasions quand il pointe son nez.

Parce que je n’ai aucun contrôle dessus. Ce n’est même pas que je rumine des pensées négatives, ni même que je reste seule dans mon coin sans en parler. J’ai beau le dire, j’ai beau pleurer, j’ai beau l’écrire, ce mal-être revient encore et encore. Malgré que j’apprenne à faire preuve de douceur envers moi même, malgré que je me fasse ma tisane préférée, que je me roule dans mon plaid moelleux, que je lise un livre, que j’appelle des proches, que je me cuisine des cookies, que je me fasse des cadeaux. Malgré que j’ai arrêté de porter du noir pour ne plus être enfermée dans ces énergies, malgré que je parle à ma psychologue, malgré que j’ai fait des rencontres positives, malgré que j’ai fait des soins énergétiques.

J’atteins le stade du désespoir. Je ne sais plus comment faire. Je ne sais plus comment aller de l’avant avec cette souffrance sourde. J’ai déjà essayé de l’ignorer, mais elle revient en coup de poing chaque fois plus forte. J’ai essayé de lui trouver une origine, mais à part savoir que la douleur est ancienne, profonde et ancrée dans mon âme, les portes me sont restées fermées. Ce qui n’est pas forcément un mal, car on n’est pas toujours capable d’encaisser la vérité.

Seulement, voilà, je suis dans une impasse sans issue. J’ai beau lever les yeux vers le ciel, crier à l’aide, prier, m’asseoir et m’auto-prospecter, et bien rien… Pas de porte magique, pas de confettis apaisants qui tombent du ciel…

Ce n’est pas comme ça que marche la guidance.

Et comment marche-t-elle ? C’est toujours quand je suis au plus bas, que je vais le plus mal, que je suis incapable de me connecter dessus. Pourquoi ? Pourquoi est-ce toujours au moment où l’on ressent le plus le besoin d’une aide qu’on ne la reçoit pas ?

Parce que vous êtes trop focalisés sur la douleur et qu’elle prend toute la place. Impossible de recevoir un autre signal. La première chose nécessaire est d’évacuer la souffrance, aussi est-il bon de pleurer tout ton saoul, de crier même ta douleur pour évacuer ces énergies lourdes et pesantes.

Puis de respirer profondément. De te recentrer dans ton corps.

Ton prof d’astro disait vrai quand il disait que les douleurs physiques étaient souvent causées par des frictions entre les corps physiques et causals. Tu ressens cette déchirure et cet écartèlement parce qu’il y a en effet des décalages très grands chez toi. Mais la vérité est que nous ne pouvons pas y faire grand-chose. C’est à toi d’apprendre à apaiser ces « douleurs de l’âme » qui proviennent de choses que tu ne comprends pas, et qui se manifestent dans ton corps à travers ta maladie mais pas que.

A quoi ça sert d’être branchée sur la souffrance de sa propre âme si on n’est pas capable de comprendre et de l’apaiser ? A quoi ça sert de ressentir ça venu de nulle part sans pouvoir y remédier ? Savez vous combien de fois je me sens seule, incomprise, folle et en décalage à cause de ça depuis mon adolescence ? Pourquoi porter cette souffrance alors qu’elle n’a aucune cause dans cette vie là ? Qu’elle est un écho d’une blessure profonde et ancienne ? N’est-ce pas injuste ? Pourquoi devoir supporter ça alors que je n’ai aucun souvenir de mes vies antérieures, aucune explication ? Et que je ne cerne même pas l’origine de la blessure ?

Mais tu cernes avec qui ?

Je ne sais pas… Avec celui qui présente les mêmes troubles de l’âme que moi ? Celui avec qui a commencé l’expression de mes problèmes d’énergies sexuelles ? Et est-ce que cela a la moindre importance au stade où j’en suis ?

Est-ce que tu aimes cette personne ?

Oui, je l’aime. Différemment de la façon dont je l’aimais quand j’étais jeune et naïve. Mais je l’aime, profondément, comme un frère. A chaque fois que je le vois, je ne peux m’empêcher d’être frappée dans la façon dont on est le miroir l’un de l’autre, la façon dont on se comprend, dont on évolue dans les mêmes directions et au même rythme, et ce malgré la distance. Et surtout, je ne peux pas être en colère, ni lui en vouloir pour ce qu’il m’a fait. Je l’ai pardonné dans cette vie ci, parce que je l’aime, même si notre relation m’a fait du mal par le passé. Même s’il lui arrive encore de me blesser involontairement par ses mots.

Mais je ne crois pas qu’il soit conscient de la force de notre lien. Je lui en ai déjà parlé, mais il ne croit pas aux vies antérieures. Il ne croit pas à la spiritualité, il la rejette car cela lui fait peur. Ce que je comprends et ce que je respecte.

Sauf qu’il sera difficile de guérir votre blessure commune dans le déni.

Le déni ? Je sais que c’est ça faiblesse. Il a dénié avoir partagé sa virginité avec moi et la mienne devant nos amis proches, parce que ça c’était mal passé et qu’il n’y a pas eu de suite… Autant dire que je l’ai pris en pleine figure…

Pourquoi cela t’a-t-il rendu aussi triste ? Alors que cela appartient au passé et que toi tu connais la vérité ?

Parce que c’était renier mes sentiments, le fait que, même si ça c’est mal passé, on en a fait le choix conscient tous les deux. Offrir sa virginité, ce n’est pas une paille. Et je l’ai fait par amour. Par ce déni, j’avais l’impression qu’il effaçait cette réalité là, celle de nos sentiments respectifs, même s’ils étaient imparfaits et que les hormones jouaient aussi leur rôle…

Mais aussi, parce qu’à l’évidence, cela a été source de blessures et de blocages pour tous les deux sur le plan de la sexualité. Et qu’on ne peut pas guérir une blessure sans en prendre conscience. C’est comme ignorer la première plaie qui se serait infectée et se répand. Moi j’en ai pris conscience il n’y a pas longtemps. Mais pas lui, et je ne pouvais pas le laisser fermer les yeux de cette façon, alors qu’il se bat pour essayer lui aussi d’avancer et d’évoluer.

Comment réagirais-tu si je te disais qu’il t’avait violé dans une vie passée ?

Je ne sais pas… Je te dirais que cela serait cohérent avec les casseroles que je me trimballe, mais je ne crois pas que j’arriverais à y croire. Je pourrais éprouver autant d’amour et de pardon envers une telle personne ? Parce que ce que j’ai dit est vrai, je ne peux pas le détester… Même s’il était venu à sortir avec ma propre sœur, même si parfois il se comporte comme un con et fait des erreurs. Même s’il m’a menti sur ses raisons pour me quitter… Il est humain et personne n’est parfait, il vit lui aussi ses propres limitations et je le vois se débattre avec.

Je sais que j’en fais de même avec les miennes. Et je suis frustrée de ne pas réussir à déchirer ce voile qui m’empêche d’apaiser cette douleur. Quand je le vois, je me dis qu’on rame sur le même type de bateau, chacun de notre côté. Je le vois, mais cela ne résout rien… Pas plus que de me dire l’origine des blessures entre nous. J’aimerais avant tout un moyen de les apaiser, puis ensuite de comprendre pour guérir.

Mais j’ai besoin d’un répit, de pouvoir souffler et reprendre des forces. Parce que je suis épuisée. Alors comment je fais ? Comment je suis censée faire pour apaiser cette brûlure qui me ronge de l’intérieur ? J’ai l’impression de faire des pieds et des mains, mais de lancer un caillou dans une mare. Ce que je fais n’est pas pertinent ou efficace, sans que je sache pourquoi, ni comment faire mieux.

J’essaye pourtant, je note mes rêves et j’essaye de les comprendre. Mais j’ai l’impression de ramer dans le vide, que les messages passent à côté de mon filet et que tous mes efforts sont dérisoires. Que j’ai beau essayer d’écouter, mes oreilles n’entendent pas. Je ne comprends pas pourquoi… Et cette foutu douleur qui ne me laisse pas en paix, me harcèle et m’empêche de simplement laisser le problème de côté jusqu’à ce qu’une clé apparaisse. C’est à tourner en bourrique.

Personne ne connaît donc un médecin de l’âme ?

28 juin 2016

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Bébé et endométriose

kuvshinov-ilya
Artiste : Kuvshinov-ilya

Je ne me sens pas bien, encore une fois. Émotions bloquées dans la gorge, hyper émotivité, sans comprendre pourquoi, sans comprendre d’où. Cette déprime syndrome « pré-menstruel ». Je pensais que c’était uniquement mon premier traitement hormonal qui avait eu cet effet là, qui me rendait si fragile face aux émotions et réactions des autres. Mais je me rends compte que c’est aussi le cas avec celui-ci, c’est juste que je n’ai personne avec qui vivre au quotidien pour me confronter à ses émotions…

Tout est toujours plus simple quand on vit seule, on n’a pas à se heurter aux habitudes de l’autre, à ses envies contradictoires. On peut rester dans sa propre bulle de douceur, sans avoir à s’adapter, à faire des compromis. J’avais oublié combien il peut être fatiguant par moment de devoir s’adapter en continu. A un nouvel environnement, à un autre rythme de vie, à un régime alimentaire différent. A toutes ces petites choses qui nous rappellent qu’on n’est pas vraiment chez soi.

En ce moment, je suis chez des amies avec un bébé. Un bébé, cela passe avant tout le reste. C’est normal, mais cela provoque en moi des émotions contradictoires : de la fascination, de la curiosité, mais aussi de la frustration et une forme de rejet.
Que faire de l’idée d’un enfant dans ma vie ? De la question de la maternité ? Y suis-je vraiment moins fermée que quelques années avant où j’avais un refus absolu de la maternité ?

Je ne sais pas si je serai capable de porter un enfant à cause de mon endométriose et de ma dystrophie ovarienne, ça fait beaucoup de handicap pour tomber enceinte, si je ne suis pas déjà stérile. Et je ne parle même pas de la capacité à s’occuper d’un bébé. J’ai déjà parfois du mal à m’occuper de moi quand j’ai des crises de fatigue ou de douleurs aux ovaires. Alors m’occuper d’un nourrisson? Il faut sans cesse être là pour lui, répondre à ses besoins, et forcément les besoins des autres personnes autour passent après. Cela me semble totalement incompatible avec mon besoin de cocon de douceur, de calme et de silence.
Je ne me sens pas capable de cette énergie nécessaire, de cette abnégation et de cette patience. Tenir un bébé dans les bras est plus agréable que ce que je pensais. Ça sent bon (quand c’est propre, lol), c’est tout doux et très expressif. Mais imprévisible et capricieux. Il faut constamment s’adapter à ses demandes, c’est un travail monstre.

Je n’imagine pas ma vie avec des enfants. Mon ex-compagnon n’en voulait pas et cela m’allait très bien. Je ne me vois pas en porter un. Je ne m’imagine pas en élever un. Je ne m’en sens pas la capacité et mon endométriose  « justifie » cet absence de désir. A quoi bon faire des plans sur la comète si c’est pour que cela soit impossible ?

Et pourtant, je sens quelque chose de profondément douloureux en moi sur ce sujet là. La symbolique reliée à l’endométriose est « le rejet de la mère », dans mon cas le refus de cette facette là de moi même et donc de la maternité. Et je me demande d’où cela provient, d’où est naît cette blessure… ? De ma propre enfance et de ma relation conflictuelle à ma mère ? Ou n’est-ce qu’une répétition de quelque chose de bien plus ancien ? De cette brûlure à l’âme que je me traîne de vie en vie incarnées ?

Je sens cette profonde tristesse en moi, comme la mélancolie de quelque chose de désiré inconsciemment mais que l’on sait définitivement inaccessible. Et donc une forme de résignation, de connaissance passive du « ce n’est pas pour moi » et de toute façon la part consciente qui ne le veut pas.

Que représente donc un bébé pour moi ? Un miroir cinglant pour mes blessures et une fenêtre ouverte sur le vide de cette facette de la « mère » en moi. Oui je suis capable de tenir un bébé et de lui donner un biberon, de le distraire et de le porter. Mais non, je ne me sens pas capable d’en porter la responsabilité, de l’accompagner dans la découverte de la vie et de lui même, quand moi même je suis paumée et tâtonne pour comprendre comment ne pas chavirer.

Est-ce seulement une question de maladie ou bien de personnalité, de maturité ?

 

22 juin 2016

Montagnes russes

Artiste :
Artiste : Kuvshinov-Ilya

Il y a ces moments où plus rien ne semble avoir de sens, où le désespoir m’engloutit, où je me sens seule au monde malgré les proches, si près, enfin. Ces moments où mes émotions semblent indomptables, une marée de tristesse qui ne cesse de monter sans vouloir déborder pour s’apaiser. J’ai envie de pleurer mais les larmes ne coulent pas. J’ai envie d’être écoutée, mais les mots ne sortent pas. J’ai envie d’être consolée mais les gens sont loin de moi.

Et dans ces moments, je me demande « pourquoi est-ce que j’écris ? », « qui peut trouver quelque chose dans mes écrits ? ». Et pourtant, je m’y raccroche comme à une bouée, désespérée. Il n’y a qu’ici que je peux me livrer entièrement sans peur du jugement. Mais à ma grande frustration, c’est souvent quand je ressens l’envie ou le besoin d’écrire que je n’y arrive pas, que la fatigue est trop forte, que je suis interrompue ou que je n’ai pas le temps de m’assoir pour écrire.

Pour me faire face à moi-même, observer la tornade de mes émotions, la profondeur de mes blessures, la montagne russe de mes sentiments. Je me sens tellement chamboulée et chahutée dans tous les sens, sans comprendre, sans savoir depuis ce regard.

On dit que les yeux sont la porte de l’âme et qu’ils peuvent ouvrir sur le cœur de l’autre. Pourquoi est-ce que cet échange de regard avec mon vieil ami, non vu depuis si longtemps, a provoqué tant d’émotions en moi ? J’y ai vu de l’amour pur, un amour qui ne s’explique pas, un amour qui n’a rien de terrestre et de matériel, un amour sans objet sexuel. Juste un amour pour la personne que je suis. Je l’ai senti. Un amour intemporel et inexprimable avec des mots.

Et je me suis sentie tellement seule après. Terriblement seule. Horriblement triste aussi. Alors que cela ne devrait me procurer que de la joie. Je ne sais pas pourquoi.

Après cela, tout m’a paru vide et insignifiant. Tout.

Peut-on vivre sans ressentir un tel amour ? Cette intensité n’a semblé que raviver le propre vide en mon cœur. Alors même que j’ai revu la veille un de mes ex avec qui la relation s’est terminée de façon… interminée… Avec une sensation de chaud froid. Un accueil chaleureux, pour un lendemain distant où il m’évite. La tristesse de le voir me fuir. La déception des paroles non tenues. La solitude alors que j’ai parcouru tant de kilomètres pour tous les revoir.

Mais quelle importance ai-je dans leur vie ? Moi qui ne fais que passer selon les années ? Qui les rattache à un passé dont le souvenir est plus ou moins non souhaité ? Que puis-je bien représenter ? Alors que je ne sais même pas qui je suis et ce que je peux apporter aux autres ?

Et dans ces moments j’ai envie de fuir, de me renfermer dans ma bulle, pour déverser toute cette tristesse et cette mélancolie dont je ne comprends pas l’origine, et qui me ronge tout doucement. De façon absurde, incompréhensible, disproportionnée. Je suis alors fatiguée d’être traversée par de telles émotions sans filet pour me rattraper.

Pourquoi me sentir si malheureuse alors qu’hier le ciel était bleu et mon cœur empli de joie et d’allégresse ? Alors que j’avais une conscience si aiguë que le bonheur face à des conditions extérieures incontrôlables dépend uniquement de notre regard intérieur pour y faire face ?

Comment peut-on basculer d’un tel extrême à l’autre ? La violence de ce revirement me laisse sans souffle et sans force, impuissante.

Je me demande « encore mes hormones ? ». C’est vrai que pendant deux jours, je n’ai pas pris mon traitement contre l’endométriose correctement, j’ai oublié de prendre une de mes deux hormones quotidiennes. Alors il suffit de ça pour rompre mon équilibre ? Pour m’affecter si profondément ? Mes états émotionnels ne sont-ils qu’artificiels ?

Et je n’ai pas de réponse, encore une fois…

17 juin 2016

Danser

Artiste :
Artiste : Kuvshinov-ilya

 

Je ne sais pas pourquoi, j’ai commencé à avoir super mal au ventre cet après-midi. Pourtant, je n’ai rien mangé de différent de la veille, absolument pas. Du coup, si ce n’est pas la nourriture, alors ça ne peut être que des émotions que je ne digère pas, non ? Or il s’avère que cela a commencé lors de la réunion avec mon supérieur. Alors qu’il me balançait ses énergies de frustration et m’apprenait par là même qu’une de mes missions était au point mort à cause de problèmes décisionnels et de réglementation…

Je ne suis pas étonnée, je m’y attendais. J’ai déjà soulevé ce problème là il y a environ 6 mois, mais à cette époque le président de l’association ne l’avait pas compris, c’était rentré par une oreille et sorti par l’autre… J’ai donc fini par m’armer de patience et attendre, puisque je ne pouvais rien faire de plus. Mais c’est vrai que c’est frustrant.

Et puis je viens d’apprendre que ça y est, ma collègue va partir. Celle dont je reprends le poste et qui était passé sur une autre mission. Celle avec qui je n’ai pas fini la transmission et ne vais pas pouvoir puisque mes congés ne sont pas décalables et que je pars la semaine prochaine, et elle avant que je revienne… Un joyeux bazar qui s’annonce. C’est très bien pour elle. Moins pour l’association. Mais je comprends ses motivations et je pense qu’en effet, il n’y a qu’elle-même pour se soucier de son avenir et penser à elle et ses projets. J’espère que lorsque le moment sera venu pour moi, je serai aussi capable de décoller grâce à une opportunité positive, et pas juste pour fuir une situation désagréable.

Je sais que j’ai des choses à apprendre et comprendre dans ce travail, qui ne concerne pas forcément les connaissances professionnelles que je peux acquérir, mais plutôt dans la façon de fonctionner, la souplesse, la créativité, l’évolution d’un état d’esprit. Même si cela ne m’enchante pas… En revanche, je sais que cela pourrait se faire dans de pires conditions, comme dans mon job précédent. Et que c’est aussi l’opportunité pour moi d’apprendre à prendre soin de moi en dehors du travail comme pendant. Il doit bien y avoir des solutions à mes crises de fatigue et mon manque d’endurance sur le terrain, non ? Ou des alternatives ?

Ce que je sais, c’est que pour l’instant, j’ai beau faire de longues nuits, prendre mon traitement et mes vitamines, faire des siestes, manger sans gluten, me cuisiner des légumes et de la soupe, cela fait des semaines que je suis épuisée et que mon corps et donc mon cerveau tournent au ralenti. Que je ne suis pas efficace comme d’habitude. C’est frustrant, mais même ça, la fatigue l’étouffe. Quelque part, c’est comme si je me sentais anesthésiée par la fatigue.

Peut-être que c’est mieux en ce moment. Peut-être que tu n’arriverais pas à tout gérer. Mais peut être que le travail dans tes rêves est suffisant pour l’instant. Car malgré tout il mobilise beaucoup d’énergie.

Oui, c’est vrai que je suis dans une période de rêves très actifs. Ça tombe bien car je dors beaucoup. Mais si je m’en souviens clairement, je suis incapable de les interpréter et d’en comprendre le message profond. Il y a certains éléments qui passe mais la cohérence…

Le message de fond ne passe pas. Ce n’est pas grave, laisse toi le temps. Tu n’es pas encore prête à l’entendre. Cela viendra. Tu sais que ce n’est pas grave et qu’il ne sert à rien de forcer. L’interprétation risque plus de te perturber.

Mais les rêves me perturbent déjà. Un plus particulièrement. Je sais que c’est un rêve spirituel, comme me l’a appris Sylvie, parce qu’il y avait des tas de détails, il était net et puissant, très long aussi. Comme une histoire, mais dont je ne saisirais que quelques mots par ci et par là. Pourtant je sais qu’il est important. Comme l’était celui aussi avec l’incendie. J’ai cherché la signification des symboles. Mais je n’arrive pas à agencer et à voir le schéma global…

Je sais que cela ne sert à rien de forcer, mais c’est comme si j’étais à deux doigts de comprendre et qu’une barrière invisible me retenait… C’est frustrant et j’ai l’impression de dépenser une énergie folle dans ce cycle onirique ! Après ce rêve super fort, j’ai mis presque 1h à réussir à me lever et j’ai été confuse toute la journée. Alors que cette nuit où je n’ai fait que 2 ou 3 petits rêves, je me suis sentie moins fatiguée dans la journée.

Des fois j’aimerais bien avoir de l’aide pour apprendre à interpréter en prenant en compte mes particularités. Parce que je sais que le langage des rêves utilise des symboles qui sont particulier aux rêveurs. Et là, ça l’était clairement… Ce n’était pas n’importe quelle voiture que je cherchais, mais la réplique exacte de celle que j’ai acheté ici, au point de rêver de sa plaque d’immatriculation !

Et que représente cette voiture ?

Et bien une liberté, un confort. C’est un signe d’autonomie aussi, parce que je l’ai acheté avec mon argent (et celui dont j’ai hérité de ma grand-mère) mais sans dépendre financièrement de mes parents, et sans qu’ils m’aident non plus à la trouver. Elle a été très longue à trouver aussi. J’ai passé 1 mois et demi à pied et en bus, et qu’est-ce que c’est la galère dans une ville de la Réunion. Mais j’ai essayé de faire confiance à mon cœur et mon intuition, d’apprendre la patience…

Alors c’est peut être un symbole de patience. Mais je ne comprends pas l’articulation avec mon rêve. Puisqu’après tout je cherchais ma voiture pour fuir une situation qui me faisait peur, ou plutôt à laquelle je résistais. Je résistais.

Au départ de mon rêve, j’étais à la recherche de quelque chose. Et par hasard je tombais sur cette vieille amie qui me parlait d’un cours de danse, hors justement je voulais en trouver un. Elle me proposait de tester mais je venais juste pour regarder. Ce qui était frappant, c’était que cette amie n’avait pas du tout le même physique ! J’avais du mal à la reconnaitre par rapport à notre jeunesse. Elle avait beaucoup grossi, ses traits étaient aussi devenus grossiers, seuls ses yeux me disaient qui elle était, c’était comme ça que je la reconnaissais.

Mais pourtant quand elle dansait avec le groupe, c’était magnifique, ils étaient tous d’une grâce époustouflante qui m’a coupé le souffle. C’était une danse particulière, une de celle où l’on ne compte pas le tempo, où l’on improvise les mouvements, on se laisse porter dans le fluide. Il y avait des figures magnifiques, des portés en couples… Cela demandait une musculature de ouf ! J’observais et je me disais que je n’en étais pas capable, il fallait vraiment être très très musclé, or ce n’est pas mon cas et mon corps est faible. Vers la fin, ils proposaient à tout le monde de les rejoindre, mais je refusais, je restais sur le bord. J’avais une bande qui me couvrait les dents et les oreilles pour ne pas entendre la musique et résister à l’appel de la danse. Elle me faisait super mal et quand je l’enlevais à la fin, je me rendais compte que je saignais des gencives et des oreilles.

C’est là que je fuyais et partais à la recherche de ma voiture sur le parking. Il était bondé car beaucoup de monde était venu pour ce cours de danse. Et il y avait beaucoup de voitures identiques à la mienne. J’en voyais une qui était d’ailleurs tombé sur une autre et je me disais « olalala, avec le bazar sur le parking ils ont poussé ma voiture et provoqué une bêtise ». Mais en regardant la plaque d’immatriculation, je savais que ce n’était pas la mienne, soulagement, et je la trouvais bien garée plus loin. Alors que je démarrais et allais partir, les danseurs surgissaient et la prof déclenchait d’un claquement de doigt la musique. Je n’avais pas mes protections sur les oreilles, je ne pouvais pas résister. Je sortais de la voiture et me mettais à danser avec les autres sur le parking. J’étais stupéfaite et effrayée ?

Un rêve très riche et complet. Il y a beaucoup de symboles dedans. Nous pouvons t’aider à réfléchir à chacun. Que représente cette fille, Anaïs, pour toi ?

Pour moi, elle était la perfection, très belle, très féminine, très douce mais en même temps très forte. A l’époque où je la connaissais, c’était une très bonne danseuse, très bien sculptée. C’était aussi une femme avant l’âge, car elle était très précoce et assez adulte… Mais sa représentation dans mon rêve ne lui ressemblait plus du tout. Elle était « bouffie » par le temps, elle était devenue plus vieille, plus banale, madame n’importe qui.

Pourtant elle dansait avec grâce.

Pourquoi ne pas avoir voulu la rejoindre ?

Parce qu’il fallait être très forte et musclée pour pouvoir danser comme ils le faisaient. Que cela faisait longtemps que je n’avais pas dansé, que je ne suis pas musclée et que je suis incapable de tant d’énergie avec ma maladie. Je ne m’en croyais pas capable. Bien que j’en avais très envie, je me l’interdisais parce que je ne pensais pas mon corps physique capable de le supporter.

C’est pour ça que je me bouchais les oreilles, pour ne pas entendre la musique, pour ne pas céder. Mais du coup, en refusant d’entendre, je me bandais aussi les dents qui me faisaient très mal. Or les dents sont un symbole de vitalité, si ma mémoire est donne.

Donc ?

Donc je m’interdis de danser parce que je pense que mon corps n’est pas capable de le supporter à cause de mon endométriose ? Et en pensant ça, j’affecte réellement ma vitalité et ma santé ?

La pensée est créatrice. Cela ne te parle pas, parce que tu n’en as pas encore pleinement conscience. Tu le sais mais tu ne l’as pas compris et vécu.

Moi je voyais plutôt la danse comme un symbole de quelque chose à lire au 2eme degré.

Pourtant tu te poses bien la question de savoir si tu devrais reprendre la danse ou pas. Et si ton corps est capable de le supporter à cause de ton endométriose. Tu as demandé la réponse en rêve. Mais quand elle vient tu n’arrives pas à la voir, parce que tu veux interpréter de façon compliqué. Comme le dit Camille Fraise sur son blog, l’interprétation des rêves est plus souvent terre à terre que ce que l’on croit, et vise à aider dans la vie matérielle aussi.

Donc tout ça pour me faire comprendre que je devrais reprendre la danse ?

Qu’une partie de toi le désire, celle qui aspire à la vie, au mouvement, à la joie et à la beauté. A cette partie de toi que tu réfrènes et enfermes en ne t’en pensant pas capable. Tu t’enfermes toi-même dans ta maladie, comme tu t’enfermes toi-même dans ton appartement, en ayant peur du monde, peur des autres, peur des rencontres. Tu te réfugies derrière l’excuse de ta maladie. Mais la vérité c’est que tu ne sais pas comment faire, tu ne sais pas comment aller vers les autres, comment aller vers toi-même, ce vrai toi vivant et vigoureux au fond de toi. Celui qui est capable de force et de souplesse. Cela t’effraye. Parce qu’alors, si tu admets que tu n’es pas faible, tu n’as plus d’excuse pour te cacher. Tu fuis en prônant le fait de vouloir rester autonome, de pouvoir faire ce que tu veux, comme tu veux, quand tu veux. Donc tu fuis les obligations, les responsabilités, mais aussi les liens sociaux, parce que tu as peur qu’ils t’enferment. Tu t’empêches toi-même de vivre par peur.

Tu sais que tu en as pris doucement conscience ces derniers temps. Mais tu ne sais pas comment faire autrement, tu ne sais pas comment sortir de cet isolement, de cette prison que tu as toi-même créé avec tes peurs.

Non, je ne sais pas… Je suis tellement peu douée pour les relations sociales. Sauf avec quelques personnes, avec qui « le courant passe » tout de suite. Je ne sais pas construire de façon « artificielle » et progressive une relation. Je ne sais pas comment m’intégrer, parce que je ne sais pas comment me placer face aux autres. Parce que je manque de confiance en moi, j’ai tendance à me placer dans une position inférieure, à me considérer moins bien et moins intéressante que l’autre. Alors je ne trouve rien à dire, je me sens maladroite…

La pensée est créatrice. Nous te l’avons dit et nous ne sommes pas les seuls.

Mais cela ne me dit pas comment sortir de cette impasse dans laquelle ma vie se trouve, sur tous les plans, celui de la santé, du travail, des relations sociales.

Il faut apprendre à danser. Il faut apprendre à suivre le mouvement, te laisser porter par les énergies de vie. Peu importe que tu ne sois pas assez « musclée », pas assez « belle et gracieuse ». Cela s’acquiert avec la pratique, il n’y a pas de mystère. Il faut apprendre à te faire confiance à toi-même, petit à petit, apprendre à te connaitre, connaitre ton corps et tes limites réelles. Pas celles que tu t’imposes avec ta maladie et tes peurs.

Pourquoi t’empêcherais-tu de danser, alors que tu aimes ça et que tu en as envie ?

Parce que j’ai arrêté car mon corps ne pouvait plus suivre, j’avais trop mal à mes genoux… Parce que j’ai peur de ne pas y arriver, de ne pas être capable de tenir le rythme, ni de danser correctement.

Et alors ? Au début tu auras un temps difficile. Le temps que ton corps retrouve sa souplesse, son endurance, sa précision. Mais tu devras être patiente et douce avec toi-même. Rome ne s’est pas construite en un jour. Ta vitalité et ta confiance en toi ne le feront pas non plus.

Humm… Merci.

9 juin 2016