Cercle de femmes + Ressources pour guérir sa sexualité [parlons du viol]

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Artiste : Kimir-Ra

Je ne fais que passer par ici, car la période est très intense en expériences, en vécus et en prises de conscience. Et admettons le, mon corps a du mal à suivre le mouvement.

Néanmoins, je ne pouvais pas attendre pour partager cette ressource, car elle pourrait servir à d’autre. Le thème de la sexualité féminine est un thème qui m’est cher. D’une part parce que c’est une source de douleurs physiques et de souffrances émotionnelles chez moi à cause de l’endométriose, d’autre part parce que j’ai développé des blocages à cause de mon viol.

Je vous avais déjà parlé des ressources découvertes dans ces articles : Épanouir sa sexualité féminine – comment avoir des orgasmes? [ressources]Apprendre le plaisir féminin [ressource sur la sexualité] ; Renouer avec son soi intime, des pistes… . Et notamment de Vanessa Marin, qui est une sexologue dont j’ai pu avoir des échos positifs directs sur son travail. Elle avait notamment écrit un article intéressant sur le sujet ici : Enjoying Sex After Abuse Is Possible, So Here Are 5 Ways To Start Healing.

Et bien, elle vient tout juste de proposer un programme pour aider les personnes ayant subies un (des) abus sexuel(s) : A Survivor’s Guide To Reclaiming Your Sex Life After Abuse. Alors certes, je préviens, ce sont des ressources en anglais, mais malheureusement, il existe bien peu de choses actualisées en français (ou bien je n’en ai pas connaissance, donc n’hésitez pas à partager !). En plus, Vanessa a fait l’effort de le proposer à un tarif qui reste abordable (99$ alors qu’une seule séance avec elle coûte bien plus…)

Le viol est quelque chose de tabou. Je le sais pour le vivre, car on n’en parle pas dans ma famille, et c’est pour certaines femmes de ma lignée un réel secret, très peu partagé. J’ai d’ailleurs fait part, moi même, d’une absence de réponse de ma mère, quand j’ai fini par prendre la décision de lui dévoiler cet aspect de ma vie dans une lettre.

Mais cela l’est souvent aussi auprès des proches et amis. Dire « hey au fait, à cause de mon viol, j’ai… » ça passe mal, quelque soit le sujet développé par la suite. On fait souvent face à un silence gêné, ou bien une sorte d’ignorance sur le début de la phrase. Je caricature un peu, mais il est vrai que cela reste difficile d’en parler. Pourtant cela concerne selon les statistiques (plus ou moins élargies au monde) entre 1 femme sur 10 à 1 femme sur 4. C’est ENORME !

Comment se fait-il alors qu’on en discute si peu ? Qu’on sache si peu comment guérir sa sexualité et sa féminité après un tel évènement ? Parce qu’on n’en parle pas, et on ne partage pas  les expériences et les conseils qu’on pourrait avoir chacune développés !

Et cela me fait penser aux cercles de femmes. Grâce à cette expérience, j’ai pu apprendre que partager son expérience, en exprimant son vécu, ses difficultés et ses découragements, entre femmes peut être une source d’aide immense.

D’abord, parce qu’on s’autorise à exprimer sa souffrances, ses doutes, ses peurs et qu’en le faisant, on se permet ainsi d’identifier ce qui nous fait tant souffrir en sourdine, ainsi la prise de conscience et la formulation est le premier pas pour agir vers la guérison.

Ensuite, parce qu’en partageant notre expérience, on offre un miroir aux autres femmes présentes, qui peuvent s’en servir pour expérimenter des réactions, des émotions, faire un parallèle d’expériences, voir des ressentis incompris formulés par une personne extérieure. Et cela est très puissant et peut aider chacune à mieux se connaître ou avoir des prises de conscience.

Enfin, et non des moindres, parler dans l’espace d’un cercle de femme, c’est sacré. C’est oser être dans un espace de confiance, face à d’autres femmes qui offrent leur écoute, leur bienveillance et leur amour. C’est aussi se connecter à la force des femmes et du Féminin Divin, d’une façon, et donc être entourée pour faire face à la difficulté. Même si ce n’est que temporairement. Et bonus, après le cercle, on peut échanger sur nos expériences et ce qui nous a aidé durant un repas partage chaleureux !

J’aime aussi le fait que les cercles de femmes soient une bonne occasion pour demander une guidance, que ce soit à travers un ressenti, un tirage de carte, les mots d’une autre personne, une visualisation ou une visite d’entités lors des méditations.

Je trouve que c’est vraiment une jolie façon d’expérimenter et de partager sur le Féminin, et je suis toujours heureuse et plein de gratitude de pouvoir vivre cela, quelques soient les femmes rencontrées et le temps qui passe. C’est une magnifique découverte que j’ai fait ici sur l’île de la Réunion, mais je sais que des cercles existent un peu partout. Certains animés par des Moon Mothers, mais pas forcément !

Le principe d’un cercle de Femme est assez simple. Il s’agit souvent de se retrouver entre femmes pour s’offrir le temps d’honorer notre féminité. La pleine lune est donc l’occasion parfaite, car elle offre de belles énergies féminines et une date cyclique régulière, qui invite les femmes à observer leur propre cycle mensuel. Avez vous déjà observé si vous aviez vos règles calées sur la pleine lune ou la nouvelle lune ?

Le cercle n’est pas obligé d’être mensuel, il peut avoir lieu tous les 2 ou 3 mois, ou par exemple à l’occasion des Bénédictions mondiale de l’utérus. Ils peuvent être ouverts à toutes femmes désireuses de participer, ou être un cercle plus intime avec des régulières. Il peut être organisé chez soi ou dans la nature (les plages de la Réunion sont bien pour ça!). Ils peuvent être gratuits ou demander une participation (fixée ou libre et consciente) selon si une salle est louée, etc.  Le lieu peut être rendu cosy avec des tapis, des nattes, des cousins, des rideaux, des bougies et une lumière tamisée. On peut aussi mettre en place un autel où chacune peut placer les objets de son choix, des fleurs en offrandes, etc.

Mais qu’est ce qu’on fait pendant un cercle de femme me direz-vous ? Et bien, souvent, quand on ne se connait pas, on commence par un tour de parole pour se présenter. On peut proposer une méditation libre ou guidée. Si l’envie vous prend, un temps partagé de chant, de danse, de musique… On offre souvent de clôturer le cercle par un tour de parole, pour partager les ressentis, le vécus lors du cercles, mais aussi plus généralement les phases traversées dans notre vie féminine si on le souhaite. Bref, vous l’aurez compris, il n’y a pas vraiment de règle !! A part cette ligne de conduite : le respect, le non jugement et la bienveillance, mais aussi la confidentialité de ce qui a été partagé et qui ne s’évoque que dans le cercle. Et le must : un repas partage après pour discuter et échanger plus librement, sur tout ce qu’on veut !

Depuis que j’ai découvert cela, j’ai vraiment envie de me créer mon propre cercle intime, en dehors de ceux créés pour les bénédictions mondiales de l’utérus. Et vous, ça vous donne envie ?

PS : ne vous fiez pas à l’image, on reste habillées pendant les cercles de Femmes ^^

23 août 2016

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Choisir ce qui nous nourrit

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Photographe :  LuDa-Stock

Depuis que je suis rentrée de mes vacances en métropole, j’ai l’impression d’avoir l’esprit plus clair, d’avoir aussi vidé partiellement ma coupe d’émotions accumulées trop pleine. Je suis revenue avec des prises de conscience plein la tête, des idées, des envies et de l’espoir. Cet espoir si précieux qui s’érode face à un quotidien dont on semble prisonnier, dans lequel on se sent impuissant, frustrée, malade et perdue. Changer d’échelle, changer de perspective, prendre du recul, voir les choses sous un autre angle, comparer avec d’autres situations de vie, tout cela m’a permis de sortir de cette espèce de torpeur de l’impuissance et de la fatalité d’une situation dont je ne maitrise pas les paramètres et sur laquelle j’ai parfois bien peu de pouvoir.

Parmi ces changements, la prise de conscience de la portée de mon hypersensibilité et de mon empathie me fait revoir les choses différemment. Ainsi je suis plus sensible à ce que je regarde comme loisir, ce que je lis. Et si au lieu de fuir la réalité en m’abreuvant de séries violentes, je me nourrissais de choses agréables et qui me permettent de réfléchir et d’évoluer ? La première série que j’ai repris en rentrant c’est « Good Witch ». Alors non, ce n’est pas une série intrépide, pleine de magie explosive et de combats. Mais c’est une série qui questionne sur notre manière de percevoir le quotidien, la vie et ses bonheurs, sur le sens de certaines choses et sur ce qui est important à nos yeux, tout ça grâce à une gentille sorcière. Pour ma part, il m’a fait réfléchir à la définition que je donnais à la magie, à l’intuition, à l’importance de la famille.

Et puis, me laissant inspirer à la bibliothèque, je suis tombée sur des livres sympathiques, autant pour nourrir la foi que la réflexion. Notamment, « Manifeste pour la terre et l’humanisme » de Pierre Rabhi. Et c’est là que je me rends compte combien je suis empathique, car à la lecture de ce livre, comme d’autres de témoignage, j’ai l’impression de vraiment percevoir les émotions de la « voix » de la personne, et combien la lecture de certains livres me rend réceptive à certains types d’énergie et me mette en prédisposition pour réfléchir à certains sujets.

J’ai commencé dans cet article «Profession et plantes médicinales »  une réflexion sur ma profession et mon lien avec les plantes. Cette réflexion se double aussi de la façon dont on produit et on consomme les végétaux. Car plus le temps avance, et plus j’éprouve de la répulsion pour la fonction de « production ». Alors certes, il faut nourrir la planète, mais la production de plante se place à la même échelle que celle du bétail : inhumaine, sans cœur ni conscience. Si attribuer une conscience aux animaux fait de l’élevage une exploitation sans vergogne d’un vivant évolué, que peut-on dire envers les plantes ?

Dans le domaine de la spiritualité, de nombreuses personnes s’accordent à croire que les arbres ont une conscience et que l’on peut communiquer avec eux. Si tel est le cas, pourquoi pas les autres plantes ? Les rosiers, les lavandes, les herbes ? Telles que ces graminées que l’on cultive : le blé, l’orge, l’avoine etc… Quand vous cueilliez des pommes, vous laissez le pommier vivant, mais quand vous coupez une salade ou une tige de blé, que reste-t-il ? Rien. Cette problématique-là m’a toujours posé un problème, et je n’avais jamais voulu me pencher sur cette considération avant.

Alors non, je ne prône pas pour que l’on devienne tous ascète et que l’on se mette uniquement à manger des fruits et des graines. Simplement que l’on réfléchisse à la portée de nos actions et de nos actes de consommation. Accepter que le végétal ait une conscience qui lui est propre, différente selon le degré d’évolution du végétal (mais savez-vous que le riz par exemple a plus de gènes que nous ?) ne veut pas dire que l’on ne doit plus le manger. Mais le manger en conscience. Etre conscient que cette plante, à travers sa vie, nous offre son énergie, ses qualités physiques et nous nourrit. Aussi faut-il se nourrir avec discernement, rien ne sert de couper 10 salades quand on ne peut en manger qu’une. Savoir comment cette salade est venu à nous est important aussi : sait-on combien de temps il lui a fallu pour pousser, quelle quantité d’eau et de soleil lui ont été nécessaires ? Et les efforts du jardinier ?

Tant de gens vivent en ville et n’ont plus la notion de ces réalités. C’est un fait, nous sommes pour la majorité déconnectés des réalités de la terre et de la nature, alors que paradoxalement nous la recherchons comme source de bien être, car nous en avons besoin. Et c’est peut-être ce que moi aussi je recherche en voulant travailler « en lien avec les plantes médicinales ».

Malheureusement, travailler en lien ou sur un sujet ne veut pas dire que l’on est directement en contact avec. Longtemps, j’ai cru que le seul métier qui me permettrait d’avoir un lien permanent et quotidien avec la nature était la production agricole. Sauf que voilà, j’ai toujours eu un problème avec la production moderne, ces grands champs géants de monoculture, de céréales par exemple. Je me suis donc tournée vers un plus petite échelle, le maraîchage c’est déjà « moins pire ». Les plantes médicinales me semblaient tout indiquées, de par la curiosité qu’elles évoquaient en moi, après tout, ce qui leur donne leur propriétés sont souvent leurs mécanisme de défense contre les pathogènes, les ravageurs ou des fonctions botaniques spéciales. La majorité des plantes médicinales sont assez fragiles ou particulières et ne peuvent se produire comme le reste. Cette toute petite échelle me plaisait bien.

Mais la réalité, c’est que, dès que mes cours ont dévié de la connaissance du végétal pour s’orienter vers la production, j’étais tout de suite beaucoup moins intéressée et je ne me sentais plus à ma place, n’ayant de cesse de rechercher une réorientation plus épanouissante. Je n’en ai pas pris conscience tout de suite, mais j’ai pourtant fait une expérience « extrême » de la production de plantes médicinales et aromatiques, dans un système, qui si on y réfléchit du point de vue de la nature, était aberrant. Un système hors sol, sous serre, ou l’objectif était de pousser les plantes encore et encore –ainsi que les employés humains – pour faire le maximum de coupe à l’année et de rendement. Il n’y avait que ce mot-là qui primait « rendement, rendement, rendement ». Et j’ai été totalement dégoutée. Mon travail était de faire pousser ces cultures, « d’en prendre soin », mais cela n’avait plus aucun sens pour moi. On était dans une usine. Une usine végétale. Où les plantes n’étaient même pas en contact avec la terre et l’air libre. Que l’on bourrait d’engrais de synthèse et d’eau. Quelles propriétés nutritives et énergétiques ces plantes pouvaient bien avoir ?

Je crois que je ne me suis jamais sentie aussi dégoutée et écœurée de mon travail. Ainsi mon expérience de culture a été un échec pour moi et une source de mal être très profond, en plus d’être la première expérience d’un supérieur abusif et manipulateur. Je suis donc partie.

Ma deuxième expérience m’a semblé moins pire. Enfin, j’étais libérée du système capitaliste « produire plus et toujours plus ». [Pour qui d’ailleurs ? Pour des investisseurs, sans aucune considération pour les ouvriers, les techniciens de culture et encore moins pour les plantes.] Car je suis arrivée dans une association. Ouf, gros soulagement, car vraiment la recherche du profit, du rendement, ce n’est pas mon truc. Mais finalement, j’ai beau ne plus travailler directement pour ce système, mon objectif est quand même de permettre la mise en culture de plantes médicinales dans un objectif de rentabilité.

Et ça y est, on y retombe. Alors, oui, il faut bien que l’agriculteur il en vive non ? Oui. N’est-ce pas mieux que de produire de la canne à sucre à gogo ? Oui, ce sont des espèces endémiques qui réapporte de la biodiversité et préserve cette ressource génétique. Mais le mode de production n’est pas aussi intensif ? Ça dépend, on vise certes des modèles d’agroforesterie, mais il faut quand même que la production soit rentable avant tout…

Et ce modèle me rend folle. J’ai un problème avec le terme de « production » comme si on était  à l’usine. Alors que cela devrait être de la « culture ». J’ai un problème avec la façon dont on cultive massivement les plantes, sans respect pour le sol, pour la nature. J’ai un problème avec la façon dont on cherche à façonner et à dénaturer la nature par la sélection variétale et la sélection génétique. Pourtant j’en ai eu des cours de génétique et tout ça, j’en ai eu du bourrage de crâne sur les « intérêts et les bienfaits ». Alors oui, on produit plus, mais les intérêts ne sont que ceux des humains, et ni ceux des plantes, ni ceux de l’équilibre de la nature. La majorité des plantes sélectionnées se retrouvent plus  sensibles à des maladies et des ravageurs, parce que leur énergie et leur métabolisme sont détournés vers d’autres fonctions : celle de produire plus de grain ou plus de cela. On a même rendu un certain nombre de plantes stériles. Quel intérêt a une plante à pousser si elle ne peut même pas se reproduire ? C’est un de ses buts ultimes.

Si l’on transposait ça aux humains, qu’est-ce que cela donnerait ? Imaginons : un monde où l’on clone des humains stériles, pour s’en servir de masse ouvrière. On détournerait toutes les fonctions biologiques superflues pour leur donner plus de forces et leur faire casser du minerai. Et encore, je ne parle même pas d’utiliser leurs chairs pour produire de la protéine animale (après tout nous sommes des mammifères). C’est un raisonnement poussé à l’absurde, mais pourtant, en refusant toute conscience aux plantes, qu’elles soient petites ou grandes, l’idée est là.

Très longtemps, ces idées m’ont posées problème car alors : que penser de mon alimentation ? Et de mon travail ? Je n’ai pas trouvé la réponse à toutes ces questions, mais une amie m’a très justement dit « ce n’est pas parce que tu accordes une conscience à quelque chose, que tu ne dois plus le manger. Il faut juste le faire avec respect ». Bingo, cela a fait tilt. C’est vrai que lorsque l’on pense aux amérindiens, de par le chamanisme, la communion avec la nature, plante et animaux est très forte.  Pour autant, cela ne les empêchaient pas d’en manger. Simplement, ils ne chassaient pas plus que de nécessaire, et honorer toujours les sacrifices réalisés pour les nourrir.

Honorer, remercier, manger en conscience sont les clés pour moi. Ainsi j’accorde de la valeur à la vie qui m’est offerte, à travers ces végétaux, ces animaux et ces cadeaux venus de la terre. En cela, la tradition de la bénédiction au début des repas chrétiens est finalement quelque chose qui prend du sens. Et la bénédiction de notre nourriture peut prendre une forme personnelle et s’adapter aux croyances de chacun.

Je choisis mieux ce dont je me nourris, et en prenant soin de ne pas gaspiller mes aliments. Je choisis aussi les énergies dont je me nourris en honorant mes repas. Et je me nourris également de la gratitude que je ressens envers les cadeaux que me fait la terre.

Et devinez quoi ? Cette gratitude est la meilleure nourriture que je trouve actuellement pour ressentir de la joie dans mon quotidien, même s’il est lourd et imparfait.

 8 août 2016

Profession et plantes médicinales

Artiste : Eaphonia
Artiste : Eaphonia

Je viens de tomber, sur quelques articles de blogs bien sympas (Plantes Magiques (30/07),  Pharmacie de sorcière) concernant les plantes médicinales, leurs propriétés magiques et leur utilisation. Je suis toujours étonnée de découvrir des petites perles, qui clairement montrent le travail et/ou l’expérience des personnes qui l’ont écrit, et de voir qu’elles ont appris et fait tout ça dans leur temps libre. Je me sens souvent alors bien ignare, moi qui suis supposée dans ma professions être « spécialiste des plantes médicinales » d’un point de vue agronomique.

Et j’ai cette dualité constante. De savoir que je travaille dans une structure qui se consacre en grande partie à ces plantes, de savoir que j’ai fait des études agronomiques, que j’ai fait plein de stages dans la production de plantes médicinales ou la recherche agronomique à leur sujet. Que « je suis spécialisée dans les plantes médicinales »…

Et qu’à côté de ça, je ne les utilise finalement que peu dans mon quotidien. Je n’ai pas de jardin ou de culture de ces plantes. Je ne sais pas en reconnaitre énormément, comme je ne connais que très peu d’usages. Finalement, je ne sais rien quoi. Ou des choses qui ne me servent pas dans mon quotidien.

A quoi ça me sert de connaitre la législation sur les plantes médicinales ? La pharmacopée et son fonctionnement ? Les outils industriels de séchage ? Les méthodes de production de l’huile essentielle ? L’analyse du coût de production ? Les méthodes de récolte mécanique ? Les outils de traçabilité ? Les méthodes d’analyses de la composition chimique des plantes ?

Tout ça ne me fait pas connaître ni leurs propriétés médicinales,  ni leur méthode de culture dans le jardin à petite échelle, ni leurs énergies et leurs propriétés magiques. N’est-ce pas ironique que j’ai décidé d’étudier l’agronomie pour pouvoir travailler en lien avec les plantes médicinales ? Et que je constate finalement que je ne leur suis liée que par la théorie, que je ne suis pas en contact avec elles dans mon quotidien, que cela ne me permet pas de mieux les connaitre.

Alors, on pourrait penser que si j’étais « vraiment passionnée » par les plantes médicinales, et bien, je passerais une partie de mon temps libre à les étudier, à les cultiver, à les récolter et à les utiliser. Pourtant, ce n’est pas le cas. Alors certes, j’accumule les bouquins sur les plantes médicinales, j’en récolte de temps en temps, il m’arrive de faire une huile solaire ou deux. Mais vraiment rien au niveau de ma soit disant « passion ».

Et je ne comprends pas ce décalage. Tout ce qui me vient au jour d’aujourd’hui, c’est qu’il est la source d’une souffrance importante. Peut-être explique-t-elle pourquoi mon travail me pèse tant et pourquoi je ne me sens pas « au bon endroit » dans mon job.

Pourtant, quand je me suis réorientée, cela a été comme une évidence. Je voulais travailler en lien avec les plantes et la nature. Et mon école me semblait parfaite. J’ai adoré les premières années d’études, celles où l’on a fait de la botanique, de la physiologie végétale, de la reconnaissance de végétaux, un projet de jardin, des sorties botaniques et entomologiques sur le terrain, de l’écologie végétale. J’ai tellement aimé tout, j’ai senti que cela me nourrissait. Tout comme j’adore la connaissance de manière générale, apprendre et étudier.

Mais comment cela se fait-il que toute mon énergie disparaisse quand il s’agit de s’intéresser à ça comme loisir ? Me balader en forêt, méditer dans l’herbe, regarder les feuilles des arbres agitées par le vent, prendre des photos de plantes dans les jardins botaniques pendant les vacances, ça oui. Mais apprendre à reconnaitre les plantes, à connaitre leurs propriétés, à les utiliser, pffuit… Même lire tous ces livres achetés ou faire des recherches internet, rien. Pas de motivation, pas d’envie, pas d’énergie. Suis-je donc fainéante ? Ou pas vraiment passionnée ? Ai-je besoin que l’on me serve tout sur un plateau ?

Ou ai-je ce « dégoût » à cause de ma profession ? Comme si décidément, les plantes médicinales, c’est le boulot et si je m’y intéresse pendant mon temps libre, alors j’ai l’impression de travailler, et cela ne me fait plus envie, surtout que mon boulot me pèse en ce moment. Un peu comme mon ex, écrivain, qui a eu une période où il était dégouté de la lecture à cause de son métier, car cela s’apparentait trop pour lui au travail.

Je ne sais pas quoi en penser. Vraiment. Tout ce que je sais, c’est que je ne suis pas heureuse dans mon travail, alors que je suis censée avoir « un job rêvé pour une passionnée de plantes médicinales ». Parce que oui, j’ai une opportunité fabuleuse de voir de l’intérieur tout le travail qui est fait pour essayer de créer une filière de plantes médicinales sur le bout de caillou où je suis. Mais quelle est la réalité derrière ? Beaucoup de gens idéalisent mon travail, peut être moi la première, parce qu’il y a les mots « plantes médicinales ». Ce n’est pas parce que je travaille avec certaines plantes que je suis capable de bien les reconnaitre en forêt tropicale, encore moins que je connais leurs propriétés médicinales et leur posologie. Ni que j’en ai chez moi (difficile sans jardin) !

En réalité, je passe 80% de mon temps derrière un bureau, à exécuter les ordres de mon supérieur, rédiger ceci, rechercher cela, essayer de prendre mon poste en main, récupérer les données essentielles, tenir des réunions avec les autres structures, faire des comptes-rendus de réunion, déchiffrer des textes officiels régionaux ou nationaux, saisir des données, remplir des fiches, analyser des données, répondre aux agriculteurs qu’on n’a pas beaucoup de données… Rien de très palpitant en réalité. Et aller sur le terrain n’est pas forcément agréable, car c’est souvent physique avec ma maladie ; c’est sous le cagnard ou la flotte, après une route qui peut être bien pénible (montagneuse) avec ma sciatique ; une contrainte de temps etc. Et j’ai l’impression de ne faire que me plaindre en écrivant ça, ce qui me déprime…

Alors certes, pour moi, c’est mieux que de vendre des concombres (y a rien de mal à ça, mais je n’aime vraiment pas la vente). Mais on est à des années lumières de ce que je pouvais imaginer sur « travailler avec les plantes médicinales »…

Et qu’est-ce que tu imaginais au juste ?

Et bien, j’ai toujours cette image dans ma tête de la guérisseuse qui vit dans sa chaumière dans une clairière de forêt, qui cultive, connaît et sait cueillir ses plantes médicinales, qui sait les préparer et les utiliser. Je sais bien que cette vision n’est pas compatible avec notre société moderne. Qu’elle date d’une autre époque, très vieille. Que j’en suis à des années lumières. Mais pourquoi cette idée me revient-elle sens cesse encore et encore ?

J’ai déjà réfléchi à la transposer à notre société moderne. A être botaniste. A faire des études de pharma, mais trop de chimie dans le programme à mon goût. A aller dans un autre pays européen pour faire des études d’herboristerie. A faire une formation de naturopathie. J’ai déjà envisagé des tas de choses, je me suis renseignée sur des tas de choses. Car depuis que ma formation a évolué vers la production (normal, c’est une formation agronome), je sens un décalage, quelque chose qui me fait me dire que je ne suis pas à ma place.

Mais quelle est ma place ? Quel est mon lien avec les plantes ? Et comment puis-je le vivre dans mon quotidien ? A travers ma profession ? En tant que loisir ?

Tellement de questions… Et si peu de réponses… Je crois que c’est un sujet sans fin, que je n’ai pas fini d’explorer. Mais je vais en rester là pour ce soir.

1er aout 2016