Au dessus des nuages… [alimentation]

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Auteur : Les Rêves de Celia, octobre 2016

Parfois, la vie ressemble à cette image. Sous les nuages, il fait gris et l’on ne voit pas le soleil rayonner. Mais au-dessus de cette strate cotonneuse, le soleil brille haut et fort. D’en bas, on a l’impression d’une barrière opaque et infranchissable, et pourtant ce n’est qu’illusion, car si l’on tombait à travers, on se rendrait compte qu’elle n’a aucune consistance réelle.

Je me demande parfois comment une simple couche de nuage peut influer comme ça sur mon moral. J’aime bien la pluie et le temps gris, quelques jours, le temps d’apprécier de ressentir son chez soi comme un cocon protecteur. Mais soyons clair, au bout d’un moment, cela me pèse. Peut-être parce que, n’ayant qu’un chauffe-eau solaire, prendre des douches froides plusieurs jours d’affilée n’est pas drôle, lol ! Comme quoi on s’habitue à son confort.

Mais ce qui me pèse réellement, ce sont ces nuits d’insomnies qui ne passent pas. Réveil toujours à la même heure, 4h du mat, peu importe l’heure à laquelle je me couche. Réglée comme une pendule ! En médecine chinoise, on dit que c’est parce qu’un organe est en souffrance, et que la tranche horaire de réveil permet de déterminer l’organe. En général, en fin de nuit, c’est plutôt lié au viscéral. En même temps, il n’y a pas à chercher midi à 14h, puisque de vilaines crampes intestinales m’empêchent de me rendormir sereinement.

Je me demande comment j’ai pu oublier d’en parler au médecin quand je suis retournée la voir. Je voulais qu’elle ausculte un peu mon ventre et me donner des conseils.

En même temps, le médecin ne peut rien pour toi. Tu as fait le test sanguin des anticorps à la gliadine et les résultats ont été négatifs. Tu n’es pas malade céliaque, pourtant tu es bien intolérante, sans que cela déclenche une réponse immunitaire  au ppm de gluten. C’est bien pour ça que tu as été amenée à ne pouvoir faire ce test qu’après avoir arrêté le gluten. Sinon en voyant ces résultats tu te serais découragée. Aurais-tu dans ce cas arrêté le gluten ?

Non, c’est vrai. Mais maintenant que c’est fait, je ne reviendrai pas en arrière. Même si c’est contraignant, surtout pour manger en extérieur et par rapport aux autres. Mais ce qui m’ennuie, c’est que malgré que je n’aie pas fait d’écart sur le gluten, que j’ai pris des fibres (psyllium) pour aider mon intestin à éliminer les toxines et que j’ai fait quelques jours de diètes allégés, je ne semble pas digérer mieux. Depuis ma dernière crise d’endométriose, j’ai mal à l’estomac, je digère mal, mes intestins me font souffrir. Comme si d’un seul coup, je ne supportais plus les éléments habituels de mon alimentation. Et je n’aime pas ça…

Pourquoi ?

Parce que j’ai le mauvais pressentiment qu’il va falloir que j’arrête les laitages… L’autre fois que j’ai mangé cette glace, mon estomac a été lourd, l’autre fois j’ai eu une migraine. Et je ne parle pas de la fois où j’ai mangé ce yaourt… Le médecin m’avait conseillé de limiter le lait au maximum, mais au contraire de manger des yaourts, pour apporter de la lactase, cette enzyme qui favorise la dégradation du lactose.

Sauf qu’au lieu de t’aider, cela a semblé te plomber. Souviens-toi qu’avant de faire ta crise, tu as avais repris l’habitude de prendre un solide petit déjeuner, et tu prenais des céréales mélangées à du fromage blanc.

Alors que ce n’était pas dans mon habitude. Eviter les yaourts, ce n’est pas un problème, je n’ai jamais aimé trop ça. Mais par contre le fromage… Et le beurre… Les derniers gâteaux que j’ai faits sans gluten contenaient du beurre et ils me sont à chaque fois restés sur l’estomac. J’en suis vraiment très déçue ! Pourtant ils étaient trop bons au goût.

Il te suffit de remplacer le beurre par de l’huile végétale et de compenser avec 1 œuf en plus pour que les gâteaux se tiennent. Ce n’est pas la « mère » à boire pour cette recette-là.

Justement, parlons-en de « mère », ce lapsus tombe bien. Dans ce bouquin sur lequel je suis tombée « par hasard » à la bibliothèque « Alimentation sans gluten ni laitage » de Marion Kaplan, elle dit que la symbolique d’être accroc aux laitages, c’est un sevrage au lait maternel et à la mère qui ne s’est pas fait… Une sorte de dépendance émotionnelle inconsciente.

Or, je suis totalement accroc aux fromages ! Comme je mange très peu de viande (je n’en cuisine quasiment jamais en fait) et que je ne suis pas très fan de poisson, je mange plutôt des œufs et du fromage. Mon petit plaisir du soir : une bonne soupe à la carotte, avec des cracottes sans gluten recouvertes d’une bonne couche de Saint Marcellin. Huuuuuuuum !! Je mange du fromage chaque soir ou presque, c’est impensable pour moi d’arrêter ! Cela va au-delà de la frustration alimentaire que je peux supporter, ayant déjà dû arrêter nombre de choses avec le gluten.

Nous ne te demandons pas d’arrêter tout du jour au lendemain. Juste de faire comme le conseil le livre, tester sur 15 jours une diète allégée en caséine (protéines contenues dans les laitages, qui peut devenir très allergène pour certaines personnes). Pas de lait, ni de beurre. Un peu de fromage, mais pas tous les jours et pas le soir.

Mais par quoi je vais remplacer le fromage sur mes tartines du soir ?

Continue le livre que tu as commencé, tu auras des pistes. L’idée n’est pas de te frustrer, mais de trouver des alternatives. Tu n’es plus une enfant, tu peux te passer de laitage. Tu peux trouver le calcium dans d’autres aliments comme les amandes et diverses noix par exemple. Il y a plein de solution, qui seront meilleures pour ta santé.

N’attends pas que tes symptômes s’aggravent. Suis le mouvement de ton corps qui est en détoxification, et qui rejette toutes les choses qui te sont nuisibles. Comme les conditions à ton travail par exemple. C’est là aussi une opportunité.

Hummfff… Je ne comprends pas pourquoi d’un seul coup mon corps ne supportent plus les laitages. Est-ce juste le lactose ? Ou la caséine ? Est-ce que je peux feinter en prenant des fromages avec peu de lactose comme le brie, l’emmental etc ? Laisse tomber, je sais déjà la réponse… Il va falloir que je teste au cas par cas, quand mes intestins seront de nouveau d’aplomb…

Le mieux serait pour ça que tu fasses un régime strict sans laitage pendant 15 jours.

Ce qui me semble la mère à boire. Ah flut, encore ce lapsus…

Il faut que tu te demandes ce que cette addiction alimentaire cherche à compenser.

Bon. Pour le chocolat et le sucré, je sais que c’est un besoin de douceur, soit de la tendresse et de l’affection. J’ai lu que le gras était en lien avec un manque d’estime de soi. Mais les laitages ? Cela se classe-t-il dans la catégorie du gras, hormis le beurre ? Hum… Question à creuser….

Dis-toi que tes croyances alimentaires sont comme cette couche de nuages dont tu parles au début. Elles voilent le soleil mais ne sont que des illusions. Il te suffit d’en prendre conscience. Arrêter le gluten ne t’a pas empêché de cuisiner des gâteaux, comme tu le craignais. Arrêter les laitages ne t’empêchera pas de savourer la vie non plus. Cela t’aidera juste pour apprendre à t’adapter, à t’ouvrir aux autres possibilités et à mieux t’écouter.

Merci à vous.

29 octobre 2016

 

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Les transferts émotionnels dans nos relations

Artiste :
Artiste : Tara Mc Pherson, Waterfall

J’essaye d’intégrer ce que m’a dit le gynécologue, au sujet du suivi de mon endométriose, mais plutôt que me rassurer, cela m’angoisse et me décourage… Je me demande bien pourquoi ? Après tout, selon lui, les résultats sont encourageants, mes ovaires sont autant « sous contrôle » que possible vu mon problème de dystrophie ovarienne (produisant trop de follicules). J’ai même un endométriome qui a réduit de taille.

Malheureusement, les effets secondaires sont encore bien trop présents : fatigue chronique, impact sur le système digestif, sciatique, etc. Et j’ai l’impression que bien que j’ai enfin un traitement pour cette pathologie, je suis quand même bien trop souvent malade par ailleurs.

Mais pour lui, cela ne serait pas forcément dû à l’endométriose. J’ai constamment dans mes analyses de sang une composante dont les résultats sont trop élevés. Mon médecin traitant avait écarté ces résultats gênants en supposant que c’était dû à l’endométriose. Mais lui me dit que ce n’est pas l’origine. Et qu’il faut rechercher les causes. Et m’a questionné sur mes antécédents de problèmes articulaires… Il suspecte une autre pathologie. Et je ne sais pas quoi penser. J’ai bien eu le pressentiment que quelque chose n’allait pas avec mes analyses, mais le médecin traitant les a écarté, probablement fatigué de la complexité de mon cas…

En tout cas, je suis contente que mon gynéco n’ait pas fait la sourde oreille. Heureuse aussi qu’il ait pris le temps de me répondre. En sortant, j’ai entendu les secrétaires et infirmières se moquer et dire « olala, il a passé 2h avec une patiente, vous vous rendez compte ? ». Même si ce n’était pas exact, il a en effet pris du temps avec moi. Mais comment faire autrement, face à une maladie si mal connue et mal informée ? Face à la difficulté d’avoir un RDV avec ce spécialiste et de ne le voir qu’1 à 2 fois par an ? Face aux angoisses générées par des tas de questions sans réponse ? Alors que l’endométriose a tant d’impact sur ma santé, mon moral et ma vie quotidienne ?

J’essaye d’en faire moins cas qu’autrefois, de ne pas m’enfermer dans la maladie en me définissant comme « la fille avec de l’endométriose ». Mais, il n’est pas faute de constater que, même si je fais attention à mon alimentation, que j’ai repris le sport, que j’ai décidé d’avoir plus d’ouverture sociale, quoique je fasse, et même d’arrêter de me focaliser mentalement sur ma maladie, celle-ci revient. Sous diverses formes, de façon inattendue et inconsciente. Notamment, via l’interprétation de mes rêves, que si la psy ne m’aidait pas à décrypter pour certains, je ne verrais pas le lien, pourtant il est bien là, souvent caché profondément, mais présent. Ou bien encore via une crise physique aigüe après 1 mois en pleine forme. Ou encore via le poids sur le moral, qui se manifeste avec la crise anxio-dépressive que je traverse actuellement.

Comment cohabiter avec la maladie ? Sans lui laisser avoir le dessus, sur le moral et sur le physique ? Mais sans l’ignorer et engendrer une crise inattendue et violente ? Comment l’écouter et l’accueillir sans lui laisser toute la place ?

Parfois je me sens vraiment impuissante et dans un flou absolu. Je ne comprends pas les messages de mon corps ni de la maladie. J’essaye de soigner ma qualité de vie pour limiter les impacts négatifs sur ma santé…

Alors même que ta situation au travail est toxique ?

J’ai conscience maintenant que cette situation ne me convient pas. Que l’organisation (ou son manque si vous préférez) ne correspond pas à ma façon de travailler. Que celle-ci, ainsi que la mauvaise ambiance et les soucis financiers, génèrent beaucoup trop de stress en moi, plus que je ne le pensais, plus que mon corps ne peut en supporter. Mais devrais-je changer la situation (en cherchant à changer de travail)  ou changer mon regard et ma façon de réagir à cette situation ?

Pourquoi as-tu peur de partir ?

J’ai peur d’être dans la fuite. Et par là même de répéter le même schéma encore et encore. Je ne veux pas revivre ça une 3ème fois. Je préfère encore essayer de régler ça maintenant…

Mais le problème c’est que tu n’es pas en état, ni physiquement, ni moralement. Il te faut apprendre à l’accepter. Il te faut apprendre à lâcher prise. Tu ne peux pas tout contrôler, tu ne peux pas être parfaite. Tu ne peux pas imposer ta volonté à ton corps, au-delà d’une certaine limite physique.

J’ai l’impression que tout s’écroule et que plus rien n’a de sens… C’est ça, ce que ça fait de tomber en dépression nerveuse ? D’un seul coup, le corps craque, il est épuisé, il ne veut plus rien entendre, il ne veut même plus dormir malgré la fatigue. Le mental ne suit plus, impossible d’avoir les idées claires, de réfléchir, de prendre du recul, d’analyser et de se projeter dans un projet pour rebondir. Les émotions deviennent encore plus ingérables. Tout est source de stress, de tension, de peur, le moindre imprévu, la moindre stimulation trop forte. Les émotions habituelles prennent des proportions énormes, balayent mon hypersensibilité et me laissent à terre, comme ça, sans prévenir.

Et je me sens si seule à traverser tout ça…

Pourtant tu ne l’es pas. On est là. Monia aussi. Tes autres amies aussi, même si à distance. Ta famille est là pour te soutenir par la pensée, malgré les 11 000km qui vous séparent.

Je me sens tellement dans le brouillard, tellement perdue. Je ne comprends pas, cette chute d’un seul coup…

Parfois il vaut mieux chuter dès le départ, pour se relever toute seule et plus forte. Préfèrerais tu que cela t’arrive dans 10 ans alors que tu pourrais être en couple ?

Non, bien sûr que non. De toute façon, on ne choisit pas vraiment le moment où cela nous tombe dessus.

Tu serais surprise de voir les signaux inconscients que l’être peut mettre ne place quand il est prêt à faire face à un nouveau défi, censé l’aider à grandir.

Mais vais-je vraiment sortir grandie de cette expérience ? Et en sortir tout court, alors que j’ai le sentiment de tourner en rond ?

Ça dépend. As-tu l’envie de vivre ?

En ce moment, pas vraiment. Mais je n’ai pas pour autant l’envie de mourir. Et je me rappelle de ces moments où j’avais l’envie de vivre. J’ai simplement envie d’aller mieux. De pouvoir sourire doucement et sentir le soleil briller dans mon cœur, quel que soit l’orage dehors.

Ce que tu cherches à atteindre n’est pas si simple. Regarde, il a fallu des années et bien des épreuves à Sylvie. Tu ne peux pas t’attendre à y arriver du jour au lendemain.

Mais cela fait déjà des années… Cela fait déjà 7 ans que je fais face à ma maladie, à mes blessures, aux aléas de la vie…

C’est le jour où tu arrêteras de compter que tu auras « réussi ». Parce qu’en vérité, les épreuves ne s’arrêtent jamais, la vie est faite de challenges et d’opportunités. Mais c’est le jour où tu arriveras à les regarder tranquillement, sans les voir comme des obstacles insurmontables, que tu pourras sentir le soleil briller quel que soit le contexte extérieur.

Merci… Mais cela ne m’éclaire pas sur la situation extérieure actuelle. Comment suis-je censée savoir si quitter mon travail actuel représente une fuite ? Que faire pour améliorer mon état de santé ?

Les pistes et les clés te seront données en temps voulu. Prends les choses une par une, et aie confiance. Les choses se dessinent petit à petit, mais tu ne peux pas les contrôler. Chercher à le faire ne serait qu’une source d’angoisse inutile. Concentre toi sur ton intérieur, recherche cet espace de paix en toi, qui ne dépend ni de ton état de santé, ni de ton environnement matériel, ni de ta réussite au travail. Libère toi des jugements et des regards extérieurs. Tu es en arrêt de travail, et alors ? Tu es en dépression, et alors ? Est-ce que cela fait de toi un être moins humain ? Une personne moins aimable ? Est-ce que cela change tes caractéristiques intérieures profondes ?

Tu as besoin de temps pour toi. Tu as besoin de temps pour guérir et cicatriser. Le monde ne s’arrêtera pas de tourner parce tu ne vas pas travailler et ne remplis plus ta mission de parfait petit soldat productif dans cette société capitaliste. Tu sais que j’ai raison.

Que va-t-il arriver si tu ne vas pas au travail ?

Il n’y aura personne pour recevoir et conseiller les agriculteurs…

Et est-ce grave ? Sachant que de toute façon, au fond, tu n’as rien de très utile à leur conseiller, puisque tu ne peux pas les encourager à planter s’il n’existe aucun débouché viable. C’est toi-même qui l’as dit.

Oui… C’est malheureusement la loi du marché. Et ça, je n’y peux rien, mieux vaut s’y conformer. Au final, mon travail a perdu de son sens, et je ne me sens pas utile… Je sais bien que finalement, personne ne va en pâtir, sauf mon supérieur…

Et pourquoi donc ?

Parce qu’il n’aura personne pour justifier le travail fait, pour rédiger les rapports pour les subventions… Et aussi qu’il se sentira obligée de gérer partiellement mon poste en mon absence, peut-être ?

Est-ce ma mission ?

Non.

Mais l’a fait-il déjà ?

Partiellement, il aime se mêler de tout, tout savoir et tout décider. Cela lui donne une illusion de contrôle. Parfois, il reçoit même les agriculteurs « importants » sans me prévenir et sans moi, alors que c’est mon poste… Et puis derrière, me dit de poursuivre l’encadrement, alors que j’ai loupé la 1ere étape importante…

Incohérent, n’est-ce pas ?

Oui, mais j’ai arrêté de chercher à comprendre pourquoi. Ce qui m’agace, c’est qu’il se positionne en « sauveur » et « donneur de service » alors que je ne lui ai rien demandé. Et qu’il suffisait qu’il me retransmette la demande pour que je m’en occupe.

Mais en réalité, il préfère le faire lui-même. Parce qu’il n’a pas confiance en toi. Ce n’est rien de personnel, il n’a confiance en personne. Pour lui, tout le monde à un moment ou un autre le déçoit, par son « incompétence » et pour l’absence de décision. Tu ne peux pas réussir à atteindre son niveau d’attente et de satisfaction. C’est impossible. Personne ne l’a jamais fait, ou s’il le pensait, il est déçu après coup, comme avec Sophie. Ce qui le rend méfiant. En réalité, il est en permanence frustré, car il veut atteindre un niveau d’idéal irréaliste. Ce qui le pousse à être contrôlant, à vouloir tout faire par lui-même, ou à défaut contrôler et prendre les décisions à la place des autres, pour s’assurer qu’elles soient les bonnes.

Tu n’as pas à te sentir dévalorisée ou incompétente face à lui. Car il te pousse à toujours plus, il veut toujours plus, il n’est jamais satisfait. Et il ne le sera jamais, ce dont il ne se rend pas compte, et ce qui va le mener face à de grosses déceptions envers lui-même. La faillite de la structure est inéluctable, que tu sois là ou pas. Cela aurait été quelqu’un d’autre à ta place, cela aurait été pareil, voir même plus rapide. Tu ne peux pas prendre sur toi la responsabilité et la culpabilité de ses échecs à lui.

Et surtout, tu dois apprendre à te détacher émotionnellement. Si tu ne veux pas partir et si tu culpabilises à être en arrêt maladie, c’est parce que tu as peur de le décevoir lui. Bien que tu ais la preuve de son manque de compétences dans certains domaines, de ces décisions parfois contestables, de son comportement colérique, tu te comportes avec lui comme avec un père. Tu ne veux pas le décevoir, à tout prix. Cela ne tient pas de la raison et de la logique, mais de l’émotionnel et des blessures non guéries que tu portes en toi.

Nous t’invitions à réfléchir en douceur sur ta relation avec ton père. C’est ce côté-là que tu devrais explorer avec la psychologue, si tu veux parvenir à surmonter ce blocage dans le cadre du travail. Tu ne peux pas exprimer pleinement tes compétences et ton potentiel, si tu reproduis des schémas type sauveur/victime, sauveur/bourreau, mais bien plus encore le schéma père/enfant. Tu réalises un transfert de blessures de la relation père/fille dans le cadre de tes relations à l’autorité.

C’est une réalité. Certes douloureuse et déstabilisante, mais une réalité à accepter avec douceur et gentillesse envers toi-même. Pourquoi répètes-tu ce schéma ? Qu’attends-tu de ce père dont tu cherches si avidement la reconnaissance et la fierté ? Pourquoi cette peur de la crise de colère ? D’être source de déception chez l’autre ?

C’est vraiment un travail difficile pour moi… C’est faire tomber de son piédestal mon propre père. Je sais qu’il n’est pas parfait. J’ai compris qu’il était impliqué dans un certain nombre de blocages sur ma féminité engendrés à l’adolescence. Mais en accepter encore d’autres… Comment croire qu’il peut m’aimer si fort et en même temps avoir provoqué tant de souffrances en moi ? Comment est-ce possible, comment est-ce seulement compatible ?

Alors admettre que ton père a commis des fautes envers toi revient à admettre qu’il ne t’aime pas ? Je ne te demande pas de réfléchir, mais seulement de laisser tes émotions sortir.

Oui, peut-être, je ne sais pas ! Comment pourrait-il m’avoir tant marquée et blessée sans en être conscient ? Ce n’est pas l’image que j’ai de lui. L’image que j’ai de lui, c’est que s’il savait combien il m’a fait du mal inconsciemment par ses comportements, il en serait absolument atterré, déprimé et il en culpabiliserait à mort. Il a un cœur tellement bon, qu’il serait incapable de se pardonner à lui-même… Je ne veux pas qu’il sache.

Alors tu cherches à le protéger lui ? En refusant d’admettre tes blessures, tu penses le préserver de la culpabilité et de la tristesse ?

Peut-être, on dirait… Pourtant, je ne suis pas obligée de lui dire… Je trouve ça extrême comme comportement : refuser inconsciemment d’admettre ses peurs et ses blessures par peur de faire souffrir la personne qui les a déclenchés…

Les méandres du mental sont complexes. Tant que tu ne les mets pas en lumière, il est difficile de les dépasser, et tu peux longtemps rester à errer et être perdue. Voilà pourquoi je suis intervenue. Maintenant que ce mécanisme est porté à ta conscience, je t’invite à l’explorer et le travailler avec ta psychologue. Elle saura t’aiguiller en douceur pour comprends son origine. Tâche de faire preuve d’ouverture et d’accepter de dépasser tes résistances sur le sujet.

Rappelle-toi que c’est pour toi-même que tu fais ce travail, et juste pour toi. Que c’est pour sourire et sentir le soleil briller, comme tu l’as dit. Tu n’as pas de compte à rendre, pas de peur des jugements à avoir. Le travail que tu fais est difficile, mais tu es courageuse. Il te faut croire un peu plus en toi. Tout doucement, pas à pas, « tu vas y arriver ». Tu es déjà sur le chemin, il est sous tes pas. Tu n’as nulle part où aller, tu y es déjà, tu as seulement à le réaliser…

Merci…

21 octobre 2016

 

Victime VS Bourreau dans les relations de travail

Artiste : Kuvshinov-Ilya
Artiste : Kuvshinov-Ilya

Je suis choquée. Le médecin m’a mise en arrêt maladie, en laissant entendre que je faisais un trouble anxio-dépressif. Comment en suis-je arrivée là ? Je ne comprends plus rien à ce que me dit mon corps. Je suis épuisée, mais je me réveille la nuit et n’arrive pas à me rendormir. Mon corps est tendu, mais il est trop faible pour que je puisse évacuer la pression en faisant du sport.

Tout cela a commencé avec une bête crise d’endométriose. Comme d’habitude, de la fatigue, des douleurs aux ovaires, le système digestif bloqué, etc. Mais je me suis reposée, j’ai fait attention à mon alimentation, la crise aurait dû passer. Pourquoi ne passe-t-elle pas ?

Parce que j’ai trop tiré sur la corde physiquement, sans m’en rendre compte, pendant le mois dernier alors que je me sentais en forme et que j’ai repris le sport ? Parce que j’ai pris moins de soin à gérer mon hypersensibilité au quotidien, notamment à cause du travail ? Ou bien est-ce le stress et l’ambiance explosive au travail qui se répercute sur ma santé ?

Je ne comprends absolument rien… Tout allait mieux, j’étais en forme, j’avais repris le sport, j’avais le moral, j’avais recommencé à sortir et m’ouvrir aux autres. Et maintenant, me voilà à avoir une boule de stress au plexus, des crises d’angoisse sans raison, des envies de pleurer imprévisibles. Et le pire, un découragement total.

Qu’est-ce que j’ai mal fait ? Qu’est-ce que je peux faire pour moi-même, pour aller mieux ? Je veille pourtant à bien éviter le gluten, limiter la viande et le lactose. Je travaille à bien rester ancrée, à manger en conscience, à rester alignée. Je me couche pour avoir des nuits de 8 à 9h. J’ai arrêté de m’imposer des choses le we, j’en profite au feeling. Je parle de mes problèmes au travail avec ma psy, pour essayer de les surmonter.

J’ai bien compris que je me laisse trop atteindre au travail, par le stress de n’être payée que le 20 du mois suivant, par la mauvaise humeur de mon supérieur qui la décharge sur ses employés, par la mauvaise ambiance qui règne à cause des problèmes financiers, par l’absence totale de reconnaissance de mon travail, par la perte de sens de mon poste vu que rien n’avance sur le projet de débouchés commerciaux. A quoi bon accompagner et encourager les agriculteurs à planter, si à la fin ils ne peuvent pas commercialiser et retirer des fruits de leurs investissements ?

J’ai pu observer mon supérieur : par manque de gestion de ses émotions, mais aussi de son personnel, ainsi que des flux financiers, il met en place une situation invivable. Mais il est incapable de se remettre en question, j’ai essayé de lui parler, de lui faire comprendre que c’était très stressant de travailler dans une ambiance où l’on ne sait pas quand la personne va exploser de colère… Pour se défendre, et se dédouaner de la responsabilité de ses prises de décisions, il se place systématiquement en victime. « Mais tu comprends, c’est un tel qui n’a pas fait ceci… un tel a fait cela… ». Alors que pour nous autres employés, il joue vraiment un rôle de bourreau, qui pour certaines personnes de l’entreprise pourrait être comparé à du harcèlement moral. Finalement, le rôle de bourreau VS victime est vraiment subjectif, selon le regard et le ressenti de chaque personne.

Ainsi, si je décide de quitter l’entreprise, je sais que mon supérieur va se poser en victime : « elle part alors que je n’aurai personne pour la remplacer.. ; c’est sa faute si… » et me mettre dans le rôle du bourreau « c’est à cause de son départ que c’est la merde… ».

Pourtant, quelles solutions j’ai ? Je ne veux pas me positionner dans un rôle de victime.

C’est moi qui ai choisi d’accepter ce poste fixe, alors que j’avais pu voir que mon supérieur était colérique et qu’il défoulait ses émotions sur les autres. Je ne peux donc pas m’en plaindre outre mesure sur ce point là. J’ai appris à poser des limites et lui faire comprendre que s’il hurlait sur moi, il ne ferait que me braquer, que cela ne ferait rien avancer et que je n’hésiterais pas à partir à cause de ça. Alors oui, ça a marché. Il n’a quasiment plus haussé la voix directement envers moi et ne m’a plus jamais hurler dessus. Mais cela ne l’empêche pas d’essayer de se décharger de ses autres émotions sur moi : frustration, découragement, etc… J’ai beau essayer de ne pas compatir et de ne pas le conforter dans sa situation, de couper ses plaintes avec des questions professionnelles terre à terre, sur ce point-là, c’est râpé. Parce que j’aurais du instaurer cette distance émotionnelle dès le départ, comme avec ses crises de colère. Mais au début, je n’avais pas conscience de tout ça, et j’étais la bonne oreille qui écoute et compatis. Alors que tout ça, ce ne sont pas mes problèmes à moi, ce sont les siens à lui, ce sont ses choix de s’investir dans telle et telle et telle et telle structure qui font qu’il est débordé. Mais voilà, quand on veut être partout, tout savoir et tout contrôler, on se fait engloutir sous ce besoin de contrôle. Et l’égo ne veut pas lâcher le morceau, quitte à couler une structure plutôt que de laisser des personnes extérieures réussir là où il a échoué.

Ce que je dis peut ressembler à un jugement. Je l’interprète plutôt comme de l’observation, de ce que l’égo et le besoin de contrôle peuvent engendrer. Je ne le juge pas lui en tant qu’être humain : ça doit être horrible de se retrouver dans cette situation, car il y est enfoncé jusqu’au cou. Et vraiment, je n’aimerais pas être à sa place, j’arrive même par moment à compatir.

Est-ce que pour autant, je dois laisser cette réalité m’affecter au point d’en perdre la santé ? La réponse semble évidente : bien sûr que non ! La mettre en pratique, beaucoup moins. Comment puis-je faire pour m’extraire de cette situation ? Parce que mon objectif n’est pas non plus de plomber la structure. Avec les départs récents et prévus, on sera peu et je possède certaines maigres connaissances que personne d’autre n’a. Il faudrait donc que je les transfère : mais à qui ? Dès que je vais vouloir partir, je sais que mon supérieur va essayer de me retenir. Si je pars malgré tout, me harcèlera-t-il durant la durée de mon préavis comme mon patron précédent ? J’ai envie de partir, mais j’ai peur du comment et de la façon dont cela pourrait se passer.

Et avant même de décider d’une date de départ, ne faudrait-il pas que je sache ce que je fais par la suite ? Est-ce que je serre les dents et tiens jusqu’à la date objectif fixée avant de peut-être rentrer en métropole ? Ou est-ce que je cherche à changer de travail sur place, ou en métropole ?

Pour faire quoi ? Le problème se situe dans le fait que mon travail a perdu son sens à mes yeux. Même mes études et mon diplôme ont perdu leur sens. Je ne sais plus ce que je veux faire et je n’ai pas d’envie. Alors sans savoir comment avancer, il faut probablement que je reste sur place et que j’observe.

Il y a bien des choses que cette expérience doit certainement m’apprendre. Après tout, je n’ai pas dû m’attirer cette situation par hasard, surtout après mon travail précédent où j’étais déjà face à un supérieur tyrannique. Mais quoi ?

Que le besoin de contrôle rend tyrannique. Qu’une mauvaise gestion de ses émotions peut pourrir la vie des autres au travail. Qu’oublier de traiter l’aspect humain des employés ne les rend pas plus efficaces, au contraire. Que l’objectif d’atteindre un certain but ne justifie pas tous les moyens. Que se placer en position de victime en n’assumant pas ses responsabilités ne fait qu’aggraver la situation.

Tous ces écueils, je pourrais probablement tomber dedans si j’étais à la place de mon supérieur. Je sens que je peux avoir une tendance autoritaire, je sais que je peux parfois être trop fixée sur mon objectif et du coup devenir contrôlante. Je sais aussi que ma tendance à séparer vie privée et vie professionnelle peut me rendre parfois très maladroite sur le plan humain avec mes collègues, quel que soit leur niveau dans la hiérarchie, alors même que je suis très empathique dans ma vie personnelle. Je prends conscience que la gestion de mon hypersensibilité est un élément fondamental dans mon lien aux autres, pour ne pas me décharger de mes frustrations sur autrui et autres émotions négatives. Et même si je ne suis pas quelqu’un de colérique ni de violent, je ne veux pas que les futures personnes que je côtoierai aient la boule au ventre de peur ou de stress face à moi, la même  que je ressens face à mon supérieur actuel.

Je crois que la différence fondamentale entre mon supérieur et moi se situe dans la prise de conscience de ses différents éléments. Je ne pense pas que mon supérieur ait réellement conscience de l’impact qu’il a autour de lui dans son travail, que tout le monde a du mal à le supporter et à travailler avec lui. Il donne l’image que son comportement est tout à fait normal, que parfois il dérape « oups désolé… mais je suis humain ». Il se place même dans le rôle de sauveur par moment « si tu savais tous les sujets d’emmerde que je t’épargne » alors que ces sujets-là ne font simplement pas partis de mon poste et que ce sont ces problèmes à lui, via ses engagements dans d’autres structures. On dirait qu’il n’a simplement pas conscience d’être tyrannique, mauvais gestionnaire humain et financier, etc. Probablement parce qu’il ne se remet jamais en question (« c’est lui la victime, donc le problème ne vient pas de lui »), et que son égo est trop fort pour accepter les critiques extérieures ou les dialogues pour le pousser à revoir sa vision. Il ne les comprend simplement pas. Il ne peut pas les accueillir.

Je me demande quels sont mes écueils à moi ? Sur quels points mon égo est tellement fort que je m’illusionne, me place en position de victime et refuse les critiques constructives ? Pour être face à un tel miroir qu’est mon supérieur, il doit bien y avoir des choses qui font écho et qui sont là pour me faire avancer, non ? Quand je réfléchis à ça, je suis contente de faire un travail de cheminement spirituel, car celui-ci me pousse à prendre conscience de mes défauts, et par exemple à éviter de devenir comme lui.

Mais parfois, à force de soulever les défauts et les écueils, on perd la conscience des points positifs et constructifs. On peut oublier ce qui fait nos forces, et ne voir que la montagne à gravir. C’est dans ces moments-là que je me sens dans un désert plus que jamais. Quand je me rends compte que je suis aux pieds de ruines, et que je n’ai nulle direction (volonté) pour avancer, nulle envie pour simplement prendre soin de moi et créer un oasis. Alors j’ai le sentiment de tourner en rond. Je me demande ce qui me rend prisonnière des mirages négatifs du désert ? Ce qui m’empêche de trouver une oasis ? Suis-je seulement capable de créer une source ?

[PS : à ceux qui se poseraient la question de la référence au désert et à la source, je vous invite à lire cet article de Sylvie]

12 octobre 2016