Ramasser les morceaux…

Artiste :
Artiste : Kaytseki

« On ne guérit par parce que l’on se rappelle, mais on se rappelle parce que l’on guérit. » (Citation, source oubliée)

Aujourd’hui il fait gris, un temps triste et mélancolique. Un peu comme l’est mon cœur. Alors que je ne souhaitais pas du tout me pencher sur le sujet, le prof d’astrologie a décidé de revenir sur un vieux cours précédent (que j’avais volontairement manqué) pour réviser la comparaison de 2 thèmes astrologiques dans un couple. Encore moins plaisant, une amie m’a demandé de l’aider à réviser et faire la comparaison de son thème, en échange d’un service rendu. Comme on travaille toujours sur 2 thèmes en parallèle, j’ai donc étudié le mien et celui de mon ex-compagnon.

Au départ, j’étais contente. Je n’avais pas été capable de regarder son thème pendant des mois après la rupture. Et enfin, l’idée de l’étudier ne soulevait plus de la colère en moi. Je sentais une sorte de détachement. Mais alors que j’avançais dans mon étude, et que l’interprétation astro collait exactement à la réalité, j’ai ressenti une sorte de fatalité. Alors on a beau avoir une superbe compatibilité de caractère, émotionnelle, intellectuelle, des objectifs communs pour notre vie matérielle, même nos thèmes nous disent que l’on est incompatible sur le plan des relations physiques ? Le voir écrit là m’a aidé à comprendre que c’était un enjeu majeur de notre couple et que l’on n’avait pas réussi à le dépasser. Peut-être était-ce une expérience choisie en amont pour nous aider et nous apprendre quelque chose ?

Je ne pensais pas que cette étude me travaillerait autant intérieurement. Que cela réveillerait tant de choses en moi. Jusqu’à récemment, je n’avais vraiment pas envie qu’il reçoive la moindre nouvelle de moi. Mon amie m’a dit « c’est dommage, les ex font de très bon amis ». Parce qu’ils nous connaissent intimement et une fois que l’ambiguïté sexuelle est levée, la question sur le type de relation ne se pose plus. Alors je me suis demandée : ai-je envie que l’on redevienne amis ? En suis-je capable ?

Le temps a passé. Lui a refait rapidement sa vie sentimentale. Moi j’ai décidé de me laisser le temps de guérir. Pourtant, j’ai parfois le sentiment de stagner : comment cela se fait-il que j’ai besoin de tant de temps là où d’autre guérissent si vite ? J’ai comme l’impression que mon cœur a décidé de stagner, de se mettre en retrait. Il refuse d’envisager d’autres relations. Il veut être laissé tranquille, au chaud, à l’abri, loin des vagues de la passion qui ne font que le fracasser contre les rochers.

Parfois je pense à lui, je me demande ce qu’il fait, où il en est de sa vie et de ses projets. Nos discussions me manquent, notre auto-émulation aussi. J’aurais envie de l’encourager. Ces choses-là peuvent se partager dans une amitié. Mais alors, je le verrais en couple avec une autre, et je ne suis pas sûre d’être capable de le supporter. Je ne le pensais pas, mais cette idée me brise à nouveau le cœur. Je me dis que cela serait au-dessus de mes forces de voir une autre lui donner ce que je n’ai pas pu.

Mais la prise de conscience qui me frappe le plus, c’est qu’en rejetant tout ce qui le concernait lui, ses affaires, mes souvenirs, le moindre contact ou la moindre information à son sujet, c’est aussi une part de moi que je rejetais : la femme que j’étais avec lui. La femme capable d’aimer et d’être aimée, la femme féminine et sensuelle, la femme désirable et séductrice. Toutes ces facettes de moi, je les ai enterrée avec lui, sûre et certaine qu’elles ne pouvaient m’apporter que de la souffrance et que je n’en voulais plus. A quoi bon être tout ça si c’est pour être rejetée parce que l’on est une femme blessée dans son intimité, par la maladie et par le viol ?

Je n’ai pas la réponse au jour d’aujourd’hui. J’essaye juste de ramasser les morceaux comme je peux, découvrant finalement qu’ils sont éparpillés bien plus vastement que ce que je pensais… Et que cette blessure fait écho à d’autres, de vies antérieures que je ne connais pas, me laissant dans un flou et désemparée, comme impuissante…

27 novembre

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Création et féminité

Artiste :
Artiste : StefaChaotic

Je ne sais pas pourquoi, je ressors de cet atelier de création de bijoux frustrée. La dernière fois aussi. Comme si je n’étais pas satisfaite de mes créations, bien qu’on me dise qu’elles sont jolies. Je ne le nie pas, il y a un sens esthétique derrière, un arrangement des couleurs et un style cohérent. Mais là où je me sens frustrée, c’est que j’ai l’impression d’avoir dépensé beaucoup d’énergie et d’efforts pour au final quelque chose qui ne me ressemble pas.

Et à quoi ressembles-tu ? Qu’est ce qui te fait dire ça ?

Et bien, je trouve ces bijoux trop voyants, trop « m’as-tu vu ». Je suis tombée amoureuse de ces perles de verres colorées quand je les ai vues. J’avais envie de faire quelque chose avec, absolument. Mais je ne savais pas quoi. J’ai longtemps tourné autour du pot, j’ai créé une autre paire de boucle de d’oreille bien plus simple pour me mettre dans l’élan créatif. Ces perles me semblaient trop voyantes pour les porter en collier, pas mon style. Alors je me suis dit, pourquoi pas en boucles d’oreille ? Mais toujours trop grosses pour les porter seules, trop simpliste aussi. Alors j’ai fait une composition, j’ai rajouté des breloques pour équilibrer et habiller.

Et puis il me restait cette autre perle de la même couleur, en verre et métal, venant de Bali. Une perle unique, que j’avais décidé de conserver pour un prochain atelier, afin de faire quelque chose d’assorti aux boucles d’oreille. Là aussi, j’ai bien peiné pour savoir quoi en faire. Te rends-tu compte que j’ai passé 3h à créer ce pendentif, quand d’autres ont fait 2 à 3 paires de boucles d’oreille ?

Cela m’a donné l’impression d’être inefficace et indécise. Je sais que je suis longue à créer, à faire émerger les choses. Alors j’ai essayé de ne pas regarder la vitesse des autres pendant, de ne pas me comparer et de me concentrer sur ma création. J’étais là avec toutes ces femmes, mais c’est comme si j’étais seule. Comme si j’étais rentrée à l’intérieure de moi-même, dans un autre espace-temps, ailleurs. Et quand enfin j’ai fini, je ressors de cet état épuisée, déracinée, un peu à l’ouest comme si je revenais d’ailleurs.

Mais en même temps, heureusement ! Car je crois que sinon, je n’aurais pas supporté les énergies dégagées par ces femmes autour de moi. Je me rends compte que je n’ai pas de mal à côtoyer des femmes plus âgée et matures, des femmes puissantes qui s’assument (telles que des chamanes ou guérisseuses), des femmes sages, et même des femmes mères depuis quelques temps. En revanche, je me sens ultra mal à l’aise en face de jeunes femmes très féminines, qui ressemblent à l’archétype de la « Vierge ». Jeunesse, naïveté, sensualité, beauté. L’archétype de la femme qui correspond à celui de mon âge et que je n’arrive pas à accueillir et incarner. Celui qui évoque le Soleil, la radiance, la force de vie, mais aussi l’attirance, le désir, la sensualité. Face à ces femmes-là, je me sens toujours « moins ». Moins féminine, moins belle (ou rayonnante, car ce n’est pas tant une question de physique), moins désirable. Je me sens grossière et pataude, comme une paysanne à côté d’une princesse. Ces femmes mettent en avant leur féminité sans fard et sans complexe, elles sont à l’aise avec ça. A côté d’elle, subitement, je me suis sentie comme un vilain petit canard.

C’est un miroir très difficile pour moi à observer. Comme un idéal hors d’atteinte, quelque chose qui m’apparait hors de portée. J’aurais beau faire tous les efforts physiques de la Terre, il me semble que rien ne pourra jamais me rendre aussi féminine. Bien qu’aujourd’hui je portais une robe, que j’avais pris la peine de me parfumer, de me maquiller, d’avoir les cheveux bien coiffés, face à une féminité si bien assumée je me suis sentie moins que femme. Ce qui est très douloureux pour moi à constater.

Mais pourquoi donc suis-je allée à ces ateliers de création de bijoux ? La curiosité, l’envie d’apprendre comment on fait pour pouvoir créer à son bon vouloir ? Au départ, je voulais me créer des boucles d’oreille, car je n’en ai pas beaucoup. Mais je suis plutôt du genre à préférer les bijoux en argent achetés en bijouterie, quelque chose de qualité et de durable. Néanmoins, j’avoue que la tentation d’avoir un bijou original, car créé de façon unique, était tentante. Et puis ?

Je ne sais pas ce que je vais faire de cette parure de bijoux. Avec des perles vertes et bleues… pour moi qui commence à peine à porter de la couleur ! Rappelons qu’il y a un an encore je m’habillais tout de noir et de rouge, et j’avais un stylo gothique bien affirmé. Je ne sais même pas avec quelle tenue porter cette parure ! Je sais déjà que je vais me sentir ridicule avec, comme un costume qui ne me ressemble pas, quelque chose de trop beau, de trop stylé pour que je le porte.

Pourtant c’est toi qui l’as créé, non ? Cela vient de ton intérieur, d’une part de toi très profonde, puisque tu t’es laissée guidée par ton intuition créative.

Oui.

Ne seras-tu pas fière de la porter alors ?

J’ai l’impression que ce serait comme un mensonge. Je ne sais pas si je vais la porter à vrai dire. Comment peut-il y avoir  un tel décalage entre ce qui sort du fond de moi, de mon cœur et mon extérieur, la façon dont je me sens au quotidien ? Cela m’ébranle… Je ne sais comment l’exprimer que par : j’ai le sentiment d’entendre mon âme pleurer.

Mon amie m’a dit qu’elle trouvait le rendu de mes bijoux très doux. Pour avoir cette inspiration-là, il doit bien y avoir une femme douce et féminine cachée au fond de moi. Pourquoi ai-je ce sentiment de ne pas pouvoir y accéder ? Pourquoi dès que j’essaye de faire des efforts vestimentaires pour être plus féminine – dans mon nouveau style non gothique encore à définir – j’ai l’impression de me déguiser ?

Parce que tu ne sais pas qui tu es. Tu n’as pas encore trouvé un nouveau style qui te corresponde car tu cherches toujours la femme que tu es. Qu’est ce qui pourrait te rendre plus à l’aise pour porter ces bijoux ?

Je ne sais pas… J’ai l’impression que dès que je mets une robe, c’est déjà beaucoup de féminité affichée. Alors porter des talons en même temps, ou des bijoux – et je passe sur le maquillage en simultanée – c’est comme si j’en faisais trop, que ce n’était pas naturel, pas moi. Et donc forcément je me sens ridicule. Cela ne me pose pas de problème quand c’est pour des grands évènements, comme pour des mariages, parce que là, c’est normal, tout le monde le fait. Et je me sens toujours « moins  femme » que les autres présentes. Donc ça va, je n’attire pas les regards.

Pourtant, cela ne me posait pas de problème de faire tout ça quand je m’habillais en style gothique. Je pouvais même mettre mon corset, en même temps qu’une jupe, mes bottines Doc Martens à talon et mon rouge couleur sang. J’adorais même, je me sentais à l’aise alors. Pourquoi n’est-ce plus cas ?

Parce que tu ne te caches plus derrière des bracelets à piques et des vêtements noirs qui envoyaient le message contraire : « je suis féminine, mais ne m’approchez pas ». Avec un style aussi excentrique, il n’y avait que les fous pour oser t’approcher, ou tes amis qui te connaissaient au-delà de la façade.

Je me sentais très féminine à cette époque-là, surtout avant de rencontrer mon ex-compagnon. Même si j’étais habillée de façon sexy, les regards passaient sur moi et ne s’attardaient pas car les gens pensaient « ah, c’est une gothique », fin de l’histoire. Il n’y avait que ceux qui regardaient au-delà des apparences qui pouvaient être attirés par mon physique au-delà de mon style. C’est vrai que c’était confortable d’une certaine façon.

Cela me manque. A cette époque, je savais comment être féminine et me sentir féminine. Maintenant, c’est comme si je devais tout réapprendre. Je ne ressens que de la vulnérabilité et de la fragilité lorsque j’essaye de faire ressortir la femme en moi. J’ai l’impression que quoi que j’essaye, elle s’élude et s’esquive, elle ne veut pas sortir de sa coquille, ni me dire qui elle est. Je ne sais pas quelle femme je suis.

Je suis une femme-enfant qui aime jouer, faire la naïve et se voir offrir des cadeaux.

Je suis une femme- sorcière, celle qui découvre petit à petit son intuition, sa guidance spirituelle et qui réveille et explore la chamane en elle.

Je suis une femme – vieille sage, celle qui n’a plus de cycles, qui écoute, conseille, qui apprend la patience et n’a pas peur de la mort ni de la maladie, ni d’écouter ses propres ombres.

Mais où est ma jeune femme radieuse et sensuelle ? Et celle qui se sent capable d’être mère ?

Comment apprendre à les connaître et les aimer ?

Déjà en acceptant leur fragilité. Il y a des raisons qui font que tu n’arrives pas à accueillir le cycle de la « Vierge » dans ta vie. Nous savons que ce que Sylvie a écrit sur ce sujet t’avait parlé. Tu es typiquement de celle qui est passé par un ordre inhabituel dans l’ordre de ces cycles. Cela n’a pas d’importance réelle. L’important c’est que tu acceptes la femme que tu es aujourd’hui, même si tu la trouves « incomplète », même si tu la trouves différentes des autres femmes de ton âge que tu observes.

Ces jeunes femmes te paraissent naïves, insouciantes et par la même des « proies faciles ». Elles sont belles, énergiques, féminines, à l’aise avec leur corps, mais elles ne connaissent pas encore leur propre pouvoir intérieur – celui de la sorcière, de la chamane, de la femme lunaire – celui de la femme consciente de son cycle, de sa richesse et de ses forces. Elles n’ont pas non plus développé leur sagesse de « vieille femme », celle développée face à la perte, à la mort, à la descente intérieure dans nos propres ombres, à la maladie. Alors elles te semblent bien fragiles.

Pourtant elles n’ont que quelques années de moins que toi – entre 3 et 5 ans. Tu te demandes comment un tel fossé peut vous séparer. Tu te demandes comment tu pourrais accepter une telle « superficialité », non celle de l’apparence et de la beauté, mais celle de l’ignorance, l’ignorance de soi, de sa propre divinité et de sa spiritualité.

Je ne me retrouve nulle part à vrai dire. Auprès des femmes plus âgées, avec qui je partage pourtant des échanges profonds, il y a malgré tout un écart d’âge, de responsabilités (famille, maison, travail…) et de construction matérielle. Les femmes – sorcière ne courent pas les rues, et bien que j’en côtoie un certain nombre ponctuellement lors de cercles de femmes à la pleine lune, chacune a sa vie en cours (souvent un peu plus âgées, mère de famille, en couple…). La majorité de mes amies font partie de cette catégorie d’ailleurs. Quant aux femmes de mon âge ou plus jeunes… il est rare que j’arrive à trouver des centres d’intérêts communs, un rythme compatible avec ma maladie…

Bien que mon égo pourrait avoir envie de me faire sentir « supérieure » à ces jeunes femmes, parce que je me suis un peu plus penchée sur des questions de spiritualité et du développement personnel que la moyenne à mon âge, je me sens pourtant bien inférieure. A quoi bon la « sagesse » (entre crochets hein, parce qu’on apprend toute sa vie !) si mes peurs m’empêchent de vivre, de m’ouvrir, d’oser avec l’élan de la jeunesse ? A quoi bon philosopher et travailler sur soi, si on ne vit pas, là dans le monde matériel qui nous entoure, maintenant ? J’ai parfois l’impression de rater ma vie, de passer à côté, à cause de la maladie, de mes peurs, de mon hypersensibilité et de mes perceptions subtiles non maitrisées qui peuvent me plomber.

Je commence à devenir trop consciente des choses qui ne me conviennent pas : le bruit, la foule, le gluten, les lieux trop chargés, le commérage, etc. Et la liste est longue. Je n’ai plus envie de m’infliger ça. Mais comment me sociabiliser quand la majorité des gens de mon âge recherche ça ? J’ai vraiment l’impression de me heurter à un casse-tête. Et plus je semble avancer sur mon chemin intérieur et spirituel, et plus parfois j’ai l’impression de dériver loin de ma famille et des autres. De ne pas pouvoir leur parler de mes expériences subtiles, de mes prises de conscience, de mes évolutions intérieures… Ce qui donne parfois un profond sentiment d’inadéquation et de solitude.

26 novembre 2016

La vie est belle [voyage chamanique]

Artiste : Yuumei
Artiste : Yuumei

Il y a des moments où la vie est faite de peurs, de doutes, de luttes contre soi-même, et par extension avec les autres. Dans ces moments-là, rien ne semble certain, et toutes ces lourdeurs semblent étouffer nos élans de vie.

Et puis, il y a ces autres moments, plus rares, où les connexions se font, où les messages apparaissent, où la beauté du monde qui nous entoure nous touche. Tout à coup, la vie est belle. Le cœur est serein, parfois même emplie de gratitude, et l’avenir n’est plus si sombre. Un rayon de lumière a fugacement percé les nuages gris.

Toute la difficulté réside a percé cette couche de nuage, pour faire de l’espace à ces rais de lumière. A garder foi que malgré les moments difficiles, la vie reste belle.

Je ne suis pas très bonne à ce jeu de la vie, même si j’essaye de m’améliorer. Il est vrai que ma mère m’a toujours dit que j’avais cette tendance naturelle à voir le verre à moitié vide au lieu de plein. Mais il est vrai aussi que l’on est programmé génétiquement de cette façon. Voir le négatif, imaginer les pires scénarios et s’y préparer mentalement a été un processus efficace pour la survie de notre espèce et il est resté imprimé dans nos cerveaux [cf je ne sais plus quel numéro de Science et Vie]. C’est à nous de faire un travail conscient de reconditionnement vers la pensée positive, qui en réalité n’est pas biologiquement programmée. Autant dire qu’au départ, c’est une lutte de tous les instants – encore faut-il avoir réussi à prendre conscience de ce schéma de pensée négatif et à s’en être dissocié (ce qui sont déjà de sacrés grands pas).

Parfois, un rayon de lumière me touche. Comme aujourd’hui, alors que j’ai lu un livre inspirant et que j’ai pris la peine de m’entraîner à dessiner. Comme si ouvrir son cerveau à la créativité et à l’esthétique permettait de mieux laisser entrer la beauté de la vie aussi.

Je suis sortie me promener, j’ai écouté le chant des oiseaux, profité des doux rayons dorés du soleil déclinant. Je me suis arrêtée un temps pour observer un petit coin de nature, dans cette zone délaissée de l’homme en pleine ville – la ravine. [En zone tropical, c’est un lit de rivière asséché, colonisé par la nature, qui n’est submergé qu’à la saison des pluies, lors de violentes averses].

Apaisée, présente à ce qui m’entourait, j’ai décidé de fermer les yeux et de partir en voyage chamanique pour me connecter à l’esprit d’un arbre près de moi. Après lui avoir demandé sa permission, je suis entrée en lui pour observer un spectacle magnifique, que je ne saurais fidèlement décrire. J’étais au centre de son être et je voyais ces cellules végétales, comme on verrait un vitrail. Leur forme allongée, leur paroi et leur noyau semblable au métal qui lie les morceaux de verre, le reste des cellules d’un verre translucide illuminé par le soleil lui conférant une teinte vert clair lumineuse.

[Petit aparté scientifique pour aider à la compréhension]

Vous le savez peut être déjà, les cellules des végétaux se différencient de celles des animaux par plusieurs points caractéristiques. Elles ont notamment une paroi rigide qui leur donne une forme stable, rectangulaire et allongée (là où les cellules animales sont souvent rondes, mais peuvent avoir des formes bizarres tels que les neurones). Ces cellules végétales sont également beaucoup plus grandes que les animales : 100 μm contre 10 à 20 μm.

Autre rappel, il n’est pas connu chez les végétaux d’équivalent à notre système nerveux et notre centralisation, les plantes n’ont pas de « cerveau », de moelle épinière et de nerf, tout du moins rien de connu selon le référentiel animal. Aucun organe central connu qui dicterait le développement de la plante et de son fonctionnement, ce qui fait souvent considérer les plantes comme des « êtres inférieurs » car on ne peut concevoir – nous humains anthropocentristes – une forme d’intelligence sans un tel organe. Evidemment, la question de « l’équivalence d’un cerveau ou d’un système nerveux » a été posée par de nombreux scientifiques, sans qu’une réponse n’ait été apportée.

[Fin de l’aparté scientifique, merci de m’avoir suivi !]

J’étais donc au centre de cet arbre à admirer le vitrail de ses cellules et à me poser la question de son fonctionnement. Et là, l’arbre m’a soufflé de poser le doigt sur une cellule, celle-ci s’est activé, et elle activait la cellule juste au-dessus, et encore au-dessus, formant ainsi un « fil » de cellules alignées et connectées par la verticale. En suivant ce « fil de cellules » dont l’activation se propageait du centre vers le haut, j’arrivais à une branche et à un nœud, et l’activation de ce fil entrainait la formation d’une feuille. Revenue au centre de l’arbre, je touchais un autre fil, et le remontant, je voyais qu’il déclenchait le développement d’un autre bourgeon végétatif, puis un autre fil d’un bourgeon floral.

Ainsi l’arbre me montrait qu’il n’avait pas une architecture centralisée comme chez les animaux, mais une architecture filaire, où chaque fil donne un organe, et où l’ensemble des fils tissent une trame comme le ferait une tapisserie vivante. Je pouvais également suivre les fils dans le sol.

Mais ce qui m’a le plus surprise, c’est qu’en suivant un fil vers le haut, celui-ci ne s’arrêtait pas au bout de l’organe ! Il continuait comme un fil énergétique dans le ciel pour en réalité se connecter à un fil d’un autre arbre à proximité. Et pouf ! D’un coup je suis passé du fil de cet arbre à feuilles caduques, au ciel, au fil d’un sapin. Et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je me retrouvais au centre de ce deuxième arbre qui offrait lui aussi un vitrail de cellules magnifique mais au vert plus foncé, comme la couleur de ses épines. De l’intérieur je pouvais percevoir la forme du tronc, la taille et l’espace occupé par ce sapin, qui semblait vraiment juste à côté de mon premier arbre visité. J’ai suivi un fil pour visiter ses racines et voir que les fils des deux arbres s’y entrecroisaient et se connectaient.

Autre leçon chamanique : tous les arbres sont connectés entre eux, non pas seulement par les racines (comme les scientifiques l’admettent selon certains critères) mais aussi par une connexion aérienne entre individus via leurs organes, probablement énergétique ? Voilà un vécu bien loin des théories scientifiques…

Revenue à moi, j’ai pu ouvrir les yeux pour observer qu’en effet, derrière et entremêlé à l’arbre que j’avais choisi pour ce voyage, se trouver un sapin fin et discret, que le contrejour du soleil m’avait caché, jusqu’à ce que ce dernier disparaisse de l’horizon pendant mon voyage chamanique. Quelle n’a pas été ma surprise de constater que ce sapin avait exactement la taille et les dimensions que j’avais ressenties depuis son intérieur !

C’était pour moi la première expérience de voyage chamanique avec des végétaux où se mêlaient des « intuitions » de fonctionnement biologique et énergétique. Ma première vision de ces derniers du « point de vue intérieur » de l’arbre, comme j’en abordais l’idée dans cet article « Les plantes ont-elles une conscience ? ». A défaut de m’apporter de véritables connaissances scientifiques, cela m’ouvre à des pistes de réflexion, une autre manière de voir et des intuitions à tester…

Après tout, Einstein disait « La seule chose qui a de la valeur est l’intuition. » et Henri Poincaré « C’est avec la logique que nous prouvons et avec l’intuition que nous trouvons. ».

25 novembre 2016

Paralysée par la peur

Artiste : Kuvshinov Ilya
Artiste : Kuvshinov Ilya

Je ne comprends pas pourquoi tout à coup, je me sens paralysée par la peur. En réalité, cela fait déjà un moment que je suis aux prises avec de multiples peurs : la peur de prendre la décision de quitter mon travail sans filet autonome derrière, la peur de me tromper dans mes décisions, la peur de décevoir mes parents, la peur de la maladie, la peur de ne pas trouver ma voie, la peur de m’engager dans une impasse, la peur de l’abandon, la peur de la solitude, la peur du conflit et de la violence, la peur des jugements, la peur du manque financier…

Comment un si petit être peut-il contenir tant de peurs ? Elles m’étouffent, elles m’empêchent de me sentir libre, de faire confiance à l’Univers, de dire Oui ! à la vie et d’OSER. Le pire, c’est que toutes ces barrières ne sont que des obstacles intérieurs, des illusions basées sur des blessures du passé, un manque de confiance en moi et en la vie. Comment fait-on pour les surmonter quand elles s’accumulent au point de vous rendre littéralement malade ?

J’essaye de rester ancrée et centrée, de les accueillir, de ramener ma conscience au niveau de mon cœur et de me connecter un sentiment d’amour. Mais hélas, si cela marche bien lors de méditations et de voyages chamaniques où je mets mon mental en mode off, dans la vie de tous les jours c’est une autre histoire. On ne peut pas se déconnecter du mental en continu, quand on doit parler avec quelqu’un, négocier quelque chose, faire face à une situation pragmatique, conduire, etc. Et alors, la connexion à mon cœur ne semble pas suffisante, les doutes et les critiques de mon mental me reviennent avec force, et je me sens alors démunie.

Prenons l’exemple de l’histoire avec mon propriétaire (cf cet article ici). Son appel téléphonique musclé m’avait heurtée, laissée dans un sentiment d’infériorité et de peur, face à son chantage et à sa menace de venir à mon domicile. Après avoir pleuré un bon coup (et oui, merci chère hypersensibilité), j’ai fini par demander des conseils à une proche, qui m’a aidé à prendre conscience du déséquilibre de la situation et à exprimer mon choc. Me prouvant que cet appel était totalement déplacé, elle m’a alors motivée à me défendre. J’ai donc vérifié mon contrat, regardé ce que disait la loi, pris contact avec une association de consommateur qui m’a confirmé mon bon droit, et que si mon propriétaire mettaient à exécution ses menaces cela constitueraient une violation de domicile (susceptible de prison et d’une grosse amende). J’ai donc écrit un courrier rappelant mes droits et répondant négativement à la demande irrecevable de mon propriétaire. Mais, comme je sais que c’est un homme fier avec un comportement macho, qu’il a malgré tout fait des efforts dans le passé, que je n’ai pas envie d’entrer dans des relations conflictuelles, j’ai fait un pas vers lui en lui proposant de payer la moitié de la somme demandée, alors que je n’en a nullement l’obligation. J’ai envoyé ma lettre en recommandée, ce qui m’a fait me sentir plus légère en sortant de la poste. Et j’ai bien reçu l’accusé de réception.

Mais voilà, je n’ai pas reçu de réponse de sa part, ni oui, ni non à ma proposition. Je ne sais pas si c’est parce qu’il est trop fier pour accepter, si ma lettre lui a cloué le bec et fait peur, s’il se renseigne pour contre attaquer sur un autre point, ou pour je ne sais quelle raison. Alors pas de nouvelles, bonnes nouvelles ?

Pourtant je reste dans la peur qu’il essaye de se « venger » parce que je ne lui ai pas donné ce qu’il voulait, et parce qu’il est du genre à ne pas hésiter à utiliser son statut d’homme dominant plus âgé sur une jeune femme (la preuve avec son appel d’intimidation et j’en passe d’autres au début du contrat…). J’ai peur qu’il se pointe à l’improviste chez moi pour réclamer ce qu’il veut, voir qu’il essaye de rentrer dans mon domicile par la force. J’ai peur qu’il me fasse un coup bas par derrière, sans que je puisse y faire quelque chose. J’ai peur qu’il trouve un autre prétexte pour m’attaquer verbalement ou juridiquement…

Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à délaisser ses peurs, alors même que je sais être dans mon bon droit et protégée par la loi ? Je n’ai rien fait de mal, juste me défendre face à un acte irrespectueux. Mais voilà, malgré cela, je me sens en danger. La raison ne peut rien face à cette émotion profonde. J’imagine que cela est symptomatique de la façon dont je peux vivre les relations féminin-masculin, que ce soit intérieurement ou extérieurement…

Comme la peur qui me paralyse aujourd’hui, celle d’aller voir mon supérieur pour discuter avec lui d’un mode de rupture. Que ce soit cette situation comme la précédente, je ne peux m’empêcher d’avoir peur. Comme si au fond de moi, je me sentais faible face au pouvoir d’un homme, dominée d’avance, incapable de me défendre ni de négocier… Mais pourquoi ?

Pourquoi est-ce que je me sens si faible, en danger et démunie face au masculin ayant de l’autorité (qu’elle soit valable ou non) ? J’imagine qu’il n’y a rien à comprendre, juste à accepter… Il est certain que cette blessure est liée à celle de mon Féminin Sacrée, qui elle-même remonte à loin.

Mais comment la dépasser ? Je ne veux pas rester clouée au sol par la peur, cette peur qui m’empêche de vivre et d’oser. Je veux pouvoir avancer et oser avec confiance dans la vie. Je veux pouvoir guérir cette blessure avec douceur, afin d’avoir des relations apaisées avec l’autorité masculine. C’est impossible d’éviter les relations masculines en lien avec l’autorité toute ma vie. Après tous, les hommes constituent la moitié de la population terrestre ! Et j’ai l’espoir de pouvoir vivre une relation de couple harmonieuse un jour… J’ai envie d’apprendre à dépasser cette peur. La question est : comment ?

Même si je ne sais pas comment y arriver, j’émets l’intention suivante : je trouve un terrain d’entente dans la paix et l’harmonie avec mon supérieur.

22 novembre 2016