Dualité

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Artiste : NanoMortis

Aujourd’hui, j’ai le cœur lourd. J’imagine que ce n’est pas par hasard si ma sciatique revient en force et si je me suis réveillée avec un torticoli ce matin. C’est comme si tout à coup, je me ressentais rattrapée par la réalité, que j’avais cherché à fuir en me concentrant sur de l’organisation matérielle, en lisant des heures…

La réalité de mon départ me percute enfin, après le déni. J’ai récupéré cartons et du scotch marron, mais je n’ai pas commencé à trier et emballer mes affaires. Tout comme je n’arrive pas à mettre une annonce pour vendre mes meubles. Je me sens bloquée. Tout à coup, je réalise enfin que dans un mois, je ne serai plus ici… J’aurai quitté cette île, quitté mes amis, quitté le quotidien que je connais.

Pour aller vers un ailleurs incertain, un nouveau temps de transition, à la durée inconnue. On pourrait arguer, que retournant vivre au domicile familial, je connais déjà les lieux. Mais je vais y revenir tellement différente, après ces 2 ans à la Réunion et tout ce que j’ai vécu… Là-bas, plus d’amis, plus de repères. Du tri m’attend, retrouver des professionnels de santé pour m’accompagner, des activités… Me pencher sur mon futur professionnel.

Et tout à coup, je me sens tellement perdue.  Perdue face à mes soucis de santé, perdue face à l’absence de direction dans ma vie. Perdue de devoir quitter les personnes chères que j’ai rencontré ici, que j’aime profondément et qui m’aiment comme je suis, sans jugements et sans mensonges. Même si elles ne sont pas nombreuses, ces personnes-là sont très précieuses à mon cœur.

Une part de moi a peur de rentrer, de retrouver des jugements et du rejet face à l’importance de la spiritualité dans ma vie, de vivre de l’incompréhension. Une part de moi projette encore les comportements que mes parents avaient quand je vivais encore chez eux, ainsi que les miens… Pourtant tout est évolution, si moi j’ai changé, mes parents ont changé aussi, mes proches de métropole aussi. Il me faut déconstruire toutes mes croyances et mes aprioris négatifs, pour pouvoir accueillir les choses telles qu’elles sont devenues lors de mon absence.

Et je me sens fatiguée et effrayée par cette nouvelle déconstruction qui vient, qui se rapproche chaque jour un peu plus. Trier, jeter, donner. Ce ne sont que des aspects matériels, mais c’est exactement la même chose qui doit se faire sur les autres plans : mental, émotionnel et énergétique. Je n’ai jamais été douée pour vivre les transitions importantes, telle que celle-ci. Alors, je me demande, comment la vivre au mieux ? Comment m’y préparer pour qu’elle soit douce, simple et fluide ?

Je ne veux pas la vivre comme un choc, comme ce que j’ai vécu à mon arrivée à la Réunion. Une déstabilisation totale, la perte de tous mes repères : nature, étoiles, climat, culture, alimentation, absence des proches… Je vais le refaire en sens inverse, et même si je sais en partie ce qui m’attend là-bas, est-ce que je le sais vraiment ? N’est-ce pas l’occasion de revenir en posant un regard différent, en accueillant les choses sans jugements, telles quelles sont ? Sans attente et sans projection ?

Je pleure. Je pleure cette partie de moi qui va mourir en quittant la Réunion. Pourtant, c’est moi qui ai décidé de partir, de suivre le flot de la vie, de répondre à cet appel, même si je ne sais pas où il va me mener. Même si j’ai eu des messages me confortant dans ce sens. La Réunion n’était qu’une étape pour m’aider à mieux me réveiller, à guérir et à m’ouvrir spirituellement. Mais pour aller où ? Faire quoi ? On dirait que je n’ai pas fini de tâtonner dans le brouillard…

J’accueille cette tristesse, celle de quitter une terre qui m’a accueillie, chamboulée et nourrie. Celle de renoncer à la beauté d’une île Sauvage, faite de feu, d’eau et de terre, où les énergies sont si fortes et si belles. Celle de dire au revoir à de si belles âmes, rencontrées au hasard de mon chemin et avec qui j’ai pu partager tellement de choses dans l’amour et la compassion.

Je me sens déchirée en deux, entre ma terre natale qui m’appelle si fort : ses arbres, ses terres, ses plantes et ces animaux, ma famille, et la Réunion qui est devenue, doucement mais surement, ma terre d’adoption. Pourquoi toujours tant de tristesse et de dualité ? Quand je suis ici, la tristesse de l’éloignement. Et pourtant, alors que je m’apprête à partit, la tristesse de la séparation.

15 mars 2017

4 commentaires sur « Dualité »

  1. Bonjour Cel,

    Ton blog peut représenter ce qui ne change pas malgré ton déplacement physique, il est une continuité.
    Tu es toi et le resteras, quand je vois tout le chemin que tu as parcouru … ça va être une épreuve mais je pense que tu peux être surprise dans le bon sens de la force que tu as acquise.

    Je t’embrasse, et te souhaite pleins de courage et de force !

    1. Coucou Fleur,

      Merci pour tes mots ! Oui, s’il y a bien une chose qui ne change pas (ou presque), c’est mon blog ici, qui reste une bulle intemporelle où que j’aille.
      Je pense aussi que le retour va être un défi, d’une autre sorte : affirmer qui je suis en revenant différente, et surtout ramener et intégrer dans le quotidien, tout ce que j’ai appris, senti et vécu ici ! Y a du boulot, lol. Application concrète des enseignements spirituels!

      Je t’embrasse aussi 🙂

  2. Re-coucou Cel, un article qui peut-être t’intéressera :


    « En Nouvelle-Zélande, un fleuve reconnu comme une entité vivante
    Le Whanganui, troisième plus long cours d’eau du pays, s’est vu doter du statut de personnalité juridique, avec tous les droits et les devoirs attenants.
    Le fleuve Whanganui, dans l’île du Nord, en Nouvelle-Zélande.
    Une décision qui pourrait être une première mondiale. Un fleuve considéré comme sacré par les Maoris a été reconnu par le Parlement néo-zélandais comme une entité vivante. Le Whanganui, le troisième plus long cours d’eau du pays, s’est vu doter, mercredi 15 mars, d’une « personnalité juridique, avec tous les droits et les devoirs attenants », a détaillé le ministre de la justice, Chris Finlayson.
    Le nom maori du fleuve est Te Awa Tupua. La tribu locale lutte pour la reconnaissance de ses droits sur ce cours d’eau depuis les années 1870, a relevé M. Finlayson. « La nouvelle législation est une reconnaissance de la connexion profondément spirituelle entre l’iwi [tribu] Whanganui et son fleuve ancestral. »
    Ce statut aura pour traduction concrète que les intérêts du Whanganui seront défendus dans les procédures judiciaires par un avocat représentant la tribu et un autre le gouvernement. L’iwi a également reçu 80 millions de dollars néo-zélandais (52 millions d’euros) au titre des frais de justice ainsi qu’une somme de 30 millions de dollars (19,6 millions d’euros) pour améliorer l’état du cours d’eau. »

    Bises

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