Les voies détournées de l’égo

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Artiste : Kuvshinov-Ilya

Je me sens frustrée, ça ne va pas. Je ne peux pas peindre dans cet état ! Je ne comprends pas pourquoi cela m’a pris comme ça, hier soir, alors que j’essayais de peindre une fichue pivoine. Je n’arrivais pas à faire ce que je voulais avec mes pinceaux, ils sont trop souples et la pointe n’est pas assez fine ! Ça m’a énervée, j’en ai eu marre de ne pas avoir le bon outil pour ce que j’essayais de faire. Alors je me suis dit, bon, tu pourrais investir dans les mêmes pinceaux que tes artistes professionnelles préférées, c’est à dire un certain modèle de pinceau populaire pour l’aquarelle florale. Mais impossible de les trouver en Europe, c’est une marque américaine ! J’ai cherché sur pleins de sites internet, même les plus grands fournisseurs en matériel de Beaux-Arts en France, ils ne les ont pas ! Je suis allée sur ce site anglais qu’on m’avait conseillé et là, c’était rupture de stock. Même sur Amazon (que je n’utilise d’habitude jamais par principe de valeurs) il n’y avait pas de revendeur pour l’Europe ! Non mais franchement, qui croirait que c’est si difficile de se procurer un fichu pinceau ?! Et pourquoi, surtout, moi, je fais une fixation sur ça ?

Ce n’est pas l’outil qui fait l’artiste.

Je le sais. Sauf que là, vraiment, je n’ai pas de bon pinceau en poils synthétiques, qui soit assez ferme et pointu, pour les tracés que je veux faire. Je veux bien croire que le geste c’est 70% à 90% du résultat. Mais avec l’outil adéquat, c’est quand même mieux. Pourquoi est-ce que cela me frustre tant ?

Est-ce que le problème vient vraiment de là ?

Peut-être pas. Peut-être que ce n’est qu’une porte d’expression à une frustration plus profonde.

Cela fait plusieurs mois que tu tiens les ficelles de ta bourses serrées fermement.

* Soupir* Que veux-tu, c’est la dèche financièrement… Deux mois d’été sans cours de soutien scolaire, et bien ça ne fait pas rentrer d’argent.

Alors même que tu avais anticipé.

Et oui, j’avais fait quelques économies en prévision. Mais là, ça commence à être long. Ça m’énerve d’être au 10 de mois et de me dire que je n’ai plus d’argent à dépenser en dehors des frais planifiés pour le mois, parce que je me suis déjà fait plaisir en début de mois, avec des achats que j’avais déjà repoussé tout le long du mois précédent. Grmf, je n’aime pas ça, c’est en effet très déplaisant. Et comme je suis de genre à ne pas dépenser ce que je ne possède pas… Et bien, il faudra attendre.

Pourquoi ce que tu as ne te suffit pas ?

Je ne sais pas, d’habitude, cela me suffit. Je n’ai pas besoin de faire du shopping tous les mois, j’en fais même rarement. Et je préfère dépenser mon argent dans du matériel artistique, plutôt que des vêtements ou du maquillage par exemple, c’est ma marotte.

Cela te sert à compenser. Mais à compenser quoi ? Qu’as-tu à compenser là maintenant tout de suite ?

Je ne sais pas, ma frustration ? La frustration de ne toujours pas avoir de projet professionnel, la frustration de ne pas savoir ce que j’ai envie de faire. La frustration de me sentir limitée, financièrement, logistiquement (à vivre chez mes parents) et physiquement (avec la maladie et les jours de fatigue).

Et si on revenait ensemble sur ce dernier point ?

Et bien, il y a certains jours, comme hier, j’ai vraiment l’impression de subir la fatigue chronique et la maladie. Je ne peux pas faire ce que j’ai envie de faire.

Qu’aurais-tu fait si tu avais eu de l’énergie ?

Et bien, j’avais envie de tester la numérisation de quelques motifs d’aquarelle, de mettre en pratique ce que m’a appris mon amie.

Et de le dire, est-ce que tu te sens mieux ?

Pas vraiment, j’ai envie de pleurer. J’ai l’impression que je n’arriverais jamais à monter un projet ou créer quelque chose de concret. Cela apparait comme une montagne inamovible, nécessitant un total d’énergie énorme que je n’ai pas.

Toutes les montagnes se gravissent, une petite marche après l’autre. Juste une marche. Tu peux faire de toutes petites marches chaque jour. Un jour scanner. Un autre éditer le fond. Un autre reproduire le motif, un autre agencer. Tu n’es pas obligée de tout vouloir faire d’un coup. Même si cela avancera lentement, au moins tu auras l’impression d’avancer. Tu as déjà fait un grand pas en demandant un cours à ton amie.

Oui… Cela faisait un an que j’avais acheté le scanneur pour mes aquarelles, sans jamais vraiment m’en servir sérieusement.

Pourquoi cela ?

Et bien cela me semblait compliqué, d’apprendre à numériser mes aquarelles. Cette étape me semblait comme une montagne infranchissable.

Et regarde, tu es déjà sur le col de la montagne, il ne te reste plus qu’à appliquer. Tu as tout ce qu’il te faut, littéralement. Tu n’as pas besoin d’autres pinceaux ou d’autres outils. C’est l’égo qui cherche à détourner ton attention de ce qui compte, car il est effrayé. Il veut te faire croire qu’il te faut « plus », que tu n’as pas assez, que tu n’es pas « assez » pour y arriver. Ne lui en veut pas, il cherche juste à te protéger, il a une terreur bleue de l’échec et encore plus de la réussite. Mais tu peux l’accueillir dans ce qu’il ressent et le rassurer, plutôt que de lutter contre lui.

Comment ?

En prenant le temps de te connecter à cette part de toi qui a peur, de la rassurer, de la prendre dans tes bras et de la consoler. C’est normal d’avoir peur, c’est humain. Pour autant, tu n’es pas obligée de laisser cette part de toi te définir.

Plus facile à dire qu’à faire.

C’est la lumière de la conscience qui permet tout. Comprendre vos émotions et vos comportements inconscients permet d’agir dessus, il n’y a pas de mystère. L’égo est très fort pour prendre des voies détournées, il faut savoir les observer, pour composer avec.

Merci.

 7 octobre 2019

Le droit de s’exprimer

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Artiste : Selenada

Depuis quand est-ce que je n’arrive plus à peindre quand je suis préoccupée ?

Depuis que tu sais que ce n’est pas en peignant que tu éclairciras ton esprit.

La situation avec M. me préoccupe, cela me touche beaucoup. Je pensais que cela m’avait soulagé, qu’elle montre qu’elle avait entendu ce que je lui disais mais… Cela me rend triste. Je lui ai exprimé mon émotion et mon besoin, en veillant bien à ne pas être agressive dans mes mots, en m’appuyant sur la méthode de la communication non violente (CNV). Qu’aurais-je pu faire mieux ? J’ai quand même bien le droit de m’exprimer quand le comportement d’une personne me blesse, non ? Il n’aurait quand même pas été mieux que je refoule tout, que je nourrisse de la rancune inconsciemment, et pire que la situation se répète ?

C’est à toi de veiller sur toi, et donc oui, de faire en sorte qu’une situation qui te blesse ne se reproduise pas. Mais tu ne t’attendais pas à ce qu’elle réagisse aussi fort de son côté.

Non, c’est clair. Je l’ai toujours entendu exprimer et dire ce qu’elle ressentait, même quand les choses ne sont « pas ok pour elle ». Pourquoi n’aurais-je pas le droit d’en faire autant ?

Peut-être t’a-t-elle renvoyé en miroir ta propre agressivité ?

Je n’ai pas été agressive. J’ai dit que j’étais en colère. J’ai le droit, non, d’être en colère et de le dire ? Je n’ai pas crié, je n’ai pas hurlé, je n’ai pas écrit des propos agressifs ou accusatoires. Alors oui, je ressentais de la colère, je me suis sentie blessée et je ne voulais pas que cela se reproduise.

Pourquoi étais-tu en colère ?

Parce qu’elle m’a posé un lapin. Quand on a une relation à distance, un appel téléphonique ou un skype, c’est comme se voir en vrai, c’est le seul équivalent. On avait convenu de s’appeler le dimanche. Elle ne l’a pas fait, mais surtout, le vrai problème c’est qu’elle n’a pas prévenu qu’elle avait changé d’avis. Tu vois, qu’elle ne puisse plus, parce qu’elle a un imprévu ou qu’elle ne s’en sent plus l’envie, ça je peux comprendre. J’aurais été déçue, parce que nos échanges sont rares, mais je l’aurais accepté sans rien dire, c’est son droit. Mais qu’elle change d’avis sans même me tenir au courant… Moi, de mon côté, j’attendais son appel…

Je sais, j’aurais dû la relancer. Mais il y a une contradiction qui me gêne vraiment. D’un côté, elle déteste « qu’on lui mette la pression », alors du coup, moi je n’insiste pas dans mes messages. Quand elle dit un truc, je le considère comme décidé. Et de l’autre, elle m’a reproché de ne pas lui avoir donné de nouvelles et de ne pas l’avoir relancée. Comment suis-je censée réagir à ça ? J’aurais toujours faux ! Si je la relance, je lui mets la pression, et si je ne la relance pas, c’est de ma faute si elle ne donne pas de nouvelles… ça tu vois, ça me fait m’arracher les cheveux. C’est quoi cette contradiction ?

Pourquoi ce serait à moi de relancer les choses ? Je considère que dans une relation, on est responsable à 50% chacune de la communication. Oui, j’aurais certainement dû la relancer au lieu d’attendre « bêtement ». Mais elle aurait aussi dû me prévenir qu’elle ne comptait pas appeler ce jour-là, à partir du moment où elle l’avait décidé. Surtout qu’elle m’avait dit ok et que c’est elle qui a changé d’avis. Comment suis-je censée le deviner ? Par télépathie ? Je ne comprends pas pourquoi elle n’a pas pris la peine de me faire un petit sms comme d’habitude…

Parce qu’elle aussi est humaine, peut-être qu’elle ne se sentait pas bien ce jour-là ?

Je peux l’entendre, elle m’aurait dit « désolée, j’ai oublié… » ou « désolée, je n’étais pas bien ». Au lieu de ça, elle m’a reprochée à moi de ne pas l’avoir recontactée… Des reproches : elle renvoie la faute sur moi. Franchement je ne comprends pas.

Tu ne sais pas sur quelle blessure cela a tapé pour elle.

Non, je ne peux qu’essayer de deviner. Peut-être une forme de culpabilité pour ne pas m’avoir appelé, alors qu’elle sentait que je n’allais pas bien, et s’être écoutée en priorité ? Je ne sais pas, et je ne considère pas que ce soient ce qu’elle a à faire. Je ne suis pas amie avec la « thérapeute » mais avec la personne humaine entière qu’elle est. Je n’attends pas d’elle qu’elle me « sauve » ou m’aide à chaque fois que je ne vais pas bien. Juste qu’elle me respecte quand je lui exprime un besoin. Et je l’avais déjà exprimé à la Réunion, au tout début de notre relation d’amitié. Ça avait bien marché. Mais pas cette fois ci…  Franchement, je ne sais pas ce que je suis censée faire.

Tu as déjà identifié quelle blessure cela a touché en toi ?

Oui… Je déteste le silence. Je déteste qu’on me pose des lapins comme ça. Et ce n’est pas spécifique à elle, c’est pareil avec toutes mes autres relations. Je leur dis à tous « vous faites ce que vous voulez, du moment que si vous changez d’avis, vous me prévenez ». Sauf cas d’urgence évidemment. Le silence, c’est impossible à interpréter, on ne sait pas si l’autre vous a oublié, ou s’il ne peut pas, ou s’il ne veut pas, ou s’il a eu un accident… Comment peut-on savoir ? Je déteste le silence, car il me rappelle à ma blessure. Je le sais, je l’ai vu quelques jours après, quand la vague émotionnelle est retombée.  Je ne peux que travailler à guérir cette blessure petit à petit, avec le temps, les attentions et l’amour. Mais en attendant, je peux veiller à me protéger en exprimant mes besoins.

Du moment que tu identifies bien la blessure que cela touche derrière.

Bien sûr. Je sais que si cette blessure était guérie, cette histoire, sans grande importance de façon objective, ne m’aurait pas touché comme cela. C’est parce que la blessure est à vif que je réagis si violemment.

Alors c’est peut-être parce qu’elle aussi a une blessure à vif qu’elle a réagi aussi violemment.

Peut-être, je ne veux pas projeter ni interpréter quoi que ce soit, tant qu’elle ne m’aura pas dit elle-même ce qu’elle pense et ressent. J’espère juste qu’on arrivera à dénouer cette situation et à retrouver des échanges harmonieux, sans que notre amitié en pâtisse.

25 septembre

Les émotions profondes

Artiste : Yuumei

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir frustré, comme si vous tourniez en rond, mais sans savoir pourquoi et d’où cela vient ? Et bien je me sens exactement comme ça en ce moment. J’ai beau essayer de faire ceci, ou cela, de méditer, d’aller me promener, d’écrire mes pensées, ce sentiment revient toujours. Décuplé par l’hypersensibilité.

Un nouvel automne arrive. Et sans savoir pourquoi, cette idée provoque une profonde envie de pleurer en moi. Que je ne comprends pas, sinon cela serait trop facile. On dit, et moi la première, que les émotions sont des messagers de notre âme. Elles nous permettent de comprendre ce qui est important pour nous, ce qui nous touche, ce qui nous parle, ce qui nous fait réagir et réouvre de vieilles plaies. Alors je me demande pourquoi, parfois, elles sont si difficiles à décrypter.

Vous savez, c’est comme si, par exemple, vous étiez allongé dans un champ, sur un drap moelleux, vous regardez le ciel bleu et ressentez la caresse du soleil. Il fait beau et chaud, vous êtes en agréable compagnie. Tout va bien. Et d’un seul coup, sans savoir pourquoi, vous ressentez une profonde et lancinante émotion désagréable (au choix : tristesse, désespoir, colère, amertume, …). Alors que vous n’avez ABSOLUMENT aucune raison de vous sentir mal. Et alors qu’absolument rien d’extérieur ne l’a provoqué. Ou peut-être  était-ce le passage d’un papillon, mais c’était tellement fugace que vous ne l’aviez même pas remarqué consciemment. Et là est le détail important, vous ne l’aviez pas remarqué CONSCIEMMENT. Mais quelque chose s’est passé, et a réveillé cette émotion en vous.

Comment comprendre un tel déferlement d’émotion quand la logique ne l’explique pas ? Quand vous ne savez pas ce qui l’a déclenché ? C’est un casse-tête sur lequel je me heurte encore et encore. Parfois, quelques petits bouts de réponses me sont donnés par des articles de Sylvie. En lien avec l’âme, quasi toujours. Mais la plupart du temps, je dois juste faire avec. Continuer à marcher alors que je ressens une solitude plus glaciale que le fin fond du cosmos. Ou bien me lever alors qu’une tristesse inconnue et abyssale pèse sur ma poitrine et m’empêche de respirer.

C’est exactement comme ça que je me sens en cet instant. Je n’arrive plus à Respirer. Respire Camille. J’ai beau faire entrer et sortir l’oxygène de mes poumons, rien ne change. Pourquoi ? Quelque chose m’oppresse, et je n’arrive pas à en identifier la source. Habituellement, quand ce sont des émotions de surface, « superficielles » comme je les appelle, écrire dans mon journal, méditer, peindre, cela suffit… Mais les émotions de grand fond, c’est une autre paire de manche. Même l’exercice de l’œuf intérieur de Camille Fraise ne suffit pas à les apaiser.

Elles sont là. Juste là. Sans explications, sans solutions. Comme un panneau écrit en chinois qui vous dit que quelque chose ne va pas. Mais quoi ? Me suis-je trompée de direction ? Est-ce que j’ai oublié de faire quelque chose ? Alors j’essaye de tendre l’oreille, et c’est comme si cette émotion me fuyait et jouait à cache-cache. Elle ne veut pas se dévoiler et me dire son secret. N’ai-je pas fait assez silence pour l’entendre ? Ou ai-je peur de l’écouter ? Que va-t-elle me révéler pour provoquer quelque chose de si terrible en moi ?

16 septembre 2018

Le temps qui passe

Artiste : Yuumei

Bonjour à tous,

Je reviens ici et j’ai le sentiment de trouver un champ en friche. Cela me fait de la peine, car j’ai toujours beaucoup aimé mon blog, et accordé de la valeur à ce que j’avais construit ici moi-même, avec mes mots, mes émotions et mon vécu. Partager ma réalité, mes expériences. Bonnes comme mauvaises, on peut toujours en tirer quelque chose, un élément de compréhension, une expérience, des réactions émotionnelles, un miroir dans lequel s’analyser.

Pourquoi n’ai-je plus réussi à écrire pendant tous ces mois ? Comme si les mots m’avaient fui en même temps que mes conversations avec mes guides. J’aurais pu continuer à écrire malgré cela, comme je le faisais au début, avec mes émotions et mes réflexions. Décortiquer ce qui traverse mon cœur et perturbe mon mental. Comprendre mes propres réactions et débusquer derrière mes schémas de pensées, mes comportements récurrents.

Peut-être tout simplement que je n’en avais plus envie. Que je me sentais trop fatiguée. Après un an de repos, je me sens mieux. J’ai acquis la certitude que quoi je traversais, je devais être ma première et meilleure amie et toujours me soutenir. Moi intérieurement et moi mon corps aussi. Je constate de plus en plus à quel point je suis quelqu’un qui aime le calme et qui a besoin de tranquillité. Dans mes pensées, dans mes activités, dans mon environnement. Je l’avais toujours vu comme une contrainte, à travers mon hypersensibilité aux énergies, aux foules, mon hyperacousie, etc. Finalement, je comprends que toutes ces « contraintes » sont en fait là pour m’aider à cerner ce qui me convient le mieux : le calme.

Alors j’aime de plus en plus peindre, passer du temps dans la nature, écrire et lire. Je découvre la joie des couleurs, la magie de l’eau avec l’aquarelle. J’observe le temps qui passe et qui fuit. Tellement vite. Mais où donc va-t-il ? J’ai enfin le sentiment d’avoir le temps de vivre, calmement, tranquillement. Et je reste désemparée face à la réalité que ma vitesse de croisière est 3 fois plus lente que celle de la société qui m’entoure. Comment alors y trouver ma place ? M’adapter tout en respectant mes besoins propres ? Trouver une façon de gagner ma vie et d’être autonome ?

Tant de réponses manquent à l’appel. Malgré le temps que je laisse au temps. Un an, c’est peu de chose dans une vie. Et en même temps, cela peut être beaucoup, si cela permet d’ouvrir la bonne porte. Néanmoins la porte qui me correspond reste dérobée à ma vue, et je continue d’errer. Un pas après l’autre, en espérant que le chemin se trouve quelque part, même si je ne suis pas encore capable de le voir.

21 mars 2018

Trouver sa voix

Artiste : Kuvshinov-Ilya

Je ne sais même pas par où commencer tellement c’est le bazar dans ma tête.  Au message reçu par Sylvie « On me dit de te rappeler que la foi est une flamme qui s’entretient et qui part de la foi en soi avant toute chose », je me sens profondément découragée. Pourquoi ?

Pourquoi certains jours, la foi en la vie semble couler de source et j’arrive à ressentir une forme de sérénité ? Et pourquoi d’autres jours, je ne sais même plus ce que veut dire le mot « foi » ? Et encore moins comment m’y connecter et raviver cette flamme ? Comme si je n’en avais plus la force, tellement je me sens parfois fatiguée et découragée. Comme si ce mot s’était vidé de son sens, à force d’errer dans cette nuit de l’âme et ce brouillard sans fin. Comme si l’absence d’amélioration face à la maladie malgré mes efforts l’avait vidé de sa substance.

Comment faire face quand on est submergé par un raz de marée de souffrance, de fatigue, de désespoir et de doutes ? Où trouver la matière pour entretenir cette flamme quand tout s’est écroulé autour de soi ? La perte de repères physiques, la perte d’un partenaire, la dégradation de ma santé, l’arrêt de ma vie professionnelle, l’altération de mon cercle social ?

J’imagine que la mort de tout ce que l’on croit connaitre,  de tout ce que l’on croit désirer, n’est là que pour mieux nous aider à renaitre à nous-même, nous pousser à l’introspection pour apprendre à vraiment se connaitre, et à ainsi mieux pouvoir suivre la voix de son âme.

Mais où est la mienne ? Pourquoi je ne l’entends plus ? Elle s’est soudain tût et je me retrouve dans un silence assourdissant, où seuls mes acouphènes me tiennent compagnie. Ne plus entendre la voix de ses guides quand on se sent plus perdue que jamais est difficile. Sentiments d’abandon, de douleur et d’incompréhension face aux appels à l’aide qui semblent rester sans réponse.

Comment prendre du recul sur ce que l’on vit lorsque l’on est constamment submergé de vagues émotionnelles douloureuses ? De tristesse, de solitude, de peurs et de doutes ? L’esprit cherche à rationaliser, à comprendre. Pourquoi ? D’où cela vient ? Quels sont les déclencheurs ? Mémoires émotionnelles qui remontent ? Travail d’épuration de la Kundalini ? Ou que sais-je d’autre ? Et pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi ? Comme s’il fallait que tout ait un sens pour supporter cette souffrance, une finalité, un objectif « ainsi je n’aurais pas vécu ça en vain ». Qui supporterait de vivre de la souffrance gratuite sans aucune utilité ?

Mais les émotions ne peuvent pas se rationaliser, car elles se vivent dans le cœur. Elles émergent et me submergent, peu importe leurs origines et le chemin qu’elles prennent. Elles effacent toute la sagesse et les guidances reçues, toute la patience et la foi en moi. Elles me retournent, et me laissent vidée, dans l’incompréhension, la solitude et le sentiment d’être impuissante. Impuissante à contrôler mon hypersensibilité, mes nuits et rêves agités, mon état de santé totalement aléatoire et fortement impacté par mes nuits.

Comment dans ces conditions trouver le calme et la foi pour prendre des décisions par rapport à mon orientation professionnelle ? Comment avoir le courage et la foi d’imaginer un chemin professionnel dans la relation d’aide à autrui ou la thérapie, quand je ne semble pas capable moi-même de faire face à la maladie, à l’hypersensibilité et surtout à mes propres doutes ?

J’ai une liste de métiers potentiels établie avec la psychologue du travail qui m’accompagne dans la démarche de réorientation demandée auprès de Pôle Emploi. Après de nombreux échanges et questionnaires, il est temps d’appliquer la méthode de « l’entonnoir », resserrer les possibilités pour mettre au point un projet professionnel cohérent, me renseigner sur le métier et les formations.

Mais je regarde cette liste et je me demande où est ma voie. Où est ma voix ? Je me sens comme paralysée, face à l’idée de choisir et de m’engager dans une direction, et ma peur de me tromper ressurgit. Ma peur de mal choisir, de ne pas en être capable, de ne pas réussir. Pourquoi rien ne résonne-t-il comme une évidence ? Pourquoi toutes les options ne me semblent que de longs parcours du combattant, pour lesquels je ne me sens pas prête ? Ma confiance en moi semble s’étioler plus que jamais, les doutes me submerger et la clarté me fuir.

Comment dans ces moments-là peut-on entretenir sa foi en soi-même ? Quel acte concret et quotidien peut-on poser chaque jour pour nourrir cette flamme, quand tout à l’extérieur semble peser pour l’étouffer ?

Parfois, j’aimerais bien que l’on me donne « la bonne réponse ». Peut-être est-ce pour cela que ma guidance s’est tût, c’est à moi de la trouver par moi-même. Personne ne peut choisir à ma place. C’est à la fois un beau cadeau et en même temps une lourde responsabilité. Comment choisir quand je ne sais pas ce que je veux ? Ni ce dont je suis capable ? Ni vers quoi je veux aller concrètement ?

Faire un pas au hasard ? Avoir la foi que je ferais le bon choix quel qu’il soit ? Je sais qu’en vérité, peu importe le chemin, c’est la façon dont on le vit qui importe. « Tous les chemins se valent », il n’y en a pas un bon ni un mauvais, ce ne sont que des expériences. Et comme la vie est évolution, rien n’est jamais figé, on peut changer d’avis, rebondir, évoluer. Alors pourquoi ai-je si peur de me tromper ou de ne pas être capable ? Comment guérit-on ce genre de manque de confiance en soi ?

21 juin 2017