Ramasser les morceaux…

Artiste :
Artiste : Kaytseki

« On ne guérit par parce que l’on se rappelle, mais on se rappelle parce que l’on guérit. » (Citation, source oubliée)

Aujourd’hui il fait gris, un temps triste et mélancolique. Un peu comme l’est mon cœur. Alors que je ne souhaitais pas du tout me pencher sur le sujet, le prof d’astrologie a décidé de revenir sur un vieux cours précédent (que j’avais volontairement manqué) pour réviser la comparaison de 2 thèmes astrologiques dans un couple. Encore moins plaisant, une amie m’a demandé de l’aider à réviser et faire la comparaison de son thème, en échange d’un service rendu. Comme on travaille toujours sur 2 thèmes en parallèle, j’ai donc étudié le mien et celui de mon ex-compagnon.

Au départ, j’étais contente. Je n’avais pas été capable de regarder son thème pendant des mois après la rupture. Et enfin, l’idée de l’étudier ne soulevait plus de la colère en moi. Je sentais une sorte de détachement. Mais alors que j’avançais dans mon étude, et que l’interprétation astro collait exactement à la réalité, j’ai ressenti une sorte de fatalité. Alors on a beau avoir une superbe compatibilité de caractère, émotionnelle, intellectuelle, des objectifs communs pour notre vie matérielle, même nos thèmes nous disent que l’on est incompatible sur le plan des relations physiques ? Le voir écrit là m’a aidé à comprendre que c’était un enjeu majeur de notre couple et que l’on n’avait pas réussi à le dépasser. Peut-être était-ce une expérience choisie en amont pour nous aider et nous apprendre quelque chose ?

Je ne pensais pas que cette étude me travaillerait autant intérieurement. Que cela réveillerait tant de choses en moi. Jusqu’à récemment, je n’avais vraiment pas envie qu’il reçoive la moindre nouvelle de moi. Mon amie m’a dit « c’est dommage, les ex font de très bon amis ». Parce qu’ils nous connaissent intimement et une fois que l’ambiguïté sexuelle est levée, la question sur le type de relation ne se pose plus. Alors je me suis demandée : ai-je envie que l’on redevienne amis ? En suis-je capable ?

Le temps a passé. Lui a refait rapidement sa vie sentimentale. Moi j’ai décidé de me laisser le temps de guérir. Pourtant, j’ai parfois le sentiment de stagner : comment cela se fait-il que j’ai besoin de tant de temps là où d’autre guérissent si vite ? J’ai comme l’impression que mon cœur a décidé de stagner, de se mettre en retrait. Il refuse d’envisager d’autres relations. Il veut être laissé tranquille, au chaud, à l’abri, loin des vagues de la passion qui ne font que le fracasser contre les rochers.

Parfois je pense à lui, je me demande ce qu’il fait, où il en est de sa vie et de ses projets. Nos discussions me manquent, notre auto-émulation aussi. J’aurais envie de l’encourager. Ces choses-là peuvent se partager dans une amitié. Mais alors, je le verrais en couple avec une autre, et je ne suis pas sûre d’être capable de le supporter. Je ne le pensais pas, mais cette idée me brise à nouveau le cœur. Je me dis que cela serait au-dessus de mes forces de voir une autre lui donner ce que je n’ai pas pu.

Mais la prise de conscience qui me frappe le plus, c’est qu’en rejetant tout ce qui le concernait lui, ses affaires, mes souvenirs, le moindre contact ou la moindre information à son sujet, c’est aussi une part de moi que je rejetais : la femme que j’étais avec lui. La femme capable d’aimer et d’être aimée, la femme féminine et sensuelle, la femme désirable et séductrice. Toutes ces facettes de moi, je les ai enterrée avec lui, sûre et certaine qu’elles ne pouvaient m’apporter que de la souffrance et que je n’en voulais plus. A quoi bon être tout ça si c’est pour être rejetée parce que l’on est une femme blessée dans son intimité, par la maladie et par le viol ?

Je n’ai pas la réponse au jour d’aujourd’hui. J’essaye juste de ramasser les morceaux comme je peux, découvrant finalement qu’ils sont éparpillés bien plus vastement que ce que je pensais… Et que cette blessure fait écho à d’autres, de vies antérieures que je ne connais pas, me laissant dans un flou et désemparée, comme impuissante…

27 novembre

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Création et féminité

Artiste :
Artiste : StefaChaotic

Je ne sais pas pourquoi, je ressors de cet atelier de création de bijoux frustrée. La dernière fois aussi. Comme si je n’étais pas satisfaite de mes créations, bien qu’on me dise qu’elles sont jolies. Je ne le nie pas, il y a un sens esthétique derrière, un arrangement des couleurs et un style cohérent. Mais là où je me sens frustrée, c’est que j’ai l’impression d’avoir dépensé beaucoup d’énergie et d’efforts pour au final quelque chose qui ne me ressemble pas.

Et à quoi ressembles-tu ? Qu’est ce qui te fait dire ça ?

Et bien, je trouve ces bijoux trop voyants, trop « m’as-tu vu ». Je suis tombée amoureuse de ces perles de verres colorées quand je les ai vues. J’avais envie de faire quelque chose avec, absolument. Mais je ne savais pas quoi. J’ai longtemps tourné autour du pot, j’ai créé une autre paire de boucle de d’oreille bien plus simple pour me mettre dans l’élan créatif. Ces perles me semblaient trop voyantes pour les porter en collier, pas mon style. Alors je me suis dit, pourquoi pas en boucles d’oreille ? Mais toujours trop grosses pour les porter seules, trop simpliste aussi. Alors j’ai fait une composition, j’ai rajouté des breloques pour équilibrer et habiller.

Et puis il me restait cette autre perle de la même couleur, en verre et métal, venant de Bali. Une perle unique, que j’avais décidé de conserver pour un prochain atelier, afin de faire quelque chose d’assorti aux boucles d’oreille. Là aussi, j’ai bien peiné pour savoir quoi en faire. Te rends-tu compte que j’ai passé 3h à créer ce pendentif, quand d’autres ont fait 2 à 3 paires de boucles d’oreille ?

Cela m’a donné l’impression d’être inefficace et indécise. Je sais que je suis longue à créer, à faire émerger les choses. Alors j’ai essayé de ne pas regarder la vitesse des autres pendant, de ne pas me comparer et de me concentrer sur ma création. J’étais là avec toutes ces femmes, mais c’est comme si j’étais seule. Comme si j’étais rentrée à l’intérieure de moi-même, dans un autre espace-temps, ailleurs. Et quand enfin j’ai fini, je ressors de cet état épuisée, déracinée, un peu à l’ouest comme si je revenais d’ailleurs.

Mais en même temps, heureusement ! Car je crois que sinon, je n’aurais pas supporté les énergies dégagées par ces femmes autour de moi. Je me rends compte que je n’ai pas de mal à côtoyer des femmes plus âgée et matures, des femmes puissantes qui s’assument (telles que des chamanes ou guérisseuses), des femmes sages, et même des femmes mères depuis quelques temps. En revanche, je me sens ultra mal à l’aise en face de jeunes femmes très féminines, qui ressemblent à l’archétype de la « Vierge ». Jeunesse, naïveté, sensualité, beauté. L’archétype de la femme qui correspond à celui de mon âge et que je n’arrive pas à accueillir et incarner. Celui qui évoque le Soleil, la radiance, la force de vie, mais aussi l’attirance, le désir, la sensualité. Face à ces femmes-là, je me sens toujours « moins ». Moins féminine, moins belle (ou rayonnante, car ce n’est pas tant une question de physique), moins désirable. Je me sens grossière et pataude, comme une paysanne à côté d’une princesse. Ces femmes mettent en avant leur féminité sans fard et sans complexe, elles sont à l’aise avec ça. A côté d’elle, subitement, je me suis sentie comme un vilain petit canard.

C’est un miroir très difficile pour moi à observer. Comme un idéal hors d’atteinte, quelque chose qui m’apparait hors de portée. J’aurais beau faire tous les efforts physiques de la Terre, il me semble que rien ne pourra jamais me rendre aussi féminine. Bien qu’aujourd’hui je portais une robe, que j’avais pris la peine de me parfumer, de me maquiller, d’avoir les cheveux bien coiffés, face à une féminité si bien assumée je me suis sentie moins que femme. Ce qui est très douloureux pour moi à constater.

Mais pourquoi donc suis-je allée à ces ateliers de création de bijoux ? La curiosité, l’envie d’apprendre comment on fait pour pouvoir créer à son bon vouloir ? Au départ, je voulais me créer des boucles d’oreille, car je n’en ai pas beaucoup. Mais je suis plutôt du genre à préférer les bijoux en argent achetés en bijouterie, quelque chose de qualité et de durable. Néanmoins, j’avoue que la tentation d’avoir un bijou original, car créé de façon unique, était tentante. Et puis ?

Je ne sais pas ce que je vais faire de cette parure de bijoux. Avec des perles vertes et bleues… pour moi qui commence à peine à porter de la couleur ! Rappelons qu’il y a un an encore je m’habillais tout de noir et de rouge, et j’avais un stylo gothique bien affirmé. Je ne sais même pas avec quelle tenue porter cette parure ! Je sais déjà que je vais me sentir ridicule avec, comme un costume qui ne me ressemble pas, quelque chose de trop beau, de trop stylé pour que je le porte.

Pourtant c’est toi qui l’as créé, non ? Cela vient de ton intérieur, d’une part de toi très profonde, puisque tu t’es laissée guidée par ton intuition créative.

Oui.

Ne seras-tu pas fière de la porter alors ?

J’ai l’impression que ce serait comme un mensonge. Je ne sais pas si je vais la porter à vrai dire. Comment peut-il y avoir  un tel décalage entre ce qui sort du fond de moi, de mon cœur et mon extérieur, la façon dont je me sens au quotidien ? Cela m’ébranle… Je ne sais comment l’exprimer que par : j’ai le sentiment d’entendre mon âme pleurer.

Mon amie m’a dit qu’elle trouvait le rendu de mes bijoux très doux. Pour avoir cette inspiration-là, il doit bien y avoir une femme douce et féminine cachée au fond de moi. Pourquoi ai-je ce sentiment de ne pas pouvoir y accéder ? Pourquoi dès que j’essaye de faire des efforts vestimentaires pour être plus féminine – dans mon nouveau style non gothique encore à définir – j’ai l’impression de me déguiser ?

Parce que tu ne sais pas qui tu es. Tu n’as pas encore trouvé un nouveau style qui te corresponde car tu cherches toujours la femme que tu es. Qu’est ce qui pourrait te rendre plus à l’aise pour porter ces bijoux ?

Je ne sais pas… J’ai l’impression que dès que je mets une robe, c’est déjà beaucoup de féminité affichée. Alors porter des talons en même temps, ou des bijoux – et je passe sur le maquillage en simultanée – c’est comme si j’en faisais trop, que ce n’était pas naturel, pas moi. Et donc forcément je me sens ridicule. Cela ne me pose pas de problème quand c’est pour des grands évènements, comme pour des mariages, parce que là, c’est normal, tout le monde le fait. Et je me sens toujours « moins  femme » que les autres présentes. Donc ça va, je n’attire pas les regards.

Pourtant, cela ne me posait pas de problème de faire tout ça quand je m’habillais en style gothique. Je pouvais même mettre mon corset, en même temps qu’une jupe, mes bottines Doc Martens à talon et mon rouge couleur sang. J’adorais même, je me sentais à l’aise alors. Pourquoi n’est-ce plus cas ?

Parce que tu ne te caches plus derrière des bracelets à piques et des vêtements noirs qui envoyaient le message contraire : « je suis féminine, mais ne m’approchez pas ». Avec un style aussi excentrique, il n’y avait que les fous pour oser t’approcher, ou tes amis qui te connaissaient au-delà de la façade.

Je me sentais très féminine à cette époque-là, surtout avant de rencontrer mon ex-compagnon. Même si j’étais habillée de façon sexy, les regards passaient sur moi et ne s’attardaient pas car les gens pensaient « ah, c’est une gothique », fin de l’histoire. Il n’y avait que ceux qui regardaient au-delà des apparences qui pouvaient être attirés par mon physique au-delà de mon style. C’est vrai que c’était confortable d’une certaine façon.

Cela me manque. A cette époque, je savais comment être féminine et me sentir féminine. Maintenant, c’est comme si je devais tout réapprendre. Je ne ressens que de la vulnérabilité et de la fragilité lorsque j’essaye de faire ressortir la femme en moi. J’ai l’impression que quoi que j’essaye, elle s’élude et s’esquive, elle ne veut pas sortir de sa coquille, ni me dire qui elle est. Je ne sais pas quelle femme je suis.

Je suis une femme-enfant qui aime jouer, faire la naïve et se voir offrir des cadeaux.

Je suis une femme- sorcière, celle qui découvre petit à petit son intuition, sa guidance spirituelle et qui réveille et explore la chamane en elle.

Je suis une femme – vieille sage, celle qui n’a plus de cycles, qui écoute, conseille, qui apprend la patience et n’a pas peur de la mort ni de la maladie, ni d’écouter ses propres ombres.

Mais où est ma jeune femme radieuse et sensuelle ? Et celle qui se sent capable d’être mère ?

Comment apprendre à les connaître et les aimer ?

Déjà en acceptant leur fragilité. Il y a des raisons qui font que tu n’arrives pas à accueillir le cycle de la « Vierge » dans ta vie. Nous savons que ce que Sylvie a écrit sur ce sujet t’avait parlé. Tu es typiquement de celle qui est passé par un ordre inhabituel dans l’ordre de ces cycles. Cela n’a pas d’importance réelle. L’important c’est que tu acceptes la femme que tu es aujourd’hui, même si tu la trouves « incomplète », même si tu la trouves différentes des autres femmes de ton âge que tu observes.

Ces jeunes femmes te paraissent naïves, insouciantes et par la même des « proies faciles ». Elles sont belles, énergiques, féminines, à l’aise avec leur corps, mais elles ne connaissent pas encore leur propre pouvoir intérieur – celui de la sorcière, de la chamane, de la femme lunaire – celui de la femme consciente de son cycle, de sa richesse et de ses forces. Elles n’ont pas non plus développé leur sagesse de « vieille femme », celle développée face à la perte, à la mort, à la descente intérieure dans nos propres ombres, à la maladie. Alors elles te semblent bien fragiles.

Pourtant elles n’ont que quelques années de moins que toi – entre 3 et 5 ans. Tu te demandes comment un tel fossé peut vous séparer. Tu te demandes comment tu pourrais accepter une telle « superficialité », non celle de l’apparence et de la beauté, mais celle de l’ignorance, l’ignorance de soi, de sa propre divinité et de sa spiritualité.

Je ne me retrouve nulle part à vrai dire. Auprès des femmes plus âgées, avec qui je partage pourtant des échanges profonds, il y a malgré tout un écart d’âge, de responsabilités (famille, maison, travail…) et de construction matérielle. Les femmes – sorcière ne courent pas les rues, et bien que j’en côtoie un certain nombre ponctuellement lors de cercles de femmes à la pleine lune, chacune a sa vie en cours (souvent un peu plus âgées, mère de famille, en couple…). La majorité de mes amies font partie de cette catégorie d’ailleurs. Quant aux femmes de mon âge ou plus jeunes… il est rare que j’arrive à trouver des centres d’intérêts communs, un rythme compatible avec ma maladie…

Bien que mon égo pourrait avoir envie de me faire sentir « supérieure » à ces jeunes femmes, parce que je me suis un peu plus penchée sur des questions de spiritualité et du développement personnel que la moyenne à mon âge, je me sens pourtant bien inférieure. A quoi bon la « sagesse » (entre crochets hein, parce qu’on apprend toute sa vie !) si mes peurs m’empêchent de vivre, de m’ouvrir, d’oser avec l’élan de la jeunesse ? A quoi bon philosopher et travailler sur soi, si on ne vit pas, là dans le monde matériel qui nous entoure, maintenant ? J’ai parfois l’impression de rater ma vie, de passer à côté, à cause de la maladie, de mes peurs, de mon hypersensibilité et de mes perceptions subtiles non maitrisées qui peuvent me plomber.

Je commence à devenir trop consciente des choses qui ne me conviennent pas : le bruit, la foule, le gluten, les lieux trop chargés, le commérage, etc. Et la liste est longue. Je n’ai plus envie de m’infliger ça. Mais comment me sociabiliser quand la majorité des gens de mon âge recherche ça ? J’ai vraiment l’impression de me heurter à un casse-tête. Et plus je semble avancer sur mon chemin intérieur et spirituel, et plus parfois j’ai l’impression de dériver loin de ma famille et des autres. De ne pas pouvoir leur parler de mes expériences subtiles, de mes prises de conscience, de mes évolutions intérieures… Ce qui donne parfois un profond sentiment d’inadéquation et de solitude.

26 novembre 2016

Cercle de femmes + Ressources pour guérir sa sexualité [parlons du viol]

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Artiste : Kimir-Ra

Je ne fais que passer par ici, car la période est très intense en expériences, en vécus et en prises de conscience. Et admettons le, mon corps a du mal à suivre le mouvement.

Néanmoins, je ne pouvais pas attendre pour partager cette ressource, car elle pourrait servir à d’autre. Le thème de la sexualité féminine est un thème qui m’est cher. D’une part parce que c’est une source de douleurs physiques et de souffrances émotionnelles chez moi à cause de l’endométriose, d’autre part parce que j’ai développé des blocages à cause de mon viol.

Je vous avais déjà parlé des ressources découvertes dans ces articles : Épanouir sa sexualité féminine – comment avoir des orgasmes? [ressources]Apprendre le plaisir féminin [ressource sur la sexualité] ; Renouer avec son soi intime, des pistes… . Et notamment de Vanessa Marin, qui est une sexologue dont j’ai pu avoir des échos positifs directs sur son travail. Elle avait notamment écrit un article intéressant sur le sujet ici : Enjoying Sex After Abuse Is Possible, So Here Are 5 Ways To Start Healing.

Et bien, elle vient tout juste de proposer un programme pour aider les personnes ayant subies un (des) abus sexuel(s) : A Survivor’s Guide To Reclaiming Your Sex Life After Abuse. Alors certes, je préviens, ce sont des ressources en anglais, mais malheureusement, il existe bien peu de choses actualisées en français (ou bien je n’en ai pas connaissance, donc n’hésitez pas à partager !). En plus, Vanessa a fait l’effort de le proposer à un tarif qui reste abordable (99$ alors qu’une seule séance avec elle coûte bien plus…)

Le viol est quelque chose de tabou. Je le sais pour le vivre, car on n’en parle pas dans ma famille, et c’est pour certaines femmes de ma lignée un réel secret, très peu partagé. J’ai d’ailleurs fait part, moi même, d’une absence de réponse de ma mère, quand j’ai fini par prendre la décision de lui dévoiler cet aspect de ma vie dans une lettre.

Mais cela l’est souvent aussi auprès des proches et amis. Dire « hey au fait, à cause de mon viol, j’ai… » ça passe mal, quelque soit le sujet développé par la suite. On fait souvent face à un silence gêné, ou bien une sorte d’ignorance sur le début de la phrase. Je caricature un peu, mais il est vrai que cela reste difficile d’en parler. Pourtant cela concerne selon les statistiques (plus ou moins élargies au monde) entre 1 femme sur 10 à 1 femme sur 4. C’est ENORME !

Comment se fait-il alors qu’on en discute si peu ? Qu’on sache si peu comment guérir sa sexualité et sa féminité après un tel évènement ? Parce qu’on n’en parle pas, et on ne partage pas  les expériences et les conseils qu’on pourrait avoir chacune développés !

Et cela me fait penser aux cercles de femmes. Grâce à cette expérience, j’ai pu apprendre que partager son expérience, en exprimant son vécu, ses difficultés et ses découragements, entre femmes peut être une source d’aide immense.

D’abord, parce qu’on s’autorise à exprimer sa souffrances, ses doutes, ses peurs et qu’en le faisant, on se permet ainsi d’identifier ce qui nous fait tant souffrir en sourdine, ainsi la prise de conscience et la formulation est le premier pas pour agir vers la guérison.

Ensuite, parce qu’en partageant notre expérience, on offre un miroir aux autres femmes présentes, qui peuvent s’en servir pour expérimenter des réactions, des émotions, faire un parallèle d’expériences, voir des ressentis incompris formulés par une personne extérieure. Et cela est très puissant et peut aider chacune à mieux se connaître ou avoir des prises de conscience.

Enfin, et non des moindres, parler dans l’espace d’un cercle de femme, c’est sacré. C’est oser être dans un espace de confiance, face à d’autres femmes qui offrent leur écoute, leur bienveillance et leur amour. C’est aussi se connecter à la force des femmes et du Féminin Divin, d’une façon, et donc être entourée pour faire face à la difficulté. Même si ce n’est que temporairement. Et bonus, après le cercle, on peut échanger sur nos expériences et ce qui nous a aidé durant un repas partage chaleureux !

J’aime aussi le fait que les cercles de femmes soient une bonne occasion pour demander une guidance, que ce soit à travers un ressenti, un tirage de carte, les mots d’une autre personne, une visualisation ou une visite d’entités lors des méditations.

Je trouve que c’est vraiment une jolie façon d’expérimenter et de partager sur le Féminin, et je suis toujours heureuse et plein de gratitude de pouvoir vivre cela, quelques soient les femmes rencontrées et le temps qui passe. C’est une magnifique découverte que j’ai fait ici sur l’île de la Réunion, mais je sais que des cercles existent un peu partout. Certains animés par des Moon Mothers, mais pas forcément !

Le principe d’un cercle de Femme est assez simple. Il s’agit souvent de se retrouver entre femmes pour s’offrir le temps d’honorer notre féminité. La pleine lune est donc l’occasion parfaite, car elle offre de belles énergies féminines et une date cyclique régulière, qui invite les femmes à observer leur propre cycle mensuel. Avez vous déjà observé si vous aviez vos règles calées sur la pleine lune ou la nouvelle lune ?

Le cercle n’est pas obligé d’être mensuel, il peut avoir lieu tous les 2 ou 3 mois, ou par exemple à l’occasion des Bénédictions mondiale de l’utérus. Ils peuvent être ouverts à toutes femmes désireuses de participer, ou être un cercle plus intime avec des régulières. Il peut être organisé chez soi ou dans la nature (les plages de la Réunion sont bien pour ça!). Ils peuvent être gratuits ou demander une participation (fixée ou libre et consciente) selon si une salle est louée, etc.  Le lieu peut être rendu cosy avec des tapis, des nattes, des cousins, des rideaux, des bougies et une lumière tamisée. On peut aussi mettre en place un autel où chacune peut placer les objets de son choix, des fleurs en offrandes, etc.

Mais qu’est ce qu’on fait pendant un cercle de femme me direz-vous ? Et bien, souvent, quand on ne se connait pas, on commence par un tour de parole pour se présenter. On peut proposer une méditation libre ou guidée. Si l’envie vous prend, un temps partagé de chant, de danse, de musique… On offre souvent de clôturer le cercle par un tour de parole, pour partager les ressentis, le vécus lors du cercles, mais aussi plus généralement les phases traversées dans notre vie féminine si on le souhaite. Bref, vous l’aurez compris, il n’y a pas vraiment de règle !! A part cette ligne de conduite : le respect, le non jugement et la bienveillance, mais aussi la confidentialité de ce qui a été partagé et qui ne s’évoque que dans le cercle. Et le must : un repas partage après pour discuter et échanger plus librement, sur tout ce qu’on veut !

Depuis que j’ai découvert cela, j’ai vraiment envie de me créer mon propre cercle intime, en dehors de ceux créés pour les bénédictions mondiales de l’utérus. Et vous, ça vous donne envie ?

PS : ne vous fiez pas à l’image, on reste habillées pendant les cercles de Femmes ^^

23 août 2016

Fatigue à l’âme

Artiste : Kuvshinov-Ilya
Artiste : Kuvshinov-Ilya

Comment réparer un moral cassé ? Où commence la dépression ? Où s’arrête l’impact des hormones, celle de la fatigue et de la maladie ? Ces questions, je me les pose souvent alors que j’ai chroniquement de grosses baisses de moral. Je m’interroge alors, sur le pourquoi, sur l’origine pour espérer y trouver une solution. Et je me trouve toujours confronter à ce magma de confusion, à cette absence de réponse, et cette solitude profonde face à l’incompréhension voir le désintérêt de mes proches. « Elle n’a pas le moral aujourd’hui, ça passera… »

Oui, mais quelle sera la fois de trop ? Celle où je commettrais une erreur irréparable, en blessant par les mots un proche, en brisant quelque chose de précieux ou en négligeant mon corps ?

Je me sens non équipée pour faire face à ce quotidien qui m’épuise, à toutes ces émotions et désirs extérieurs, qui parfois semblent m’écarteler, le peu de fois où je m’y soumets. C’est souvent pour ça que j’ai tendance à m’isoler, lorsque je suis seule, je me sens protégée de ce raz de marée d’émotions extérieur, ayant déjà du mal avec mes propres émotions. Seulement, ce n’est pas une solution, car alors je ne vis pas. Je reste dans ma bulle, à attendre que le temps améliore les choses, à espérer une solution, une guérison.

Mais guérit-on seulement de l’hypersensibilité ? De cette chose qui provoque des surréactions à tout, une envie de pleurer face à une petite contrariété, une tristesse violente comme un raz de marée face à une affirmation sur soi erronée d’un proche, une colère démesurée face à du désintérêt ou de l’incompréhension de la part des proches ?

Et qu’est-ce que c’est d’abord ? Est-ce réellement l’impact de mes hormones et de mon traitement hormonal qui est responsable de cet état plus qu’instable émotionnellement ? Où est-ce justement mes ovaires dystrophiques et un traitement hormonal inadapté ? Est-ce la fatigue de mon corps, qui relâche la pression alors que je suis en vacances ? Est-ce la douleur de ma rupture dont je n’arrive pas à guérir ?

Cela fait des mois que je mets cet état émotionnel à vif sur le compte des hormones, mais est-ce vraiment cela ? Lors de mon 1er traitement hormonal, j’étais très compliquée à vivre pour mon ex-compagnon, irritable, instable, hyper sensible et chamboulée par ses réactions à lui, comme écorchée à vif par toutes les émotions que je pouvais ressentir, quelles soient les miennes ou les siennes. Lorsque j’ai changé de traitement, j’ai vu une différence, et c’est là que j’ai fait le rapprochement entre mon état et le 1er traitement. Mais il était trop tard… Le mal était déjà fait.

C’est cette même hyper sensibilité qui m’a amené à me sentir agressée verbalement, par des hommes dans la rue, de façon répétitive et à prendre conscience de ma peur (voir cet article). Début d’une boule de neige sans fin, déclencheur de la rupture…

Mais tout ça, est-ce réellement liée à ma maladie ? Ou simplement au fait que je suis hypersensible et que je n’arrive absolument pas à le gérer ?

Quand je lis ce témoignage sur l’hypersensibilité, je m’y reconnais. Je m’étais aussi reconnue dans un livre sur les personnes hypersensibles et douées. Ok. Mais comment on apprend à gérer ça ? J’ai l’impression que depuis que j’ai commencé mes traitements hormonaux, mon hypersensibilité a explosé tous les plafonds. Et pire, du fait de vivre seule, dès que je suis soumise aux émotions des autres, je le supporte de moins en moins bien. Augmenté en cela par mon décalage à cause de la maladie et de la fatigue, qui me force à avoir un rythme de vie plus lent, à voir les choses différemment de mes proches.

Je ressens alors parfois une réelle incompréhension et une réelle solitude. Mes parents ne semblent pas avoir le temps de s’arrêter et de considérer ces « détails » occupés comme ils sont à travailler, et si loin – ce que je peux comprendre du point de vue de la raison, mais qui coince émotionnellement. Y a-t-il seulement quelqu’un pour comprendre ce qui se passe dans mon corps et dans mon cœur ? C’est impossible et je me sens emprisonnée dans ces limitations…

Je suis fatiguée de ressentir, sans pouvoir appuyer sur un bouton pause, sans pouvoir atténuer mes émotions. Épuisée de me sentir mal et de pleurer sans raison, alors que le soleil brille dehors et que j’ai la vie devant moi. Découragée que ce mal être me mine et me vide au point de m’empêcher de profiter du présent et des bonnes occasions quand il pointe son nez.

Parce que je n’ai aucun contrôle dessus. Ce n’est même pas que je rumine des pensées négatives, ni même que je reste seule dans mon coin sans en parler. J’ai beau le dire, j’ai beau pleurer, j’ai beau l’écrire, ce mal-être revient encore et encore. Malgré que j’apprenne à faire preuve de douceur envers moi même, malgré que je me fasse ma tisane préférée, que je me roule dans mon plaid moelleux, que je lise un livre, que j’appelle des proches, que je me cuisine des cookies, que je me fasse des cadeaux. Malgré que j’ai arrêté de porter du noir pour ne plus être enfermée dans ces énergies, malgré que je parle à ma psychologue, malgré que j’ai fait des rencontres positives, malgré que j’ai fait des soins énergétiques.

J’atteins le stade du désespoir. Je ne sais plus comment faire. Je ne sais plus comment aller de l’avant avec cette souffrance sourde. J’ai déjà essayé de l’ignorer, mais elle revient en coup de poing chaque fois plus forte. J’ai essayé de lui trouver une origine, mais à part savoir que la douleur est ancienne, profonde et ancrée dans mon âme, les portes me sont restées fermées. Ce qui n’est pas forcément un mal, car on n’est pas toujours capable d’encaisser la vérité.

Seulement, voilà, je suis dans une impasse sans issue. J’ai beau lever les yeux vers le ciel, crier à l’aide, prier, m’asseoir et m’auto-prospecter, et bien rien… Pas de porte magique, pas de confettis apaisants qui tombent du ciel…

Ce n’est pas comme ça que marche la guidance.

Et comment marche-t-elle ? C’est toujours quand je suis au plus bas, que je vais le plus mal, que je suis incapable de me connecter dessus. Pourquoi ? Pourquoi est-ce toujours au moment où l’on ressent le plus le besoin d’une aide qu’on ne la reçoit pas ?

Parce que vous êtes trop focalisés sur la douleur et qu’elle prend toute la place. Impossible de recevoir un autre signal. La première chose nécessaire est d’évacuer la souffrance, aussi est-il bon de pleurer tout ton saoul, de crier même ta douleur pour évacuer ces énergies lourdes et pesantes.

Puis de respirer profondément. De te recentrer dans ton corps.

Ton prof d’astro disait vrai quand il disait que les douleurs physiques étaient souvent causées par des frictions entre les corps physiques et causals. Tu ressens cette déchirure et cet écartèlement parce qu’il y a en effet des décalages très grands chez toi. Mais la vérité est que nous ne pouvons pas y faire grand-chose. C’est à toi d’apprendre à apaiser ces « douleurs de l’âme » qui proviennent de choses que tu ne comprends pas, et qui se manifestent dans ton corps à travers ta maladie mais pas que.

A quoi ça sert d’être branchée sur la souffrance de sa propre âme si on n’est pas capable de comprendre et de l’apaiser ? A quoi ça sert de ressentir ça venu de nulle part sans pouvoir y remédier ? Savez vous combien de fois je me sens seule, incomprise, folle et en décalage à cause de ça depuis mon adolescence ? Pourquoi porter cette souffrance alors qu’elle n’a aucune cause dans cette vie là ? Qu’elle est un écho d’une blessure profonde et ancienne ? N’est-ce pas injuste ? Pourquoi devoir supporter ça alors que je n’ai aucun souvenir de mes vies antérieures, aucune explication ? Et que je ne cerne même pas l’origine de la blessure ?

Mais tu cernes avec qui ?

Je ne sais pas… Avec celui qui présente les mêmes troubles de l’âme que moi ? Celui avec qui a commencé l’expression de mes problèmes d’énergies sexuelles ? Et est-ce que cela a la moindre importance au stade où j’en suis ?

Est-ce que tu aimes cette personne ?

Oui, je l’aime. Différemment de la façon dont je l’aimais quand j’étais jeune et naïve. Mais je l’aime, profondément, comme un frère. A chaque fois que je le vois, je ne peux m’empêcher d’être frappée dans la façon dont on est le miroir l’un de l’autre, la façon dont on se comprend, dont on évolue dans les mêmes directions et au même rythme, et ce malgré la distance. Et surtout, je ne peux pas être en colère, ni lui en vouloir pour ce qu’il m’a fait. Je l’ai pardonné dans cette vie ci, parce que je l’aime, même si notre relation m’a fait du mal par le passé. Même s’il lui arrive encore de me blesser involontairement par ses mots.

Mais je ne crois pas qu’il soit conscient de la force de notre lien. Je lui en ai déjà parlé, mais il ne croit pas aux vies antérieures. Il ne croit pas à la spiritualité, il la rejette car cela lui fait peur. Ce que je comprends et ce que je respecte.

Sauf qu’il sera difficile de guérir votre blessure commune dans le déni.

Le déni ? Je sais que c’est ça faiblesse. Il a dénié avoir partagé sa virginité avec moi et la mienne devant nos amis proches, parce que ça c’était mal passé et qu’il n’y a pas eu de suite… Autant dire que je l’ai pris en pleine figure…

Pourquoi cela t’a-t-il rendu aussi triste ? Alors que cela appartient au passé et que toi tu connais la vérité ?

Parce que c’était renier mes sentiments, le fait que, même si ça c’est mal passé, on en a fait le choix conscient tous les deux. Offrir sa virginité, ce n’est pas une paille. Et je l’ai fait par amour. Par ce déni, j’avais l’impression qu’il effaçait cette réalité là, celle de nos sentiments respectifs, même s’ils étaient imparfaits et que les hormones jouaient aussi leur rôle…

Mais aussi, parce qu’à l’évidence, cela a été source de blessures et de blocages pour tous les deux sur le plan de la sexualité. Et qu’on ne peut pas guérir une blessure sans en prendre conscience. C’est comme ignorer la première plaie qui se serait infectée et se répand. Moi j’en ai pris conscience il n’y a pas longtemps. Mais pas lui, et je ne pouvais pas le laisser fermer les yeux de cette façon, alors qu’il se bat pour essayer lui aussi d’avancer et d’évoluer.

Comment réagirais-tu si je te disais qu’il t’avait violé dans une vie passée ?

Je ne sais pas… Je te dirais que cela serait cohérent avec les casseroles que je me trimballe, mais je ne crois pas que j’arriverais à y croire. Je pourrais éprouver autant d’amour et de pardon envers une telle personne ? Parce que ce que j’ai dit est vrai, je ne peux pas le détester… Même s’il était venu à sortir avec ma propre sœur, même si parfois il se comporte comme un con et fait des erreurs. Même s’il m’a menti sur ses raisons pour me quitter… Il est humain et personne n’est parfait, il vit lui aussi ses propres limitations et je le vois se débattre avec.

Je sais que j’en fais de même avec les miennes. Et je suis frustrée de ne pas réussir à déchirer ce voile qui m’empêche d’apaiser cette douleur. Quand je le vois, je me dis qu’on rame sur le même type de bateau, chacun de notre côté. Je le vois, mais cela ne résout rien… Pas plus que de me dire l’origine des blessures entre nous. J’aimerais avant tout un moyen de les apaiser, puis ensuite de comprendre pour guérir.

Mais j’ai besoin d’un répit, de pouvoir souffler et reprendre des forces. Parce que je suis épuisée. Alors comment je fais ? Comment je suis censée faire pour apaiser cette brûlure qui me ronge de l’intérieur ? J’ai l’impression de faire des pieds et des mains, mais de lancer un caillou dans une mare. Ce que je fais n’est pas pertinent ou efficace, sans que je sache pourquoi, ni comment faire mieux.

J’essaye pourtant, je note mes rêves et j’essaye de les comprendre. Mais j’ai l’impression de ramer dans le vide, que les messages passent à côté de mon filet et que tous mes efforts sont dérisoires. Que j’ai beau essayer d’écouter, mes oreilles n’entendent pas. Je ne comprends pas pourquoi… Et cette foutu douleur qui ne me laisse pas en paix, me harcèle et m’empêche de simplement laisser le problème de côté jusqu’à ce qu’une clé apparaisse. C’est à tourner en bourrique.

Personne ne connaît donc un médecin de l’âme ?

28 juin 2016