A ma chère disparue

Artiste :
Artiste : Megatruh

Mamie tu me manques. J’aurais aimé être un peu plus en contact avec la femme forte que tu étais, caractérielle, capricieuse mais en même temps authentique, dans toute sa malice mais aussi sa détresse. Finalement, tu ne te préoccupais plus des jugements des autres, d’être excentrique, de n’en faire qu’à ta tête et qu’on se moque gentiment de toi.

On avait beau dire, je crois que personne n’avait connaissance de l’étendue de ta solitude, seule dans ta maison avec ton chien, à attendre, on ne sait quoi… la fin peut-être. Est-ce que tu ressassais les souvenirs de ta vie ? Repensais-tu à ton mari disparu si tôt ? A tes compagnons toujours partis avant toi ? A ton premier fils mort de façon si injuste et incompréhensible ? A ton enfance difficile ?

Quels ont été les bonheurs de ta vie ? Quelle expression avais-tu quand tu as vu ma mère marcher pour la première fois ? Vu ma tante se marier si jeune ? Que connaissais-tu de l’histoire de ta famille ? A quoi a ressemblé ton périple pour retrouver les racines de notre arbre généalogique ? As-tu osé aller parler à ton père biologique ? Qu’as-tu ressenti ?

Il y a tellement de choses que j’aurais aimé que tu me racontes. L’histoire de ta vie, tes souffrances, tes petits bonheur, le chemin que tu as tracé, toujours, en avançant, malgré les difficultés. Je sais que tu as bien mérité le repos dont tu profites aujourd’hui. J’aimerais parfois te sentir près de moi, me tenant la main pour me guider, comme j’ai tenu la tienne quand tu es partie.

Dans quelques jours, tu aurais fêté ton anniversaire. Ta mémoire ne me quitte pas, même après tous ce temps, même malgré la distance. Je ne sais quoi faire de tout cet amour pour toi dans mon cœur, si fort, si présent, au-delà du temps et de l’espace.

Je ne sais pourquoi mon cœur est en peine aujourd’hui, alors que je fus celle qui consolait les larmes lors de ton départ. Car je savais que tu souhaitais partir, c’était ton droit, ta récompense, ton temps du repos si mérité après une longue vie pleine d’épreuves.

Je pense que j’aurais simplement aimé partager plus avec toi, te communiquer un peu plus de mon amour pour toi, de cette chaleur qui te faisait tant défaut, toi qui observait dans la solitude de l’âge nos folles vies à la course incessante, avec si peu de temps pour toi.

J’aimerais te dire que je t’ai aimé, que souvent je ne t’ai pas comprise, que j’ai été choquée, surprise, attristée parfois par ta façon d’être, mais que cela ne m’empêchait pas d’apprécier ta personnalité si unique et bigarrée.

Et je sais que je brode dans une tentative vaine de renouer le lien avec toi, à travers ce que tu m’as appris, ce que tu m’as offert. Sans comprendre ce vide dans mon cœur, ce vide dans ma vie, alors que je sais que tu es quelque part, sur ton juste chemin.

Mamie, je t’aime !

Je pleure le temps passé,
Je pleure ces souvenirs éloignés,
Je pleure cette enfance à jamais égarée.

Les fleurs se fanent sur ta tombe
S’effritant, alors que les saisons dansent leur ronde,
Je tends encore une fois l’oreille
pour entendre ta voix,
Mais seule l’écho de la corneille
Répond à mon émoi.

Je voudrais te sourire
encore une fois,
Je voudrais rire
Et simplement te prendre dans mes bras.

Tu as bercé mon enfance
De ta farouche présence.
Tu as créé des fossés
Et déclenché des raz de marée.
Intransigeante à tes caprices
Masquant fort bien ta malice,
Tu t’es parfois joué de nous,
Pour crier ta détresse,
Mais c’était toujours
Car tu recherchais notre tendresse.

8 avril 2016

Écho : A ma disparue

Les chaînes de l’amour…

7a4c7f33259a3a2ca28ecdf384bd073d-d63zn2iBonsoir…

Bonsoir. Tu as le cœur lourd ce soir…

Oui, et un poids terrible au creux de l’estomac. Je me sens vraiment mal, dans un état de stress énorme… Prête à exploser. Pourquoi est-ce que je ressens cet état d’urgence intense ? C’est diffus, continus et épuisant. Cela me vide de mon énergie sans même que je fasse des choses. Comme une épée de Damoclès qui me pendait au-dessus de la tête.

Veux-tu comprendre pourquoi ? Penches toi sur l’étang de ton âme… dans quel état est-il ?

Il est trouble, agité par des vagues et la brise. Comme une tempête se préparant, l’eau est grise. Je m’y sens si seule… Pourquoi suis-je dans cet état ? Après tout, ce n’est qu’un stage, ce n’est qu’une option… Il n’y a pas mort d’homme ou danger létal. Pourquoi cette urgence ?

Penses-tu qu’elle vient de profond ?

Oui… Les exercices de respiration et d’ancrage ne l’allège pas (ou peu).

Confie-toi à moi.

Aujourd’hui j’ai avoué à mon cousin… Que je pouvais sentir les âmes défuntes et errantes, que je pouvais les aider à traverser, que je suis capable de faire des soins énergétiques… J’ai pris mon courage à deux mains pour me lancer, j’avais repoussé pendant tout le we. Puis je lui ai dit.

Comment a-t-il réagi ?

Il a été surpris et un peu choqué je crois, alors même qu’il ne dit ne pas y croire. Mais finalement, il l’a plutôt bien pris, il ne m’a pas rejeté… Il m’a dit qu’il ne me croyait pas folle, et puis après coup, que finalement cela ne l’étonnait pas tant que ça venant de moi. Il a bien compris que c’était une marque de confiance de ma part, et pas une volonté de le convaincre de quoi que ce soit.

Mais  j’étais tellement mal à l’aise quand je lui ai dit… C’était tellement inconfortable et précaire. Ai-je bien fait ? Et s’il le répétait au reste de ma famille ? C’est tellement tabou…

Pourquoi cela te fait-il pleurer ?

Parce que je suis fatiguée… fatiguée d’avoir peur que l’on découvre cet aspect de moi. Pourquoi la spiritualité doit-elle une telle source de tabous et de secrets ?

Pourquoi penses-tu à A. à cet instant ?

Parce que lui m’accepte telle que je suis…

J’ai mal… A. me manque. Pourquoi cela doit-il être si douloureux à chaque séparation ? Quand nous sommes ensemble, nous sommes biens, mais il est évident qu’on ne peut rester constamment ensemble. Mais quand on est séparés c’est dur. Je ne sais pas quoi faire… Y a-t-il seulement une échappatoire à ce statut ? Je me sens piégée… Je déteste me sentir piégée.

Les liens émotionnels sont-ils donc tant des chaînes pour toi ?

J’ai trop soufferts de telles chaînes. Je n’arrive plus à m’engager… C’est ironique, moi qui ne veux me lier qu’à des personnes laissant tomber tous leurs masques entre nous. Mais voilà que je le suis alors que rien n’est possible durablement entre nous.

Crois-tu que cela peut évoluer ?

Je ne sais pas… Il n’est pas plus près à s’engager que moi. Et puis à quoi bon avec la distance ? Arrrhg j’ai envie de hurler de frustration. Pourquoi ai-je attiré à moi ce genre de situation ? Qu’est-ce que je cherche à y apprendre ?

Ta propre peur d’aimer et de te lier à quelqu’un. La prise de conscience de toutes les barrières de protection que tu as mise entre toi et le monde. Sous couvert de te protéger à cause du tabou de la spiritualité.

Arrrshh, tu ne mâches pas tes mots…

N’as-tu jamais pensé que tu adoptes toi-même un masque pour cacher la part de toi qui est médium, sorcière et souffle de spiritualité ?

Non… Parce que je vis dans un monde matériel, que je dois garder les pieds sur terre, construire ma vie et trouver ma profession. Ce n’est pas la spiritualité qui me donnera du pain à manger, qui comblera ma curiosité scientifique.

Oui, mais tu ne réponds pas à ma question…

Et bien… Si les gens sont curieux sur ça et me posent des questions, je réponds. Je ne mens pas… Mais oui je ne dis pas tout. De toute façon, qui pourrait accepter mes expériences spirituelles sans les avoir lui-même vécu ? C’est trop fou et abstrait. Moi-même je serai la première à rejeter ça en bloc si je ne l’avais pas vécu moi-même. Et encore, cela ne m’empêche pas de douter…

Pourquoi cela ne peut-il être simplicité ? Pourquoi n’acceptes-tu pas que ton âme puisse percevoir au-delà du matériel et des masques ? Pourquoi n’acceptes tu pas d’avoir le potentiel d’une capacité de soigner ?

Parce que soigner les gens, c’est un processus long et complexe. On n’est qu’un intermédiaire. C’est une responsabilité dont je ne veux pas. Il faudrait déjà que je me sois soignée moi-même, avant de pouvoir aider autrui.

Pourtant tu as déjà aidé plusieurs personnes sur ton parcours, tout en étant toi-même aidée en même temps. Ne penses-tu pas que l’aide peut être mutuelle ?

Si, mais alors pour moi, ce n’est pas de la guérison…

Ahhh j’ai envie de voir A. Que faire de ce manque ?

Commences par le reconnaître, l’accepter et puis le cajoler. Il prouve que tu es humaine, que tu es de nouveau capable de t’attacher. Il peut te donner de la force.

Vraiment ? Comment ?

Imagine la douceur de ses bras pour te consoler et le respect dans ses yeux pour te prouver ta valeur. Souffle un bon coup pour évacuer la souffrance. Relève la tête et avance. Tu es plus forte que ça. Ne t’attache pas, lâche prise sur cet amour… Toi comme lui n’êtes pas prêt à accepter ce qu’il implique. Ce n’est pas grave. Ne t’en veux pas, vous vous retrouvez une autre fois.

24 novembre 2013

Source image : MeredithDillman

Je me demande…

Qui es-tu, toi qui passe en ces lieux ?
Es-tu revenu moins peureux ?
Es-tu le fantôme de notre jeunesse ?
L’écho de nos rires insouciants ?
Trop soûlé par la recherche de liesses,
Revenu par hasard après tant de temps ?

Ton sourire fané m’interpelle.
Qu’as-tu fait de ces milles étincelles
Qui clairsemaient ton regard franc ?

Ah ces yeux si bleus d’antan !
J’aurais pu passer des heures à m’y fondre.

C’était le bon temps
Sans rage qui gronde.

 

Pourtant tu t’es retourné
Tu es parti sans même m’embrasser.
Adieu, farouche âme biscornue
Toi qui avais trop peur d’être aimé.
J’avais ouvert la porte de mon cœur
Prête à me dévoiler nue
Mais tu ne savais pas regarder.

Alors…
Pourquoi es-tu revenu ?
Je suis si surprise que je ne saurais pleurer.
Tu étais parti si loin,
Ah pourtant, qu’ais-je pu t’aimer !
Mais ce n’est point
Le bon moment pour me retrouver !

 

Pourtant mon âme brûle
De plonger mes yeux, encore une fois,
Au plus profond de toi.

Car après tout,
Tu auras beau te cacher de moi,
Je sens l’union du nous
Que l’on ne comprend pas.

Pourquoi ne m’as-tu pas oublié ?
Pourquoi reviens-tu vérifier
Qui suis-je maintenant, pour enfin oser
Dire que tu m’aimes, sans avoir besoin de me protéger ?

Si cruel de voir que j’existe à tes pensées,
Mais qu’il est trop tard pour y succomber !

Ahhh, si seulement….
le temps ne nous avait pas dupés !
Je rêve d’un autrement
Où nous serions proches enlacés.

Ahhh, si seulement….
le temps ne nous avait pas lésés !
Je rêve doucement
D’un chaleureux baiser volé.

 

© Witchlight Dreams

16 octobre 2013

À ma disparue

Souffler la peine
Honorer la disparue
Lui écrire des poèmes
Pour lui redonner la vue

C’est à son esprit bohème que je rends hommage, une si frêle tige, un roseau pâle, si fragile de sa solitude, si touchante de sa franchise, si maladroite de son amour et si perdue par ses fardeaux. Pourtant si têtue de vie et de raison.

Elle était. Elle n’est plus.

Les mots sont pauvres face à l’absence, qui vient s’échouer à mon cœur, comme une vague inépuisable se rappelant sans cesse à moi. L’écume du rivage chante à mes oreilles sans fin.

Elle était. Elle n’est plus.

Je te tiendrai la main toujours, comme cette dernière fois. Encore, jamais tu ne me le demanderas. Je te sais quelque part, au-delà, pourtant si près, bien que loin de moi. Parfois, je sens la caresse de tes bras, doucement pour me rappeler que tu ne m’oublies pas.

Tu étais. Tu n’es plus.

Sois libre d’avancer sur ton nouveau chemin de lumière.
Puisse mon amour être une flamme qui t’éclaire.
Je t’aime comme hier.

© Witchlight Dreams
16 février 2013

BRUT

Le froid tendre de l’hiver
Frappe déjà à ma porte…
Si consolateur et pourtant mordant.
Étrangement, et si doucement
il réveille mon cœur gelé pour lui montrer
La montagne de regrets que la chaleur a masqué…

*je me sens autre et tellement
plus qu’un corps animé de sang
battant la vie sans en avoir conscience*

J’erre dans mon vide intérieur
Avare de repère et de chaleur

Et tout se dérobe à mes mains
Comme un monde silencieux sans fin

Où est passé le tangible de ma vie ?
N’est ce qu’un songe dont je ne suis
La seule à jouer la comédie ?

Ce sentiment ineffable m’échappe des doigts
Je ne saurai décrire combien il me met en émoi…
Ah temps perdu ! Glace gelée déchue,
Ne saurais-tu exprimer à mon cœur perdu
la joie de n’être qu’absence absolue ?

Dans le refuge de mon cocon
où tout n’est que silence figé
Je me réfugie dans un calme feutré
pour reprendre mon souffle…
Tellement déboussolée
Par ce monde ivre de vivre sans réaliser
que le présent avidement coule
sans que nous y soyons ancrés.

Et dans le froid de cette bulle
Je me sens perdre pied
Abandonnant mots et virgules
Dans une folle envolée…

Alors rien ne m’attache plus à cette Terre
Ni l’esprit ni le cœur, si ce n’est mes chairs.

De tout côté je tourne le regard
À l’affût d’un sauveur inespéré
Et je ne fais face qu’au miroir
Qui me rappelle à ma réalité.

Impuissante
Ballotée comme un morceau de bois
prisonnier de la mer aux abois,
Elle me laisse pantelante …

… cette question sans foi
Du Pourquoi ?

La fuite dans l’imaginaire
ne saurait toujours me distraire,
Car bien trop vite j’y reviens…
À cette torture lente
À cette mensongère innocente
Distillée à mon âme tous les matins…

IGNORANCE
Je te hais
Autant que je te bénis
de ne pas me troubler

Mais enfin je voudrais…
Que tu donnes du sens
à cette lutte acharnée !

Âme perdue
cherche Ancre à la vie
pour ne plus
errer entre deux ici.

© Witchlight Dreams
30 septembre 2012