S’affoler pour rien

Artiste : Guweiz

Décidément, c’est dernier temps, me poser pour écrire devient difficile. Surtout quand je me lève de très mauvaise humeur le matin, à cause d’une nuit interrompue par la sciatique à me retourner encore et encore dans mon lit, et puis à cause de rêves perturbants. Je sais bien que dans ces cas-là, ces rêves marquants qui ne « passent pas » correspondent à un message spirituel qui ne veut pas passer. Et je sais bien que sous la surface, si je me mets à gratter, je vais mettre à jour des choses désagréables.

Alors c’est clair, dans ces cas-là, mon mental freine des quatre fers pour ne pas écrire. Parce que c’est aussi un travail, sur moi-même, surtout quand mes guides spirituels s’invitent dans la partie, pour souligner certains éléments ou m’aider à des prises de conscience. En général, cela n’est pas forcément agréable.

Même si parfois salutaire ?

Oui, parfois salutaire… Mais bon sang, je déteste me sentir « comme ça ». Je me sens mal au réveil, je me regarde dans le miroir et je me trouve « moche ». Je sais bien que ce n’est pas tant mon image physique qui me fait sentir comme ça, qu’une subite montée de manque d’amour de moi-même. Je me regarde dans le miroir et je n’aime pas ma tête ces jours ci.

Ma peau est affreuse, alors que pourtant, j’ai tout fait pour l’aider à bien vivre la transition eau de robinet volcanique vers eau de robinet calcaire. Justement, je n’utilise plus que de l’eau thermale en spray. J’ai acheté des produits spéciaux pour les rougeurs, crème, masque, produit lavant. Bref, je fais des efforts et pourtant, cela fait bien longtemps que ma peau n’a pas été aussi « horrible »,  avec rougeurs, gonflements, poussée d’acné. Cela me décourage. Et que dire de mes cheveux ? Deux lavages au calcaire, et c’est fini, ils ont perdu leur éclat, leur volume et on dirait limite du plâtre…

Et ne parlons pas de mes cernes ! C’est quoi le problème alors que j’essaye de faire des nuits de 9 à 10h de sommeil ? Je fais attention à prendre un bon rythme, ne pas me coucher trop tard… Et j’étais contente parce que mes premières nuits, j’ai dormi comme un bébé, des nuits complètes comme je n’en avais pas faites depuis tellement de mois. Voilà que je me fais la réflexion qu’un sentiment de sécurité profonde (grâce à mon retour dans la maison familiale) aide probablement à mieux dormir, et bim la nuit suivante… Insomnie, réveil sans raison, impossible de me rendormir avec ma sciatique. C’est à s’arracher les cheveux !!!

Je ne comprends pas pourquoi je me sens si mal. « I’m feeling like crap ». Est-ce mes hormones qui me rendent à fleur de peau et me donnent constamment envie de pleurer ? Est-ce tous ces changements dans mon environnement qui me perturbent tant ? Pourtant, j’essaye de faire preuve de douceur, de ralentir et de faire des pauses, notamment quand je vois que je me fatigue trop à trier mes cartons. Je me suis acheté un nouveau pull tout doux et tout rose. Je suis allée chez le coiffeur.

Mais surprise, mes efforts n’ont pas l’effet escompté ! Quand la coiffeuse a eu fini de me couper les cheveux, j’ai eu très envie de pleurer. Oui, pleurer, vous avez bien lu. Elle m’a coupé les cheveux trop courts, ce n’est pas du tout ce que j’avais en tête. Certes, j’avais envie de « changer de tête » parce que je n’en peux plus de la mienne ces derniers jours. Mais je ne m’attendais pas à un changement si radical, et cela m’a choqué. C’est dire combien je me sens à fleur de peau…

Alors je me demande : c’est quoi le fond du problème ? C’est quoi qui en réalité ne va pas ? Je ressens un profond ras le bol. Mais de quoi ? Cela fait à peine une semaine que je vis de nouveau chez mes parents, ce ne peut pas être déjà ça… alors que cela se passe plutôt bien. Non ?

Peut-être est-ce un découragement par rapport à la maladie. J’essaye de retrouver une équipe médicale compétente, et c’est un peu la croix et la bannière… Le gynéco spécialisé sur l’endo que j’ai vu m’a beaucoup déçu. Expéditif, toucher très douloureux, manque d’explications… De toute façon, la réponse a été claire, mon cas est trop complexe pour lui, il me renvoie vers un confrère de Bordeaux. Ce qui n’est pas plus mal, vu que je ne me suis pas du tout sentie à l’aise avec lui. Donc j’attends des nouvelles de ce monsieur… En espérant que la communication marche bien entre les deux.

Mais en attendant ? Le gynéco a été très clair : pour lui l’opération est indispensable, INDISPENSABLE, peu importe combien de temps j’attends, que je veuille des enfants ou pas… Il me dit que je peux tester le reste, infiltration épidurale pour la sciatique, la cure thermale pour l’endo, mais que pour lui, l’opération sera nécessaire. Pour éviter l’infiltration de l’endo dans les intestins, pour l’instant il suffit de « racler sans résection ». A la bonne heure, j’ai de la chance…

Et je crois que c’est cette pilule-là qui ne passe pas. Qui ne passe vraiment pas. Ma mère n’a pas compris pourquoi après cet affreux rdv médical, je tenais à m’offrir des boucles d’oreille. Mais moi je sais, c’était pour me remonter le moral, pour soigner et faire preuve d’attention auprès de ma femme intérieure, meurtrie par un examen très indélicat, déprimée par les propos du médecin. Mais cela n’a pas suffit, il faut bien que je m’en rende compte.

Pourquoi est-ce que je me sens moche ? Parce que je sais que mon ventre est un gros bazar et que je ne cesse de devoir expliquer la maladie qui me touche et ses possibles conséquences : 50% de stérilité ? Parce que dans ma tête je sous-estime cette maladie et que la réalité vient de me rattraper ?

Pourquoi dans cet affreux contexte je rêve de bébé et d’accouchement ? Pourquoi je cauchemarde d’un centre de recherche pour la maladie qui se révèle en réalité être une « pondeuse », un lieu où l’on met les femmes enceintes contre leur volonté, pour vendre leur bébé ?

Je ne comprends rien à ses rêves et à leur message. Mais je vois que le thème revient, encore. L’autre fois, c’était un rêve à la Matrix, où les femmes étaient exploitées pour faire des bébés, dans les espèces de cocons du film. Et s’il s’avérait que si elles étaient stériles, alors, pfuit, elles étaient évacuées comme des déchets…

Je sens bien que tout tourne autour de ça, la cause profonde. Mais, le nez dans le guidon, le schéma ne m’apparait pas et j’ai le sentiment de tourner en rond. Je ne veux plus rester les bras croisée, comme une victime, en attendant qu’une solution miracle me soit apportée. Il n’en existe pas. Je veux juste avancer vers un mieux-être, pas à pas. Mais j’ai le sentiment de butter contre un mur invisible. Pourquoi mes efforts habituels ne marchent-ils plus ? Qu’est-ce que je suis censée faire ? Comment rebondir ?

Tu as le droit d’accepter ta tristesse. Tu as le droit d’être choquée. Tu ne t’attendais pas à ce que le gynéco te dise ça. Tu as été très choquée.

Je ne veux pas d’une opération : on te fait des trous dans le ventre et on te racle tous les organes, en espérant ne rien oublier au passage ? Je trouve ça super violent et invasif ! Pourquoi faudrait-il en passer par une telle extrémité ? N’existe-t-il pas des méthodes plus douces ? Le corps n’a-t-il pas une capacité formidable d’auto réparation – comme on m’en a parlé en lien avec le décodage biologique ? Si les nœuds énergétiques de la maladie sont dissous, n’y a-t-il pas un processus qui s’engage au niveau physique ? Et les soins sur les mémoires cellulaires et leur reprogrammation ? Aucun soin énergétique ne peut agir et descendre au niveau de mon corps physique ? Pourquoi cela marche chez certain et cela ne marcherait-il pas chez moi ?

Une part de toi espère toujours une forme de guérison.

Oui, ce n’est pas comme si j’ignorais l’enseignement de cette maladie. J’essaye de comprendre, d’accepter, de prendre soin de moi. Entre le travail psychologique, l’identification des mémoires karmiques, mais aussi familiales dans cette vie, les soins chamaniques, le travail avec mes guides, les cercles de femmes… Qu’est-ce que je ne fais pas ? Qu’est-ce que je ne comprends pas ? Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à dissoudre ces nœuds énergétiques ?

Parce qu’ils sont entremêlés chez toi sur plusieurs sujets.

Et alors ?

C’est plus long. Rappelle nous quel âge terrestre tu as.

Je me rapproche de mes 27 ans. Et alors ?? Cela fait 7 ans que cette maladie me fait travailler sur moi-même.

7 ans ce n’est rien. Ce n’est même pas la durée d’un cycle complet, qui est, nous te le rappelons de 9 ans.

ET ALORS ??!! Ce n’est pas cela qui me réconforte quand je pleure, ce n’est pas cela qui me calme quand je suis en colère à cause de la maladie, ce n’est pas non plus cela qui apaise mes douleurs. A quoi cela me sert de me rappeler que je suis jeune ?

A te rappeler que tu as du temps.

Du temps pourquoi ? A priori, pas pour guérir, vous m’avez fait comprendre que ma maladie ne disparaitrait pas…

Du temps pour grandir avec la maladie. Tu es si jeune, tu ne comprends pas encore la richesse de cet enseignement. Tu le comprendras plus tard et tu comprendras avec que ce temps, que tu trouves si long, t’en aura en réalité fait gagner beaucoup dans ta vie.

Comment ?

Par la sagesse qu’il t’aura apportée, par la réalité que tu auras expérimentée. La maladie n’est pas une fatalité, elle est un voyage vers vous-même et vers vos ressources intérieures. Ce que tu ne peux pas faire à l’extérieur, tourne-toi en toi-même pour le réaliser d’une autre façon. Il existe des tas de chemins pour aller vers un même résultat, c’est ça la beauté de la vie. Rien n’est tracé, c’est à vous de le décider. Tu peux décider de t’assoir et de faire une pause pour te ressourcer, ce que nous te recommandons, ou bien tu peux foncer. Tu peux tenter le raccourci, mais celui-ci te donnera-t-il la même richesse et la même satisfaction au bout ?

Ce n’est pas parce que tu ne vois pas vers où te mène tes pas, qu’il n’existe pas de cohérence. Sylvie le disait dans son commentaire, elle ne cherche plus le sens avant de marcher, elle le laisse émerger au fur et à mesure. Ne trouves-tu pas que c’est une façon de faire bien plus reposante ?

Je ne sais pas… Je pense que oui, mais cela marche bien si tu te sens guidée, si tu arrives à te laisser porter vers ce que tu sais être bon pour toi, même si tu ne sais pas quoi. Je n’ai pas du tout l’impression d’être guidée, ni de savoir dans quelle direction faire mon prochain pas.

Pourtant, nous sommes là à te répondre. Et si tu ne perçois pas la direction de ton prochain pas, c’est peut-être parce qu’il n’y en a pas pour l’instant. Peut-être est-il mieux pour toi de te reposer maintenant. Ne disais-tu pas que la Réunion t’avait épuisée ?

Si, mais il est difficile de se reposer sans avoir ne serait-ce qu’un futur objectif en tête, un pas qui attend. Tout le monde me le demande : et que vas-tu faire « après » ? « Après » quoi, on se le demande…

Et si au lieu de te concentrer sur cet après, tu te concentrais sur ton présent immédiat ? Un pas après l’autre. Un jour après l’autre. Peu importe ce qu’on te dit et quelles sont les attentes de tes proches. Et si tu te concentrais pour te sentir bien, là tout de suite ? Profiter du soleil, écouter le chant des oiseaux, méditer, dessiner, rire et profiter. Qui est pressé ? Le prochain pas a tout le temps d’émerger. A quoi cela sert-il de te dépêcher ? Laisse aussi à ton corps le temps de se reposer.

Je comprends ta logique, mais je n’ai rien devant moi. Aucune idée de comment je vais gagner ma vie, où je vais vivre, etc. En gros, vous me demandez de m’assoir juste au bord d’un grand précipice rempli de vide, et de ne pas avoir le vertige ? Vous me demandez d’être zen et de ne pas avoir peur, quand tout le monde autour de moi s’affole et me demande de regarder vers le bas ?

« Tout le monde autour de toi s’affole » et bien laisse les s’affoler. Ces émotions ne t’appartiennent pas et en réalité, c’est toi qui les projette. Elles ne font que te revenir par effet miroir. Les angoisses des autres sont les tiennes, et ces miroirs sont là pour te mettre le doigt dessus et te pousser à les surmonter. Plus tu seras zen et confiante en ton avenir, même s’il ressemble à une toile vierge, plus les autres le seront aussi autour de toi.

Ce n’est pas le moment de te mettre à gribouiller à la va vite. C’est le moment de rassembler tes pinceaux, avec patience et minutie, et d’apprendre à t’en servir dans le calme et la sérénité. Pour faire face à cela, nous t’encourageons à méditer tous les jours dans la nature. Pose toi dans le jardin, commence par 5 min, puis 10, puis 15 et quand tu arriveras à rester 30 min entière dans un état de paix intérieure, de présence et de centrage, alors nous pourrons passer à autre chose.

Merci.

21 avril 2017

Publicités

Nœuds familiaux

Artiste : NanoMortis

Ecrire, écrire… cela fait un moment que je n’arrive plus à le faire régulièrement, ni sur mon blog, ni même dans mon journal intime. Je me demande bien pourquoi. Trop fatiguée ? Trop préoccupée à courir à droite et à gauche, à préparer mon départ ? Pas le courage de me poser pour faire face à tous mes ressentis intérieurs ?

J’ai l’impression que c’est toujours dans les périodes plus difficiles qu’il devient plus dur et laborieux pour moi de faire ces petits efforts pour prendre soin de moi. Je me laisser emporter, et cela fait comme un cercle vicieux. Parce que je ne prends plus assez soin de soi, peut-être parce je suis désancrée, décentrée, stressée ou choquée par quelque chose, le malaise grandit en moi. Et plus il grandit, plus il est difficile de me poser pour le regarder en face, de l’écouter et de l’accepter. Alors mon mental s’agite, il cherche à m’occuper pour détourner mon attention. Et le cercle s’accentue.

Mais parfois alors, je suis mise face à des évènements qui me rappellent la réalité sans détour. Ainsi, aujourd’hui, la médecin chinoise que je suis allée voir m’a bien dit : votre corps est complètement épuisée, votre Qi est très faible. Me revient alors en boomerang, au-delà de ma sensation de fatigue physique, tous ces rêves spirituels me soulignant une terrible fatigue.

Et ce n’est pas qu’une fatigue physique, c’est aussi une fatigue énergétique.

Mais je ne comprends pas comment une telle fatigue s’est installée. Qu’est-ce que j’ai fait de travers pour en arriver à un tel épuisement ? Cela va faire bientôt 5 mois que je suis tombée en arrêt maladie, et que je n’ai pas travaillé. Ce n’est plus le boulot qui me fatigue ! Je devrais avoir récupérer ! Je ne comprends pas… Je ne comprends vraiment pas !

Ta fatigue est bien plus profonde qu’une fatigue professionnelle. Même si elle est bien là.

Alors c’est quoi comme type de fatigue ?

La lutte contre la maladie.

C’est-à-dire ? Je lutte alors que je ne devrais pas lutter ?

Cela fait combien d’année que tu es malade ?

Au moins 7 ans, peut-être plus…

Cela fait combien d’année que tu as été diagnostiquée avec de l’endométriose ?

Cela fera bientôt 2 ans…

Qu’est-ce qui a changé depuis ce diagnostic ?

Physiquement parlant, pas grand-chose… J’ai essayé des tas de traitements hormonaux, qui n’ont pas vraiment marché. Je fais de la kiné 2 fois par semaine depuis mon arrêt. De l’ostéopathie. J’ai arrêté le gluten et le lactose. Mais la maladie n’a pas régressé, ni même ne s’est stabilisée. Elle se rapproche dangereusement de la paroi de mes intestins, elle s’est attaqué aux tissus qui les enveloppent en tout cas, ça ce que prouve la dernière IRM. Même si je m’en doutais déjà à cause des douleurs devenues bien plus fortes et chroniques. Et plus il y a cette foutue sciatique, qui a explosé les plafonds, et ne veut pas partir…

Donc en 2 ans, ton cas s’est aggravé ?

Oui, on peut dire ça… même si les douleurs sont moins fortes qu’autrefois, parce que j’ai appris à mieux les gérer pendant les crises.

Comment ?

Repos absolu pendant les règles, station allongée, avec du chaud en permanence sur le ventre. Et une alimentation légère, jus de fruit, compotes, soupes. Et surtout une alimentation sans gluten et sans lactose en permanence le mois précédent. Ça diminue les douleurs pendant les crises. Mais finalement, pas grand-chose de neuf sous le soleil. Pas de nouvelle astuce miraculeuse. Ah si, ma tisane « spéciale règle » : fleurs d’achillée millefeuille pour limiter l’inflammation et change-écorce pour aider à évacuer les toxines. Infusion 4 min avec de l’eau bouillante et cela 3 fois par jour, voire plus selon l’envie. Mais bon, maintenant que je quitte la réunion, pour le change écorce, ça va être compliqué…

Il existe d’autres plantes avec des vertus équivalentes en métropole.

Surement, même si elles n’auront pas ce petit gout spécial que j’adore.

Alors tu es triste de quitter la Réunion ?

Oui, je ne pensais pas que je le serai autant… La médecin a dit en prenant mon pouls que ma tristesse « se sentait » à travers lui. Ça m’a donné envie de pleurer. Et elle m’a demandé « mais pourquoi vous partez alors ? » et je ne savais pas quoi répondre.

Pourquoi pars-tu alors ?

Parce que je me sens fatiguée ?

Et tu penses que tu te reposeras en rentrant ?

Oui, je me disais que ce serait reposant de retrouver mon village natal, mes parents, ma maison et son jardin. Que ce serait moins stressant, je n’aurais plus à m’inquiéter de joindre les deux bouts avec les indemnités sécu ou le chômage. Et je pourrais même utiliser les quelques sous qu’on me versera pour des activités créatives.

Mais je commence à douter d’avoir pris la bonne décision. Pourquoi est-ce maintenant, alors que je vais partir, que je rencontre deux supers thérapeutes, qui ont aidé des patientes à se remettre quasi totalement de leur endométriose ? J’aurais pu mener une thérapie avec elles si je les avais rencontrées plus tôt.

Pourtant, tu vas quand même pouvoir tester le traitement de phytothérapie chinoise que va te prescrire cette médecin spécialisée dans l’endométriose.

Oui… Mais ai-je fait le bon choix ? Quand je lis les articles de Sylvie, il me revient en tête que ce n’est pas forcément facile de retourner vivre chez ses parents à 27 ans, alors que cela va faire 9 ans que je suis partie de la maison.

Exactement, cela va faire 9 ans. 9 ans, c’est la durée d’un cycle, cela ne t’interpelle pas ?

Je ne sais pas. Est- ce censé m’interpeller ? Que suis-je censée en déduire ?

Que tu commences un nouveau cycle. Pendant le cycle précédent, tu as récolté divers outils et expériences, que tu vas maintenant pouvoir appliquer dans le cadre familial.

C’est-à-dire ? Qu’est-ce que je suis censée faire dans le cadre familial ?

Développer tes compétences de thérapeute.

Cela n’a aucun sens pour moi. Tu pourrais développer ?

Tu as compris et acquis certaines connaissances et expériences en lien avec ta blessure du rejet de la maternité. Tu peux maintenant aider ta mère à accepter sa propre blessure.

Je ne sais pas… On ne peut pas aider les autres, s’ils ne veulent pas s’aider soi-même. J’ai essayé pendant des années de pousser ma mère vers l’apprentissage du bien être envers elle-même. Vers diverses thérapies aussi. Mais ça n’a pas marché, évidemment, parce qu’elle  n’avait pas la volonté de faire avancer la situation. Ou bien, elle n’avait pas la foi qu’elle pouvait faire évoluer et améliorer sa situation ? Je ne sais pas.

Ta mère souffre d’une blessure d’impuissance. Tu l’as déjà remarqué. Elle se place en victime, et elle réagit souvent par la tétanie face aux attentes d’autrui, notamment les tiennes, celles de sa fille.

Je ne vois pas vraiment en quoi je peux l’aider à vrai dire. Elle ne s’intéresse pas à l’énergétique. Donc je me vois difficilement lui proposer un soin énergétique, un soin chamanique ou de la radiesthésie… Franchement… Même l’encourager à faire des loisirs créatifs, ce qu’elle aime, n’a marché que très très moyennement… Je ne vois plus comment je peux l’aider.

Simplement en montrant l’exemple, et en communiquant. Avoir une enfant malade peut être un grand apprentissage. Parfois même plus que d’être malade vous-même. Parce qu’alors vous vous sentez impuissant face à la maladie d’un proche que vous aimez. Alors, forcément, cela vous fait travailler sur cette blessure de l’impuissance. Pourquoi est-elle là ? Que veut-elle me dire ? De quelle façon elle modifie mon comportement ? Pourquoi ne puis-je pas la dépasser ? Autant de question qui peuvent émerger face à cette situation. Tu t’es toujours plainte que tes parents n’ont jamais pris la pleine mesure de la maladie que tu subis, parce que tu étais partie de la maison quand elle s’est déclarée. Ils ne t’ont donc vu malade que rarement, c’est seulement au téléphone qu’ils ont eu des nouvelles.

Oui, et on sait tous que les nouvelles au téléphone, c’est toujours moins impressionnant que de visu. Alors, ils vont me voir malade. C’est pour ça que je rentre vivre chez mes parents ?

Bien sûr que non. Tu as tes propres objectifs d’âme derrière cette décision. Mais c’est un travail collaboratif, car vous ne choisissez jamais vos parents par hasard. Ce choix est une opportunité de travailler ensemble sur certaines blessures, à partir du moment où l’un des protagonistes est conscient de l’existence de ces blessures.

Youpi… Alors ma mère a une blessure d’impuissance et moi une blessure d’indifférence. Quand je suis face à une difficulté, ma mère se sent impuissante et se tétanise. Elle ne réagit pas et ne sait pas comment me soutenir. Moi j’interprète ça comme de l’indifférence et donc cela réactive ma blessure de rejet. Blessée, je lui fais alors des reproches, qu’elle interprète comme une critique de sa capacité à être mère, ce qui réactive ça blessure d’impuissance… Et la boucle est bouclée. Oui, je suis consciente de l’effet miroir de nos blessures. Mais je ne sais pas comment la briser de façon définitive. De façon temporaire, je commence à prendre un peu plus de recul mais…

Finalement, derrière sa peur de l’impuissance et ma peur de l’indifférence se cache une blessure de rejet de soi-même. Ma mère se sent impuissante parce qu’elle manque de confiance en elle, elle rejette ses propres capacités et ses propres qualités et ne se croit pas capable. Quant à moi… la peur de l’indifférence vient du fait que j’ai besoin de l’amour et de l’attention d’autrui pour me valider, parce que je me rejette moi-même et ne me donne pas l’amour nécessaire.

Franchement, à décrire comme ça, c’est plutôt triste. Etre consciente des blessures n’aide pas pour autant à les résoudre d’un claquement de doigt. Qu’est-ce que je fais maintenant ?

Tu continues à apprendre à prendre soin de toi. Et ce faisant, tu ne suis que tes propres besoins et envies, ce qui te poussera à te détacher des jugements et des attentes d’autrui, y compris de tes parents. En apprenant à prendre soin de toi, tu montreras à ta mère comment on fait et que c’est possible, tu lui ouvriras la voie, comme tu as déjà commencé à le faire avec les loisirs créatifs. « Après tout, vous n’avez qu’une vie ».

Oui, c’est ce que je me dis. « Après tout, on n’a qu’une vie », enfin tout du moins, là maintenant, avec cette personnalité-là. Alors fuck si les gens pensent que je glande pendant un an entier, parce que je ne vais pas chercher de boulot. C’est vrai, je n’ai absolument pas envie de travailler, et j’ai la chance de ne pas en avoir besoin. J’ai envie de faire des choses que j’aime.

En fait tu en as besoin, pour rétablir tes énergies internes.

Hier, j’ai fait une scintigraphie osseuse et je vais attendre les résultats pendant une semaine. J’ai appris il y a peu que les scintigraphies sont le genre d’examen que l’on fait pour détecter un cancer. Mais la rhumatologue ne m’a pas dit pourquoi elle me l’a prescrit, alors je me suis interdite de trop y penser. A quoi bon me faire des films et me stresser tant que je n’ai pas les résultats ? Elle n’a pas parlé de risque de cancer, même si moi j’en ai parlé dans les antécédents familiaux, alors si ça se trouve, c’est pour chercher autre chose.

Il n’empêche que je n’ai pu m’empêcher de me poser la question « Et si j’avais un cancer des os, qu’est-ce que je ferais ? ». Je me suis dit qu’alors, je profiterais au maximum de la vie, et je ne ferais que ce qu’il me plait jusqu’à être totalement rétablie [si possible]. Puis j’ai pensé « mais c’est stupide, tu attendrais d’avoir un cancer pour faire ce qu’il te plait ? » Est-ce là le genre de message que je veux envoyer à la vie ? Etre contrainte de subir une dure épreuve de plus pour apprendre à suivre mes envies et me faire plaisir ? Sûrement pas ! Alors cancer ou pas cancer, c’est décidé, quand je rentre, je ne me prends pas la tête à rentrer dans le moule. Même si je vais faire face à la pression et à l’angoisse de mes parents.

Enfin je dis ça, mais cela sera probablement plus compliqué que ça…

Ou peut-être plus simple. Si tu es capable de souligner l’essentiel et d’expliquer quels sont tes besoins. Vous oubliez souvent que l’incompréhension résulte de défauts de communication. Et que l’incompréhension génère la peur et le rejet. Même en communiquant vous arrivez à interpréter les choses différemment et à ne pas vous comprendre. C’est là ou l’empathie est intéressante, parce qu’alors tu es capable de ressentir en toi la justesse de tes paroles et de celles d’autrui, ainsi que la portée des tiennes. Tu es capable de ressentir si ton message est passé. Mais aussi si la personne ment par inadvertance, parce qu’elle se ment à elle-même sans le savoir. L’empathie est un grand plus dans la compréhension d’autrui, il faut simplement apprendre à la comprendre et à la décrypter.

Bon, donc travail sur mon empathie également… Évidemment, c’est plus dur d’apprendre à la contrôler en vivant seule… Mais tout cela me donne l’impression que rentrer chez mes parents ne sera pas de tout repos.

De toute façon, tu le savais déjà. Tu sais que tu as besoin de rentrer pour faire un certain travail auprès de tes parents. Ce n’est qu’à ce prix-là que tu pourras atteindre une certaine forme de guérison. Tu dois dénouer des nœuds familiaux. Et maintenant que tu as eu le recul nécessaire pour les identifier, cela devient possible.

Youpi… A vrai dire, je suis trop fatiguée pour avoir envie d’y penser là. J’aimerais un peu de répit et de vrai repos… J’aimerai récupérer des forces et me sentir mieux pour faire face à tout ça.

Tu l’auras, ne t’inquiètes pas.

J’espère. Merci et bonne nuit.

23 mars 2017

Tu peux rentrer

Artiste : Sylar113
Artiste : Sylar113

J’ai fait ce que vous m’aviez dit, j’ai dormi tard, je me suis reposée. J’ai fait la sieste, je me suis même cuisiné un gâteau – la seule chose que j’ai réussi à faire de la journée. Pourquoi est-ce que je ne me sens pas mieux ?

Tu as besoin de rentrer.

Quoi, d’un seul coup ? C’est ce qui me rend malade ? Pourquoi maintenant et pas avant ? Pourquoi cela ressort sous cette forme ? Et puis, je ne comprends pas… C’est prévu, j’ai mon billet.

Tu as besoin de comprendre que tu ne rentres pas par fatalité, mais parce que tu en as besoin. Tu pourrais rester, rien ne t’en empêcherait. Tu vas avoir le chômage, tu as un appartement que tu pourrais continuer à payer, une voiture que tu pourrais continuer à utiliser, une kiné que tu pourrais continuer à voir, des amies que tu pourrais continuer à fréquenter.

Mais ?

Mais il te manque certaines choses. Tu as besoin de ta famille. Tu as besoin d’apprendre à recevoir un soutien émotionnel pour sortir de ta maladie. Tu as besoin d’aimer et d’être aimée, de près. Tu as besoin de sortir de ton cocon de solitude où tu ne laisses personne vraiment t’approcher. Tu as besoin de te sentir aimée par ta famille, médium ou pas, travail ou pas, maladie ou pas.

Rien n’est une fatalité, on peut décider. On peut décider de changer, on peut décider de guérir, on peut décider d’aimer et de faire confiance. On peut décider d’être heureux. Sans conditions, sans « si », sans contraintes. Juste parce qu’on est en vie et que la vie est belle.

Je ne comprends pas…

Ce n’est pas une honte de rentrer chez tes parents, parce que tu es malade, que tu n’as plus de travail et que tu ne sais pas où tu veux aller et ni ce que tu veux faire de ta vie. Tes parents sont là pour ça, ils sont là pour t’aider et te soutenir, pour t’aimer sans condition.

Tu peux rentrer, pourquoi tu te l’interdis ?

Parce que j’ai peur de retourner dans mes vieux schémas, de retomber dans la facilité, l’inactivité, le laisser aller… De me retrouver à l’étroit dans ma chambre de 15m². Je n’ai pas envie de rentrer et de trouver tous ces cartons et ces vieux vêtements… Je n’ai pas envie de me souvenir de tellement de choses. Un retour ne me semble pas si facile… Je vois une marée d’obstacles et de difficultés. Manger sans gluten en voyant mes parents manger de la baguette tous les soirs ? Manger sans lactose en les voyant manger du fromage ? Réussir à décider de mon avenir professionnel en suivant mon cœur et non mon mental et mes peurs, avec mes parents me posant des questions sur mon avancée tous les jours ? Perdre mon indépendance ? Ne plus avoir de voiture ?

A quoi bon avoir tout ça, si tu restes enfermée dans ton appartement ici parce que tu es malade ?

Je ne trouve pas de solution au fait d’être malade ! J’ai pourtant l’impression de tout avoir essayé : changer mon alimentation, faire de la kiné, des exercices spécifiques, démêler les nœuds de mon mental avec la psy, tester plusieurs traitements, faire de le l’ostéopathie, travailler sur l’aspect émotionnel avec vous, faire des stages de développement personnel pour m’aider, développer ma créativité, apprendre à assumer ma féminité, méditer et accueillir, faire des soins et des voyages chamaniques…

Pourquoi rien ne m’aide ? Je ne demande pas une guérison totale !! Je demande juste à aller un peu mieux, ne serait-ce que pour avoir l’énergie de sortir de chez moi, de voir des gens, de profiter de l’île… Je ne demande pas la mère à boire ! Je ne demande pas même de pouvoir tomber enceinte, comme la majorité des femmes ayant de l’endométriose !!!

Mais si tu pouvais, le voudrais-tu ?

Ce n’est même pas une question qui se pose, car je n’ai pas rencontré de partenaire avec qui un tel projet serait à l’ordre du jour. Il faudrait déjà que j’arrive à rester en couple suffisamment longtemps pour que la question se pose… L’autre jour, le triste constat m’est venu que je n’ai jamais réussi à passer la barre des 2 ans…

A quoi bon passer la barre des 2 ans si de toute façon le couple n’est pas fait pour durer ?

Oui… A quoi bon… De toute façon, je suis totalement désabusée et dégoutée à l’idée de vivre une relation de couple. Après avoir vu partir ma dernière âme sœur ? C’est mort, je ne veux plus être en couple si c’est pour répéter le même schéma. Je ne peux pas. Il y a une limite au nombre de fois où un cœur peut se briser. Je n’ai toujours pas fini de recoller les morceaux.

Tu as besoin de voir que l’amour peut vraiment exister dans un couple. Et qu’il peut vraiment durer. Tes parents sont toujours ensemble, et ils s’aiment toujours.

Mes parents sont des ovnis, ce sont deux bisounours qui vivent dans leur petit sphère, celle qu’ils se sont créée, à l’abri du monde. Ils ne sont pas parfaits, mais ils arrivent à s’aimer quand même. Ils ont surmonté un certain nombre d’épreuves ensemble, dont une partie directement liées à moi : un bébé qui ne veut pas manger ? Moi. Un ado harcelée au collège qui pète des câbles à la maison ? Encore moi. Leur fille qui leur annonce qu’elle est en couple avec une autre fille et qu’elle ne voudra jamais d’enfant ? Bingo. Une réorientation scolaire ? C’est pour moi. Un premier job qui se finit en harcèlement moral ? Jackpot. Un départ pour une durée indéterminée à l’autre bout de la planète ? Encore moi. Ah et puis, j’oublie… le parcours d’errance médicale et la maladie « dans ma tête » jusqu’à ce que l’endométriose soit diagnostiquée et que je parte. On ne peut pas dire que j’ai été l’enfant la plus facile à soutenir…

Mais ça n’empêche pas tes parents de t’aimer. Malgré toutes les épreuves que tu leur as apportées. Tu devrais arrêter de te considérer comme un poids pour eux. Ce n’est pas ce qu’ils ressentent. Eux, ils t’aiment et ils sont fiers de toi et de qui tu es, peu importe ce que tu fasses. Ils te l’ont dit, ils te soutiendront peu importe où tu seras sur la planète, même si c’est à 6000 km de chez eux.

Et qui est venu 2 fois en vacances à la Réunion en l’espace d’un an et demi ? Alors que tes parents ne sont jamais partis en vacances hors d’Europe depuis qu’ils sont ensembles ? Jamais ils n’avaient voyagé dans l’hémisphère sud avant toi. Jamais aussi loin. Si tu ne peux pas venir à eux, alors ils viennent à toi. C’est à toi maintenant d’aller vers eux. Laisse les t’aider, il n’y a pas de mal à ça.

Crois-tu qu’ils préfèrent te savoir seule et malade à l’autre bout du monde, plutôt que chez eux sans travail ? Crois-tu que cela a vraiment de l’importance ? Ils sont inquiets pour toi, inquiets de te voir t’enliser dans cette situation. Ils seront heureux de pouvoir te soutenir, à leur manière.

Ce sera à toi de ne pas être trop exigeante et d’apprendre à recevoir leur amour comme il vient, sans jugements, sans attentes, sans préconçues. Parfois donné de façon maladroite, mais personne n’est parfait, tu le sais et tes parents ne différent pas des autres êtres humains. Cependant, en amenant les choses à leur conscience, avec douceur et tact, en faisant l’effort de communiquer et d’essayer de les comprendre, il n’y a aucun malentendu qui ne puisse être dissipé. Tu es suffisamment mature maintenant pour faire ce travail de prise de recul. Tu connais tes principales blessures émotionnelles, et tes schémas réactionnels. Maintenant, tu vas pouvoir apprendre à t’en détacher auprès d’eux. Peu importe le temps que cela nécessitera. Tu n’es pas pressée, l’es-tu ?

Non… Puisque je n’ai aucune direction vers laquelle aller. Non, je ne suis pas pressée…

Profites de cette chance, celle de resserrer tes liens familiaux, de profiter de tes parents, de ta famille, de ton village natal et de tout ce que tu aimes le plus. L’orme dans le jardin, les pâquerettes dans la pelouse, le tilleul de la grande place, le moulin de la promenade du dimanche, le calme de la maison, le parfum de la rosée, l’odeur de la pluie en forêt. Ce sont des choses simples qui rendent la vie belle. Elles seront à portée de mains, chez toi. Tu pourras apprendre à sourire à la vie, simplement, protégée par un cocon d’amour. Tu n’auras plus besoin de t’épuiser à en créer un dans un environnement qui te reste étranger malgré tous tes efforts d’adaptation.

Tu as appris et compris beaucoup de choses ici à la Réunion. Tu as fait la part du job que ton âme s’était fixée en venant. Tu peux rentrer maintenant. Tu n’es pas obligée de te faire violence à rester. Tu n’es pas obligée de continuer à t’imposer cet exil. Tu peux rentrer.

7 février 2017

Descendre dans l’ombre [hypersensibilité et maladie]

Artiste : Yuumei
Artiste : Yuumei

Il est des moments où il semble difficile de se tourner vers son intérieur. Pourtant, avec tout le travail de reconnaissance et d’accueil de mes peurs qui se joue en moi depuis plusieurs mois, je n’aurais pas pensé que je m’y heurterais si durement.

Exprimer ses émotions, ou tout du moins les libérer et les transmuter sous une forme ou une autre, est nécessaire pour conserver un certain équilibre, surtout lorsqu’on est hypersensible. Mais consciente aussi de l’impact des mots et du pouvoir de la pensée, se plaindre n’est que le risque de se maintenir dans des énergies défavorables, de se poser en victime et donc de ne pas agir pour changer la situation, ou changer son propre regard.

Quel est donc le bon équilibre entre les deux ? On ne peut pas toujours exprimer des émotions positives. C’est impossible. Même en vivant une vie heureuse, on connait tous des moments de doutes, de tristesse, d’émotions plus ou moins intenses, parce que l’on vit en interaction avec autrui et que ces interactions créent des réactions en nous. Vivre c’est ressentir. Ce qui est parfois problématique pour une hypersensible, constamment inondée d’émotions, d’informations, au point de ne plus savoir où on commence et où on s’arrête.

Vivre dans une bulle peut donner l’illusion de contrôler la situation, de limiter les flux envahissants, de respirer de nouveau. Mais toute bulle est à double tranchant, elle protège et elle enferme aussi. Peut-on considérer que l’on vit lorsqu’en réalité on est coupé du monde ?

Comment alors vivre la maladie, lorsqu’elle vous oblige à rester au lit, et vous donne le sentiment d’être coupée du monde ? Pas seulement physiquement, mais aussi psychologiquement. Parce qu’alors que la douleur me force à rester allongée, sans pouvoir lire ou manger, mon mental ne peut s’empêcher de me faire douter. Douter qu’on jour j’irai mieux, que je puisse profiter de la vie en mangeant simplement un bon gâteau ou en faisant une promenade en nature. Douter que je puisse avoir une vie sociale épanouie, et encore plus une relation de couple.

La maladie vient comme une vague crashé tout espoir, elle plonge dans le noir toute perspective de futur proche ou lointain. On sait qu’elle est là, qu’elle revient de façon cyclique, mais selon un rythme inattendu et imprévisible, détruisant au passage les projets et le moral. Qu’il faut tout reconstruire à chaque fois, encore et encore.

Je crois qu’aucun de mes proches n’a idée de combien cela peut être pesant. Parce que j’ai fini par arrêter de parler de ma douleur, de me plaindre, juste pour statuer « aujourd’hui je suis au lit à cause d’une crise ». Personne ne sait, qu’à chaque fois, je me demande si je vais supporter la douleur encore une fois, ou si ce sera la dernière – parce que mon mental aura craqué.

Voyez-vous, avec la maladie chronique, souvent les gens banalisent. Les premières fois qu’ils vous voient malades, ils sont compréhensifs, compatissants et peuvent même vous apporter un soutien. Mais au fur et à mesure que les crises continuent, les gens s’habituent, cela ne les touche plus, « c’est normal », « il suffit d’attendre que ça passe ». Cela peut même devenir embêtant « mais on avait prévu ça… ». Bien sûr, chacun est unique et a sa propre réaction face à la maladie d’un proche ou d’un inconnu. D’autres vous appellent, peu importe le nombre de fois.

Mes parents eux ne savent pas comment réagir. Comment pourrais-je leur reprocher ? Je suis à 6000 km, ce n’est pas comme s’ils pouvaient me faire de la soupe ou me faire chauffer une bouillotte. Ils ne sont pas très doués pour communiquer, on ne leur a jamais vraiment appris dans leur famille, alors ils ne trouvent pas de mots pour me réconforter. Ils ne savent pas quoi dire et se sentent impuissants.

J’ai remarqué que les gens ont tendance à fuir face à la maladie, à la dépression et à la mort. Comme si c’était insupportable de voir l’autre dans sa vulnérabilité. Je n’ai jamais ressenti ça, ni quand j’ai épaulée une amie dépressive, ni quand j’ai tenu la main de ma grand-mère sur son lit de mort lorsqu’on l’a débranchée. Peut-être parce que j’ai moi-même été confrontée à ma propre noirceur et aux pensées suicidaires à l’adolescence. Que j’ai vu comment les gens me fuyaient à cause de ça et que je n’ai jamais voulu faire subir ce rejet à quelqu’un. Est-ce la faute à la personne si elle est malade ? Si les douleurs et les difficultés qu’elles traversent lui pèsent sur le moral à un certain moment ? Est-ce la faute de la personne si elle est mourante et si la mort l’effraye ?

Dans ce genre de situation, on a tous besoin de soutien, on a tous besoin d’amour. Quand je suis malade, je me sens seule et j’aimerais que quelqu’un me tienne la main et me réconforte, comme lorsque je tenais la main de ma grand-mère. J’aimerais sentir un amour qui efface les doutes, à défaut d’effacer la douleur, un amour qui fait sourire et donne chaud au cœur, peu importe la difficulté de l’instant présent.

Est-on capable de s’offrir à soi-même ce genre d’amour, lorsqu’on est englué dans la souffrance ? Est-on capable de ressentir ce genre d’amour provenant de la Source quand nos émotions négatives nous submergent ? Comment apaiser son cœur dans de telles situations ?

21 novembre 2016