S’affoler pour rien

Artiste : Guweiz

Décidément, c’est dernier temps, me poser pour écrire devient difficile. Surtout quand je me lève de très mauvaise humeur le matin, à cause d’une nuit interrompue par la sciatique à me retourner encore et encore dans mon lit, et puis à cause de rêves perturbants. Je sais bien que dans ces cas-là, ces rêves marquants qui ne « passent pas » correspondent à un message spirituel qui ne veut pas passer. Et je sais bien que sous la surface, si je me mets à gratter, je vais mettre à jour des choses désagréables.

Alors c’est clair, dans ces cas-là, mon mental freine des quatre fers pour ne pas écrire. Parce que c’est aussi un travail, sur moi-même, surtout quand mes guides spirituels s’invitent dans la partie, pour souligner certains éléments ou m’aider à des prises de conscience. En général, cela n’est pas forcément agréable.

Même si parfois salutaire ?

Oui, parfois salutaire… Mais bon sang, je déteste me sentir « comme ça ». Je me sens mal au réveil, je me regarde dans le miroir et je me trouve « moche ». Je sais bien que ce n’est pas tant mon image physique qui me fait sentir comme ça, qu’une subite montée de manque d’amour de moi-même. Je me regarde dans le miroir et je n’aime pas ma tête ces jours ci.

Ma peau est affreuse, alors que pourtant, j’ai tout fait pour l’aider à bien vivre la transition eau de robinet volcanique vers eau de robinet calcaire. Justement, je n’utilise plus que de l’eau thermale en spray. J’ai acheté des produits spéciaux pour les rougeurs, crème, masque, produit lavant. Bref, je fais des efforts et pourtant, cela fait bien longtemps que ma peau n’a pas été aussi « horrible »,  avec rougeurs, gonflements, poussée d’acné. Cela me décourage. Et que dire de mes cheveux ? Deux lavages au calcaire, et c’est fini, ils ont perdu leur éclat, leur volume et on dirait limite du plâtre…

Et ne parlons pas de mes cernes ! C’est quoi le problème alors que j’essaye de faire des nuits de 9 à 10h de sommeil ? Je fais attention à prendre un bon rythme, ne pas me coucher trop tard… Et j’étais contente parce que mes premières nuits, j’ai dormi comme un bébé, des nuits complètes comme je n’en avais pas faites depuis tellement de mois. Voilà que je me fais la réflexion qu’un sentiment de sécurité profonde (grâce à mon retour dans la maison familiale) aide probablement à mieux dormir, et bim la nuit suivante… Insomnie, réveil sans raison, impossible de me rendormir avec ma sciatique. C’est à s’arracher les cheveux !!!

Je ne comprends pas pourquoi je me sens si mal. « I’m feeling like crap ». Est-ce mes hormones qui me rendent à fleur de peau et me donnent constamment envie de pleurer ? Est-ce tous ces changements dans mon environnement qui me perturbent tant ? Pourtant, j’essaye de faire preuve de douceur, de ralentir et de faire des pauses, notamment quand je vois que je me fatigue trop à trier mes cartons. Je me suis acheté un nouveau pull tout doux et tout rose. Je suis allée chez le coiffeur.

Mais surprise, mes efforts n’ont pas l’effet escompté ! Quand la coiffeuse a eu fini de me couper les cheveux, j’ai eu très envie de pleurer. Oui, pleurer, vous avez bien lu. Elle m’a coupé les cheveux trop courts, ce n’est pas du tout ce que j’avais en tête. Certes, j’avais envie de « changer de tête » parce que je n’en peux plus de la mienne ces derniers jours. Mais je ne m’attendais pas à un changement si radical, et cela m’a choqué. C’est dire combien je me sens à fleur de peau…

Alors je me demande : c’est quoi le fond du problème ? C’est quoi qui en réalité ne va pas ? Je ressens un profond ras le bol. Mais de quoi ? Cela fait à peine une semaine que je vis de nouveau chez mes parents, ce ne peut pas être déjà ça… alors que cela se passe plutôt bien. Non ?

Peut-être est-ce un découragement par rapport à la maladie. J’essaye de retrouver une équipe médicale compétente, et c’est un peu la croix et la bannière… Le gynéco spécialisé sur l’endo que j’ai vu m’a beaucoup déçu. Expéditif, toucher très douloureux, manque d’explications… De toute façon, la réponse a été claire, mon cas est trop complexe pour lui, il me renvoie vers un confrère de Bordeaux. Ce qui n’est pas plus mal, vu que je ne me suis pas du tout sentie à l’aise avec lui. Donc j’attends des nouvelles de ce monsieur… En espérant que la communication marche bien entre les deux.

Mais en attendant ? Le gynéco a été très clair : pour lui l’opération est indispensable, INDISPENSABLE, peu importe combien de temps j’attends, que je veuille des enfants ou pas… Il me dit que je peux tester le reste, infiltration épidurale pour la sciatique, la cure thermale pour l’endo, mais que pour lui, l’opération sera nécessaire. Pour éviter l’infiltration de l’endo dans les intestins, pour l’instant il suffit de « racler sans résection ». A la bonne heure, j’ai de la chance…

Et je crois que c’est cette pilule-là qui ne passe pas. Qui ne passe vraiment pas. Ma mère n’a pas compris pourquoi après cet affreux rdv médical, je tenais à m’offrir des boucles d’oreille. Mais moi je sais, c’était pour me remonter le moral, pour soigner et faire preuve d’attention auprès de ma femme intérieure, meurtrie par un examen très indélicat, déprimée par les propos du médecin. Mais cela n’a pas suffit, il faut bien que je m’en rende compte.

Pourquoi est-ce que je me sens moche ? Parce que je sais que mon ventre est un gros bazar et que je ne cesse de devoir expliquer la maladie qui me touche et ses possibles conséquences : 50% de stérilité ? Parce que dans ma tête je sous-estime cette maladie et que la réalité vient de me rattraper ?

Pourquoi dans cet affreux contexte je rêve de bébé et d’accouchement ? Pourquoi je cauchemarde d’un centre de recherche pour la maladie qui se révèle en réalité être une « pondeuse », un lieu où l’on met les femmes enceintes contre leur volonté, pour vendre leur bébé ?

Je ne comprends rien à ses rêves et à leur message. Mais je vois que le thème revient, encore. L’autre fois, c’était un rêve à la Matrix, où les femmes étaient exploitées pour faire des bébés, dans les espèces de cocons du film. Et s’il s’avérait que si elles étaient stériles, alors, pfuit, elles étaient évacuées comme des déchets…

Je sens bien que tout tourne autour de ça, la cause profonde. Mais, le nez dans le guidon, le schéma ne m’apparait pas et j’ai le sentiment de tourner en rond. Je ne veux plus rester les bras croisée, comme une victime, en attendant qu’une solution miracle me soit apportée. Il n’en existe pas. Je veux juste avancer vers un mieux-être, pas à pas. Mais j’ai le sentiment de butter contre un mur invisible. Pourquoi mes efforts habituels ne marchent-ils plus ? Qu’est-ce que je suis censée faire ? Comment rebondir ?

Tu as le droit d’accepter ta tristesse. Tu as le droit d’être choquée. Tu ne t’attendais pas à ce que le gynéco te dise ça. Tu as été très choquée.

Je ne veux pas d’une opération : on te fait des trous dans le ventre et on te racle tous les organes, en espérant ne rien oublier au passage ? Je trouve ça super violent et invasif ! Pourquoi faudrait-il en passer par une telle extrémité ? N’existe-t-il pas des méthodes plus douces ? Le corps n’a-t-il pas une capacité formidable d’auto réparation – comme on m’en a parlé en lien avec le décodage biologique ? Si les nœuds énergétiques de la maladie sont dissous, n’y a-t-il pas un processus qui s’engage au niveau physique ? Et les soins sur les mémoires cellulaires et leur reprogrammation ? Aucun soin énergétique ne peut agir et descendre au niveau de mon corps physique ? Pourquoi cela marche chez certain et cela ne marcherait-il pas chez moi ?

Une part de toi espère toujours une forme de guérison.

Oui, ce n’est pas comme si j’ignorais l’enseignement de cette maladie. J’essaye de comprendre, d’accepter, de prendre soin de moi. Entre le travail psychologique, l’identification des mémoires karmiques, mais aussi familiales dans cette vie, les soins chamaniques, le travail avec mes guides, les cercles de femmes… Qu’est-ce que je ne fais pas ? Qu’est-ce que je ne comprends pas ? Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à dissoudre ces nœuds énergétiques ?

Parce qu’ils sont entremêlés chez toi sur plusieurs sujets.

Et alors ?

C’est plus long. Rappelle nous quel âge terrestre tu as.

Je me rapproche de mes 27 ans. Et alors ?? Cela fait 7 ans que cette maladie me fait travailler sur moi-même.

7 ans ce n’est rien. Ce n’est même pas la durée d’un cycle complet, qui est, nous te le rappelons de 9 ans.

ET ALORS ??!! Ce n’est pas cela qui me réconforte quand je pleure, ce n’est pas cela qui me calme quand je suis en colère à cause de la maladie, ce n’est pas non plus cela qui apaise mes douleurs. A quoi cela me sert de me rappeler que je suis jeune ?

A te rappeler que tu as du temps.

Du temps pourquoi ? A priori, pas pour guérir, vous m’avez fait comprendre que ma maladie ne disparaitrait pas…

Du temps pour grandir avec la maladie. Tu es si jeune, tu ne comprends pas encore la richesse de cet enseignement. Tu le comprendras plus tard et tu comprendras avec que ce temps, que tu trouves si long, t’en aura en réalité fait gagner beaucoup dans ta vie.

Comment ?

Par la sagesse qu’il t’aura apportée, par la réalité que tu auras expérimentée. La maladie n’est pas une fatalité, elle est un voyage vers vous-même et vers vos ressources intérieures. Ce que tu ne peux pas faire à l’extérieur, tourne-toi en toi-même pour le réaliser d’une autre façon. Il existe des tas de chemins pour aller vers un même résultat, c’est ça la beauté de la vie. Rien n’est tracé, c’est à vous de le décider. Tu peux décider de t’assoir et de faire une pause pour te ressourcer, ce que nous te recommandons, ou bien tu peux foncer. Tu peux tenter le raccourci, mais celui-ci te donnera-t-il la même richesse et la même satisfaction au bout ?

Ce n’est pas parce que tu ne vois pas vers où te mène tes pas, qu’il n’existe pas de cohérence. Sylvie le disait dans son commentaire, elle ne cherche plus le sens avant de marcher, elle le laisse émerger au fur et à mesure. Ne trouves-tu pas que c’est une façon de faire bien plus reposante ?

Je ne sais pas… Je pense que oui, mais cela marche bien si tu te sens guidée, si tu arrives à te laisser porter vers ce que tu sais être bon pour toi, même si tu ne sais pas quoi. Je n’ai pas du tout l’impression d’être guidée, ni de savoir dans quelle direction faire mon prochain pas.

Pourtant, nous sommes là à te répondre. Et si tu ne perçois pas la direction de ton prochain pas, c’est peut-être parce qu’il n’y en a pas pour l’instant. Peut-être est-il mieux pour toi de te reposer maintenant. Ne disais-tu pas que la Réunion t’avait épuisée ?

Si, mais il est difficile de se reposer sans avoir ne serait-ce qu’un futur objectif en tête, un pas qui attend. Tout le monde me le demande : et que vas-tu faire « après » ? « Après » quoi, on se le demande…

Et si au lieu de te concentrer sur cet après, tu te concentrais sur ton présent immédiat ? Un pas après l’autre. Un jour après l’autre. Peu importe ce qu’on te dit et quelles sont les attentes de tes proches. Et si tu te concentrais pour te sentir bien, là tout de suite ? Profiter du soleil, écouter le chant des oiseaux, méditer, dessiner, rire et profiter. Qui est pressé ? Le prochain pas a tout le temps d’émerger. A quoi cela sert-il de te dépêcher ? Laisse aussi à ton corps le temps de se reposer.

Je comprends ta logique, mais je n’ai rien devant moi. Aucune idée de comment je vais gagner ma vie, où je vais vivre, etc. En gros, vous me demandez de m’assoir juste au bord d’un grand précipice rempli de vide, et de ne pas avoir le vertige ? Vous me demandez d’être zen et de ne pas avoir peur, quand tout le monde autour de moi s’affole et me demande de regarder vers le bas ?

« Tout le monde autour de toi s’affole » et bien laisse les s’affoler. Ces émotions ne t’appartiennent pas et en réalité, c’est toi qui les projette. Elles ne font que te revenir par effet miroir. Les angoisses des autres sont les tiennes, et ces miroirs sont là pour te mettre le doigt dessus et te pousser à les surmonter. Plus tu seras zen et confiante en ton avenir, même s’il ressemble à une toile vierge, plus les autres le seront aussi autour de toi.

Ce n’est pas le moment de te mettre à gribouiller à la va vite. C’est le moment de rassembler tes pinceaux, avec patience et minutie, et d’apprendre à t’en servir dans le calme et la sérénité. Pour faire face à cela, nous t’encourageons à méditer tous les jours dans la nature. Pose toi dans le jardin, commence par 5 min, puis 10, puis 15 et quand tu arriveras à rester 30 min entière dans un état de paix intérieure, de présence et de centrage, alors nous pourrons passer à autre chose.

Merci.

21 avril 2017

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Nœuds familiaux

Artiste : NanoMortis

Ecrire, écrire… cela fait un moment que je n’arrive plus à le faire régulièrement, ni sur mon blog, ni même dans mon journal intime. Je me demande bien pourquoi. Trop fatiguée ? Trop préoccupée à courir à droite et à gauche, à préparer mon départ ? Pas le courage de me poser pour faire face à tous mes ressentis intérieurs ?

J’ai l’impression que c’est toujours dans les périodes plus difficiles qu’il devient plus dur et laborieux pour moi de faire ces petits efforts pour prendre soin de moi. Je me laisser emporter, et cela fait comme un cercle vicieux. Parce que je ne prends plus assez soin de soi, peut-être parce je suis désancrée, décentrée, stressée ou choquée par quelque chose, le malaise grandit en moi. Et plus il grandit, plus il est difficile de me poser pour le regarder en face, de l’écouter et de l’accepter. Alors mon mental s’agite, il cherche à m’occuper pour détourner mon attention. Et le cercle s’accentue.

Mais parfois alors, je suis mise face à des évènements qui me rappellent la réalité sans détour. Ainsi, aujourd’hui, la médecin chinoise que je suis allée voir m’a bien dit : votre corps est complètement épuisée, votre Qi est très faible. Me revient alors en boomerang, au-delà de ma sensation de fatigue physique, tous ces rêves spirituels me soulignant une terrible fatigue.

Et ce n’est pas qu’une fatigue physique, c’est aussi une fatigue énergétique.

Mais je ne comprends pas comment une telle fatigue s’est installée. Qu’est-ce que j’ai fait de travers pour en arriver à un tel épuisement ? Cela va faire bientôt 5 mois que je suis tombée en arrêt maladie, et que je n’ai pas travaillé. Ce n’est plus le boulot qui me fatigue ! Je devrais avoir récupérer ! Je ne comprends pas… Je ne comprends vraiment pas !

Ta fatigue est bien plus profonde qu’une fatigue professionnelle. Même si elle est bien là.

Alors c’est quoi comme type de fatigue ?

La lutte contre la maladie.

C’est-à-dire ? Je lutte alors que je ne devrais pas lutter ?

Cela fait combien d’année que tu es malade ?

Au moins 7 ans, peut-être plus…

Cela fait combien d’année que tu as été diagnostiquée avec de l’endométriose ?

Cela fera bientôt 2 ans…

Qu’est-ce qui a changé depuis ce diagnostic ?

Physiquement parlant, pas grand-chose… J’ai essayé des tas de traitements hormonaux, qui n’ont pas vraiment marché. Je fais de la kiné 2 fois par semaine depuis mon arrêt. De l’ostéopathie. J’ai arrêté le gluten et le lactose. Mais la maladie n’a pas régressé, ni même ne s’est stabilisée. Elle se rapproche dangereusement de la paroi de mes intestins, elle s’est attaqué aux tissus qui les enveloppent en tout cas, ça ce que prouve la dernière IRM. Même si je m’en doutais déjà à cause des douleurs devenues bien plus fortes et chroniques. Et plus il y a cette foutue sciatique, qui a explosé les plafonds, et ne veut pas partir…

Donc en 2 ans, ton cas s’est aggravé ?

Oui, on peut dire ça… même si les douleurs sont moins fortes qu’autrefois, parce que j’ai appris à mieux les gérer pendant les crises.

Comment ?

Repos absolu pendant les règles, station allongée, avec du chaud en permanence sur le ventre. Et une alimentation légère, jus de fruit, compotes, soupes. Et surtout une alimentation sans gluten et sans lactose en permanence le mois précédent. Ça diminue les douleurs pendant les crises. Mais finalement, pas grand-chose de neuf sous le soleil. Pas de nouvelle astuce miraculeuse. Ah si, ma tisane « spéciale règle » : fleurs d’achillée millefeuille pour limiter l’inflammation et change-écorce pour aider à évacuer les toxines. Infusion 4 min avec de l’eau bouillante et cela 3 fois par jour, voire plus selon l’envie. Mais bon, maintenant que je quitte la réunion, pour le change écorce, ça va être compliqué…

Il existe d’autres plantes avec des vertus équivalentes en métropole.

Surement, même si elles n’auront pas ce petit gout spécial que j’adore.

Alors tu es triste de quitter la Réunion ?

Oui, je ne pensais pas que je le serai autant… La médecin a dit en prenant mon pouls que ma tristesse « se sentait » à travers lui. Ça m’a donné envie de pleurer. Et elle m’a demandé « mais pourquoi vous partez alors ? » et je ne savais pas quoi répondre.

Pourquoi pars-tu alors ?

Parce que je me sens fatiguée ?

Et tu penses que tu te reposeras en rentrant ?

Oui, je me disais que ce serait reposant de retrouver mon village natal, mes parents, ma maison et son jardin. Que ce serait moins stressant, je n’aurais plus à m’inquiéter de joindre les deux bouts avec les indemnités sécu ou le chômage. Et je pourrais même utiliser les quelques sous qu’on me versera pour des activités créatives.

Mais je commence à douter d’avoir pris la bonne décision. Pourquoi est-ce maintenant, alors que je vais partir, que je rencontre deux supers thérapeutes, qui ont aidé des patientes à se remettre quasi totalement de leur endométriose ? J’aurais pu mener une thérapie avec elles si je les avais rencontrées plus tôt.

Pourtant, tu vas quand même pouvoir tester le traitement de phytothérapie chinoise que va te prescrire cette médecin spécialisée dans l’endométriose.

Oui… Mais ai-je fait le bon choix ? Quand je lis les articles de Sylvie, il me revient en tête que ce n’est pas forcément facile de retourner vivre chez ses parents à 27 ans, alors que cela va faire 9 ans que je suis partie de la maison.

Exactement, cela va faire 9 ans. 9 ans, c’est la durée d’un cycle, cela ne t’interpelle pas ?

Je ne sais pas. Est- ce censé m’interpeller ? Que suis-je censée en déduire ?

Que tu commences un nouveau cycle. Pendant le cycle précédent, tu as récolté divers outils et expériences, que tu vas maintenant pouvoir appliquer dans le cadre familial.

C’est-à-dire ? Qu’est-ce que je suis censée faire dans le cadre familial ?

Développer tes compétences de thérapeute.

Cela n’a aucun sens pour moi. Tu pourrais développer ?

Tu as compris et acquis certaines connaissances et expériences en lien avec ta blessure du rejet de la maternité. Tu peux maintenant aider ta mère à accepter sa propre blessure.

Je ne sais pas… On ne peut pas aider les autres, s’ils ne veulent pas s’aider soi-même. J’ai essayé pendant des années de pousser ma mère vers l’apprentissage du bien être envers elle-même. Vers diverses thérapies aussi. Mais ça n’a pas marché, évidemment, parce qu’elle  n’avait pas la volonté de faire avancer la situation. Ou bien, elle n’avait pas la foi qu’elle pouvait faire évoluer et améliorer sa situation ? Je ne sais pas.

Ta mère souffre d’une blessure d’impuissance. Tu l’as déjà remarqué. Elle se place en victime, et elle réagit souvent par la tétanie face aux attentes d’autrui, notamment les tiennes, celles de sa fille.

Je ne vois pas vraiment en quoi je peux l’aider à vrai dire. Elle ne s’intéresse pas à l’énergétique. Donc je me vois difficilement lui proposer un soin énergétique, un soin chamanique ou de la radiesthésie… Franchement… Même l’encourager à faire des loisirs créatifs, ce qu’elle aime, n’a marché que très très moyennement… Je ne vois plus comment je peux l’aider.

Simplement en montrant l’exemple, et en communiquant. Avoir une enfant malade peut être un grand apprentissage. Parfois même plus que d’être malade vous-même. Parce qu’alors vous vous sentez impuissant face à la maladie d’un proche que vous aimez. Alors, forcément, cela vous fait travailler sur cette blessure de l’impuissance. Pourquoi est-elle là ? Que veut-elle me dire ? De quelle façon elle modifie mon comportement ? Pourquoi ne puis-je pas la dépasser ? Autant de question qui peuvent émerger face à cette situation. Tu t’es toujours plainte que tes parents n’ont jamais pris la pleine mesure de la maladie que tu subis, parce que tu étais partie de la maison quand elle s’est déclarée. Ils ne t’ont donc vu malade que rarement, c’est seulement au téléphone qu’ils ont eu des nouvelles.

Oui, et on sait tous que les nouvelles au téléphone, c’est toujours moins impressionnant que de visu. Alors, ils vont me voir malade. C’est pour ça que je rentre vivre chez mes parents ?

Bien sûr que non. Tu as tes propres objectifs d’âme derrière cette décision. Mais c’est un travail collaboratif, car vous ne choisissez jamais vos parents par hasard. Ce choix est une opportunité de travailler ensemble sur certaines blessures, à partir du moment où l’un des protagonistes est conscient de l’existence de ces blessures.

Youpi… Alors ma mère a une blessure d’impuissance et moi une blessure d’indifférence. Quand je suis face à une difficulté, ma mère se sent impuissante et se tétanise. Elle ne réagit pas et ne sait pas comment me soutenir. Moi j’interprète ça comme de l’indifférence et donc cela réactive ma blessure de rejet. Blessée, je lui fais alors des reproches, qu’elle interprète comme une critique de sa capacité à être mère, ce qui réactive ça blessure d’impuissance… Et la boucle est bouclée. Oui, je suis consciente de l’effet miroir de nos blessures. Mais je ne sais pas comment la briser de façon définitive. De façon temporaire, je commence à prendre un peu plus de recul mais…

Finalement, derrière sa peur de l’impuissance et ma peur de l’indifférence se cache une blessure de rejet de soi-même. Ma mère se sent impuissante parce qu’elle manque de confiance en elle, elle rejette ses propres capacités et ses propres qualités et ne se croit pas capable. Quant à moi… la peur de l’indifférence vient du fait que j’ai besoin de l’amour et de l’attention d’autrui pour me valider, parce que je me rejette moi-même et ne me donne pas l’amour nécessaire.

Franchement, à décrire comme ça, c’est plutôt triste. Etre consciente des blessures n’aide pas pour autant à les résoudre d’un claquement de doigt. Qu’est-ce que je fais maintenant ?

Tu continues à apprendre à prendre soin de toi. Et ce faisant, tu ne suis que tes propres besoins et envies, ce qui te poussera à te détacher des jugements et des attentes d’autrui, y compris de tes parents. En apprenant à prendre soin de toi, tu montreras à ta mère comment on fait et que c’est possible, tu lui ouvriras la voie, comme tu as déjà commencé à le faire avec les loisirs créatifs. « Après tout, vous n’avez qu’une vie ».

Oui, c’est ce que je me dis. « Après tout, on n’a qu’une vie », enfin tout du moins, là maintenant, avec cette personnalité-là. Alors fuck si les gens pensent que je glande pendant un an entier, parce que je ne vais pas chercher de boulot. C’est vrai, je n’ai absolument pas envie de travailler, et j’ai la chance de ne pas en avoir besoin. J’ai envie de faire des choses que j’aime.

En fait tu en as besoin, pour rétablir tes énergies internes.

Hier, j’ai fait une scintigraphie osseuse et je vais attendre les résultats pendant une semaine. J’ai appris il y a peu que les scintigraphies sont le genre d’examen que l’on fait pour détecter un cancer. Mais la rhumatologue ne m’a pas dit pourquoi elle me l’a prescrit, alors je me suis interdite de trop y penser. A quoi bon me faire des films et me stresser tant que je n’ai pas les résultats ? Elle n’a pas parlé de risque de cancer, même si moi j’en ai parlé dans les antécédents familiaux, alors si ça se trouve, c’est pour chercher autre chose.

Il n’empêche que je n’ai pu m’empêcher de me poser la question « Et si j’avais un cancer des os, qu’est-ce que je ferais ? ». Je me suis dit qu’alors, je profiterais au maximum de la vie, et je ne ferais que ce qu’il me plait jusqu’à être totalement rétablie [si possible]. Puis j’ai pensé « mais c’est stupide, tu attendrais d’avoir un cancer pour faire ce qu’il te plait ? » Est-ce là le genre de message que je veux envoyer à la vie ? Etre contrainte de subir une dure épreuve de plus pour apprendre à suivre mes envies et me faire plaisir ? Sûrement pas ! Alors cancer ou pas cancer, c’est décidé, quand je rentre, je ne me prends pas la tête à rentrer dans le moule. Même si je vais faire face à la pression et à l’angoisse de mes parents.

Enfin je dis ça, mais cela sera probablement plus compliqué que ça…

Ou peut-être plus simple. Si tu es capable de souligner l’essentiel et d’expliquer quels sont tes besoins. Vous oubliez souvent que l’incompréhension résulte de défauts de communication. Et que l’incompréhension génère la peur et le rejet. Même en communiquant vous arrivez à interpréter les choses différemment et à ne pas vous comprendre. C’est là ou l’empathie est intéressante, parce qu’alors tu es capable de ressentir en toi la justesse de tes paroles et de celles d’autrui, ainsi que la portée des tiennes. Tu es capable de ressentir si ton message est passé. Mais aussi si la personne ment par inadvertance, parce qu’elle se ment à elle-même sans le savoir. L’empathie est un grand plus dans la compréhension d’autrui, il faut simplement apprendre à la comprendre et à la décrypter.

Bon, donc travail sur mon empathie également… Évidemment, c’est plus dur d’apprendre à la contrôler en vivant seule… Mais tout cela me donne l’impression que rentrer chez mes parents ne sera pas de tout repos.

De toute façon, tu le savais déjà. Tu sais que tu as besoin de rentrer pour faire un certain travail auprès de tes parents. Ce n’est qu’à ce prix-là que tu pourras atteindre une certaine forme de guérison. Tu dois dénouer des nœuds familiaux. Et maintenant que tu as eu le recul nécessaire pour les identifier, cela devient possible.

Youpi… A vrai dire, je suis trop fatiguée pour avoir envie d’y penser là. J’aimerais un peu de répit et de vrai repos… J’aimerai récupérer des forces et me sentir mieux pour faire face à tout ça.

Tu l’auras, ne t’inquiètes pas.

J’espère. Merci et bonne nuit.

23 mars 2017

Tu peux rentrer

Artiste : Sylar113

Artiste : Sylar113

J’ai fait ce que vous m’aviez dit, j’ai dormi tard, je me suis reposée. J’ai fait la sieste, je me suis même cuisiné un gâteau – la seule chose que j’ai réussi à faire de la journée. Pourquoi est-ce que je ne me sens pas mieux ?

Tu as besoin de rentrer.

Quoi, d’un seul coup ? C’est ce qui me rend malade ? Pourquoi maintenant et pas avant ? Pourquoi cela ressort sous cette forme ? Et puis, je ne comprends pas… C’est prévu, j’ai mon billet.

Tu as besoin de comprendre que tu ne rentres pas par fatalité, mais parce que tu en as besoin. Tu pourrais rester, rien ne t’en empêcherait. Tu vas avoir le chômage, tu as un appartement que tu pourrais continuer à payer, une voiture que tu pourrais continuer à utiliser, une kiné que tu pourrais continuer à voir, des amies que tu pourrais continuer à fréquenter.

Mais ?

Mais il te manque certaines choses. Tu as besoin de ta famille. Tu as besoin d’apprendre à recevoir un soutien émotionnel pour sortir de ta maladie. Tu as besoin d’aimer et d’être aimée, de près. Tu as besoin de sortir de ton cocon de solitude où tu ne laisses personne vraiment t’approcher. Tu as besoin de te sentir aimée par ta famille, médium ou pas, travail ou pas, maladie ou pas.

Rien n’est une fatalité, on peut décider. On peut décider de changer, on peut décider de guérir, on peut décider d’aimer et de faire confiance. On peut décider d’être heureux. Sans conditions, sans « si », sans contraintes. Juste parce qu’on est en vie et que la vie est belle.

Je ne comprends pas…

Ce n’est pas une honte de rentrer chez tes parents, parce que tu es malade, que tu n’as plus de travail et que tu ne sais pas où tu veux aller et ni ce que tu veux faire de ta vie. Tes parents sont là pour ça, ils sont là pour t’aider et te soutenir, pour t’aimer sans condition.

Tu peux rentrer, pourquoi tu te l’interdis ?

Parce que j’ai peur de retourner dans mes vieux schémas, de retomber dans la facilité, l’inactivité, le laisser aller… De me retrouver à l’étroit dans ma chambre de 15m². Je n’ai pas envie de rentrer et de trouver tous ces cartons et ces vieux vêtements… Je n’ai pas envie de me souvenir de tellement de choses. Un retour ne me semble pas si facile… Je vois une marée d’obstacles et de difficultés. Manger sans gluten en voyant mes parents manger de la baguette tous les soirs ? Manger sans lactose en les voyant manger du fromage ? Réussir à décider de mon avenir professionnel en suivant mon cœur et non mon mental et mes peurs, avec mes parents me posant des questions sur mon avancée tous les jours ? Perdre mon indépendance ? Ne plus avoir de voiture ?

A quoi bon avoir tout ça, si tu restes enfermée dans ton appartement ici parce que tu es malade ?

Je ne trouve pas de solution au fait d’être malade ! J’ai pourtant l’impression de tout avoir essayé : changer mon alimentation, faire de la kiné, des exercices spécifiques, démêler les nœuds de mon mental avec la psy, tester plusieurs traitements, faire de le l’ostéopathie, travailler sur l’aspect émotionnel avec vous, faire des stages de développement personnel pour m’aider, développer ma créativité, apprendre à assumer ma féminité, méditer et accueillir, faire des soins et des voyages chamaniques…

Pourquoi rien ne m’aide ? Je ne demande pas une guérison totale !! Je demande juste à aller un peu mieux, ne serait-ce que pour avoir l’énergie de sortir de chez moi, de voir des gens, de profiter de l’île… Je ne demande pas la mère à boire ! Je ne demande pas même de pouvoir tomber enceinte, comme la majorité des femmes ayant de l’endométriose !!!

Mais si tu pouvais, le voudrais-tu ?

Ce n’est même pas une question qui se pose, car je n’ai pas rencontré de partenaire avec qui un tel projet serait à l’ordre du jour. Il faudrait déjà que j’arrive à rester en couple suffisamment longtemps pour que la question se pose… L’autre jour, le triste constat m’est venu que je n’ai jamais réussi à passer la barre des 2 ans…

A quoi bon passer la barre des 2 ans si de toute façon le couple n’est pas fait pour durer ?

Oui… A quoi bon… De toute façon, je suis totalement désabusée et dégoutée à l’idée de vivre une relation de couple. Après avoir vu partir ma dernière âme sœur ? C’est mort, je ne veux plus être en couple si c’est pour répéter le même schéma. Je ne peux pas. Il y a une limite au nombre de fois où un cœur peut se briser. Je n’ai toujours pas fini de recoller les morceaux.

Tu as besoin de voir que l’amour peut vraiment exister dans un couple. Et qu’il peut vraiment durer. Tes parents sont toujours ensemble, et ils s’aiment toujours.

Mes parents sont des ovnis, ce sont deux bisounours qui vivent dans leur petit sphère, celle qu’ils se sont créée, à l’abri du monde. Ils ne sont pas parfaits, mais ils arrivent à s’aimer quand même. Ils ont surmonté un certain nombre d’épreuves ensemble, dont une partie directement liées à moi : un bébé qui ne veut pas manger ? Moi. Un ado harcelée au collège qui pète des câbles à la maison ? Encore moi. Leur fille qui leur annonce qu’elle est en couple avec une autre fille et qu’elle ne voudra jamais d’enfant ? Bingo. Une réorientation scolaire ? C’est pour moi. Un premier job qui se finit en harcèlement moral ? Jackpot. Un départ pour une durée indéterminée à l’autre bout de la planète ? Encore moi. Ah et puis, j’oublie… le parcours d’errance médicale et la maladie « dans ma tête » jusqu’à ce que l’endométriose soit diagnostiquée et que je parte. On ne peut pas dire que j’ai été l’enfant la plus facile à soutenir…

Mais ça n’empêche pas tes parents de t’aimer. Malgré toutes les épreuves que tu leur as apportées. Tu devrais arrêter de te considérer comme un poids pour eux. Ce n’est pas ce qu’ils ressentent. Eux, ils t’aiment et ils sont fiers de toi et de qui tu es, peu importe ce que tu fasses. Ils te l’ont dit, ils te soutiendront peu importe où tu seras sur la planète, même si c’est à 6000 km de chez eux.

Et qui est venu 2 fois en vacances à la Réunion en l’espace d’un an et demi ? Alors que tes parents ne sont jamais partis en vacances hors d’Europe depuis qu’ils sont ensembles ? Jamais ils n’avaient voyagé dans l’hémisphère sud avant toi. Jamais aussi loin. Si tu ne peux pas venir à eux, alors ils viennent à toi. C’est à toi maintenant d’aller vers eux. Laisse les t’aider, il n’y a pas de mal à ça.

Crois-tu qu’ils préfèrent te savoir seule et malade à l’autre bout du monde, plutôt que chez eux sans travail ? Crois-tu que cela a vraiment de l’importance ? Ils sont inquiets pour toi, inquiets de te voir t’enliser dans cette situation. Ils seront heureux de pouvoir te soutenir, à leur manière.

Ce sera à toi de ne pas être trop exigeante et d’apprendre à recevoir leur amour comme il vient, sans jugements, sans attentes, sans préconçues. Parfois donné de façon maladroite, mais personne n’est parfait, tu le sais et tes parents ne différent pas des autres êtres humains. Cependant, en amenant les choses à leur conscience, avec douceur et tact, en faisant l’effort de communiquer et d’essayer de les comprendre, il n’y a aucun malentendu qui ne puisse être dissipé. Tu es suffisamment mature maintenant pour faire ce travail de prise de recul. Tu connais tes principales blessures émotionnelles, et tes schémas réactionnels. Maintenant, tu vas pouvoir apprendre à t’en détacher auprès d’eux. Peu importe le temps que cela nécessitera. Tu n’es pas pressée, l’es-tu ?

Non… Puisque je n’ai aucune direction vers laquelle aller. Non, je ne suis pas pressée…

Profites de cette chance, celle de resserrer tes liens familiaux, de profiter de tes parents, de ta famille, de ton village natal et de tout ce que tu aimes le plus. L’orme dans le jardin, les pâquerettes dans la pelouse, le tilleul de la grande place, le moulin de la promenade du dimanche, le calme de la maison, le parfum de la rosée, l’odeur de la pluie en forêt. Ce sont des choses simples qui rendent la vie belle. Elles seront à portée de mains, chez toi. Tu pourras apprendre à sourire à la vie, simplement, protégée par un cocon d’amour. Tu n’auras plus besoin de t’épuiser à en créer un dans un environnement qui te reste étranger malgré tous tes efforts d’adaptation.

Tu as appris et compris beaucoup de choses ici à la Réunion. Tu as fait la part du job que ton âme s’était fixée en venant. Tu peux rentrer maintenant. Tu n’es pas obligée de te faire violence à rester. Tu n’es pas obligée de continuer à t’imposer cet exil. Tu peux rentrer.

7 février 2017

Descendre dans l’ombre [hypersensibilité et maladie]

Artiste : Yuumei

Artiste : Yuumei

Il est des moments où il semble difficile de se tourner vers son intérieur. Pourtant, avec tout le travail de reconnaissance et d’accueil de mes peurs qui se joue en moi depuis plusieurs mois, je n’aurais pas pensé que je m’y heurterais si durement.

Exprimer ses émotions, ou tout du moins les libérer et les transmuter sous une forme ou une autre, est nécessaire pour conserver un certain équilibre, surtout lorsqu’on est hypersensible. Mais consciente aussi de l’impact des mots et du pouvoir de la pensée, se plaindre n’est que le risque de se maintenir dans des énergies défavorables, de se poser en victime et donc de ne pas agir pour changer la situation, ou changer son propre regard.

Quel est donc le bon équilibre entre les deux ? On ne peut pas toujours exprimer des émotions positives. C’est impossible. Même en vivant une vie heureuse, on connait tous des moments de doutes, de tristesse, d’émotions plus ou moins intenses, parce que l’on vit en interaction avec autrui et que ces interactions créent des réactions en nous. Vivre c’est ressentir. Ce qui est parfois problématique pour une hypersensible, constamment inondée d’émotions, d’informations, au point de ne plus savoir où on commence et où on s’arrête.

Vivre dans une bulle peut donner l’illusion de contrôler la situation, de limiter les flux envahissants, de respirer de nouveau. Mais toute bulle est à double tranchant, elle protège et elle enferme aussi. Peut-on considérer que l’on vit lorsqu’en réalité on est coupé du monde ?

Comment alors vivre la maladie, lorsqu’elle vous oblige à rester au lit, et vous donne le sentiment d’être coupée du monde ? Pas seulement physiquement, mais aussi psychologiquement. Parce qu’alors que la douleur me force à rester allongée, sans pouvoir lire ou manger, mon mental ne peut s’empêcher de me faire douter. Douter qu’on jour j’irai mieux, que je puisse profiter de la vie en mangeant simplement un bon gâteau ou en faisant une promenade en nature. Douter que je puisse avoir une vie sociale épanouie, et encore plus une relation de couple.

La maladie vient comme une vague crashé tout espoir, elle plonge dans le noir toute perspective de futur proche ou lointain. On sait qu’elle est là, qu’elle revient de façon cyclique, mais selon un rythme inattendu et imprévisible, détruisant au passage les projets et le moral. Qu’il faut tout reconstruire à chaque fois, encore et encore.

Je crois qu’aucun de mes proches n’a idée de combien cela peut être pesant. Parce que j’ai fini par arrêter de parler de ma douleur, de me plaindre, juste pour statuer « aujourd’hui je suis au lit à cause d’une crise ». Personne ne sait, qu’à chaque fois, je me demande si je vais supporter la douleur encore une fois, ou si ce sera la dernière – parce que mon mental aura craqué.

Voyez-vous, avec la maladie chronique, souvent les gens banalisent. Les premières fois qu’ils vous voient malades, ils sont compréhensifs, compatissants et peuvent même vous apporter un soutien. Mais au fur et à mesure que les crises continuent, les gens s’habituent, cela ne les touche plus, « c’est normal », « il suffit d’attendre que ça passe ». Cela peut même devenir embêtant « mais on avait prévu ça… ». Bien sûr, chacun est unique et a sa propre réaction face à la maladie d’un proche ou d’un inconnu. D’autres vous appellent, peu importe le nombre de fois.

Mes parents eux ne savent pas comment réagir. Comment pourrais-je leur reprocher ? Je suis à 6000 km, ce n’est pas comme s’ils pouvaient me faire de la soupe ou me faire chauffer une bouillotte. Ils ne sont pas très doués pour communiquer, on ne leur a jamais vraiment appris dans leur famille, alors ils ne trouvent pas de mots pour me réconforter. Ils ne savent pas quoi dire et se sentent impuissants.

J’ai remarqué que les gens ont tendance à fuir face à la maladie, à la dépression et à la mort. Comme si c’était insupportable de voir l’autre dans sa vulnérabilité. Je n’ai jamais ressenti ça, ni quand j’ai épaulée une amie dépressive, ni quand j’ai tenu la main de ma grand-mère sur son lit de mort lorsqu’on l’a débranchée. Peut-être parce que j’ai moi-même été confrontée à ma propre noirceur et aux pensées suicidaires à l’adolescence. Que j’ai vu comment les gens me fuyaient à cause de ça et que je n’ai jamais voulu faire subir ce rejet à quelqu’un. Est-ce la faute à la personne si elle est malade ? Si les douleurs et les difficultés qu’elles traversent lui pèsent sur le moral à un certain moment ? Est-ce la faute de la personne si elle est mourante et si la mort l’effraye ?

Dans ce genre de situation, on a tous besoin de soutien, on a tous besoin d’amour. Quand je suis malade, je me sens seule et j’aimerais que quelqu’un me tienne la main et me réconforte, comme lorsque je tenais la main de ma grand-mère. J’aimerais sentir un amour qui efface les doutes, à défaut d’effacer la douleur, un amour qui fait sourire et donne chaud au cœur, peu importe la difficulté de l’instant présent.

Est-on capable de s’offrir à soi-même ce genre d’amour, lorsqu’on est englué dans la souffrance ? Est-on capable de ressentir ce genre d’amour provenant de la Source quand nos émotions négatives nous submergent ? Comment apaiser son cœur dans de telles situations ?

21 novembre 2016

 

Transformations

Artiste : Kuvshinov-Ilya

Artiste : Kuvshinov-Ilya

Cela fait un moment que je n’ai pas écrit sur mon blog. J’en avais l’envie et puis je n’arrivais jamais à trouver le temps et l’énergie pour rester derrière mon clavier. Les choses ont pas mal changé pour moi depuis mon départ en vacances et mon retour à la Réunion. Beaucoup de retrouvailles, de moments en famille, de discussions, de prises de conscience, de rencontres aussi. Beaucoup de transformation. Je me suis vue changée depuis la dernière fois que j’avais les pieds sur le sol de la métropole. Cette période loin de mon bout de caillou m’a aussi permis de prendre du recul sur mon quotidien, sur ma situation engluée dans ma maladie (endométriose), mon travail qui ne me satisfait pas. Mais ce temps m’a aussi permis de concrétiser tous les changements pour lesquels j’ai travaillé cette année.

Ainsi j’ai changé de coupe de cheveux, de lunette, j’ai renouvelé ma garde-robe. Cela peut paraitre superficiel, mais en réalité, les changements d’apparence extérieurs sont toujours le signe d’une évolution intérieure et ce n’est jamais anodin. Alors oui, de grands changements. J’ai fait le pas de prendre des lunettes colorés et rondes, à des années lumières de ce que j’aurais imaginé choisir et oser porter avant. Ma vision évolue vers plus de douceur, plus de légèreté et plus de féminité, comme mes lunettes. Ma coupe de cheveux aussi, j’ai décidé d’assumer mes boucles, qui sont sur-boosté à cause de mon traitement hormonal. De façon ironique, je n’ai jamais aimé les cheveux bouclés sur moi, j’ai toujours trouvé ça vieillot, ça me faisait penser à ma grand-mère. Mais je dois bien admettre que cela met mes cheveux en valeur et adoucit la forme de mon visage. J’apprends donc à assumer.

Il aura donc fallu tout ce temps pour que les transformations intérieures que j’ai vécues à la Réunion s’expriment extérieurement ! Qui l’aurait cru ? Définitivement, prendre de la distance, physique et psychologique, permet d’intégrer plein de choses et de mieux en comprendre certaines. Ironiquement, j’aurais pensé les partager au fur et à mesure sur mon blog, mais certaines choses doivent être vécues parfois tranquillement sans revenir dessus, analyser, disséquer, mettre des mots.

Et mon maître mot a été de profiter, simplement, de l’instant, de mes amis, de ma famille. De tous ces gens que j’aime infiniment et que je n’avais pas vus depuis si longtemps. De profiter et de prendre soin de moi, malgré le mouvement constant, les changements et l’environnement extérieur pas forcément familier. Car j’ai été malade de mon endométriose à plusieurs reprises et pas forcément très en forme tout du long. Mais je l’ai pris avec douceur. C’était aussi l’opportunité d’affirmer mes besoins, celui de me reposer, de faire des siestes, de manger différemment (sans gluten !), de rester au chaud, ou de simplement marcher à mon rythme. Ce dernier point peut paraitre bête et pourtant ! Avec mes ovaires gonflés et douloureux, marcher s’avère parfois me donner la sensation d’avoir des boules de bowling dans le ventre qui jouent avec mes autres organes. Alors je marche TRES lentement, parce que sinon c’est douloureux. Or dans ma vie, j’ai toujours eu l’habitude d’adapter mon rythme de marche à celui des personnes avec qui j’étais. Par exemple mes amis belges marchent assez vite. J’ai dû apprendre à écouter mon corps et ne plus me laisser porter sans le prendre en considération, apprendre à dire « hé, vous marchez trop vite pour moi, j’ai mal au ventre ». Un petit pas important pour moi. Comme apprendre à dire non quand on me propose quelque chose avec du gluten, même si c’est chose a été faite exprès pour moi.

Je ne m’étais jamais rendue compte à quel point j’étais « plastique », combien je m’adaptais aux autres, à leur rythme, à leur alimentation, à leurs envies etc… Quand je suis avec d’autres personnes, j’ai vraiment tendance à « m’effacer », les besoins de mon corps s’effacent, je ne les entends plus, mes envies non plus. Cela m’a toujours créé des problèmes, car après, quand je me retrouvais seule, mon corps se rappelait à moi et me faisait payer les pots cassés, tout comme mes émotions et mon moral. Je n’avais jamais compris que ces « symptômes » étaient en fait l’expression de mon hypersensibilité, couplée à mon empathie. Car finalement, le problème n’est pas seulement d’être submergée par les émotions des autres, mais tout simplement par leurs énergies. Au point d’en oublier les miennes, celles de mon corps, mes besoins et mes envies. La prise de conscience a été claire et en ça, elle a beaucoup été aidée par les articles de Camille Fraise, comme j’en parle ici :  L’histoire de mon hypersensibilité

Alors que faire ? J’ai décidé de me prendre en main, même si c’est le travail d’une vie entière. Accepter mon hypersensibilité doublée de mon empathie. Rien que le prendre en compte et l’anticiper peut changer la donne. Je comprends que je suis trop sensible aux énergies des gens mais aussi des lieux. Que celles de mon travail me plombent. Que celle de mon appartement aussi. Alors je veux changer ça. La première étape a été évidemment de ranger et de nettoyer, mais ça je le fais régulièrement. La deuxième a été de me trouver des alliés. Je me suis mise à chercher des plantes qui m’aideraient à transmuter les énergies lourdes, pour chez moi, mais aussi au travail. Couplée à des cristaux, parce que « Yeah, merci Camille Fraise » ça envoie de la balle au niveau des énergies !

J’ai décidé aussi qu’un certain nombre de « poids émotionnels » au travail n’étaient plus mon problème. Je ne veux plus être le défouloir de mon supérieur, ses émotions ne me concernent pas et la coordination et la prise de décision sont sa responsabilité à lui. Je veux bien être empathe et compatissante, à un moment, quand cela me bouffe, il faut que j’apprenne à poser des limites. Je vais donc travailler sur ça.

Et puis, je me suis instaurée une routine. Celle d’écrire systématiquement dans mon journal tous les soirs. Un petit moment rituel que je m’offre à moi-même. Au début c’était difficile, maintenant j’en écris des tartines. Cela me permet plusieurs choses :

  • Me décharger des émotions qui me pèsent en écrivant dessus. Quand j’ai fait face à une émotion qui m’a déstabilisée et déclenchée un tsunami émotionnel ingérable, j’essaye de revenir dessus, de comprendre la source, le pourquoi, qui, quel émotion, comme proposé par Camille Fraise ici : Hypersensibilité et filtres.
  • Prendre du recul sur ma journée, relativiser les choses, voir ce qu’elles m’ont apporté de nouveau, ce qu’elles évoquent en moi, comment cela résonne. C’est aussi un bon moyen d’apprendre à me connaître.
  • Souligner le positif dans ma journée. Apprendre à voir les choses de façon plus heureuse et optimiste. Parce que j’ai tendance à voir le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein. Mais, hé ! Si vous êtes comme ça aussi, sachez qu’il parait que c’est un fonctionnement normal et primitif du cerveau humain, qui avait tendance à enregistrer tous les évènements négatifs (dangers) que positifs pour assurer sa survie dans la cambrousse. Bonne nouvelle, on peut rééduquer son cerveau en créant des associations neuronales positives ! Je dois donc avoir un cerveau très primitif… lol !

Bref, tout ça pourquoi ? Et bien ma raison d’écrire ici a elle aussi évolué. Avant, j’écrivais surtout pour me décharger d’émotions et les transformer en une expérience à partager. Ce qui pouvait peut-être être pesant à lire pour certains ? Je ne sais pas à vrai dire. Dans tous les cas, mon journal remplit très bien cet office maintenant, et c’est vraiment mon nouvel ami. Je peux donc dédier cet espace à une nouvelle fonction. J’ai réfléchi à ça, me demandant toujours « pourquoi j’écris ici ? Pourquoi je le partage ? » Et bien, tout d’abord, j’aime écrire. Ensuite, j’aime être lue. Et j’adore encore plus quand cela crée un échange avec d’autres personnes. J’ai reçu des commentaires qui sont pour certains de vrais perles, et ont changé ma façon de penser, mes connaissances et ma vision sur certaines choses. Je pense par exemple à ce magnifique commentaire de Bluebird sur la « construction de son royaume intérieur » (ici : L’histoire de mon hypersensibilité) plutôt que le but d’être heureuse. C’est génial, et à chaque fois cela me touche, m’enrichit et me nourrit le cœur. Je ressens beaucoup de gratitude pour cela. Merci à vous qui me lisez et partagez vos réactions !

Alors je me suis dit que j’allais continuer à explorer ici ma spiritualité. J’ai des tas de questions qui ont émergées durant mes rencontres, mes discussions, mes retrouvailles. Des tas à explorer pour me connaître mieux, et partager une vision parmi tant d’autres, la mienne, qui n’a à offrir de modeste qu’un aperçu parmi la richesse d’une multitude. Mais, hey, si on était tous pareils, où serait l’intérêt ?

Alors, à venir, selon mes envies : quel lien entre plantes et spiritualité ? Quelle place pour la conscience des plantes dans notre société ? Comment changer de regard sur son quotidien ? Que faire quand on se rend compte qu’on veut changer de vie ? En quoi mon endométriose me rend-elle différente ? Quel lien entre hypersensibilité et médiumnité ? Quel lien entre mon endométriose et ma médiumnité ? Quels ont été les facteurs déclenchant pour les deux ? Comment la guérison sur soi par rapport à un tiers affecte ce tiers aussi ? Comment développer sa foi dans la guidance divine ? Et bien d’autres…

31 juillet 2016

Carences…

Artiste : Eaphonia

Artiste : Eaphonia

C’est le premier jour de la semaine où, ça y est, je peux enfin me poser pour écrire. Entre le kiné, les courses et le boulot, quand je prenais le temps de m’assoir, d’allumer ma bougie et de souffler, la seule chose qui me venait n’était pas l’inspiration pour écrire mais le cri de mon corps pour du sommeil. Je suppose que c’est une autre de ces semaines où j’ai une « crise d’endométriose ». J’arrive de plus en plus à les reconnaitre : épuisement malgré des longues nuits de sommeil (car entrecoupée par les douleurs au dos ou les problèmes de vessie), fatigue mentale (cerveau qui tourne au ralenti), migraines, bouffées de chaleur et sensation de fièvre persistante à partir du milieu de journée, mal à la gorge, ventre gonflé, transit intestinal presque à l’arrêt, douleurs au dos, besoin de sieste le midi et le soir en rentrant.

C’est parfois long de comprendre et rassembler les symptômes, et il faut du temps pour observer que cela se répète de façon cyclique. A chaque fois, je me dis « mais mince, j’ai attrapé froid ? » ou « c’est le stress du boulot ». Mais en fait non. En revanche, je n’arrive toujours pas identifier ces « crises » qui se déclenchent à intervalle irrégulier, peuvent durer 2 semaines comme un mois. J’espère que cette fois ci, ce ne sera pas trop long, parce que je n’ai pas envie d’être malade pendant mes vacances !!

Alors ralentis le rythme et écoute ton corps.

J’essaye, j’y arrive à peu près pour le besoin de sommeil et de repos. Mais pas pour l’alimentation. J’ai l’impression que mon ventre me dit « stop » quand ma bouche me hurle « j’ai faim ». Et j’ai tout le temps faim en ce moment. Même si je suspecte que c’est plus une fin émotionnelle que physique. Ça y est, je me suis remise à manger du chocolat à gogo, des gâteaux, du sucré. Bref de la douceur, parce qu’une part de moi se sent en manque émotionnel. Là où je suis surprise, c’est que cela ne revienne que 7 à 8 mois après la rupture. Avant d’être en couple, c’était pareil, et puis petit à petit, je me suis mise naturellement à ne plus avoir envie de sucré et a arrêté d’en manger par « besoin ». Ce décalage dans le temps m’étonne, j’aurais pensé ressentir ce besoin bien plus vite.

Parce qu’une part inconsciente de toi ne tend plus vers ton ex pour compenser tes besoins.

Ça veut dire quoi ? Que pendant tout ce temps je restais liée à lui par un lien énergétique inconscient ? Cette pensée est dérangeante. Enfin ce qui le serait encore plus c’est de savoir pourquoi cela s’est coupé brusquement… Je n’ai pas envie de réfléchir à ce que cela implique. Je pense déjà bien trop à lui… Et j’aimerai bien que ça s’arrête. Je n’en peux plus d’avoir cette petit flamme d’espoir au fond de moi. De rêver de lui, de symbole de mariage, etc. J’ai compris avec l’étude de mon thème astro que le travail par le couple n’était la « priorité de mon âme », qu’elle portait ailleurs. Et que les couples qui me convenaient étaient plutôt des oasis, me permettant d’avoir une certaine autonomie et liberté tout en ayant des sentiments profonds.

Mais voilà, cela n’arrivera pas tous les quatre matins. Déjà parce que je n’ai pas envie de m’infliger à moi-même, encore et encore, la même histoire et la même souffrance, en sachant qu’une partie de la faille est en moi. Je préfère apprendre à la colmater avant de remettre le couvert, lol.

Enfin bref, toute la semaine j’ai eu envie d’écrire ici sur un tas de sujet. J’ai eu des tas de petites prises de conscience, je voulais en discuter avec mes guides, approfondir, mais la fatigue de mon corps ne me l’a pas permis. Alors j’ai laissé filer. Comme tous ces rêves très précis et perturbant que je fais. J’aimerais bien avoir de l’aide  pour interpréter ! Parce que franchement… Expliquez-moi pourquoi je dis « ok, utilisez svp les symboles des fleurs, arbres, animaux etc… dans mes rêves pour m’aider à comprendre » et je tombe sur les trucs qu’évidemment il n’y a pas dans les listes. Genre une rose couleur rose fuchsia pétant. Je n’ai pas compris un tiers de mes rêves, alors que pour une fois je m’en souvenais clairement. Parfois le sens du rêve est évident, c’est assez facile à interpréter en cherchant les symboles et en assemblant. Mais là… je n’arrive même pas à identifier le type de rêve, s’il est spirituel, exutoire ou autre… Alors j’essaye de ne pas forcer. Mais c’est exaspérant, comme la fatigue qui est en train de me tomber dessus alors qu’il n’est que 20h. Déjà ? Et ma discussion avec mes guides ?

Tu n’es pas en état. Va dormir, de toute façon nous serons dans tes rêves.

Dans mes rêves ? J’aimerais bien pouvoir vous y reconnaitre. Vous ne pourriez pas porter un signe distinctif ? Genre une écharpe ou un chapeau rouge ? Des choses qui m’aident à comprendre et reconnaitre au réveil ? Parce que j’aurai besoin d’encouragement là. Je me sens mal. Je n’arrive même plus à me réveiller sans laisser sonner mon réveil 45min. Le médecin m’a dit que cela pouvait s’expliquer par la carence en vitamine B12.

J’ai l’impression que je n’en ferais jamais le tour ! Fer, vitamine D, vitamine B12. Il y a toujours une carence qui surgit après l’autre ! Je suis découragée. Comment suis-je censée prendre soin de moi face à ça ? Je ne peux pas passer ma vie chez le médecin, chez le kiné… Et je suis fatiguée de retrouver des conséquences de mon endométriose partout, au niveau du dos et des nerfs, du système digestif, du sommeil, de la forme de mon corps…

Est-ce que tu manges plus de viande qu’avant ?

Pas vraiment, au contraire.

Mais le médecin a dit que ton niveau de ferritine était très élevé, plus que jamais. Or tu n’as pas pris de traitement de fer depuis longtemps. C’est donc que tu l’assimiles mieux. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu as beaucoup réduit la quantité de gluten que tu manges depuis plusieurs mois. Ne penses pas que cela n’a pas d’effet et ne te décourages pas. T’autoriser de petits écarts ponctuels n’est pas une mauvaise chose, puisque tu n’es pas strictement intolérante, mais que tu le digères mal et que l’excès sature tes intestins. En revanche, ne te laisses pas aller à cause de la déprime et de la recherche de compensation en nourriture. Si tu as besoin de sucré à n’en plus finir, plutôt que de t’acheter des gâteaux industriels en te disant « c’est bon, je peux faire une exception, je n’ai vraiment pas le moral », prends le temps de cuisiner pour toi. Car en ce moment l’exception devient la règle. Ne repars pas dans de mauvaises habitudes.

Oui mais avant quand j’avais envie de sucré et bien je mangeais des fruits, notamment plein de mangues et des litchis !! Mais en ce moment, c’est l’hiver, il n’y a pas grand-chose… Les agrumes ne sont pas encore arrivés et je me lasse des bananes figues. J’ai même l’impression que mon estomac n’en veut plus ! Je ne sais plus trop quoi manger à vrai dire. L’attrait des nouvelles recettes sans gluten s’est estompé et voilà que cuisiner redevient une corvée… Que j’en ai marre de manger des « cracottes » de riz et maïs à la place du pain… Bref, j’ai faim, mais je suis frustrée car je n’arrive pas à trouver des choses qui sont à la fois bonnes pour mon corps et me font envie… Alors je me rabats sur des alternatives pas très saines.

Pourquoi te dire « tant pis » et manger des choses que tu sais problématiques pour ton corps ?

Parce que je n’ai plus d’énergie. Pas l’énergie de me battre, de faire tous ces efforts, de cuisiner. J’ai juste envie de dormir, pas de cuisiner. Mais le sommeil ne comble pas l’appétit, c’est bien dommage ! J’essaye pourtant de faire d’autres efforts pour mon corps. De me coucher tôt, de m’autoriser à faire la sieste si j’en ai besoin, de faire mes exercices de kiné. J’ai même acheté une nouvelle tenue de sport parce que j’ai pris la décision de m’y remettre à mon retour de congés.

Et pourquoi l’avoir acheté maintenant alors que tu sais que les cours ne reprendront probablement qu’à la rentrée scolaire ?

Parce que j’en sentais l’urgence, je voulais acter ma décision. A défaut de pouvoir commencer tout de suite, j’ai quand même quelque chose pour ancrer cette décision et m’en rappeler. Je ne veux pas faire comme l’an passé. Chercher, faire quelques cours d’essais puis ne rien choisir. Je trouve que c’est compliqué de trouver… Et puis je ne sais pas trop vers quoi me diriger. Il me faut quelque chose de doux, à cause de mon endométriose, mais quand même avec du mouvement, parce que ça aide à déconnecter le mental. Et j’ai aussi besoin que ça me plaise pour réussir à persévérer les 3 premiers mois, le temps de « rentrer dedans » et que le corps s’habitue et apprécie l’effort réalisé. Maintenant que j’ai fait du taïchi chuan, je trouve le yoga trop statique. Mais je réfléchis à l’idée de me remettre à la danse, parce que j’aimais vraiment ça et j’avais dû arrêter à cause de mes douleurs articulaires. Maintenant que mes hormones sont « sous contrôle » j’espère que je n’aurais plus ce problème là… Je n’arrive pas à cerner quel sport serait le mieux pour moi. C’est vrai que j’aime bien ceux où il y a un travail sur le souffle et l’énergétique, mais en même temps ce n’est pas fun comme la danse, et aussi valorisant en terme de silhouette et d’image de soi.

Je me souviens que j’aimais bien mon corps à l’époque où je faisais pas mal de danse, cela m’aidait à bien le connaitre, dans ses formes visuelles, dans son ressenti, dans la sensation des efforts, des étirements, dans la précision des gestes et le rendu des chorégraphies. Je n’étais pas mauvaise à l’époque. Maintenant je serais surement très pataude, et cela me fait un peu peur. Est-ce que je ne risque pas de dégrader mon image en voyant que je ne suis plus capable de suivre, d’avoir des mouvement précis et bien placé ?

Tu es trop exigeante avec toi-même, trop perfectionniste, même dans tes loisirs. Tu devrais lâcher du mou et te concentrer sur le fun. L’important c’est de t’amuser, de ressentir pleinement ton corps, de lui faire du bien. Tu devrais essayer l’école de danse près de ton travail et de ton kiné. Parce que c’est pratique et que tu pourrais avoir de bonnes surprises. Et puis te laisser du temps, tu ne peux pas avoir le niveau que tu souhaiterais en n’ayant pas pratiqué pendant presque 10 ans !

Oui je sais… toujours plus facile à dire qu’à faire. J’ai bien compris qu’il fallait que j’arrête de me cacher derrière des excuses comme « mais je n’ai pas le temps avec le travail, et puis j’ai des horaires trop aléatoires ».

Tu peux essayer de trouver un cours le vendredi soir, en général tu n’es pas sur le terrain. Pas trop tôt comme ça tu te laisses de la marge en cas de réunion, déplacement ou autre. Et puis si tu finis à l’heure rien ne t’empêche d’aller à la bibliothèque en attendant. Ce jour-là, il n’y a pas de créneau atelier créatif, que les stages. C’est parfait pour se changer les idées et de délasser avant le we, qu’en penses-tu ?

Oui, j’y ai déjà réfléchi, c’est le meilleur compromis je trouve. Même s’il faudra me motiver au début pour y aller avec la fatigue de la semaine…

Mais tu verras que très vite ce sera un plaisir. Et puis faire ce projet maintenant, c’est aussi te donner des envies de rentrer.

Oui, rentrer de métropole et retourner à ma vie sur l’île… Je me demande si je vais toujours le vivre « comme une corvée » parce qu’en fait, c’est surtout synonyme d’éloignement à la famille et de solitude. Un peu comme une forme de retraite spirituelle finalement. Une opportunité d’évoluer, d’avoir des prises de conscience, d’avancer vers ma guérison. Mais au prix du sacrifice d’un certain nombre de choses : la famille, les amis, la maison, mes lieux de ressourcement habituels, mon environnement culturel, etc. Finalement au prix de mon couple aussi, puisque quelque part c’était une limitation dans mes libertés et surtout dans la pression que je me mettais moi-même pour sauver certains aspects de mon couple…

Parfois je suis lassée d’avancer tant à l’aveugle, de ne pas ressentir clairement ma reliance au divin pour me guider et me soutenir. De ne pas savoir à quoi tout ça rime et ce qu’il y a au bout du chemin. Pourquoi avancer quand on n’a pas de motivation, de but ?

Parfois le but ne peut pas être révélé parce qu’il n’est pas encore compréhensible par la personne, avec le filtre de l’égo qui déforme les choses. L’important n’est pas le but, mais de cheminer. Tu le sais déjà mais tu es lassée.

Oui, je suis lassée. J’ai besoin d’un oasis, vraiment. Je suis très fatiguée. Et j’espère vraiment que ce traitement homéopathique et la vitamine B12  vont m’aider à retrouver la forme et le moral. Parce que sinon, je ne donne pas cher de ma peau sur le long terme… Alors oui, j’adresse une demande à l’univers « stp, je suis fatiguée, j’ai besoin d’un oasis pour me reposer et reprendre des forces avant de continuer à avancer ».

Tu es la première personne qui peut t’offrir à toi-même cet oasis. En laissant tomber toutes les pensées inutiles qui te stressent. En écoutant les besoins de ton corps, même s’ils sont « ceux d’une vieille mémé » et que tu dois te coucher à 20h. En te ménageant au travail, c’est-à-dire en faisant les choses une par une, dans l’ordre de priorité, en posant des limites et sachant être indulgente avec toi-même. Tu fais du mieux que tu peux dans ton état. Certes tu mets 3 fois plus de temps pour faire les choses, mais tu les fais quand même, comme tu le peux. C’est savoir ça qui devrait t’aider à accepter cette situation.

Merci.

2 juin 2016

Accepter sa maladie ? [endométriose]

Artiste : Conronca

Artiste : Conronca

Je me sens fatiguée. Ce matin, je me suis levée et il faisait un grand soleil avec un beau ciel bleu, un peu comme au début des premiers beaux jours au printemps en métropole. Cela m’a donné envie de sortir, mais je ne m’en sentais pas l’énergie, trop fatiguée et gênée par mes ovaires. En réalité, j’aurais plutôt eu envie de rendre visite à ma défunte grand-mère et de faire du canevas avec elle, ou de faire un tour du village avec mon autre grand-mère bien vivante. Faire quelque chose de petit, mais de chaleureux et de familier.

Au lieu de cela, hors de ma portée, je me suis roulée dans mon plaid moelleux, sur mon canap pour lire un bouquin sur ma liseuse. Il y a une partie de moi qui culpabilise de ne strictement rien faire en ce magnifique samedi, de rester en pyjama dans mon canap, de ne pas sortir, de ne pas « profiter de mon we ». Mais voilà, je me suis promis de bien me reposer ce we, parce que la semaine a été très éprouvante.

J’ai fait cet affreux cauchemar dans la nuit de lundi à mardi, celui où mon serpent de kundalini m’attaquait violemment et me blessait au ventre. Ce rêve a été très très violent et m’a littéralement choquée. A partir du lendemain même, j’ai commencé à être malade, bouffées de fièvre, migraines, épuisement, mal à l’estomac et au ventre…

Sauf que tu as continué à aller au travail, malgré la lourdeur de ton corps, malgré les bouffées de fièvres, malgré la fatigue. Tu as épuisée le peu d’énergie que tu avais à supporter les heures qui passaient à une lenteur insupportable.

Je ne pouvais pas me défiler comme ça. Chaque matin, je me suis levée, j’ai pris ma température et je n’en avais pas. Je n’avais pas de bon argument pour ne pas aller travailler, en plus ma voisine me covoiturer, donc j’avais moins de marche à faire. J’ai pris mon temps, j’y suis allée tout doucement. Je ne voulais pas manquer des jours de travail et qu’ils soient suspendus de ma paye. Après tout, il y a bien 3 jours de carence qui ne sont pas remboursés par la sécu quand tu es en arrêt maladie.  J’ai besoin de cet argent, pour payer la voiture que je dois acheter, rembourser les billets d’avion, économiser pour mes vacances… Je ne peux pas me permettre de sauter des jours de boulot parce que je ne suis pas bien.

Tu crois ? Qu’est ce qui est plus important ? Ta santé ou l’argent ? Lequel des deux peux-tu récupérer d’une autre façon ? Lequel des deux peuvent te dépanner tes parents ? Ne crois-tu pas que cela n’est qu’une excuse à laquelle ton mental s’accroche ? Mais que la vérité, c’est que tu n’acceptes pas le fait d’être malade à cause de ton endométriose ?

Moi je vais te dire la vérité. Le message était très clair dans ton rêve, tu aurais dû rester au lit sous ta couette pour te remettre du choc émotionnel et énergétique de ton rêve. Et du réveil de ta maladie causé par ta kundalini. Tu sais que tu as de l’endométriose, cela veut dire que tu as moins de réserve d’énergie, que tu es plus vite fatiguée, que tu tombes plus souvent malade. Tu as bien compris que quand tu es trop fatiguée par ton endométriose, tu attrapes le premier virus qui passe et tu restes clouée au lit une semaine avec de la fièvre. Tu devrais éviter d’en arriver là. Tu devrais écouter ton corps et te reposer avant, tout simplement.

Mais je n’y arrive pas, je culpabilise. Je ne m’en sens pas le droit… Il y a tellement de pression en ce moment au travail, l’ambiance est lourde et c’est compliqué… Alors en plus, si je m’absente à cause d’un arrêt maladie… J’ai peur d’être cataloguée comme tout le temps malade et de me faire virée, ou de ne plus être désirée après… J’ai bien vu comment mon supérieur traitait ma collègue de VSC qui avait de gros soucis de santé et devait souvent s’absenter à cause de ça… J’ai vraiment peur de ça…

Vois et accepte ta peur. Elle est présente parce que tu culpabilises, comme tu l’as si bien dit. Pour toi « ce n’est pas normal d’être malade », c’est une tare, un défaut, une chose à fuir dans cette société capitaliste et productive. Car à cause de ça, tu ne peux pas bien remplir ton rôle d’ouvrière travailleuse. D’où te vient cette croyance ?

Et bien, à chaque fois que j’étais malade, mes parents me disaient « et les cours ? » et puis quand j’ai commencé, c’était « et le travail ? Comment vas-tu faire pour tes absences ? ». J’ai bien vu comment les gens fréquemment malades étaient traités dans le monde du travail. Comment dès qu’ils avaient un arrêt maladie de 6 mois, ils étaient souvent virés… Comment ils étaient traités sans aucune compassion. Ma tante qui est syndicaliste et se battait pour le droit des ouvriers m’a raconté des choses… Je n’ai pas envie d’être étiquetée « malade chronique ».

C’est quelque chose dont tu as profondément honte, et que tu caches dans le monde du travail. Tu ne dis jamais que tu es malade à cause de ton endométriose, tu dis « oh, je ne comprends pas, j’ai choppé la gastro de untel… » ou bien « je ne me sens pas en forme, j’ai pris froid ». Il n’y a que depuis récemment que tu as commencé à en parler. Tu as dit à ton supérieur qui fait office de patron que tu avais de l’endométriose. Mais tu lui as aussi dit que tu avais un traitement efficace qui faisait que ce n’était rien, ce qui est un mensonge.

Ton traitement n’est pas pleinement efficace. Oui, il permet de supprimer tes règles –et encore que, partiellement- et donc d’éviter la création d’hématomes sur les organes de ton ventre. Mais il ne  supprime pas les problèmes digestifs et urinaires, la douleur de sciatique, la fatigue chronique, le gonflement de tes ovaires et de ton ventre. Mais ça, tu n’en parles pas, ou comme d’une fatalité.

Que veux-tu que je dise ? Il n’y a pas de solution miracle ! Personne ne peut rien pour moi !

Si, tu peux toi-même quelque chose pour toi. Comme te l’a expliqué Sylvie, via l’interprétation de ce rêve de serpent qui s’attaquait à ton ventre : tu n’acceptes pas ta maladie. La preuve en est, tu as refusé de rester te reposer chez toi cette semaine, alors que ton corps t’envoyait tous les signaux de maladie. C’est une forme de déni de ta maladie, reconnais-le.

Mais je croyais que je l’avais accepté !! Après tout, j’en ai parlé sur ce blog, j’en ai parlé avec ma sœur, avec une autre personne atteinte. J’en ai parlé en long et en large durant les cercles de femmes de mes stages ! J’en ai même parlé longuement avec deux de mes collègues de travail, en leur expliquant ce que c’est, les effets, etc… J’ai passé des we à ne rien faire pour me reposer car j’étais malade. Des semaines à ralentir mon rythme, ne pas faire de courses ou de choses fatigantes en dehors du boulot parce que je n’étais pas en forme. A acheter des vêtements confortables pour les jours où mon ventre se transforme en baleine. J’ai même pris le parti de me dire, « Ok je suis malade, cela affecte mon système digestif, ce sera probablement pour toute la vie. Alors comment puis-je faire évoluer mon alimentation pour le prendre en compte ? ». Comme pour mon acné ! J’ai bien compris qu’elle ne partirait jamais parce qu’elle est due à un dérèglement hormonal, venant de mes ovaires, que le traitement ne corrigera jamais ! Alors j’essaye d’autre chose pour la diminuer. Tout ça n’est pas pour toi des signes d’acceptation de ma maladie ?

Tant que tu en auras honte, tu n’auras pas accepté ta maladie. C’est aussi simple que ça. Tant que tu te cacheras, mentiras, minimiseras au sujet de ta maladie, cela prouvera que tu ne l’assumes pas. Pourquoi as-tu honte de ta maladie ? Pourquoi as-tu peur à cause de ta maladie ? Parce que comme Sylvie te le faisait remarquer, tu as la croyance que c’est de ta faute si tu es malade. Que c’est ta responsabilité, que c’est une partie inconsciente de toi qui a décidé d’être malade pour ne jamais devenir mère. Après tout, tu as bien une maladie qui rend stérile, tu ne veux pas d’enfant malgré les exigences de la société actuelle, et tu te réfugies en partie derrière ta maladie pour expliquer ton choix. « De toute façon, j’ai 50% d’être stérile, alors cela ne sert à rien de faire des projets d’enfants.» Et quand on te dit le contraire, comme Arc « regardes, j’ai une amie qui a de l’endométriose qui a eu un enfant à XX ans » et bien cela te contrarie.

Que veux-tu que je te dise ? Que veux-tu que je fasse pour changer les choses ?

Moi ? Rien. J’aimerais seulement que tu acceptes le fait d’être malade. Que tu acceptes que ce n’est pas ta faute, que tu n’as pas choisi consciemment d’être malade. Que tu arrêtes de te culpabiliser, de te rendre responsable et de te punir toi-même par ton comportement envers ton corps. Ton corps est malade, respecte-le. Ce n’est pas de le cacher, de le fuir, de le nier ou de chercher à changer cette réalité qui la fera disparaitre. Tu luttes à contre-courant de l’eau qui te porte.

2 avril 2016

Semaine européenne de l’endométriose

Artiste :

Artiste : Superschool48

Cette semaine était la semaine européenne de l’endométriose. Maladie féminine mal connue qui touche la sphère génitale et concerne selon les estimations 1 femme sur 10. Pour ceux qui se demanderait ce que s’est, un bref descriptif : maladie chronique inflammatoire, elle se déclenche quand des cellules de l’endomètre (tissu de l’utérus à l’origine des règles et permettant l’implantation de l’embryon) s’implante à l’extérieur de l’utérus, dans des endroits anormaux : parois de la vessie, du système digestif, des ovaires, des ligaments à côté… Ces cellules sont soumises aux cycles hormonaux et lorsque les règles arrivent, elles saignent aussi. Ce sang qui est dans les tissus intérieurs ne peut pas être évacués, il crée donc des hématomes, qui pour se résorber sont source d’inflammations très très douloureuses. Lors de la cicatrisation, des tissus fibreux et des nodules se créent, qui peuvent entrainer un accolement des organes entre eux (source de multiples problèmes) et aussi envahir les tissus environnants.

Ainsi cette maladie se caractérise par de multiples symptômes : des douleurs terribles pendant les règles, des troubles digestifs et urinaires, des douleurs pendant les rapports sexuels, une fatigue chronique… Évidemment, chaque cas est unique, car la particularité c’est que les symptômes ne sont pas forcément proportionnels aux lésions. Ainsi on peut avoir de petites lésions et souffrir comme un chien, ou bien avoir d’importantes lésions et que la maladie soit « silencieuse ». Il existe tous les cas de figure, mais il est fréquent que les douleurs pendant les règles soient handicapantes au point de ne pas pouvoir travailler ou aller à l’école. Ceci doit être un symptôme d’alerte. Car il n’est pas normal de souffrir d’une douleur supérieur à 6 sur une échelle de 1 à 10 de la douleur (10 étant le plus fort). Et puis autre symptôme, cette maladie peut être la cause d’infertilité dans 50% des cas. Pour un certain nombre de femmes, c’est même à cette occasion, en essayant de concevoir un bébé et n’y arrivant pas, faisant un bilan de sa fertilité, que la maladie est découverte.

Très difficile à diagnostiquer, car elle demande de vraiment être étudiée et connue par les radiologues et gynécologues pour savoir être détectée, cette maladie reste souvent dans l’ombre et est peu connue d’une partie du corps médical. Ce qui entraine souvent une longue errance avant d’être prise en charge, la moyenne nationale étant de 6 ans de retard de diagnostic. Car cette maladie peut se déclencher à tout âge, dès les 1ères règles, comme à 20 ou 30, 50 ans… Les facteurs déclenchant sont mal connus, et il n’existe pas de traitement pour guérir. La médecine au jour d’aujourd’hui ne permet que de stabiliser la maladie, et permettre « un niveau de vie acceptable ».

Face à ça, comment vivre avec ? Mon endométriose s’est déclenché vers l’âge de 20 ans, peut-être était-elle latente, peut-être la pilule l’avait masquée. J’ai commencé à avoir des règles extrêmement douloureuses, et le doliprane n’avait aucun effet. Ma gynéco a alors suspecté la maladie et m’a envoyé faire un IRM. Seulement voilà, le radiologue n’était pas un spécialiste et ne savait pas détecté la maladie… Le diagnostic a donc été négatif et a commencé pour moi une longue errance médicale. Du coup, les médecins, ayant réfuté cette hypothèse de maladie, ne me prenaient pas au sérieux, m’ont dit que c’était psychologique, ou bien que c’était peut-être à cause de ma dystrophie ovarienne. Bref que je n’avais qu’à « faire un enfant pour aller mieux ». Ce manque de soutien, de compréhension et d’aide médicale m’a désespéré. Mes règles se sont empirées, j’ai fini par ne plus pouvoir me lever de mon lit, ne plus pouvoir manger car mon système digestif faisait la samba, crier et pleurer de douleur. Plus le temps passait et plus les douleurs augmentaient et me laissaient dans un état de fatigue physique et morale extrême. Et m’isolaient socialement, car les symptômes commençaient la semaine avant mes règles et se poursuivaient une semaine après. Impossible de sortir dans cet état…

Heureusement, j’ai eu la chance de trouver une médecine alternative qui m’a grandement aidé à diminuer les douleurs et remettre en route mon système digestif : la biokinésiologie (mélange de kiné, ostéopathie et médecine chinoise). Sans ça, je crois que je me serais flinguée tellement je n’en pouvais plus de la douleur… Evidemment, n’ayant pas de diagnostic médical, ni de mot sur cette maladie, je n’ai pas pu chercher le secours des associations. Car, comme le corps médical me l’avait dit, je pensais que c’était juste « moi qui avait un problème » et que c’était la faute de mon corps. J’étais en colère contre lui, contre la vie, contre cette injustice. Pourquoi est-ce que j’étais malade comme ça ? Qu’est-ce que j’avais fait pour mériter ça, cette torture qui revenait chaque mois et me rongeait le ventre ?

C’est par hasard, que 5 ans après le début de tout ça, je suis tombée sur un gynéco qui connaissait très bien la maladie et l’a reconnu dès la première consultation. Il m’a fait passer les examens nécessaires auprès d’un radiologue compétent, qui a bien pu détecter et valider la maladie. Cette grande inconnue pour moi à l’époque : l’endométriose. Cela a été un soulagement et en même temps une source de grande colère pour moi. Pourquoi cela n’avait-il pas été détecté 5 ans plus tôt lors de mes examens ? Je n’aurais pas eu à souffrir de cette façon… D’autant que le gynécologue spécialiste que j’ai vu par la suite m’a confirmé que la maladie était bien visible sur les 1er clichés, pour ceux qui savaient chercher…

Suite à ça, j’ai pu m’informer sur cette maladie et j’ai pu prendre contact avec l’association française EndoFrance qui m’a aiguillé vers des spécialistes, permis d’avoir accès à des informations fiables sur la maladie et les traitements. A alors commencé ma recherche d’un traitement adapté. La seule solution médicale étant de supprimer les règles. Le premier a été une catastrophe, je pleurais tous les jours car les hormones ne me convenaient pas du tout et me mettait les nerfs à fleur de peau. Le deuxième m’a donné des bouffées de chaleur et des migraines pas possibles. Le troisième me laisse mitigée, car j’ai été plusieurs fois malade comme un cycle, mais sans pertes de sang. J’ai même eu mes règles une fois, paraît-il que cela peut arriver exceptionnellement. Alors je dois attendre de voir…

Si je devais faire un bilan aujourd’hui, je dirais que ma situation s’est beaucoup améliorée. Il devient rare que je reste couchée par des crampes de douleurs insupportables à cause de mes règles, même si les douleurs sont toujours présentes. Je peux travailler à peu près normalement, sauf quelques jours par mois. Pour l’instant, je n’ai pas besoin de me faire opérée. Je n’ai pas eu d’attaque franche de la vessie, du système digestif, je n’ai pas besoin d’avoir de poche de substitution. Je n’ai pas non plus eu à prendre le traitement de ménopause artificielle, aux effets secondaires terribles… Ce qui n’est pas le cas de toutes les femmes atteintes. J’ai moins de vertiges aussi, et je peux sortir un peu plus.

Pourtant, ma maladie est toujours handicapante dans le quotidien. Parfois il faut que j’évite de marcher à cause des douleurs et que je reste assise. J’ai souvent de la fatigue chronique, et ne peut rien faire d’autre le soir et le we que de me reposer, sans voir personne. Je dois toujours faire très attention à ce que je mange et bois pour aider mon transit. J’ai arrêté l’alcool, diminué la viande en priorisant les moins grasses, arrêté le pain blanc. J’essaye de manger plus de fruits et de légumes, de fibres, moins de produits industriels. Parfois je souffre de sciatique, car la maladie a irrité ce nerf chez moi, probablement pour la vie…

Mais je crois que le plus dur se situe au niveau psychologique. Parce que je me sens souvent seule et incomprise au sujet de ma maladie. Je ne suis pas vieille, pourtant j’ai peu d’énergie et je dois souvent me reposer, ce qui entraine des réflexions comme « bah alors, tu es une petite vieille ?!! » de la part de gens de mon âge ou de 40 ans. Je dois souvent adapter mes activités, je ne peux faire que des sports doux, des efforts modérés. Je ne peux plus boire d’alcool sans être malade, ni manger trop. Pas de sortie boîte, ni d’orgie pour moi, ce que comprenne mal un certain nombre de jeunes de mon âge…

Certains matins, j’ai vraiment du mal à me lever tellement mon corps est lourd et je me sens épuisée. Chaque jour est alors une lutte pour faire les choses du quotidien, pour travailler sans ne rien laisser paraître. Des fois j’ai des courbatures pendant des semaines, sans n’avoir rien fait de spécial, ou bien des migraines qui ne passent pas.

Et tout ça, j’ai l’impression que mes proches ne le voient pas, ne le comprennent pas. Mes parents font l’autruche, ils ne parlent jamais de ma maladie. Des fois, j’ai l’impression qu’ils font semblants de ne pas la voir, parce qu’ils ne savent pas comment réagir. En ignorant la réalité, j’ai l’impression que c’est une partie de moi qu’ils renient. Comment me sentir soutenue par eux alors ? J’aimerais qu’ils s’y intéressent, qu’ils se renseignent dessus, comme tous ces autres parents que j’ai vus à la conférence…

Lors de la conférence d’hier sur « Prendre en charge la douleur », le gynécologue a dit quelque chose qui m’a profondément touchée : « l’endométriose est une maladie chronique handicapante qui touche l’être dans toutes ces composantes. Elle modifie tout, TOUT : ces projets de vie, … ».

Cette maladie est incurable, je l’aurai probablement toute ma vie. Il n’existe pas de traitement pour la guérir, la seule chose que l’on sait faire, c’est supprimer les règles jusqu’à la ménopause. Voir opérer pour enlever les grosseurs, mais les risques de récidives sont importants.

Cette maladie a changé tellement de choses pour moi : j’ai rayé de ma vie l’idée d’avoir des enfants, j’ai dû renoncer à un certain nombre d’activités mais aussi d’aliments. Elle a modifié mon rapport à mon corps, même la forme de celui-ci, puisque j’ai un ventre toujours gonflé à cause de mes ovaires ne marchant pas correctement, une pilosité et une acné « anormale ». Elle est source pour moi de douleurs lors des rapports sexuels, ce qui est un vrai handicap pour construire une sexualité épanouie et un couple équilibré… Mais le plus dur, c’est gérer la fatigue chronique, apprendre à accepter le rythme et la fragilité de mon corps, qui me fait vivre au ralenti par rapport aux autres… ne me permet pas de faire tout ce que je voudrais, comme je voudrais. Il faut constamment s’adapter, prévoir…

Je pensais avoir réussi à l’accepter, à ne pas passer mon temps à m’identifier en tant que « malade ». Mais quand je vois toutes les émotions et pensées provoquées par la conférence d’hier, force est de constater que non, je n’ai pas accueilli et lâcher prise sur ma maladie… Que je ne sais plus comment gérer. Comment faire comprendre aux autres ma fatigue et mes besoins sans me poser en tant que « malade » et avoir l’air de me plaindre ? Comment ne pas y penser, sans non plus oublier de respecter le rythme de mon corps ? J’ai l’impression d’osciller entre le rejet et la complaisance. A ne pas réussir à l’intégrer comme partie de moi, comme une chose normale dans ma vie. Parce que je ne peux rien y changer et qu’elle fait partie de moi…

Pourtant, je sais que cette maladie est aussi une force. Car elle m’a permis de comprendre l’importance du cycle féminin, des règles et de ses énergies. Elle m’a permis de prendre conscience de mon rejet de la maternité et de nombreux nœuds en lien avec ma mère. Elle m’a encouragé à m’explorer en tant que femme, mais aussi en tant qu’amante. A ne pas renoncer au plaisir sexuel parce que je suis malade. À chercher ce qui me convient au niveau de mon rythme de vie, de mon alimentation, de la façon de prendre soin de moi. Bref, à m’écouter et à me respecter, au-delà des exigences de la société, des modèles et des attentes extérieures.

J’aimerais simplement que parfois cela soit plus simple.

13 mars 2013

Apprendre à écouter son corps

Artiste :

Artiste : Megatruh

Malade, je déteste être malade. Me sentir faible et fatiguée, avoir des bouffées de fièvres, la tête qui tourne. La migraine comme si j’avais la gueule de bois. Les crises de vertige qui m’empêchent de sortir et de conduire…

Je trouve que je suis bien trop malade depuis que je suis arrivée à la Réunion, mais peut-être était-ce déjà ainsi avant, sauf que je m’en rendais moins compte. Parce que j’écoutais moins mon corps. C’est sûr que j’ai fait des progrès de ce côté-là, même si j’y ai été obligée. Comment se repérer dans son cycle quand on n’a plus ses règles ? Il ne reste plus qu’à observer ses milliers de petits changements qui affectent les femmes sans même qu’elles s’en rendent parfois compte : une variation dans l’appétit, dans l’énergie vitale, dans l’envie de communiquer avec l’extérieur ou de se replier, l’évolution du grain de peau, les caprices de l’intestin et de l’estomac, le gonflement du ventre ou des seins, la variation de libido, les montées de créativité, et toutes ces petites choses subtiles qui varient selon un schéma cyclique, mené à la baguette par les hormones, mais pas que…

Alors à quoi ça sert que je sois malade ? C’est sûr, ça me force à me reposer, à rester immobile, à dormir plus, à manger selon mes besoins et mon instinct. A m’arrêter et réfléchir aussi. Je sais que j’ai trop tiré sur la corde depuis le we dernier. Ce we de travail sur le féminin m’a laissé épuisée, vidée et vraiment brassée, même si je sais que cela m’a permis de dénouer de gros nœud et d’en dévoiler d’autres. Sauf que voilà, au retour de ça, je n’arrivais plus à aller me coucher. En tout cas pas sans cauchemarder de mon ex chaque nuit. Dans ce cas-là, qui aurait envie d’aller se coucher ? Franchement ?

Je me sens désarmée, je n’arrive pas à analyser et comprendre ses rêves, je ne capte pas leur message, et j’ai l’impression que l’on remue le couteau de la plaie. Peut-être que c’est censé m’aider à prendre conscience de mes peurs et de mes blocages ? Mais comment si je n’en sors pas le sens ? Des fois, j’aimerai bien avoir un peu de guidance à ce sujet-là… Mais on dirait que ça fait bien longtemps que je ne suis pas en mesure de la capter avec des mots. Où est-ce qu’en réalité c’est que je n’en ai pas envie ? Je ne sais pas, mais j’ai décidé de ne pas me prendre la tête sur ce sujet-là. Ça viendra quand ça voudra, ce n’est pas grave.

En attendant, j’essaye de prendre soin de moi, tout du moins de m’accorder le repos que mon corps semble réclamer. Et surtout de ne pas culpabiliser de ne pas être en état de faire du rangement et du ménage, de faire des courses, de faire ceci ou cela…

30 janvier 2016