Poser des limites

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Artiste : Guweiz

 

Je me sens énervée. La journée était bien partie, tout allait bien, jusqu’à ce que ma mère ait un comportement déplacé. Au lieu de me faire un bisou normal pour me dire au revoir, parce qu’elle partait, elle s’est jeté sur mon cou pour un espèce de bisou sniffage intrusif.

Je ne suis pas contente, j’en ai marre de son comportement invasif et imprévisible. Comment je pouvais deviner qu’elle allait faire ça ? Et sans me demander mon avis, ni me donner la possibilité de me retirer. Elle ne ferait pas ça à un inconnu, un collègue, ni même son amie proche. Pourquoi s’autorise-t-elle à le faire avec ses filles ? Ce n’est pas parce qu’elle est notre mère, qu’elle peut se permettre un comportement intime contre notre volonté. Je l’aime, là n’est pas le problème. Mais je ne suis plus son bébé. Je ne suis pas son mari, ni sa peluche. Je suis une personne humaine et adulte à part entière. Avec mon propre corps, mon propre libre-arbitre et mes propres envies. Je n’ai pas à subir les siennes. Si je n’ai pas envie d’être embrassée dans le cou, et bien c’est mon droit. L’amour, ce n’est pas comme ça. On ne prend pas ce que l’on veut, sans l’accord de l’autre. Et on ne donne pas non plus, si l’autre n’a pas envie de recevoir. L’amour c’est un échange consenti, pas quelque chose qu’on impose comme allant de soi.

Je suis vraiment remontée, là.

C’est encore une histoire de limites. Elle a dépassé les limites de ce que tu étais prête à donner, sans te demander ni ton avis, ni ton consentement. Elle t’a imposé son besoin et son envie à elle. Elle a voulu prendre, sans respecter tes propres besoins.

Oui, c’est encore une histoire de respect et de poser ses limites avec l’autre. Quand j’ai compris ce qu’elle faisait, je me suis reculée en disant « non », mais elle a essayé de s’agripper à mes épaules. Et quand je suis partie, elle m’a dit « allez reviens, que je te fasse juste un petit bisou », genre pour étouffer l’incident. Et j’ai répondu « non, non, non ». C’était hors de question pour moi qu’elle me touche encore après ce comportement invasif, que j’ai très mal supporté (d’ailleurs je me suis fait mal au cou en me dégageant). Et elle a alors répondu « Tu le regretteras ». Non mais tu y crois ça ?! Des menaces ?! Je suis fatiguée de son chantage affectif inconscient.

Elle ne se rend même pas compte de la conséquence de ses actes ! Après, elle s’étonne que je sois distante ! Mais c’est normal, je suis sur la défensive, je prends mes distances pour me protéger. Comment vais-je savoir quand elle s’avance pour me faire un bisou, si elle va se comporter normalement ou se jeter sur moi comme ça ? Comment je peux savoir quand elle vient dans ma chambre, si c’est pour prendre de mes nouvelles et se soucier de moi (comportement parental normal) ou bien pour réclamer de l’attention et de l’amour sans se soucier de ce que je suis en train de faire (comportement de son enfant intérieur blessé) ?

Non, vraiment, je n’en peux plus de cette situation.

Alors tu dois lui parler.

Je le sais, c’est juste que c’est compliqué… Déjà parce que l’on vit sous le même toit, et que c’est difficile de prendre le distance. Ensuite, parce que dès qu’elle a le sentiment qu’elle n’a pas fait ce qu’il fallait, elle passe en mode « enfant intérieur blessé » et alors, elle n’a plus un comportement émotionnel d’adulte.

Tu as peur de la blesser.

Bien sûr que j’ai peur de la blesser ! Ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec ses actes, que je ne l’aime pas ! Je n’ai pas envie de lui faire du mal !

Mais est-ce qu’exprimer tes ressentis et tes besoins de façon respectueuse, c’est lui faire du mal ?

Non, c’est la façon dont elle va le prendre qui va lui faire du mal. Elle va interpréter ça comme « je ne suis pas une bonne mère » et « tu me rejettes ».

Mais est-ce que cela t’appartient ?

Non, c’est vrai… C’est sa réaction en raison de ses blessures, son interprétation… Mais moi, je vois sa blessure, je n’ai pas envie de taper dedans.

Et pour cela, tu supporterais que l’on ne respecte pas tes propres besoins ?

Non…

Vivre ensemble, c’est apprendre à vivre intelligemment chacun avec vos blessures. Tu ne peux pas empêcher ta mère de réagir comme elle le fera, tant qu’elle n’aura pas guéri sa propre blessure. A la place, tu lui offres peut-être l’opportunité de prendre conscience de sa blessure. Comme avec ton autre amie dont tu parlais les jours précédents.

Si seulement… si seulement, c’était aussi simple que cela… Ma mère a une blessure béante et gigantesque de manque d’amour, par rapport à sa propre mère. Elle ne la voit pas, ou elle n’arrive pas à l’accepter, je ne sais pas. Toujours est-il que, c’est auprès de ses enfants qu’elle essaye de la combler. Et que de nombreuses fois, je me suis retrouvée face à une enfant intérieure blessée qui réclame de l’attention, de l’amour, alors que moi-même en tant qu’enfant, j’avais besoin d’une mère aimante.

Les blessures émotionnelles profondes peuvent vraiment transformer le comportement des gens. Et le rendre inadéquat par rapport aux situations et rôles vécus. C’est terrible…

Mais pour autant, tu n’y peux rien. Tu ne peux que t’occuper de tes propres blessures.

Oui, je sais… ça fait juste mal à voir. Mais tu as raison, ce n’est pas mon rôle de chercher à guérir sa blessure à elle. Je ne suis pas son thérapeute, ni son infirmière. Des années, je me suis escrimée à répondre à son besoin d’amour (mais ce n’était jamais assez) et à essayer de la pousser vers un travail thérapeutique sur elle-même. Mais en vrai, ce n’était pas lui rendre service, car elle s’est reposée sur moi et elle n’a pas pris sa propre responsabilité en main. Il n’y a qu’elle qui peut agir pour elle-même.

Tu ne peux que l’encourager et la soutenir d’à côté.

Mais pas faire le travail à sa place… je le sais. Si j’avais pu à une époque, je l’aurais fait. C’est toute la tragédie : je vois sa souffrance, alors qu’elle ne la voit pas elle-même. Ou qu’elle se leurre elle-même. C’est vraiment très difficile à vivre quand on aime quelqu’un comme j’aime ma maman.

Mais ton amour ne doit pas entraver ton jugement. Ce n’est pas parce que tu l’aimes que tu peux passer outre les comportements qui toi te nuisent et te blessent. C’est ton rôle d’adulte, en tant que parente aimante envers toi-même et ton enfant intérieur, de veiller sur toi- même, encore plus quand ta mère n’est pas en état de le faire elle-même.

Mais cela va plus loin, que ça… Je dois apprendre à me protéger de ma propre mère. Tu te rends compte ? C’est terrible.

Malheureusement, c’est fréquent. Des parents aux comportements toxiques, il y en a beaucoup. Parce que le cadre parent/enfant est souvent l’opportunité pour vous de travailler sur vos blessures intérieures. Autant pour les enfants, que pour les parents. Vous pouvez vraiment sortir grandis et guéris à travers ces expériences, si vous faites le travail adéquat.

Et bien, il y en a du boulot par chez moi…

Mais tu es en bonne voie. Autrefois, tu n’avais même pas conscience en quoi le comportement de ta mère était déplacé. Alors que ta sœur l’a tout de suite ressenti et a vite cherché à s’en protéger dès l’enfance. C’est pour ça que « ta sœur n’est pas tactile », d’après les propres mots de ta mère. Elle cherchait à se défendre de ses intrusions physiques et de ses câlins « vampirisant ».

Oui, je l’ai compris il y a peu… C’est dur d’en prendre conscience quand on est élevée comme ça et qu’on baigne dedans…

Alors que vas-tu dire à ta mère ?

Je vais lui dire que j’aimerais que nous revenions ensemble sur ce qui s’est passé tout à l’heure, pour en discuter tranquillement, car j’ai mal vécu cette situation et que je souhaite améliorer ça. Lorsqu’elle m’a embrassé de cette façon, je me suis sentie prise au dépourvue parce que je pensais qu’elle allait m’embrasser normalement, comme d’habitude. Je n’étais pas préparée à ce contact intime et donc je l’ai ressenti de façon intrusive. D’autre part, j’ai ressenti que mon libre-arbitre n’était pas respectée, car elle ne m’avait pas demandé mon consentement et je n’avais vraiment pas envie d’être touchée dans le cou à ce moment-là. Enfin, quand elle m’a dit « tu le regretteras », j’ai ressenti cela comme du chantage affectif et cela m’a mis en colère.

J’ai presque 30 ans, je suis une adulte, mon corps m’appartient et c’est mon droit de ne pas avoir envie d’être touchée comme ça, même par ma mère et même si je l’aime. D’autre part, les gestes d’amour physique pour être partagés doivent être consentis par les deux parties et non imposés seulement par un côté.

J’ai donc besoin, qu’à l’avenir, elle me prévienne de ses intentions pour des gestes aussi intimes, et qu’elle veille à ce que je sois d’accord avant de le faire. J’ai besoin qu’elle respecte mes limites physiques pour me sentir en sécurité et ne pas être constamment sur la défensive avec elle.

Voilà, je pense que j’ai fait le tour de ce que j’ai voulu exprimer. Je me suis relue, et je ne pense pas avoir formulé  les choses de façon agressive ou accusatoire.

C’est bien, mais tu peux rajouter ta question.

Est-ce qu’elle a conscience que ce genre de comportements souligne une blessure de manque d’amour en elle ?

Oui.

Brr, cela me fait des frissons dans le dos. J’ai peur de la manière dont elle va réagir.

Si tu arrives déjà à dire tout ça, c’est très bien. Veille à ne pas t’énerver, à être calme et patiente, et à vérifier qu’elle a bien compris chaque affirmation. Le reste coulera de source, du moment que tu te places bien dans une posture bienveillante. Tu ne lui parles pas pour la blesser ni la casser, mais pour défaire les nœuds entre vous et permettre plus de fluidité et d’amour dans vos échanges, sans qu’aucune ne soit blessée. Attends toi à ce qu’elle exprime ses ressentis et ses propres besoins en retour. Il est possible que ton refus de son geste l’ait blessé, car elle ne l’a pas compris. Explique-lui bien que ce n’est pas contre elle, mais par respect pour toi-même. On ne pénètre pas dans la sphère physique intime des gens sans leur consentement, enfant ou pas enfant.

Merci

1er octobre 2019

L’âme transie de notre amour

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Auteur : Kimir-Ra

 

Cachée dans ta chair
Si évaporée et évanescente,
Remplie de mystère
Comme la plus tendre des amantes,
Tes yeux me disent tout.

Ils éclairent la nuit de mes songes
D’une lueur phosphorescente,
Ils incendient nos ébats fous
D’un torride parfum de menthe.

Ô belle compagne insaisissable,
La lune court sur tes pas,
Les hommes chantent tes fables.

Mais nul ne sait le secret qui t’entoure,
Chante pour nous, les deux belles,
L’âme transie de notre amour,
La beauté des femmes
La puissance des naïades
La force dans un gant de velours.

Deux femmes qui s’enlacent,
Sous le buis éternel,
Leur amour comme un chant sacré,
Fiançailles les plus belles.

21 septembre 2019

Où es tu ?

Artiste : Guweiz

Où es-tu, sirène de mon cœur ?
Toi qui crée un abyme,
fend la houle, me noie sous les pleurs ?
Sais-tu combien, sous cette infinie
nuit sans étoiles, ton absence
perce le voile, efface le sens
de mes matins sans toi ?

Comme une toile à peine entamée
mon âme est vide de toi, de tes baisers.
Pourtant quel goût ont-ils,
papillons diaphanes et invisibles ?
J’attends leur douce envolée,
un soupir, une caresse, un baiser,
le parfum de tes lèvres à inhaler.
Un bonheur, une pluie de soleil
comme pour inonder avec ardeur
mon souffle éternel de ta chaleur.

Demain je crois, tu seras là,
dans cet infini temps suspendu,
je n’attends que ça.
Dis moi, pourquoi mets-tu
tant de temps à trouver le chemin vers moi ?
Ou est-ce moi qui me suis perdue
dans les méandres d’ici-bas ?

Toi qui vibre de si loin,
comment fais-tu
pour ignorer notre chemin ?
Cet immense pont suspendu,
ce terrible lien,
qui enchaine nos cœurs et nos destins ?

 

27 juin 2017

Existait-il ?

Artiste : Guweiz

 

Elle espérait un jour qui ne viendrait pas,
Elle attendait un jour qui ne viendrait plus,
Car en chemin, elle avait perdu
Le gout de vivre et la force d’avoir foi.

Trop d’amours déçus,
Trop de petits matins plein de désarroi,
Son cœur s’était tu,
Comme un oiseau en cage ne s’envole pas.

Elle n’avait plus la force d’aimer,
A quoi bon souffrir pour persister ?

Celui qu’elle attendait existait-il seulement ?
Ou n’était ce que rêves, promesses et vents ?
Elle ne voulait plus de vaines illusions,
Des courses poursuites, des fanions
Qu’on agiterait comme pour se distraire,
En oubliant que cet amour temporaire devient mortifère.

Son cœur déjà tant brisé, n’avait de place
Que pour l’être qui saurait pleinement l’aimer,
Sans peur, sans fards et sans masques,
Simplement dans la joie et la vérité.

 

25 juin 2017

Authenticité

Plage de Grande Anse, La Réunion. Auteur : Les Rêves de Celia.

Ecrire, voilà bien longtemps que je n’ai pas pris la plume. On dirait que ma résolution d’écrire tous les jours n’a pas trop tenu avec mes soucis de santé et mon déménagement. Pourtant, il commence quand même à y avoir un certain nombre d’articles sur ce blog, et je suis contente d’avoir créé cet espace virtuel, qui reste là, peu importe où je vais, ce que je fais et ce que je deviens.

Certains de mes proches le trouvent trop intime, comme un journal, et du coup ont du mal à le lire. Pourtant, ce n’est pas la fonction que je lui donne. Un journal intime, j’en ai un, avec un joli papier crème et des lignes pour faciliter l’écriture. J’ai également un carnet à rêve, donc ceci n’est pas non plus un journal de bord de mes rêves, ni même de mes voyages chamaniques ou expériences spirituelles. Parfois j’en parle, parfois pas, cela dépend de ce qui ressort à l’humeur et de la guidance que je reçois.

Finalement, je crois que c’est plus un pèle mêle de réflexions psychologiques et spirituelles, ainsi que de guidances canalisées. Pourquoi écrire ? Cette petite ritournelle tourne dans ma tête, encore et encore. C’est vrai, à quoi bon écrire si on ne sait pas pourquoi ? Mon ex qui était un professionnel dans la littérature semblait tenir à cœur de savoir pourquoi et dans quelle direction d’écriture il allait. A son inverse, je suis incapable d’anticiper le sujet d’un article et la tournure qu’il prendra. Je peux commencer à parler de mon humeur, de mon état de santé ou de tout autre sujet qui me préoccupe, et finir par une discussion sur les âmes errantes, ou bien des conseils de mes guides sur X ou Y sujets.

Mais j’avoue, je crois, que la principale raison pour laquelle j’écris, c’est tout simplement parce que j’aime ça. Là dans le train, alors que je n’ai rien à faire, c’est une envie simple qui me vient. Mais c’est drôle la façon dont le mental peut considérer les choses et rester enfermer dans des cases et des préjugés. J’ai toujours considéré que je ne savais pas écrire, parce que je n’arrive pas à écrire de roman ou de nouvelle (même si bon on l’avouera, je n’ai jamais fortement essayé non plus). Ou bien encore parce que je n’ai pas de formation dans le journalisme, et que ce n’est pas non plus mon métier.

Quelle légitimité pour écrire ? Et puis écrire quoi et pourquoi ? Ici, je ne me prends pas la tête, c’est mon espace, je le fais par plaisir, par envie, par besoin d’une guidance. Pourtant, nombreux sont les proches qui me disent que j’ai une facilité pour écrire mes émotions et partager ce que je ressens, et que cela n’est pas donné à tout le monde. Pour autant, je suis fichtrement incapable d’écrire quand justement, cela ne me concerne pas ou ne me touche pas moi. On n’a jamais des facilités par hasard, et cela est revenu plusieurs fois sur le tapis, par des proches, qu’il serait probablement intéressant pour moi d’intégrer cet aspect-là dans mon futur professionnel (totalement indéfini à l’heure qu’il est).

Évidemment, ça m’interpelle, quand deux amies très proches, chacune à un bout de la planète et ne se connaissant pas, me disent toutes les deux qu’elles me verraient bien écrire, être journaliste dans un domaine qui me touche. Pour l’instant, je ne sais pas ce que je veux, hormis m’offrir du temps pour prendre soin de moi et réaliser des choses créatives. Et puis je verrais bien les opportunités qui se présentent à moi, pas le peine de se prendre le chou, ni de laisser mon mental tourner à mille à l’heure pour imaginer des scénarios les plus farfelus les uns que les autres. Ça c’est une des nombreuses choses que m’aura permis la Réunion. Reprendre contact avec le moment présent, arrêter de me projeter dans le futur de façon improductive. Même si parfois il est difficile de ne pas avoir mille pensées en tête et qu’il faut aussi savoir par moment les accueillir.

Et j’ai été surprise par celles qui me sont venues aujourd’hui, alors que je regardais les paysages défiler dans le train. Des réflexions sur la synchronicité entre mon retour au domicile familial et celui également de ma meilleure amie. De retour toutes les deux dans notre ville d’enfance, toutes les deux pour nous reconstruire. Et j’allais dire, chacune sur un sujet différent, mais peut-être pas… J’avoue que je trouve cela un peu gros comme une maison, pour être une simple coïncidence, alors que hier encore une amie me disait avant de me quitter « Tu sais, les amis, ce n’est pas que rire et danser… des fois, ce n’est pas drôle. Mais un ami est un ami. » En disant par-là, que c’est dans ces moments-là qu’on soutient ses vrais amis…

Et j’avoue que je suis d’accord. Mais parfois, je me demande comment est-ce que je peux aider la dite amie. Je me sens par moment impuissante, parce que c’est comme si elle m’avait fermé son cœur, pour une raison qui m’est inconnue. Même si dernièrement les choses évoluent dans l’autre sens. Je me demande : ai-je été assez présente ? Ai-je fait assez d’effort ? Ou ai-je abandonné devant cette barrière que j’ai ressentie, me fatiguant à force de m’y casser les dents sans qu’elle semble le remarquer ?

Tu étais occupée à te gérer toi-même. Tu n’as pas beaucoup aidé cette amie, mais tu ne lui as pas non plus imposé le besoin de recevoir son aide. Tu te poses trop de questions. C’était jute pour elle, c’était juste pour toi. Ce n’est pas parce que vous évoluez différemment que vous ne pouvez pas vous retrouver à des croisées de chemin. Regarde, c’est ce qui va se passer. Vous avez toutes les deux fait le choix conscient d’avancer et de changer radicalement votre vie. Toi par le travail, elle par sa relation de couple. Même si tout se rejoint, et tu verras que vous aurez mutuellement beaucoup de choses à vous apporter. Le « mutuel » étant ici la chose importante.

Oui, mais cela ne marche que si on est sur un pied d’égalité. Moi cela ne me pose pas de problème, mais mon amie a tendance à se placer en position d’infériorité, parce qu’elle ne vit pas ce que je vis, n’est pas malade, n’a pas de travail, ne reçoit pas de guidance spirituelle… etc. En fait, peu importe la raison, j’ai l’impression (peut être déformée) qu’elle manque de confiance en elle face à moi, alors elle n’ose pas toujours exprimer son opinion ou parler de ce qui l’intéresse, en ayant peur que cela m’ennuie je suppose. Comment peut-on établir un échange mutuel, sincère et authentique sur une base tronquée ? Moi je ne demande que ça.  Cela fait bien longtemps que je n’ai pas ressenti un échange d’âme à âme entre nous, vraiment profond. Peut-être bien depuis qu’on a rompu…

Pourtant, il n’y a pas besoin d’être en couple pour établir ce niveau de confiance, de profondeur et de sincérité. La preuve, j’ai développé plusieurs très belles amitiés comme ça à la Réunion. Où il y a un amour profond et désintéressé très intense, mais aucune ambiguïté sexuelle de quelque nature que ce soit. Comme une relation de sœurs aimantes. Moi, c’est ce genre de lien que j’ai envie de construire dans mes relations d’amitiés présentes. Quelque chose de profondément sincère et bienveillant, dans l’amour, la confiance et le partage décomplexé. Sans jugements, sans peurs, sans attentes. Une relation à cœur ouvert, où l’on ose être qui l’on est et le partager avec l’autre. C’est ça aussi aimer l’autre, l’accueillir tel qu’il est. Et parfois, lorsque le miroir est douloureux ou énervant, c’est accepter le vécu sans jugement, chercher à comprendre pourquoi en soi il y a une telle réaction. L’autre nous offre alors une belle opportunité pour mieux nous comprendre nous-même et pour évoluer. Définitivement, c’est de ce genre de relations dont je veux m’entourer. Cela n’empêche pas de partager du rire, des moments de légèreté, des soirées ciné, des journées shopping et que sais-je.  Mais ces moments-là sont d’autant plus précieux qu’on les partage avec une personne qui nous aime et nous accepte telle que l’on est. En, tout cas, c’est mon ressenti personnel.

Et aujourd’hui, je me sens le cœur lourd et triste d’avoir laissé tant de belles relations de ce genre à la Réunion. Je sais que les sœurs que je me suis faite restent dans mon cœur. Je sais que le lien d’amour est là, au-delà du temps et de l’espace, et qu’il perdurera. Que la vie m’amènera certainement à en revoir un certain nombre d’entre-elles. Mais cela reste dur quand même. Quand on a gouté à une telle authenticité et un amour si librement exprimé, on ne peut qu’avoir envie de s’entourer de ce genre de relations. Merci du fond du cœur à la vie de m’avoir permis de rencontrer de si belles personnes à la Réunion ! Et merci à la vie de me permettre d’en rencontrer de nouvelles, où que j’aille et quoi que je fasse !

13 avril 2017