Dualité

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Artiste : NanoMortis

Aujourd’hui, j’ai le cœur lourd. J’imagine que ce n’est pas par hasard si ma sciatique revient en force et si je me suis réveillée avec un torticoli ce matin. C’est comme si tout à coup, je me ressentais rattrapée par la réalité, que j’avais cherché à fuir en me concentrant sur de l’organisation matérielle, en lisant des heures…

La réalité de mon départ me percute enfin, après le déni. J’ai récupéré cartons et du scotch marron, mais je n’ai pas commencé à trier et emballer mes affaires. Tout comme je n’arrive pas à mettre une annonce pour vendre mes meubles. Je me sens bloquée. Tout à coup, je réalise enfin que dans un mois, je ne serai plus ici… J’aurai quitté cette île, quitté mes amis, quitté le quotidien que je connais.

Pour aller vers un ailleurs incertain, un nouveau temps de transition, à la durée inconnue. On pourrait arguer, que retournant vivre au domicile familial, je connais déjà les lieux. Mais je vais y revenir tellement différente, après ces 2 ans à la Réunion et tout ce que j’ai vécu… Là-bas, plus d’amis, plus de repères. Du tri m’attend, retrouver des professionnels de santé pour m’accompagner, des activités… Me pencher sur mon futur professionnel.

Et tout à coup, je me sens tellement perdue.  Perdue face à mes soucis de santé, perdue face à l’absence de direction dans ma vie. Perdue de devoir quitter les personnes chères que j’ai rencontré ici, que j’aime profondément et qui m’aiment comme je suis, sans jugements et sans mensonges. Même si elles ne sont pas nombreuses, ces personnes-là sont très précieuses à mon cœur.

Une part de moi a peur de rentrer, de retrouver des jugements et du rejet face à l’importance de la spiritualité dans ma vie, de vivre de l’incompréhension. Une part de moi projette encore les comportements que mes parents avaient quand je vivais encore chez eux, ainsi que les miens… Pourtant tout est évolution, si moi j’ai changé, mes parents ont changé aussi, mes proches de métropole aussi. Il me faut déconstruire toutes mes croyances et mes aprioris négatifs, pour pouvoir accueillir les choses telles qu’elles sont devenues lors de mon absence.

Et je me sens fatiguée et effrayée par cette nouvelle déconstruction qui vient, qui se rapproche chaque jour un peu plus. Trier, jeter, donner. Ce ne sont que des aspects matériels, mais c’est exactement la même chose qui doit se faire sur les autres plans : mental, émotionnel et énergétique. Je n’ai jamais été douée pour vivre les transitions importantes, telle que celle-ci. Alors, je me demande, comment la vivre au mieux ? Comment m’y préparer pour qu’elle soit douce, simple et fluide ?

Je ne veux pas la vivre comme un choc, comme ce que j’ai vécu à mon arrivée à la Réunion. Une déstabilisation totale, la perte de tous mes repères : nature, étoiles, climat, culture, alimentation, absence des proches… Je vais le refaire en sens inverse, et même si je sais en partie ce qui m’attend là-bas, est-ce que je le sais vraiment ? N’est-ce pas l’occasion de revenir en posant un regard différent, en accueillant les choses sans jugements, telles quelles sont ? Sans attente et sans projection ?

Je pleure. Je pleure cette partie de moi qui va mourir en quittant la Réunion. Pourtant, c’est moi qui ai décidé de partir, de suivre le flot de la vie, de répondre à cet appel, même si je ne sais pas où il va me mener. Même si j’ai eu des messages me confortant dans ce sens. La Réunion n’était qu’une étape pour m’aider à mieux me réveiller, à guérir et à m’ouvrir spirituellement. Mais pour aller où ? Faire quoi ? On dirait que je n’ai pas fini de tâtonner dans le brouillard…

J’accueille cette tristesse, celle de quitter une terre qui m’a accueillie, chamboulée et nourrie. Celle de renoncer à la beauté d’une île Sauvage, faite de feu, d’eau et de terre, où les énergies sont si fortes et si belles. Celle de dire au revoir à de si belles âmes, rencontrées au hasard de mon chemin et avec qui j’ai pu partager tellement de choses dans l’amour et la compassion.

Je me sens déchirée en deux, entre ma terre natale qui m’appelle si fort : ses arbres, ses terres, ses plantes et ces animaux, ma famille, et la Réunion qui est devenue, doucement mais surement, ma terre d’adoption. Pourquoi toujours tant de tristesse et de dualité ? Quand je suis ici, la tristesse de l’éloignement. Et pourtant, alors que je m’apprête à partit, la tristesse de la séparation.

15 mars 2017

Limitations physiques [relation au corps]

Artiste : AquaSixio
Artiste : AquaSixio

Je me sens bouleversée, par de multiples émotions, par des évènements de mon quotidien, qui viennent comme en échos ravivés mes blessures, mes doutes et mes questions. Je ressens le besoin d’écrire sur mon blog, comme hier, et non pas dans le cadre de mon journal intime, car cela dépasse la « simple » gestion de mon hypersensibilité au quotidien.

Lors de la dernière pleine lune et méditation mondiale de l’Utérus, j’ai émis auprès de l’univers l’intention de me libérer de mes limitations. De celles que je me suis posée à moi-même, inconsciemment, et qui m’empêchent d’être pleinement moi-même, de vivre épanouie, de profiter de la vie et de rayonner qui je suis, de façon simple et humble.

Autant dire que j’ai été servie, que mon âme m’a entendue et que l’univers m’amène toutes les situations nécessaires pour les prises de conscience demandées. J’ai toujours entendu dire « méfie-toi de que tu souhaites, car cela pourrait vraiment arriver ». Je ne m’attendais pas à ce que ce travail sur moi-même soit plaisant, ni même réalisé en un claquement de doigt. Mais voilà, ce cycle de lune n’en finit pas, ni même les prises de conscience balancées en pleine figure.

Cela a commencé par les prises de conscience sur les limitations physiques imposées à mon corps. A cause de ma maladie, à cause de la fatigue, à cause de mon asthme, à cause de mes problèmes de bassins et de genoux, je me suis auto-interdit de faire ceci et cela. Je me suis moi-même décrétée non sportive et incapable de faire telles randonnées, etc… Je n’ai jamais osé reprendre la danse, car j’avais arrêté à cause de mes problèmes de genoux. Je n’osais pas aller sur le terrain dans le cadre du travail, à cause de la peur de ma fatigue chronique. Je n’ai pas voulu m’inscrire à un cours de sport, car j’avais peur d’être incapable de suivre les cours de façon régulière à cause de ma maladie. Je n’ai jamais voulu m’inscrire à des randonnées de groupe, de peur d’être incapable de suivre le rythme à cause des douleurs à mon ventre. Et ceci, et cela…

Mais que veut réellement mon corps ? N’a-t-il pas envie de bouger, de s’exprimer, de ressentir les efforts musculaires et le bien être qui suit une activité physique ? Est-il si fragile qu’il risque de se casser au moindre effort ? Ma maladie est-elle réellement un handicap m’empêchant de pratiquer une activité physique régulière ? Ou n’est-ce pas moi-même qui me mets des barrières mentales, qui n’ose pas ? Alors certes, je ne serai jamais une championne athlétique, je ne pourrai jamais pratiquer certains sports trop violents pour mes genoux. Mais mon endurance et ma capacité respiratoire seront toujours une limite, si je ne travaille pas à les développer progressivement avec une activité. Qu’est ce qui m’empêche de reprendre la natation et la danse, d’essayer pour me donner une chance ? Rien !

Cela fait plusieurs mois que je me suis dit que je voulais reprendre le sport (j’en parlais dans cet article : Danser). J’ai cherché de ci, de là, voulu essayer un cours de Taichi, jamais réussi à trouver le temps, ou quelque chose qui m’interpellait assez. J’avais envie de reprendre la danse, mais aucune des écoles aux alentours ne m’interpellait… J’ai laissé trainer, la rentrée scolaire est déjà passée depuis presque un mois ici, je me disais que c’était raté pour ce semestre ci…

Et puis hier, j’ai assisté à ce spectacle de rue, sur un coup de tête, ou bien une intuition, je ne sais pas. Cette artiste présentait un mélange de danse, d’improvisation, de spectacle sur le thème de « qu’est-ce que c’est une fille ? ». Et plusieurs fois j’ai été profondément émue.

Elle nous a posé la question à tous « qu’est-ce que tu veux faire plus tard dans la vie ? » et a demandé à chacun, adultes et enfants, de venir l’écrire à la craie dans un grand cercle. Et j’ai regardé, bouleversée, les autres écrire leur rêve, enthousiastes, en me demandant qu’elle pouvait bien être le mien. Jusqu’à ce qu’on me tende une craie à moi aussi, et que je me lève, incertaine… Je ne savais pas quoi faire de ma craie, au milieu de ces inconnus. Oserais-je écrire mon rêve profond face au monde, sans avoir peur du jugement ? Oserais-je dire ce que je rêve et que je cache à mon entourage professionnel ? Oserais-je mettre des mots sur cette fantaisie, si loin de mon travail actuel ?

Une part de moi avait envie d’écrire « guérisseuse », mais je n’ai pas osé, alors j’ai simplement écrit « herboriste » sans être convaincue. Je ne sais pas pourquoi cette idée m’est venue, car vraiment ce n’est pas un objectif pour moi. Je ne crois pas que l’on décide de « devenir guérisseuse et sage » comme dans les tribus chamaniques. Je pense que c’est la vie, par ses méandres et ses expériences qui nous façonnent ainsi, malgré nous. La Vie, ou l’Univers, ou le nom que vous voulez lui donner. Et si je traverse bien des méandres et un long désert en ce moment, je n’ai pas la prétention qu’un jour je sois assez sage et forte pour soigner les autres. Si déjà j’arrivais à me soigner moi, au moins partiellement, alors cela me suffirait. En attendant, je trace mon chemin dans le flou, en faisant du mieux que je peux, et sans savoir où je vais.

Mais cette artiste ne m’a pas seulement touché par ses mots et ses idéaux, celui de croire en ses rêves, peu importe que l’on soit une fille et que l’on rêve de devenir chevalier, peu importe qu’on soit petit ou grand. Elle m’a aussi touché par sa grâce et la maitrise de son corps lors d’une danse où elle imitait une danseuse automate, avec à la fois précision et grâce, force et subtilité. En semblant ne faire qu’un avec son propre corps et son esprit. Et je me suis dit… si seulement je pouvais être capable de danser comme cela avec mon corps à moi…

Quelle  n’a pas été ma surprise de découvrir à la fin du spectacle, que cette compagnie, qui vient d’être créée propose diverses activités, dont des cours de danse contemporaine ! Avec des horaires compatibles au mien ! Je crois que ça y est, le voilà le cours de danse que je cherchais… Avec patience, tout vient à point.

Et pour la première fois depuis presque 10 ans, je vais reprendre le chemin de la salle de danse… Espérons que la redécouverte sera heureuse.

11 septembre 2016

La peur des hommes

Auteur :
Auteur : Sionra

Pourquoi est-ce que je n’arrête pas de me faire agresser verbalement par des hommes ? Encore et encore, alors que je ne demande jamais rien. Que je marche juste pour rentrer chez moi. Aujourd’hui c’est un vieil homme qui brandit une machette qui m’interpelle alors que je pars de chez une connaissance. Il me demande agressivement si j’habite au bout de la rue. Je lui réponds non. Il me demande encore agressivement où j’habite. A quelle réponse s’attend-il ? Je lui dis que je n’habite pas là et je reprends mon chemin, ne comprenant pas son problème. Et là il me harangue en disant « vous pourriez avoir la politesse de m’écouter jusqu’au bout ». Je suis désolée mais je n’ai pas envie de m’arrêter discuter avec un homme qui parle agressivement, qui ne dit pas ce qu’il veut et qui brandit une machette alors que je suis seule ! C’est du bon sens non ? Et lui de me dire encore « Parce que c’est un chemin privé, vous n’avez pas le droit de vous promener là ! » Mais je ne me promène pas, je sors de chez une connaissance qui habite au bout de la rue. Et lui de dire que si je viens de chez quelqu’un au bout de la rue, alors c’est bon… Mais pas d’excuse, hein, pour parler aux gens comme ça.

Je suis fatiguée par ce genre d’évènements quotidiens qui se frappe à mon hypersensibilité. De me sentir agressée et heurtée par un inconnu, alors même que je sors d’une conversion éprouvante émotionnellement. Encore et encore heurtée. Et je remarque que c’est toujours avec des hommes que ça arrive, pas des femmes…

Je sais que l’on attire à soi les évènements qui sont sensés nous faire prendre conscience des choses. J’ai entendu que les énergies de l’île sont très fortes, qu’elles « nous réveillent et réveillent en même temps nos blessures ». J’ai compris : j’ai peur des hommes.  Je savais déjà que la sexualité avec les hommes m’effrayait. Mais en fait, c’est l’archétype de l’homme, les représentants du sexe masculin en général qui m’effraient. Surtout et principalement ceux qui sont déconnectés de leurs énergies féminines. Je le sens, je ne me comporte pas pareil quand il y a un homme que je ne connais pas à proximité : je me sens en insécurité, je suis discrète, silencieuse, fuyante, je ne me comporte pas comme moi-même. Ça ira beaucoup mieux si cet homme quitte la pièce ou que je ne suis qu’avec des femmes. J’ai peur des hommes dans la rue, qu’ils m’agressent verbalement ou physiquement, qu’ils cherchent à m’abuser ou me violer, alors je suis sur le qui-vive, je m’habille de façon peu provocante. J’ai toujours eu une part d’angoisse et de peur face à mes supérieurs, qui étaient tous des hommes, et j’ai surtout peur de leur colère. Je me rends compte que je n’arrive pas à accepter l’ensemble de mes propres énergies masculines intérieures. Une part de mon inconscient rejette en moi le masculin, parce qu’il me fait peur, qu’il est inconsciemment synonyme d’agressivité, de danger et de blessures.

Pourtant j’aime un homme qui, évidemment, est pour moi bien différent des autres. Je l’aime comme je n’ai jamais aimé. Mais une part de moi n’arrive pas à recevoir l’entièreté de son amour, à recevoir l’entièreté de tout ce qu’il m’offre car une part inconsciente de moi rejette le masculin. Pourtant, j’aimerais lui dire combien j’en suis peinée et attristée, combien je l’aime, combien ce n’est pas lui que je rejette mais la représentation du masculin. Mais qu’est-ce que cela peut changer à son ressenti intérieur et sa blessure de ne pas se sentir accepté dans son entièreté ?

Alors j’ai envie de me rouler en boule, de pleurer mon impuissance et mon désespoir face à cette triste réalité. Que faire ? Je ne sais même pas d’où proviennent ces blessures qui me font fuir le masculin. J’ai été trahie, abandonné, rejetée, manipulée et humiliée, abusée émotionnellement par un des tous premiers « hommes » que j’ai aimés et à qui j’avais offert mon amour le plus pur. Mais je tente de nettoyer et guérir la plaie, de la cerner, mais elle semble plus fuyante que jamais… Est-elle la source de ce rejet ? Et ces blessures et lourdeurs semblent aussi être un lourd héritage bien antérieur (de ma famille ? de mon âme ?)…

Comment traverser la vie en niant la moitié de ses propres énergies ? Comment traverser la vie en fuyant la moitié des êtres humains ? Ce n’est pas possible… Mais je suis épuisée de me battre contre moi-même et contre mes résistances inconscientes. J’ai envie d’accueillir sans juger et de respecter ce qui, à l’origine, est un mouvement de sauvegarde et de protection de moi-même, face à la barbarie que certains hommes (pas tous) peuvent engendrer…

J’espère pouvoir comprendre cette peur, son origine, sa motivation, et tendrement la transformer en quelque chose de nouveau, qui me permette de me tenir droite face à un homme, et surtout d’aimer librement…

EDITO : Il me semblait important de préciser qu’accepter une peur, ce n’est pas lui laisser le contrôle. C’est une première étape de reconnaissance, et d’acceptation de l’obstacle pour mieux pouvoir le surmonter. Lutter contre et ignorer une peur ne la fera jamais partir. Il me semble plus judicieux de l’écouter, de chercher à la comprendre et connaître son influence, pour mieux cerner ses effets et ne pas la laisser prendre le pas. Accueillir pour mieux transformer. Transformer une peur n’est pas forcément un travail de durée, c’est surtout des prises de conscience et un déclic. Qu’on peut chercher fortement à provoquer, qui dépend des expériences. C’est aussi un travail de volonté et d’amour. D’amour de soi : accepter sa peur, accepter ses limites, les respecter et les aimer permet souvent de les transformer. Mais la première étape et la plus difficile, c’est souvent la prise de conscience  totale de la chose. Parce que sans cela on ne peut que tâtonner sans comprendre l’origine du problème. Maintenant je la comprends. Je vois le lien se dessiner entre mes traumatismes et mes expériences avec le masculin. Je vois la blessure primaire de cette vie, je connais quelques unes  des blessures familiales héritées, et je commence à distinguer celle bien antérieure. Un travail important de guérison a recommencé pour moi, plus profondément cette fois ci. Et je compte bien le poursuivre pour pouvoir vivre ma féminité pleinement et de façon épanouie dans tous les domaines de ma vie.

1 octobre 2015

Hypersensibilité et transformation

             J’ai l’impression que mon hypersensibilité a fait un boum et que je ressens bien plus les émotions qu’avant (ou tout de moins depuis que j’ai délaissé le « développement spirituel » il y a un an). Mais comme si cela avait quelque chose à voir avec le fait d’habiter de nouveau à la campagne, d’observer les arbres, de travailler avec des plantes, de ressentir le climat et de regarder le ciel chaque jour. Comme si j’étais plus connectée aux choses, et donc à moi-même ?
Cela me rend la vie difficile, cette hypersensibilité que je ne sais pas gérer. À l’annonce du massacre de Charlie Hebdo par mon collègue, j’ai été choquée et scandalisée, mais pas attristée comme par la mort d’un proche, parce que je ne connaissais pas ces gens. Pourtant quand j’allume la radio ou que je lis des posts sur internet, aux premiers mots sur le sujet, je suis frappée par une vague massive de tristesse, de choc et de douleur ; des émotions violentes et invasives, qui sont trop disproportionnées pour être les miennes. Je me sens comme cimpossibilities_by_b1nd1-d48r6xsonnectée à l’émotionnel général, qui combine tous ces sentiments émis, et cela me submerge.

Puis, je pense à mon travail, à ma relation avec mes nouveaux collègues. Je ressens à fleur de peau leurs réactions, même celles qu’ils cherchent à masquer : la colère refoulée, l’énervement, la méfiance, le besoin de juger, l’impatience, le scepticisme et j’en passe. C’est déjà dur d’arriver quelque part et de s’intégrer, mais ça l’est encore plus quand on perçoit les émotions que les gens veulent cacher… Comment me comporter, moi qui suit un livre ouvert et ne sait pas mentir ?

Je ne sais pas comment gérer ça. Comme je ne sais pas comment gérer la pression qui m’est mise. Et le stress envahissant qui me rend physiquement malade. Comment réagir quand on vous embauche pour relever tous les défis techniques qui sans ça conduiront à la fermeture de la boîte ou sa délocalisation ? Comment ne pas avoir la pression quand on représente l’investissement clé après plusieurs années de travail acharné, qu’on vous attend un peu comme le messie pour tout arranger, mais qu’en même temps on a peur des changements que vous pouvez apporter ? Est-ce que je peux vraiment porter ça sur mes épaules ? Est-ce que je suis de taille, alors que c’est mon premier job en tant qu’ingénieur ? Et si la solution attendue mettait trop de temps à développer ? Et si on attendait de moi une chose impossible, même avec la meilleure volonté du monde ?
À vrai dire, j’ai peur. Plus cela va et moins je me sens de taille. Pourtant, probablement personne de ma promo n’en sait plus que moi sur les sujets spécifiques que je dois traiter. Mais la tâche est immense et on attend de moi beaucoup, même beaucoup trop. Parce qu’il faut connaître le sujet pour appréhender sa complexité, mon patron ne se rend pas compte de l’immensité des tâches demandées.

           Face à tout ça, je me sens bloquée, coincée. Je ne veux pas avancer, parce que j’ai peur et je me braque. Je suis un bloc de glace qui craque, s’effrite et se brise sous le mouvement de la transformation, au lieu d’être une eau vive et souple qui suit le courant. Je ne me sens pas prête face à toutes ces transformations : changement de statut, de quotidien, de maison et de région (déménagement), de gens qui m’entourent physiquement. C’est un nouveau départ, et malgré tous ceux que j’ai déjà recherchés et voulus pendant mes études (plus de 3), je ne me sens pas prête pour celui-ci. Mon esprit se braque, et mon corps en fait de même. Trop fatiguée, trop démotivée… pas assez foi en moi-même ? Cette lutte interne m’épuise, physiquement et moralement.

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Comment changer les choses ? Comment changer ma relation à ces transformations, et les accueillir en les laissant couler en moi comme de l’eau ? Comment lâcher prise quand tout se crispe en moi-même ? Comment prendre du recul et dédramatiser ? Comment alléger un quotidien lourd où chaque journée semble trop longue par l’épuisement qu’elle provoque ?
Je n’ai pas la réponse à ces questions. Mais je vais bien devoir les trouver.
Un petit coup de pouce de l’univers ne serait pas refus. Puisqu’il paraît qu’il faut que j’apprenne à demander (et recevoir) de l’aide. J’imagine que c’est le moment.

14 janvier 2015

Auteur images : B1nd1

L’impasse

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Pourquoi ? Pourquoi est-ce que mon égo cherche tant à me faire croire que je suis spéciale ? Pourquoi s’accroche-t-il tant au fait que je sois « différente des autres » ? Et pourquoi lorsque les justifications de cela me sont enlevées, mon égo en devient agressif ?
Croire que l’on est « spécial », que l’on est « meilleur que les autres », plus unique, plus important, à quoi cela sert-il ? Croire qu’on est destiné à quelque chose de particulier, à une mission spéciale, qu’est-ce que cela apporte ? Se rendre responsable des autres, des proches, de l’état de la planète, et j’en passe, à quoi cela avance-t-il ? Je n’adhère pas à tout cela.

Quel est le message que mon égo veut véhiculer ? Oui je suis unique, irremplaçable, parce que je suis le fruit de mon histoire, de mes gènes et de mon éducation. Mais comme chacun d’entre nous l’est. Chaque personne sur cette terre est unique, a ses propres richesses et lacunes, ses atouts et ses défauts. En quoi cela me rendrait-il meilleure qu’une autre, plus importante ?
Pourquoi vouloir entretenir cette croyance erronée ? Je ne suis qu’un grain de sable parmi les millions d’êtres humains sur cette planète. Est-ce si angoissant pour moi que mon égo cherche à me rassurer en m’auto-proclamant un statut spécial ? Alors de quoi ai-je peur ? De quoi mon égo cherche à se protéger ?

Du peu que j’ai compris, l’égo est cette part de nous qui nous offre notre personnalité, le manteau que revêt notre âme pour s’incarner dans la matière. Il n’est pas un mal, c’est un habit parfois encombrant, mais qui, comme une seconde peau, a pour rôle de nous protéger. Nous protéger aussi de nous-même ?
A ce titre, l’égo cherche à conserver l’individualité de l’âme, expérience offerte lors de l’incarnation. L’égo a-t-il peur, une fois certaine barrières tombées, de disparaître dans une sorte de réunification de l’âme ? Dans la Lumière, nombreuses sont les personnes, qui disent qu’une fois atteint une certaine ouverture d’esprit et un certain niveau spirituel, « on ne fait qu’Un avec le monde », on ressent que chacun n’est qu’une part du tout et que « tout est connecté ». Je n’ai jamais ressenti cela, et je ne cherche pas à l’expérimenter. Je n’y croirais pas personnellement tant que je ne l’aurais pas éventuellement expérimenté. Pourquoi mon égo chercherait à m’en dissuader ?

Je ne comprends pas ce mécanisme de l’égo. Qu’apporte-t-il à la personne que je suis ? D’où vient-il ? Comment influence-t-il mes comportements ? Et de quoi veut-il me protéger ?
Je suis d’autant plus perplexe et sans piste, que je ne suis pas quelqu’un d’ambitieux… Je ne cherche pas la richesse, la reconnaissance sociale à travers un poste élevé ou je ne sais quelle position politique. Je n’ai pas l’ambition d’être quelqu’un de spécial. J’aimerai juste être moi. Simplement, sans barrières. Ça serait déjà pas mal.
Je ne cherche pas non plus à être « une sauveuse ». J’ai bien compris qu’on ne pouvait être que son propre sauveur. C’est à chacun de se sauver soi-même, certes parfois avec des aides extérieures, mais c’est d’abord de soi même que vient le déclic, le changement, la volonté d’évoluer, de guérir, etc… On ne peut jamais forcer quelqu’un à prendre ce chemin-là.
Alors pourquoi mon égo voudrait me faire croire que je suis responsable ? Responsable du bonheur de ma famille, de la guérison de mes proches, de la préservation de la Terre ? Pourquoi ? Ça n’a pas de sens. Je ne comprends pas son message.

Et que vient faire la spiritualité là-dedans ? N’est-elle pour mon égo qu’un moyen pour me sentir différente ? De me croire « plus mature, plus ouverte d’esprit », plus alerte sur les « « réalités de ce monde » » ? N’est-elle qu’un outil pour me distinguer et me couper des autres ?
Longtemps, j’ai rejeté les autres en me disant : « ils ne peuvent pas me comprendre, je suis différente d’eux à cause de la médiumnité, ils le sentent et cela leur fait peur ». Oui cela fait peur à certains, mais pas à tous. Ce n’était qu’une justification pour me couper moi-même du monde, me renfermer dans ma tour d’ivoire et me lamenter sur moi-même.
Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ? Je suis sortie de ma tour d’ivoire, je suis allée vers les gens. J’ai partagé mes croyances auprès de certaines personnes, j’ai été rejetée par d’autres, interpellée et sollicitée par d’autres encore. La spiritualité et la médiumnité ne sont plus des barrières qui me séparent du monde. J’ai appris que c’est ce qu’on en fait qui nous sépare ou nous rapproche du monde.

Mais que s’est-il passé ? Au contact du monde, ma spiritualité à moi s’est effondrée. Je me souviendrai toujours de quelqu’un me disant, par rapport aux volontés diverses de vivre en ermite ou en communautés fermées que l’on peut rencontrer : « si ton système a besoin d’être coupé du monde et de la société pour fonctionner, alors c’est que quelque chose ne tourne pas rond. Un système viable est capable de tenir debout face aux autres ».
Alors qu’en est-il de mon propre système de valeurs spirituelles ? De mes croyances, de mes « capacités » ? Aujourd’hui j’en viens même à douter d’avoir jamais senti les âmes errantes, d’avoir été capable de manipuler des énergies de soin, d’avoir eu des rêves prémonitoires, d’avoir aidé ma grand-mère a passé de l’autre côté, etc…
Est si tout ça n’était qu’invention de mon esprit ? Pour me « sentir spéciale » ?

« Les guides sont là pour guider, pas pour nous perdre. »
Où sont mes guides dans ces moments-là ? Surement hors de ma portée, comme toujours. Où étaient-ils lorsque des entités mal intentionnées se sont faites passées pour eux ?

Aujourd’hui je suis fatiguée par tout ça. Je suis fatiguée de ressentir des choses que je ne comprends pas et que je ne maîtrise pas. Je suis fatiguée de passer mon temps à mettre des barrières entre ma vie matérielle et ma vie spirituelle. Je suis fatiguée de voir mon corps physique affaibli par des causes énergétiques. Je suis fatiguée d’être ballotée sans savoir vers où je dérive.
Je n’ai plus la foi pour ça. Je n’ai plus la patience pour ça.
Je me sens bloquée.

Parce que je suis dans une impasse.
Je ne veux plus de ma médiumnité, ni de la spiritualité. J’en souffre trop.
Mais une part de moi a besoin de ces éléments-là. Cela nourrit mon âme ? J’ai essayé sans et je n’en ai été que malheureuse et encore plus affaiblie physiquement. Que je le veuille ou non, ces éléments semblent faire partie de moi.

Alors comment faire ?
J’imagine que dans une impasse physique, avec 4 murs autour de moi, j’aurais le choix entre creuser un tunnel à la force de mes poignets, ou évoluer pour que des ailes me poussent… à moi qu’on vienne m’en extraire par une aide extérieure.
Mais concrètement, comment je traduis ça, hein ?