Les mécanismes inconscients de contrôle de l’égo

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Artiste : Yuumei

[Préambule : cet article ne présente ici que mes ressentis, mon vécu, mes perceptions  et mes interprétations personnelles. Ce qui est dit ne fait en aucun cas figure de vérité. Mes propos n’ont pas pour but de juger l’autre, mais de chercher à décortiquer ce que je vis. Je rappelle également qu’une personne ne se résume pas à ses comportements. Et que dire non aux comportements, ne veut pas dire non à la personne.]


Bonjour.

Ça y est, tu as retrouvé ton centrage ?

Oui, une méditation m’a aidé… mais l’émotion est toujours là… je ne pensais pas que cela me perturberait à ce point.

Parles-nous en.

Oui, je vais en parler cash, et puis vous me direz si je peux publiez ou pas l’article.

N’y penses pas, nous en parlerons à la fin.

Et bien, c’est une de mes amies… Je sais qu’elle souffre d’une profonde blessure de manque d’amour. Cela avait déjà posé des difficultés dans notre relation amicale par le passé, et cela revient sur le devant de la scène de plein fouet. Je ne peux pas combler son besoin immense d’amour, d’attention et de validation. C’est impossible !

C’est pour cela que tu te sens comme prise dans un coin ? Piégée ?

Je me sens terriblement oppressée par ces derniers messages et paroles. Je pense qu’elle n’en a pas conscience, mais tout, dans son comportement, depuis plus d’un mois, crie sa blessure. Pour se protéger, son enfant intérieur adopte des comportements de contrôle. Pour s’assurer qu’il recevra bien l’attention et l’amour dont il a besoin, pour chercher à le provoquer et le nourrir par l’extérieur.

Cela implique des comportements inconscients de contrôle qui joue sur la culpabilité et l’insécurité de l’autre. J’ai pu les voir car j’ai commencé à travailler sur les miens avec une thérapeute.

Je ne supporte pas que l’on cherche à me contrôler comme ça, soit par la culpabilité (ça c’est le pire), soit par la suggestion, la tentative d’induire chez l’autre le comportement qu’on attend, en lui prêtant des qualités, des intentions et des actes qu’on voudrait qu’il ait.

Je sais que je parle de manière abstraite.

Alors décortiquons un exemple.

Aujourd’hui, cette amie m’a envoyé un message pour me dire que la modification du planning de stage de demain, à cause de mes soucis de santé, ne lui posait pas de problème.

Pourquoi m’en faire part à moi, alors que je ne suis pas l’organisatrice du stage ? Bien que ce soit moi qui ais induit indirectement ce changement, c’est à elle de voir avec la formatrice si ça lui convient ou pas. Quelle était son intention inconsciente derrière ce message ? Je la perçois comme « Regarde, les choses ont changés à cause de toi, mais je ne t’en veux pas (alors qu’en fait ça m’insécurise quand même), car je suis compréhensive. Regarde comme je suis gentille, cela mérite bien un merci et de la reconnaissance ». C’est son enfant intérieur qui demande de l’attention et de la gratitude. Mais en réalité, cela lui appartient. Si elle n’est pas ok avec le changement, décidé par l’organisatrice, c’est son droit, et elle peut refuser avec elle cette organisation. De mon côté, je ne lui dois rien au fait d’accepter.

Et puis, il y a cette autre partie de message, où elle demande de mes nouvelles. Sans contexte, on pourrait croire qu’elle se soucie de mon état par pure gentillesse. Mais le motif inconscient que je ressens, c’est de savoir si je serai bien là demain, si le stage aura lieu, et c’est donc une forme de recherche de contrôle. D’ailleurs, après ma réponse, elle m’a répondu qu’elle était « rassurée ». Rassurée de quoi ? De l’amélioration de ma santé ? Cela fait des semaines que je suis malade et elle n’a pas témoigné d’inquiétude particulière à mon sujet, juste de soutien, ce qui est très bien d’ailleurs. Non, pour moi, c’est son égo qui s’inquiète de savoir si demain, elle verra bien les personnes qu’elle espère voir, et si elle aura l’attention dont elle a besoin. Je sais que ce n’est pas volontaire, c’est inconscient. Mais là, j’ai besoin de dire stop. Ce n’est plus possible.

Dans un autre de ses messages, elle insiste bien sur le fait qu’elle a « besoin d’être sûre de me voir, quand on a convenu de se voir ». Qu’est-ce que ça veut dire ? Pareil, je le perçois comme  une tentative de son égo de contrôler l’autre personne, d’être sûre qu’elle verra bien la personne qu’elle aime, quand elle le veut et l’a prévu, pour recevoir amour et attention.

On ne peut jamais être sûre de voir quelqu’un à 100%, même si on l’a planifié. Il y a les aléas de la vie, de l’environnement, de la santé… C’est impossible de contrôler ça, c’est une illusion de l’égo ! Je ne pose pas de lapin aux gens, je préviens quand je suis malade et que je ne peux pas, ou quand je vais avoir du retard. Je fais en fonction de mon état et de ce qui est juste pour moi. Je ne vais pas me forcer à la voir parce qu’on avait convenu de se voir, si je suis malade, parce qu’elle a besoin d’attention. D’ailleurs, si j’avais vraiment été juste avec moi-même, j’aurais dû annuler le dernier cercle de femmes. Mais je l’ai maintenu par culpabilité…

Mais le pire pour moi, je crois, c’est la fois où elle m’a reproché indirectement mon retard. « Parce que si on commence avec 30 min de retard, c’est 30 min de moins de temps de cercle… » Pourquoi un tel reproche alors qu’il est injustifié ? En effet, quand on a commencé notre activité avec 1h de retard, on l’a aussi fini avec 2h de retard, donc pas de « manque » et même du rabais. Alors pourquoi me dire ça ? J’y vois un acte inconsciemment pour appuyer sur ma culpabilité, « mais quand même, ça ne se fait pas d’être en retard ». En fait inconsciemment, il me semble que l’égo dit « moi j’ai besoin de ma dose entière d’attention ».

Ici et maintenant, ça me met en colère, et là, ça me rend triste. L’égo, il dit « moi je, moi je ». Il veut toujours plus d’attention et d’amour, à cause de cette blessure profonde. En étant dans l’égo, durant ces moments-là, plutôt que dans le cœur, cette personne ne peut pas avoir des échanges authentiques avec moi, ni témoigner réellement de son amour. Quand elle donne, c’est inconsciemment pour recevoir en retour ce qui lui manque. « Quelle considération réelle alors pour mon propre état à moi ? Qui suis malade et fatiguée ? Qui ai besoin de toute mon énergie pour mon propre travail de guérison ? » Et là, c’est mon égo qui se manifeste, lui il est outré, il joue le rôle de la victime dans ma tête. Il dit « mais elle ne se rend pas compte de ce qu’elle demande ! ».

Je ne suis pas une sauveuse et je ne rentrerais pas dans le rôle qu’elle attend inconsciemment de moi. J’ai beau l’aimer, ce n’est pas à moi de combler son besoin d’amour et d’attention. Guérir cette blessure, cela ne peut venir que d’elle. Alors stop, ça suffit, j’ai assez donné. Ce genre de comportement de contrôle me donne envie de fuir à l’autre bout de la planète. Cela mobilise trop de mon énergie de me défendre contre ça, de me protéger du drainage émotionnel. Non, ce n’est pas possible. J’ai besoin de mettre les choses au point et de poser des limites. Ce n’est plus possible pour moi, de passer du temps avec quelqu’un et de me faire vider par son besoin d’attention et d’amour. De voir son égo tenter de me manipuler en réaction à sa blessure. J’en bave déjà suffisamment avec ma mère pour les mêmes motifs, et ça ce n’est pas un choix.

Mais ce n’est pas un hasard si tu es confrontée à une personne qui se comporte comme ça.

Oui, je sais… c’est ce que l’on appelle l’effet miroir. Cela parle aussi de moi, cela me permet d’identifier mes propres comportements de contrôle et de travailler sur moi-même. De me demander, « Et moi, est-ce que je fais aussi ça de façon inconsciente ? Ai-je le même comportement ? ». Cela me permet d’apprendre et je ressens de la gratitude envers cette personne pour cette opportunité. Et, cela m’apprend aussi qu’il faut poser des limites, savoir dire stop quand c’est trop.

Je comprends mieux le comportement d’une de mes amies par le passé. Car j’ai déjà été dans la situation inverse. Fort jeune et inconsciente de mon manque d’amour, moi aussi je recherchais ça chez les autres. J’avais une relation de sœur, très fusionnelle avec cette amie, et c’est vrai, à l’époque, j’étais dans l’attente envers elle, d’attention, d’amour, de soutien, etc. Au final, inconsciemment, je lui offrais ce qu’elle recherchait pour avoir en échange son amour. Ce n’était donc pas désintéressé, contrairement à ce que je pensais à l’époque. Mais je ne pouvais pas voir alors, que mon amour émanait de mon égo et pas de mon cœur véritable… et que je me comportais comme un vampire émotionnel…

Ce qui est très toxique pour les personnes à la santé fragile.

Oui, je sais… *soupir* Je sais bien que ce n’est pas volontaire, mais là, il faut que je fasse quelque chose.

Tu vas très tranquillement lui faire part de tes ressentis d’oppression, avec les exemples que tu nous as donné, en utilisant la communication non violente. Ce sera à elle, d’agir ensuite, pour combler son besoin d’amour et d’attention.

Oui, je sais… C’est juste que je suis triste, parce que, concrètement, son comportement m’a impacté négativement même si c’était involontairement. Je suis fatiguée de devoir me protéger contre mes propres amis et mes proches ! Et puis, tu vois, tout ça, ça mobilise mon temps et mon énergie. Tout ce temps à écrire, c’est du temps en moins que je consacre à la préparation du stage de demain !

Tu as le droit d’être triste. Accueille ta tristesse. Tu ne te sens pas reconnue en tant qu’âme et être humain à part entière.

Mais juste comme moyen de combler un besoin d’amour et un besoin de contrôle de l’égo… comme avec ma mère.

C’est dur de voir avec les yeux de l’âme

Tu veux dire quoi ?

De voir toutes les blessures intérieures de l’âme et les comportements engendrés par la réaction de l’égo. On se rend compte alors, qu’il y en a bien peu d’actions qui sont motivées par l’amour pur et inconditionnel. C’est cela qui te rend triste, tu ne te sens pas aimée véritablement pour qui tu es, mais pour ce que l’on cherche à obtenir de toi.

Probablement. Et ce n’est pas ce dont j’ai envie dans ma vie.

Mais pour obtenir cet amour inconditionnel que tu recherches, il faut d’abord être capable de le donner par toi-même, de guérir tes blessures, et d’agir depuis le cœur et non plus en réaction depuis l’égo.

Oui, je sais… et c’est un sacré boulot.

Tu es sur la bonne voie

Je l’espère. Alors, je fais quoi de ce texte ?

Tu peux le publier, mais quand tu lui auras parlé de vive voix et que tu l’auras prévenu de son existence. Qu’elle ne soit pas obligée de le lire, même par hasard, si elle ne s’y sent pas prête. Tout ce que tu as dit sur ses mécanismes inconscients de l’égo sont vrais.

Mais je ne sais pas si elle est prête à les voir et à les accepter.

Cela lui appartient, à toi de lui faire prendre conscience de leurs existences, ensuite elle ira creuser si elle le désire, ce sera son choix. Toi, tu restes honnête et droite dans tes bottes, tu écoutes tes émotions et tu fais respecter tes besoins. Rien de plus, rien de moins. Pas de sauveuse, ni de bourreau, juste un comportement authentique et responsable, d’accord ?

D’accord.

Alors, quelle que soit sa réaction, ne culpabilise pas. Tu n’es pas celle à l’origine de ses comportements inconscients, et tu as le droit de les refuser et de poser une limite. Cela ne veut pas dire que tu ne l’aimes pas, simplement que tu t’aimes toi et te respectes avant tout. Et c’est une bonne chose. Quoi que l’on te dise, c’est une bonne chose. Ceux qui croient le contraire sont influencés par la voix de leur égo et les conditionnements de votre société. Celui qui parle avec le cœur aura toujours raison.

Merci.

29 novembre 2019

Entendre un appel

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J’ai le cœur lourd aujourd’hui en pensant à mon amie M. Cela va faire bientôt 2 mois que c’est le silence radio et qu’elle n’a pas répondu à mon dernier message. Je ressens une grande tristesse face à son silence. Ainsi, elle n’a engagé aucune action pour rétablir la situation entre nous. Dois-je en conclure que son égo a plus de poids que notre amitié ? Cela me rend vraiment triste. On croit connaître le gens, puis finalement pas vraiment. On ne connait que des facettes d’eux, on ne connait pas forcément leur passé, leur histoire, leurs blessures et on ne comprend pas toujours leurs comportements qui peuvent nous sembler irrationnels. Je n’aurais jamais imaginé ce comportement-là de sa part.

J’ai beau me dire que je ne peux que continuer mon bonhomme de chemin et avancer dans la direction où la vie me mène, cela me rend vraiment triste.

Tu as le droit d’être triste.

Oui, je sais. J’ai vu sa photo et depuis, je n’arrive pas à ignorer cette émotion, elle m’empêche de peindre et de me concentrer.

Cette tristesse te renvoie à toutes les pertes que tu as subies.

Oui… Ce matin, je lisais les articles de Sylvie des derniers jours, et quand elle parlait de son impression de « passer du tout au rien », j’ai souri parce que cela me parlait tellement. De mon côté, je suis toujours dans la phase du rien et de tout perdre. Je me demande combien ce temps cela va continuer et jusqu’où cela va aller… Ce sentiment de rien et de perte, je le trouve trop familier. De vide aussi. On a beau tenter de s’accrocher aux branches, c’est la chute. On ne peut rien faire et rien empêcher.

Comme quand on tombe malade 3 semaines et qu’on perd sa voix ?

Oui, comme quand on tombe malade et que l’on ne peut rien faire qu’attendre que ça aille mieux. A un moment, j’ai fini par commencer à douter que ça irait mieux.

Et tu veux nous parler de ce sentiment que tu as eu quand tu t’es dit que « finalement, je vais peut-être mourir » ?

Et bien, j’étais épuisée et fiévreuse, les antibiotiques ne semblaient pas faire d’effet, cela faisait de nombreux jours que j’étais déjà au lit et mon état se dégradait encore. Autrefois, sans pénicilline, oui, je pense que des gens fragiles comme moi ont dû mourir de ce genre de surinfection carabinée. J’ai pensé « finalement, je vais peut-être mourir d’une bête infection, alors que ma vie n’a même pas commencé ».

Pourquoi est-ce que ta vie n’a pas commencé ?

Parce que je n’ai pas trouvé ce que je veux faire, je n’ai pas trouvé ma voie. Je n’ai rien commencé à construire, ni à partager. Je partirais sans rien laisser derrière moi. Vraiment rien. A part une mallette de crayons et des pots de peinture, lol.

En soi, cela n’a pas d’importance, est ce que l’on vit vraiment pour « accomplir quelque chose » ? Je ne le crois pas, on vit pour vivre. Mais c’est comme si je ressentais le besoin de faire plus, cet appel… Cet appel à faire ou dire ou être ou créer quelque chose. Je n’en sais rien du quoi, où, comment, pour qui. C’est juste… C’est terriblement difficile à décrire, comme si je ressentais le besoin urgent et vital de faire cette chose, sauf que je ne sais pas ce que c’est. Je me tourne de tous les côtés pour essayer de mieux entendre cet appel, pour chercher ce que ça pourrait être, et je ne trouve pas. Je me retrouve confrontée à une terrible frustration.

Et cet appel, je le ressens tellement fortement, que je ne peux même pas m’en détourner et faire semblant qu’il n’existe pas. Je pourrais, disons, faire comme si je n’entendais pas, me chercher un travail « normal » et construire ma vie comme tout le monde. Mais je n’y arrive pas. Si j’essaye, je tombe malade, je suis empêchée, rien ne marche. Je ne peux pas l’ignorer. Alors j’erre, je cherche, je m’épuise en vain à essayer de trouver : qu’est-ce que c’est ?

Ça m’a fait rigoler, pendant que j’étais malade, ma sœur m’a envoyé un message pour me demander : « ça va mieux ta voie ? ». Elle voulait parler de ma voix, bien entendu, mais ce lapsus était révélateur pour moi. Je perds ma voix, après m’être heurtée au mur qui m’empêche littéralement d’entendre mon appel, pendant le stage de développement personnel que j’ai fait.

Il faut parfois de la force pour suivre un appel.

Peut-être, ce qui est sûr, c’est qu’errer pour le trouver est épuisant.

Mais tu connais les bénéfices du désert, cela sert à creuser par soi-même pour trouver de l’eau.

Alors, pour moi, il faut errer dans le désert avant d’être capable d’entendre mon appel ?

Pour te renforcer et soigner tes blessures.

Super. Vous me ferez signe quand ça sera bon ?

Bientôt.

Votre notion du temps est toute relative à vous les guides.

C’est vrai, nous comptons en vie alors vos années nous semblent courtes.

Vais-je mourir dans cette vie sans avoir entendu mon appel ?

Tu l’entends tous les jours.

Pardon, je reformule, vais-je mourir sans savoir quel est mon appel ?

C’est autre chose.

Oui.

À quoi cela sert-il de comprendre un appel, si on n’a pas les outils pour y répondre ? Ne serait-ce pas encore plus douloureux, de savoir et de ne pas pouvoir faire ?

Ça veut dire quoi cette réponse ?

Ce qu’elle veut dire. Médite là-dessus.

Merci.

12 novembre 2019

Les voies détournées de l’égo

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Artiste : Kuvshinov-Ilya

Je me sens frustrée, ça ne va pas. Je ne peux pas peindre dans cet état ! Je ne comprends pas pourquoi cela m’a pris comme ça, hier soir, alors que j’essayais de peindre une fichue pivoine. Je n’arrivais pas à faire ce que je voulais avec mes pinceaux, ils sont trop souples et la pointe n’est pas assez fine ! Ça m’a énervée, j’en ai eu marre de ne pas avoir le bon outil pour ce que j’essayais de faire. Alors je me suis dit, bon, tu pourrais investir dans les mêmes pinceaux que tes artistes professionnelles préférées, c’est à dire un certain modèle de pinceau populaire pour l’aquarelle florale. Mais impossible de les trouver en Europe, c’est une marque américaine ! J’ai cherché sur pleins de sites internet, même les plus grands fournisseurs en matériel de Beaux-Arts en France, ils ne les ont pas ! Je suis allée sur ce site anglais qu’on m’avait conseillé et là, c’était rupture de stock. Même sur Amazon (que je n’utilise d’habitude jamais par principe de valeurs) il n’y avait pas de revendeur pour l’Europe ! Non mais franchement, qui croirait que c’est si difficile de se procurer un fichu pinceau ?! Et pourquoi, surtout, moi, je fais une fixation sur ça ?

Ce n’est pas l’outil qui fait l’artiste.

Je le sais. Sauf que là, vraiment, je n’ai pas de bon pinceau en poils synthétiques, qui soit assez ferme et pointu, pour les tracés que je veux faire. Je veux bien croire que le geste c’est 70% à 90% du résultat. Mais avec l’outil adéquat, c’est quand même mieux. Pourquoi est-ce que cela me frustre tant ?

Est-ce que le problème vient vraiment de là ?

Peut-être pas. Peut-être que ce n’est qu’une porte d’expression à une frustration plus profonde.

Cela fait plusieurs mois que tu tiens les ficelles de ta bourses serrées fermement.

* Soupir* Que veux-tu, c’est la dèche financièrement… Deux mois d’été sans cours de soutien scolaire, et bien ça ne fait pas rentrer d’argent.

Alors même que tu avais anticipé.

Et oui, j’avais fait quelques économies en prévision. Mais là, ça commence à être long. Ça m’énerve d’être au 10 de mois et de me dire que je n’ai plus d’argent à dépenser en dehors des frais planifiés pour le mois, parce que je me suis déjà fait plaisir en début de mois, avec des achats que j’avais déjà repoussé tout le long du mois précédent. Grmf, je n’aime pas ça, c’est en effet très déplaisant. Et comme je suis de genre à ne pas dépenser ce que je ne possède pas… Et bien, il faudra attendre.

Pourquoi ce que tu as ne te suffit pas ?

Je ne sais pas, d’habitude, cela me suffit. Je n’ai pas besoin de faire du shopping tous les mois, j’en fais même rarement. Et je préfère dépenser mon argent dans du matériel artistique, plutôt que des vêtements ou du maquillage par exemple, c’est ma marotte.

Cela te sert à compenser. Mais à compenser quoi ? Qu’as-tu à compenser là maintenant tout de suite ?

Je ne sais pas, ma frustration ? La frustration de ne toujours pas avoir de projet professionnel, la frustration de ne pas savoir ce que j’ai envie de faire. La frustration de me sentir limitée, financièrement, logistiquement (à vivre chez mes parents) et physiquement (avec la maladie et les jours de fatigue).

Et si on revenait ensemble sur ce dernier point ?

Et bien, il y a certains jours, comme hier, j’ai vraiment l’impression de subir la fatigue chronique et la maladie. Je ne peux pas faire ce que j’ai envie de faire.

Qu’aurais-tu fait si tu avais eu de l’énergie ?

Et bien, j’avais envie de tester la numérisation de quelques motifs d’aquarelle, de mettre en pratique ce que m’a appris mon amie.

Et de le dire, est-ce que tu te sens mieux ?

Pas vraiment, j’ai envie de pleurer. J’ai l’impression que je n’arriverais jamais à monter un projet ou créer quelque chose de concret. Cela apparait comme une montagne inamovible, nécessitant un total d’énergie énorme que je n’ai pas.

Toutes les montagnes se gravissent, une petite marche après l’autre. Juste une marche. Tu peux faire de toutes petites marches chaque jour. Un jour scanner. Un autre éditer le fond. Un autre reproduire le motif, un autre agencer. Tu n’es pas obligée de tout vouloir faire d’un coup. Même si cela avancera lentement, au moins tu auras l’impression d’avancer. Tu as déjà fait un grand pas en demandant un cours à ton amie.

Oui… Cela faisait un an que j’avais acheté le scanneur pour mes aquarelles, sans jamais vraiment m’en servir sérieusement.

Pourquoi cela ?

Et bien cela me semblait compliqué, d’apprendre à numériser mes aquarelles. Cette étape me semblait comme une montagne infranchissable.

Et regarde, tu es déjà sur le col de la montagne, il ne te reste plus qu’à appliquer. Tu as tout ce qu’il te faut, littéralement. Tu n’as pas besoin d’autres pinceaux ou d’autres outils. C’est l’égo qui cherche à détourner ton attention de ce qui compte, car il est effrayé. Il veut te faire croire qu’il te faut « plus », que tu n’as pas assez, que tu n’es pas « assez » pour y arriver. Ne lui en veut pas, il cherche juste à te protéger, il a une terreur bleue de l’échec et encore plus de la réussite. Mais tu peux l’accueillir dans ce qu’il ressent et le rassurer, plutôt que de lutter contre lui.

Comment ?

En prenant le temps de te connecter à cette part de toi qui a peur, de la rassurer, de la prendre dans tes bras et de la consoler. C’est normal d’avoir peur, c’est humain. Pour autant, tu n’es pas obligée de laisser cette part de toi te définir.

Plus facile à dire qu’à faire.

C’est la lumière de la conscience qui permet tout. Comprendre vos émotions et vos comportements inconscients permet d’agir dessus, il n’y a pas de mystère. L’égo est très fort pour prendre des voies détournées, il faut savoir les observer, pour composer avec.

Merci.

 7 octobre 2019

Poser des limites

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Artiste : Guweiz

 

Je me sens énervée. La journée était bien partie, tout allait bien, jusqu’à ce que ma mère ait un comportement déplacé. Au lieu de me faire un bisou normal pour me dire au revoir, parce qu’elle partait, elle s’est jeté sur mon cou pour un espèce de bisou sniffage intrusif.

Je ne suis pas contente, j’en ai marre de son comportement invasif et imprévisible. Comment je pouvais deviner qu’elle allait faire ça ? Et sans me demander mon avis, ni me donner la possibilité de me retirer. Elle ne ferait pas ça à un inconnu, un collègue, ni même son amie proche. Pourquoi s’autorise-t-elle à le faire avec ses filles ? Ce n’est pas parce qu’elle est notre mère, qu’elle peut se permettre un comportement intime contre notre volonté. Je l’aime, là n’est pas le problème. Mais je ne suis plus son bébé. Je ne suis pas son mari, ni sa peluche. Je suis une personne humaine et adulte à part entière. Avec mon propre corps, mon propre libre-arbitre et mes propres envies. Je n’ai pas à subir les siennes. Si je n’ai pas envie d’être embrassée dans le cou, et bien c’est mon droit. L’amour, ce n’est pas comme ça. On ne prend pas ce que l’on veut, sans l’accord de l’autre. Et on ne donne pas non plus, si l’autre n’a pas envie de recevoir. L’amour c’est un échange consenti, pas quelque chose qu’on impose comme allant de soi.

Je suis vraiment remontée, là.

C’est encore une histoire de limites. Elle a dépassé les limites de ce que tu étais prête à donner, sans te demander ni ton avis, ni ton consentement. Elle t’a imposé son besoin et son envie à elle. Elle a voulu prendre, sans respecter tes propres besoins.

Oui, c’est encore une histoire de respect et de poser ses limites avec l’autre. Quand j’ai compris ce qu’elle faisait, je me suis reculée en disant « non », mais elle a essayé de s’agripper à mes épaules. Et quand je suis partie, elle m’a dit « allez reviens, que je te fasse juste un petit bisou », genre pour étouffer l’incident. Et j’ai répondu « non, non, non ». C’était hors de question pour moi qu’elle me touche encore après ce comportement invasif, que j’ai très mal supporté (d’ailleurs je me suis fait mal au cou en me dégageant). Et elle a alors répondu « Tu le regretteras ». Non mais tu y crois ça ?! Des menaces ?! Je suis fatiguée de son chantage affectif inconscient.

Elle ne se rend même pas compte de la conséquence de ses actes ! Après, elle s’étonne que je sois distante ! Mais c’est normal, je suis sur la défensive, je prends mes distances pour me protéger. Comment vais-je savoir quand elle s’avance pour me faire un bisou, si elle va se comporter normalement ou se jeter sur moi comme ça ? Comment je peux savoir quand elle vient dans ma chambre, si c’est pour prendre de mes nouvelles et se soucier de moi (comportement parental normal) ou bien pour réclamer de l’attention et de l’amour sans se soucier de ce que je suis en train de faire (comportement de son enfant intérieur blessé) ?

Non, vraiment, je n’en peux plus de cette situation.

Alors tu dois lui parler.

Je le sais, c’est juste que c’est compliqué… Déjà parce que l’on vit sous le même toit, et que c’est difficile de prendre le distance. Ensuite, parce que dès qu’elle a le sentiment qu’elle n’a pas fait ce qu’il fallait, elle passe en mode « enfant intérieur blessé » et alors, elle n’a plus un comportement émotionnel d’adulte.

Tu as peur de la blesser.

Bien sûr que j’ai peur de la blesser ! Ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec ses actes, que je ne l’aime pas ! Je n’ai pas envie de lui faire du mal !

Mais est-ce qu’exprimer tes ressentis et tes besoins de façon respectueuse, c’est lui faire du mal ?

Non, c’est la façon dont elle va le prendre qui va lui faire du mal. Elle va interpréter ça comme « je ne suis pas une bonne mère » et « tu me rejettes ».

Mais est-ce que cela t’appartient ?

Non, c’est vrai… C’est sa réaction en raison de ses blessures, son interprétation… Mais moi, je vois sa blessure, je n’ai pas envie de taper dedans.

Et pour cela, tu supporterais que l’on ne respecte pas tes propres besoins ?

Non…

Vivre ensemble, c’est apprendre à vivre intelligemment chacun avec vos blessures. Tu ne peux pas empêcher ta mère de réagir comme elle le fera, tant qu’elle n’aura pas guéri sa propre blessure. A la place, tu lui offres peut-être l’opportunité de prendre conscience de sa blessure. Comme avec ton autre amie dont tu parlais les jours précédents.

Si seulement… si seulement, c’était aussi simple que cela… Ma mère a une blessure béante et gigantesque de manque d’amour, par rapport à sa propre mère. Elle ne la voit pas, ou elle n’arrive pas à l’accepter, je ne sais pas. Toujours est-il que, c’est auprès de ses enfants qu’elle essaye de la combler. Et que de nombreuses fois, je me suis retrouvée face à une enfant intérieure blessée qui réclame de l’attention, de l’amour, alors que moi-même en tant qu’enfant, j’avais besoin d’une mère aimante.

Les blessures émotionnelles profondes peuvent vraiment transformer le comportement des gens. Et le rendre inadéquat par rapport aux situations et rôles vécus. C’est terrible…

Mais pour autant, tu n’y peux rien. Tu ne peux que t’occuper de tes propres blessures.

Oui, je sais… ça fait juste mal à voir. Mais tu as raison, ce n’est pas mon rôle de chercher à guérir sa blessure à elle. Je ne suis pas son thérapeute, ni son infirmière. Des années, je me suis escrimée à répondre à son besoin d’amour (mais ce n’était jamais assez) et à essayer de la pousser vers un travail thérapeutique sur elle-même. Mais en vrai, ce n’était pas lui rendre service, car elle s’est reposée sur moi et elle n’a pas pris sa propre responsabilité en main. Il n’y a qu’elle qui peut agir pour elle-même.

Tu ne peux que l’encourager et la soutenir d’à côté.

Mais pas faire le travail à sa place… je le sais. Si j’avais pu à une époque, je l’aurais fait. C’est toute la tragédie : je vois sa souffrance, alors qu’elle ne la voit pas elle-même. Ou qu’elle se leurre elle-même. C’est vraiment très difficile à vivre quand on aime quelqu’un comme j’aime ma maman.

Mais ton amour ne doit pas entraver ton jugement. Ce n’est pas parce que tu l’aimes que tu peux passer outre les comportements qui toi te nuisent et te blessent. C’est ton rôle d’adulte, en tant que parente aimante envers toi-même et ton enfant intérieur, de veiller sur toi- même, encore plus quand ta mère n’est pas en état de le faire elle-même.

Mais cela va plus loin, que ça… Je dois apprendre à me protéger de ma propre mère. Tu te rends compte ? C’est terrible.

Malheureusement, c’est fréquent. Des parents aux comportements toxiques, il y en a beaucoup. Parce que le cadre parent/enfant est souvent l’opportunité pour vous de travailler sur vos blessures intérieures. Autant pour les enfants, que pour les parents. Vous pouvez vraiment sortir grandis et guéris à travers ces expériences, si vous faites le travail adéquat.

Et bien, il y en a du boulot par chez moi…

Mais tu es en bonne voie. Autrefois, tu n’avais même pas conscience en quoi le comportement de ta mère était déplacé. Alors que ta sœur l’a tout de suite ressenti et a vite cherché à s’en protéger dès l’enfance. C’est pour ça que « ta sœur n’est pas tactile », d’après les propres mots de ta mère. Elle cherchait à se défendre de ses intrusions physiques et de ses câlins « vampirisant ».

Oui, je l’ai compris il y a peu… C’est dur d’en prendre conscience quand on est élevée comme ça et qu’on baigne dedans…

Alors que vas-tu dire à ta mère ?

Je vais lui dire que j’aimerais que nous revenions ensemble sur ce qui s’est passé tout à l’heure, pour en discuter tranquillement, car j’ai mal vécu cette situation et que je souhaite améliorer ça. Lorsqu’elle m’a embrassé de cette façon, je me suis sentie prise au dépourvue parce que je pensais qu’elle allait m’embrasser normalement, comme d’habitude. Je n’étais pas préparée à ce contact intime et donc je l’ai ressenti de façon intrusive. D’autre part, j’ai ressenti que mon libre-arbitre n’était pas respectée, car elle ne m’avait pas demandé mon consentement et je n’avais vraiment pas envie d’être touchée dans le cou à ce moment-là. Enfin, quand elle m’a dit « tu le regretteras », j’ai ressenti cela comme du chantage affectif et cela m’a mis en colère.

J’ai presque 30 ans, je suis une adulte, mon corps m’appartient et c’est mon droit de ne pas avoir envie d’être touchée comme ça, même par ma mère et même si je l’aime. D’autre part, les gestes d’amour physique pour être partagés doivent être consentis par les deux parties et non imposés seulement par un côté.

J’ai donc besoin, qu’à l’avenir, elle me prévienne de ses intentions pour des gestes aussi intimes, et qu’elle veille à ce que je sois d’accord avant de le faire. J’ai besoin qu’elle respecte mes limites physiques pour me sentir en sécurité et ne pas être constamment sur la défensive avec elle.

Voilà, je pense que j’ai fait le tour de ce que j’ai voulu exprimer. Je me suis relue, et je ne pense pas avoir formulé  les choses de façon agressive ou accusatoire.

C’est bien, mais tu peux rajouter ta question.

Est-ce qu’elle a conscience que ce genre de comportements souligne une blessure de manque d’amour en elle ?

Oui.

Brr, cela me fait des frissons dans le dos. J’ai peur de la manière dont elle va réagir.

Si tu arrives déjà à dire tout ça, c’est très bien. Veille à ne pas t’énerver, à être calme et patiente, et à vérifier qu’elle a bien compris chaque affirmation. Le reste coulera de source, du moment que tu te places bien dans une posture bienveillante. Tu ne lui parles pas pour la blesser ni la casser, mais pour défaire les nœuds entre vous et permettre plus de fluidité et d’amour dans vos échanges, sans qu’aucune ne soit blessée. Attends toi à ce qu’elle exprime ses ressentis et ses propres besoins en retour. Il est possible que ton refus de son geste l’ait blessé, car elle ne l’a pas compris. Explique-lui bien que ce n’est pas contre elle, mais par respect pour toi-même. On ne pénètre pas dans la sphère physique intime des gens sans leur consentement, enfant ou pas enfant.

Merci

1er octobre 2019

Se protéger

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Artiste : Claparo-sans

Je crois que j’ai attrapé froid à la gorge… Le changement de température de l’intersaison me semble toujours difficile pour mon corps

Pourtant, il fait encore doux.

C’est vrai, même s’il a fait moche et pluvieux toute la semaine dernière… ça m’a rendue un peu grognon, j’avais envie de soleil.

Mais tu as quand même profité de ta semaine ?

Oui, plutôt. Je n’en reviens pas que demain on est déjà au mois d’octobre. Le temps passe à une vitesse. Comment cela se fait-il que je ressente qu’il passe aussi vite, alors qu’il est le même pour tout le monde ? J’ai l’impression d’avoir à peine le temps de m’accoutumer à une saison, que la suivante arrive. Et je ne me fais pas au raccourcissement de la longueur des jours. J’aime peindre le soir à la lumière naturelle.

Et tu vas t’acheter une lampe pour pouvoir utiliser l’ampoule spéciale que tu as déjà.

Oui, le luminaire à coté de ma table de peinture fait une lumière trop jaune, cela fausse la perception des couleurs, ce n’est pas pratique du tout. En plus, elle fait beaucoup de chaleur, alors l’aquarelle sèche 2 fois plus vite et ce n’est pas commode pour travailler mouillé sur mouillé. Mais bon, et si on parlait de ce qui me tracasse vraiment ? Je ressens une grosse boule à la gorge…

Ton amie te tracasse. Tu te demandes pourquoi elle a réagi comme ça, n’est-ce pas ?

Oui, je ne la reconnais pas… Comme cela me touchait trop émotionnellement, j’ai fait appel à une des thérapeutes qui me suit, pour prendre du recul et avoir un avis extérieur neutre, d’une experte en communication non violente. De son point de vue, la réaction et les réponses de mon amie était dans l’égo… Je crois que je ne voulais pas l’admettre. J’ai bien vu que ses réponses, sous le vernis de ses mots, n’étaient pas bienveillantes du tout. Qui pourrait dire qu’une réponse n’est pas agressive quand on emploie des injures ? Ou que l’on fait des reproches à l’autre ? J’ai bien vu qu’elle a utilisé le prétexte de ce que j’ai exprimé (« je ressens de la colère ») pour s’autoriser à lâcher sa propre colère intérieure sur moi. Je vois bien que cela a fait caisse de résonance et que cela a touché une blessure profonde en elle, même si je ne sais pas laquelle. Je me demande si elle s’en rend compte…

Cela me fait de la peine la manière dont elle a rejeté la faute sur moi, sans assumer sa part de responsabilité dans ce conflit. Cela m’attriste de voir qu’elle a eu une attitude punitive envers moi (consciemment ou inconsciemment ?), et ça m’afflige d’entendre de quelqu’un d’extérieur, que je considère fiable, qu’il y a une forme de tentative de manipulation dans son comportement. Je me demande si c’est conscient ou non.

Franchement, je ne m’attendais pas à ça. Mais je suis restée droite dans mes bottes, j’ai dit mon ressenti et je l’ai exprimé de manière respectueuse. J’ai décidé de me respecter et de ne pas laisser couler une attitude qui m’a blessée. Je considère que j’ai agis de façon juste en accord avec moi-même, j’admets ma part de tort. Je ne peux rien faire de plus. Devrais-je faire quelque chose de plus ?

Cela t’a marqué, ce que t’a dit F. « On ne peut pas être thérapeute et dans la bienveillance un jour, et le lendemain être agressive et dans la communication violente ».

Oui, dans le fond, elle me disait que la bienveillance, ce n’est pas qu’avec les « clients », mais avec tout le monde… C’est une façon d’être au quotidien. Sinon, c’est être dans la dualité. Pourquoi serais-je bienveillante avec mes « patients » et pas avec mes proches ? Un jour oui, et l’autre non ? Alors, bien sûr, on a tous des hauts et des bas. Il  a des jours où l’on se sent moins bien, où les hormones peuvent nous rendre agressives, à fleur de peau ou solitaires. Mais dans ces jours-là, c’est à nous de prendre soin de soi, et pas aux autres de payer les pots cassés. On peut dire aux autres qu’on n’est pas bien et donc pas disponible. Cela arrive et cela s’entend.

Franchement, je ne sais pas quoi penser. Je trouve cela triste comme situation. Va-t-elle s’enferrer dans son silence ? Si ce n’est pas une question de respect pour elle, c’est une question de quoi alors ? Je suis très triste que ce soit dans ces circonstances là que je constate que j’ai fait du progrès en gestion de mes émotions et en communication non violente.

Tu ne peux qu’accueillir ta tristesse.

Pourquoi ai-je ce sentiment de perte ? Elle a décidé de claquer la porte à notre relation ? De me mettre dans le même panier que la famille qu’elle a laissé en métropole ? Cette situation ne me satisfait pas. Je n’aime pas les personnes qui fuient le conflit plutôt que d’y faire face. Est-ce ce qu’elle fait, ou prend-elle du temps pour prendre du recul et comprendre ce qu’elle traverse ? Ça m’énerve.

Mais ça lui appartient. Tu ne peux rien faire de plus, là d’où tu es. Tu as déjà essayé de lui faire remarquer que c’était elle qui projetait de l’agressivité, pour l’encourager à se poser la question du pourquoi.

Oui, et je n’ai que du silence en réponse.

Et ça te dérange ?

Pas comme cela le ferait autrefois, je me demande plutôt si c’est son égo qui l’empêche de me recontacter.

Et si c’était le cas ?

Et bien ce serait très triste et dommage, mais je ne pourrais rien pour elle. Je me demande même si c’est ce genre de relation que je voudrais avoir : quelqu’un qui me blesserait, se draperait dans son égo et m’ignorerait. Bien sûr, ce ne sont que des suppositions. Et j’espère que ce n’est pas le cas.

Ne lui trouve pas d’excuses, si elle n’en a pas. Tu as le droit de te respecter et de te protéger des comportements blessants qui te nuisent. C’est tout. Tu n’as pas à te justifier pour cela, du moment que tu restes respectueuse et bienveillante.

Pfff.

Dépense plutôt ton énergie à prendre soin de toi, plutôt qu’à t’inquiéter pour elle. Le reste ne t’appartient pas. C’est là où le lâcher prise intervient : « avoir la force de reconnaitre et d’accepter ce que l’on ne peut pas changer ». La réaction et le comportement de l’autre ne t’appartiennent pas, tu n’as aucune prise dessus. Tu aimerais savoir pour comprendre et pardonner. Mais parfois, ce n’est pas si simple que cela. Parfois les gens agissent mus par leurs blessures ou leur égo, et alors il n’y a pas de raisonnement qui tiennent face à ça. L’émotionnel n’est pas rationnel, il est sensibilité, blessures et réactions. Il est par moment incompréhensible pour autrui. Accepte-le et passe à autre chose.

Même si j’aime la personne ?

Même si tu aimes la personne. D’autant plus, tu ne devrais pas laisser son comportement te torturer l’esprit. Si elle tient vraiment à toi, alors son amour finira pas éclairer et dissiper son égo, et alors, à ce moment-là, elle pourra revenir vers toi. Si son égo est plus important, alors tu seras fixée sur l’amour qu’elle te porte.

Cela me semble dur comme jugement !

Et pourtant, l’amour inconditionnel se base-t-il sur des conditions ? « Je ne l’aime que si elle se plie à mon propre mode de fonctionnement ». Ce n’est pas comme ça que marche l’amour authentique, car le respect de soi et le respect de l’autre y sont tout aussi importants. On peut très bien se respecter et aimer l’autre, tout en le respectant aussi. Ceux qui croient le contraire tombent dans la domination ou la manipulation. Pourquoi faudrait-il que l’autre se plie à mes besoins, parce qu’il m’aime, et de ce fait, ne respecte pas ses propres besoins ? Dans une relation équilibrée, il n’y a que des gagnant-gagnants pas de gagnant-perdants.

Je comprends ce que tu dis, et j’en suis convaincue.

Alors applique-le dans ta vie. Et ne laisse personne avoir un comportement blessant répétitif avec toi, encore moins dans les moments où tu es fragile. Les amies, dont tu dois te protéger quand tu n’es pas bien, ne sont pas vraiment des amies.

Merci.

30 septembre