Le temps qui passe

Artiste : Yuumei

Bonjour à tous,

Je reviens ici et j’ai le sentiment de trouver un champ en friche. Cela me fait de la peine, car j’ai toujours beaucoup aimé mon blog, et accordé de la valeur à ce que j’avais construit ici moi-même, avec mes mots, mes émotions et mon vécu. Partager ma réalité, mes expériences. Bonnes comme mauvaises, on peut toujours en tirer quelque chose, un élément de compréhension, une expérience, des réactions émotionnelles, un miroir dans lequel s’analyser.

Pourquoi n’ai-je plus réussi à écrire pendant tous ces mois ? Comme si les mots m’avaient fui en même temps que mes conversations avec mes guides. J’aurais pu continuer à écrire malgré cela, comme je le faisais au début, avec mes émotions et mes réflexions. Décortiquer ce qui traverse mon cœur et perturbe mon mental. Comprendre mes propres réactions et débusquer derrière mes schémas de pensées, mes comportements récurrents.

Peut-être tout simplement que je n’en avais plus envie. Que je me sentais trop fatiguée. Après un an de repos, je me sens mieux. J’ai acquis la certitude que quoi je traversais, je devais être ma première et meilleure amie et toujours me soutenir. Moi intérieurement et moi mon corps aussi. Je constate de plus en plus à quel point je suis quelqu’un qui aime le calme et qui a besoin de tranquillité. Dans mes pensées, dans mes activités, dans mon environnement. Je l’avais toujours vu comme une contrainte, à travers mon hypersensibilité aux énergies, aux foules, mon hyperacousie, etc. Finalement, je comprends que toutes ces « contraintes » sont en fait là pour m’aider à cerner ce qui me convient le mieux : le calme.

Alors j’aime de plus en plus peindre, passer du temps dans la nature, écrire et lire. Je découvre la joie des couleurs, la magie de l’eau avec l’aquarelle. J’observe le temps qui passe et qui fuit. Tellement vite. Mais où donc va-t-il ? J’ai enfin le sentiment d’avoir le temps de vivre, calmement, tranquillement. Et je reste désemparée face à la réalité que ma vitesse de croisière est 3 fois plus lente que celle de la société qui m’entoure. Comment alors y trouver ma place ? M’adapter tout en respectant mes besoins propres ? Trouver une façon de gagner ma vie et d’être autonome ?

Tant de réponses manquent à l’appel. Malgré le temps que je laisse au temps. Un an, c’est peu de chose dans une vie. Et en même temps, cela peut être beaucoup, si cela permet d’ouvrir la bonne porte. Néanmoins la porte qui me correspond reste dérobée à ma vue, et je continue d’errer. Un pas après l’autre, en espérant que le chemin se trouve quelque part, même si je ne suis pas encore capable de le voir.

21 mars 2018

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Patience et créativité

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Artiste : Kuvshinov-Ilya

Il y a de ces sujets où écrire dans mon journal intime ne suffit pas à résoudre les conflits émotionnels qui m’agitent. C’est dans ces moments-là qu’écrire avec mes guides me manquent le plus. J’aimais avoir leur éclairage, leurs conseils et leur aide pour rendre du recul. Je ne saurai dire pourquoi pendant tant de mois ils ne se sont pas manifester directement auprès de moi.

Suis-je trop déconnectée de moi-même et de mon étincelle intérieure pour les entendre ? Suis-je trop tourmentée par mes émotions et mon mental pour avoir la clarté nécessaire de canaliser ? Ai-je une hygiène énergétique insuffisante et un canal encrassé ? Ou bien est-ce une de ces périodes de « débrouille-toi », où mes guides décident de rester là, mais à distance, pour que j’apprenne les choses par moi-même ?

C’est un mystère pour moi… Je ne comprends pas toujours, voire rarement, les aléas de ma guidance personnelle. Cela m’a beaucoup affecté au départ. J’aime écrire et partager les guidances reçues sur mon blog. Mais j’ai fini par accepter. Peut-être est-ce une histoire de cycle. Ou de ressources intérieures. Peut-être ai-je tourné les miennes vers d’autres horizons et ce n’est pas forcément plus mal. En tout cas, c’est comme ça… Les messages passent autrement par moment, via les rêves, les « synchronicités », les cartes et les rencontres. Je ne pense pas qu’on « arrête d’être connectée », on l’est peut être juste d’une autre façon.

Je n’ai plus écrit avec mes guides depuis des mois. Mais j’ai le plaisir de m’être remise à la peinture et des images de tableaux « me viennent ». C’est irrépressible, j’ai envie de les peindre. Elles me restent en tête jusqu’à ce que cela soit fait. Et j’avoue que j’aime ça. Même si je n’avance pas très vite et de façon sporadique. Mais quel sentiment de complétude quand la toile est terminée.

Et puis, je me suis mise à une autre forme d’écriture, celle d’un roman. Et là aussi, je sens que c’est un processus hautement spirituel, autant par le sujet que je traite, que par la façon inspirée dont j’écris. C’est très instructif et cela me permet d’explorer le processus de création depuis l’intérieur. Car après tout, je trouve que pour l’art, « c’est en forgeant que l’on devient forgeron ». Alors je me laisse porter par cette vague de créativité géante et irrésistible. « Créé ! » « Ecris ! » « Dessine ! ».

Plus j’ouvre mes oreilles et mon cœur à cette créativité et plus je ressens cet appel de façon forte et irrépressible. Impossible de l’ignorer, sinon une frustration démesurée s’abat sur moi et rien n’y fait. Et même quand je l’écoute et que je sors mon crayon pour dessiner, il m’arrive quand même d’être écrasée sous le poids de cette frustration inconnue. Pourquoi ?

L’art a cette chose de frustante qu’il est long à créer. Ecrire un roman, cela prend des mois… Peindre une toile, cela prend des heures, et parfois le processus s’étale sur des mois (parce qu’il englobe d’autres réalités énergétiques derrière). Et cela me frustre. Le plus dur pour moi, c’est d’apprendre la patience. Ce n’est pas pour rien que je n’ai jamais eu envie d’apprendre à peindre à l’huile. Il faut des mois pour que la toile sèche ! Je préfère nettement l’acrylique, qui sèche bien plus vite. On peut même tricher en utilisant un sèche-cheveux pour accélérer le processus. Alors vous imaginer ? Faire des courbes de constructions et des dessins par étape… trop long ! Cela me semblait impossible. Force est de constater que parfois, en prenant son temps, on « réussit » plus vite. Une bonne préparation, même longue, est parfois la meilleure clé pour arriver au résultat souhaité. Donc je tente d’apprendre à prendre mon mal en patience…

Mais que faire de ce sentiment de frustration qui me met mal à l’aise et me rend parfois franchement de mauvaise humeur ? D’où vient-il ? Qu’essaye-t-il de me dire ? A creuser…

 

11 octobre 2017

Authenticité

Plage de Grande Anse, La Réunion. Auteur : Les Rêves de Celia.

Ecrire, voilà bien longtemps que je n’ai pas pris la plume. On dirait que ma résolution d’écrire tous les jours n’a pas trop tenu avec mes soucis de santé et mon déménagement. Pourtant, il commence quand même à y avoir un certain nombre d’articles sur ce blog, et je suis contente d’avoir créé cet espace virtuel, qui reste là, peu importe où je vais, ce que je fais et ce que je deviens.

Certains de mes proches le trouvent trop intime, comme un journal, et du coup ont du mal à le lire. Pourtant, ce n’est pas la fonction que je lui donne. Un journal intime, j’en ai un, avec un joli papier crème et des lignes pour faciliter l’écriture. J’ai également un carnet à rêve, donc ceci n’est pas non plus un journal de bord de mes rêves, ni même de mes voyages chamaniques ou expériences spirituelles. Parfois j’en parle, parfois pas, cela dépend de ce qui ressort à l’humeur et de la guidance que je reçois.

Finalement, je crois que c’est plus un pèle mêle de réflexions psychologiques et spirituelles, ainsi que de guidances canalisées. Pourquoi écrire ? Cette petite ritournelle tourne dans ma tête, encore et encore. C’est vrai, à quoi bon écrire si on ne sait pas pourquoi ? Mon ex qui était un professionnel dans la littérature semblait tenir à cœur de savoir pourquoi et dans quelle direction d’écriture il allait. A son inverse, je suis incapable d’anticiper le sujet d’un article et la tournure qu’il prendra. Je peux commencer à parler de mon humeur, de mon état de santé ou de tout autre sujet qui me préoccupe, et finir par une discussion sur les âmes errantes, ou bien des conseils de mes guides sur X ou Y sujets.

Mais j’avoue, je crois, que la principale raison pour laquelle j’écris, c’est tout simplement parce que j’aime ça. Là dans le train, alors que je n’ai rien à faire, c’est une envie simple qui me vient. Mais c’est drôle la façon dont le mental peut considérer les choses et rester enfermer dans des cases et des préjugés. J’ai toujours considéré que je ne savais pas écrire, parce que je n’arrive pas à écrire de roman ou de nouvelle (même si bon on l’avouera, je n’ai jamais fortement essayé non plus). Ou bien encore parce que je n’ai pas de formation dans le journalisme, et que ce n’est pas non plus mon métier.

Quelle légitimité pour écrire ? Et puis écrire quoi et pourquoi ? Ici, je ne me prends pas la tête, c’est mon espace, je le fais par plaisir, par envie, par besoin d’une guidance. Pourtant, nombreux sont les proches qui me disent que j’ai une facilité pour écrire mes émotions et partager ce que je ressens, et que cela n’est pas donné à tout le monde. Pour autant, je suis fichtrement incapable d’écrire quand justement, cela ne me concerne pas ou ne me touche pas moi. On n’a jamais des facilités par hasard, et cela est revenu plusieurs fois sur le tapis, par des proches, qu’il serait probablement intéressant pour moi d’intégrer cet aspect-là dans mon futur professionnel (totalement indéfini à l’heure qu’il est).

Évidemment, ça m’interpelle, quand deux amies très proches, chacune à un bout de la planète et ne se connaissant pas, me disent toutes les deux qu’elles me verraient bien écrire, être journaliste dans un domaine qui me touche. Pour l’instant, je ne sais pas ce que je veux, hormis m’offrir du temps pour prendre soin de moi et réaliser des choses créatives. Et puis je verrais bien les opportunités qui se présentent à moi, pas le peine de se prendre le chou, ni de laisser mon mental tourner à mille à l’heure pour imaginer des scénarios les plus farfelus les uns que les autres. Ça c’est une des nombreuses choses que m’aura permis la Réunion. Reprendre contact avec le moment présent, arrêter de me projeter dans le futur de façon improductive. Même si parfois il est difficile de ne pas avoir mille pensées en tête et qu’il faut aussi savoir par moment les accueillir.

Et j’ai été surprise par celles qui me sont venues aujourd’hui, alors que je regardais les paysages défiler dans le train. Des réflexions sur la synchronicité entre mon retour au domicile familial et celui également de ma meilleure amie. De retour toutes les deux dans notre ville d’enfance, toutes les deux pour nous reconstruire. Et j’allais dire, chacune sur un sujet différent, mais peut-être pas… J’avoue que je trouve cela un peu gros comme une maison, pour être une simple coïncidence, alors que hier encore une amie me disait avant de me quitter « Tu sais, les amis, ce n’est pas que rire et danser… des fois, ce n’est pas drôle. Mais un ami est un ami. » En disant par-là, que c’est dans ces moments-là qu’on soutient ses vrais amis…

Et j’avoue que je suis d’accord. Mais parfois, je me demande comment est-ce que je peux aider la dite amie. Je me sens par moment impuissante, parce que c’est comme si elle m’avait fermé son cœur, pour une raison qui m’est inconnue. Même si dernièrement les choses évoluent dans l’autre sens. Je me demande : ai-je été assez présente ? Ai-je fait assez d’effort ? Ou ai-je abandonné devant cette barrière que j’ai ressentie, me fatiguant à force de m’y casser les dents sans qu’elle semble le remarquer ?

Tu étais occupée à te gérer toi-même. Tu n’as pas beaucoup aidé cette amie, mais tu ne lui as pas non plus imposé le besoin de recevoir son aide. Tu te poses trop de questions. C’était jute pour elle, c’était juste pour toi. Ce n’est pas parce que vous évoluez différemment que vous ne pouvez pas vous retrouver à des croisées de chemin. Regarde, c’est ce qui va se passer. Vous avez toutes les deux fait le choix conscient d’avancer et de changer radicalement votre vie. Toi par le travail, elle par sa relation de couple. Même si tout se rejoint, et tu verras que vous aurez mutuellement beaucoup de choses à vous apporter. Le « mutuel » étant ici la chose importante.

Oui, mais cela ne marche que si on est sur un pied d’égalité. Moi cela ne me pose pas de problème, mais mon amie a tendance à se placer en position d’infériorité, parce qu’elle ne vit pas ce que je vis, n’est pas malade, n’a pas de travail, ne reçoit pas de guidance spirituelle… etc. En fait, peu importe la raison, j’ai l’impression (peut être déformée) qu’elle manque de confiance en elle face à moi, alors elle n’ose pas toujours exprimer son opinion ou parler de ce qui l’intéresse, en ayant peur que cela m’ennuie je suppose. Comment peut-on établir un échange mutuel, sincère et authentique sur une base tronquée ? Moi je ne demande que ça.  Cela fait bien longtemps que je n’ai pas ressenti un échange d’âme à âme entre nous, vraiment profond. Peut-être bien depuis qu’on a rompu…

Pourtant, il n’y a pas besoin d’être en couple pour établir ce niveau de confiance, de profondeur et de sincérité. La preuve, j’ai développé plusieurs très belles amitiés comme ça à la Réunion. Où il y a un amour profond et désintéressé très intense, mais aucune ambiguïté sexuelle de quelque nature que ce soit. Comme une relation de sœurs aimantes. Moi, c’est ce genre de lien que j’ai envie de construire dans mes relations d’amitiés présentes. Quelque chose de profondément sincère et bienveillant, dans l’amour, la confiance et le partage décomplexé. Sans jugements, sans peurs, sans attentes. Une relation à cœur ouvert, où l’on ose être qui l’on est et le partager avec l’autre. C’est ça aussi aimer l’autre, l’accueillir tel qu’il est. Et parfois, lorsque le miroir est douloureux ou énervant, c’est accepter le vécu sans jugement, chercher à comprendre pourquoi en soi il y a une telle réaction. L’autre nous offre alors une belle opportunité pour mieux nous comprendre nous-même et pour évoluer. Définitivement, c’est de ce genre de relations dont je veux m’entourer. Cela n’empêche pas de partager du rire, des moments de légèreté, des soirées ciné, des journées shopping et que sais-je.  Mais ces moments-là sont d’autant plus précieux qu’on les partage avec une personne qui nous aime et nous accepte telle que l’on est. En, tout cas, c’est mon ressenti personnel.

Et aujourd’hui, je me sens le cœur lourd et triste d’avoir laissé tant de belles relations de ce genre à la Réunion. Je sais que les sœurs que je me suis faite restent dans mon cœur. Je sais que le lien d’amour est là, au-delà du temps et de l’espace, et qu’il perdurera. Que la vie m’amènera certainement à en revoir un certain nombre d’entre-elles. Mais cela reste dur quand même. Quand on a gouté à une telle authenticité et un amour si librement exprimé, on ne peut qu’avoir envie de s’entourer de ce genre de relations. Merci du fond du cœur à la vie de m’avoir permis de rencontrer de si belles personnes à la Réunion ! Et merci à la vie de me permettre d’en rencontrer de nouvelles, où que j’aille et quoi que je fasse !

13 avril 2017

« Vous parler de ça »

Artiste :
Artiste : Nanomortis

[Attention spoiler : pour ceux qui désire lire le livre « vous parlez de ça », je parle de son contenu]

Je me sens encore de mauvaise humeur au réveil, encore des rêves que je ne comprends pas. Cela fait quelques jours que mon moral broie du noir, que j’ai mal aux ovaires, que j’ai des poussées d’acné. Est-ce que je vais encore avoir mes règles et être malade ? Est-ce mon nouveau traitement hormonal qui me fait cet effet ? Ou autre chose ? Je n’en sais fichtrement rien et cela m’agace. J’aimerais qu’il suffise de l’écrire pour que ce mal être se disperse, pouf, comme un ballon de baudruche qui se dégonfle. Comme une émotion qu’on accepte et qui d’un seul coup nous fait comprendre son message, et alors se dissolve. Mais ça ne marche pas, pas cette fois ci. Pourquoi ça ?

Pourquoi est-ce que le seul livre qui m’a attiré dans cette grande librairie en comptant des milliers est celui-là ? Le roman d’une adolescente, qui ne trouve pas les mots pour parler, qui ne trouve pas le moyen de dire qu’elle a été violée, qui s’enferme dans le silence et devient une paria. Parce que personne ne la comprend. Mais est-ce que quelqu’un cherche seulement à la comprendre ?

Pourquoi est-ce ce livre-là qui m’a attiré ? Pourquoi n’ai-je pas pu en décrocher, comme s’il était vital que je sache comment ce personnage s’en sortait ? Pourquoi m’a-t-il tant touché et a-t-il soulevé tant d’émotions en moi ? Pourquoi ? Je pensais avoir accepté la réalité de mon viol, l’avoir dépassée. Et c’est comme un diable qui ressort de sa boîte, d’un seul coup, « regarde, ce qui sommeille en toi ». « Regarde, tu n’es pas guérie, ce n’est pas vrai, cela fait toujours mal ».

Dans ce roman « Vous parler de ça », l’héroïne est devenue méfiante, elle a peur des intentions que pourraient avoir un garçon qui semble l’apprécier. Elle ne veut pas être touchée, « c’est dangereux ». Je pensais ne plus me sentir comme ça. Mais qu’en sais-je ? Voilà plus d’un an que je suis célibataire. Et moi non plus, je n’ai pas envie d’être touchée par un homme. De la tendresse oui, mais pas d’une façon qui implique un désir sexuel. Moi aussi, j’ai encore peur ?

Et cette petite question, sournoise, qui revient : « mais peut-on vraiment en guérir ? ». Comme si c’était une maladie. Mais ça n’en est pas une, si ce n’est que l’on se sent « sale ». Mais il doit bien y avoir un remède à ça, non ?

Vivre, avancer, regarder ailleurs.

Continuer, faire comme si tout allait bien. Je n’aurais pas pu mieux y arriver, sans ce déni psychologique. Toutes ces émotions enfouies, et ses pensées pour les faire taire : « ce qui s’est passé est normal, c’était ton petit ami ». Ne pas en parler, oublier. Oui, je crois que c’est une réaction de sauvegarde. Le mental protège, il empêche de réaliser la portée de ce qu’il s’est passé. Il n’y avait pas de mot dessus. Je ne savais pas que c’était un « viol » à l’époque.

Mais quand le mental fait taire les émotions, le corps parle. Est-ce le choc émotionnel qui a déclenché mon endométriose ? Ou bien la pilule du lendemain que j’avais prise confusément, alors que je savais pourtant avoir une contraception ? Etait-elle là avant, tapie et endormie ?

Est-ce que tout cela a la moindre importance ? Cela change-t-il la façon dont je me sens aujourd’hui ? Comment changer ça ? Comment sauver ma pauvre estime de moi-même écornée ? Car, dans le fond… je suis toujours cette ado blessée, cette ado violée. Qui n’a pas su mettre de mots, qui n’a pas su exprimer sa souffrance… Comment changer ça ? Comment devenir une femme quand une part de soi adolescente reste bloquée dans le passé et dans la souffrance ?

Le livre te donne la clé. Comment cette adolescente arrive à dépasser son blocage à communiquer ?

Avec du temps, et avec l’expression artistique. C’est son cours et son prof d’arts plastiques qui la sauvent. En travaillant toute une année sur un projet artistique sur le thème de l’arbre, elle finit par réussir à communiquer…

Cela m’a fait bizarre de voir que le sujet tiré au hasard pour son projet était celui-ci. Au fur et à mesure du roman, on lit l’évolution de ses dessins, de « ses arbres » et cela m’a rappelé le livre que j’ai commencé à lire. Celui sur « l’épreuve des arbres », qui utilise le dessin d’arbre pour faire un diagnostic de l’état psychologique de la personne…

*Quelques heures plus tard*

J’ai peint mon arbre intérieur. Mais je ne me sens pas soulagée, au contraire, j’ai envie de pleurer.

Ce sont des émotions enfouies qui remontent, ce n’est pas grave, c’est normal. Contente-toi de les accueillir et de les laisser passer, comme un train qui passe.

Je les sens se bloquer au niveau de la gorge. Les énergies ne passent pas, je n’arrive pas à les laisser sortir… C’est très frustrant et douloureux aussi. Vous ne pouvez pas m’aider ?

Bon, alors tu vas visualiser une boule de lumière au niveau de ta gorge, ni trop grosse, ni trop petite, ni trop chaude, ni trop froide. Juste agréable, apaisante et douce. Ressens là jusqu’à ce que la sensation de blocage disparaisse. Prends le temps qu’il faut, tu n’es pas pressée.

*Un certain temps plus tard *

Des choses sont sorties, mais pas tout…

Ce n’est pas grave, nous continuerons de travailler dessus dans ton sommeil. Tu as des années de « crasses énergétiques » à nettoyer. Toutes les énergies de tes non-dits, qui se sont accumulées au niveau de ta gorge et forment un barrage. Même en travaillant sur tes énergies résiduelles, cela n’est pas suffisant, le barrage revient encore et encore. Il faut remonter plus loin, à la source même de ton problème d’expression. Sais-tu à partir de quand tu n’as plus osé affirmer tes pensées et tes idées ?

Je dirais la 6ème… quelque chose comme ça à peu près. A quoi bon s’exprimer si de toute façon on n’est ni écoutée, ni entendue ? A quoi bon exprimer ses émotions, se mettre à nue et se rendre vulnérable, si en face cet effort-là est piétiné ? Je pense voir à peu près quand cela a commencé… Quand j’ai eu des soupçons au sujet de ma meilleure amie et de mon amoureux d’enfance. Mettre des mots sur cette intuition de trahison, ce n’était pas possible… Alors j’ai attendu, sans rien dire, jusqu’à ce qu’ils le disent au grand jour… Et puis que dire après ça ? De toute façon, il n’y avait personne pour écouter…

Une peine de cœur refoulée ? Tu penses que c’est ça le déclencheur ? N’est-ce pas plutôt un changement de monde ? Le passage du primaire au collège ? De l’enfance à l’adolescence ? D’un endroit où les mots étaient là pour rire et jouer, imaginer et inventer, à un monde où les mots servent à agresser, mentir, manipuler, se moquer des autres ?

Aurais-tu envie de parler dans un tel contexte ?

Non. Je sais que les mots ont le pouvoir de blesser, de briser et même de tuer par moment. Tuer les rêves, les espoirs, les sentiments, les envies et aussi la confiance en soi-même. Les mots peuvent être aussi violents que des coups, aussi traitres que des serpents. On pense que parce qu’ils sont invisibles, ils ne laissent pas de cicatrices. Mais ce n’est pas vrai. Ils laissent des pensées, qui se répètent en boucle parfois… jusqu’à miner une personne, jusqu’à la rendre dépressive, l’ombre d’elle-même.

Je n’approuve pas un tel usage des mots, comme des armes. Probablement parce que c’est ce que j’ai vécu au collège. Je ne pensais pas que les mots pouvaient être aussi dangereux. Moi je les trouvais beaux avant, j’aimais les lire, les écrire, les chanter même ?

Il est ironique de constater que pour fuir des mots blessants, je me suis réfugiée dans d’autres mots. Ceux de mes livres de fantastique que je dévorais les uns après les autres. C’était mon échappatoire. Où aurais-je pu déposer ailleurs tous le mal que me faisaient les mots des autres ? Quand j’essayais d’en parler à la maison, d’attirer l’attention sur mon mal être, tout ce qui sortait, c’était des mots agressifs, violents, colériques… C’était affreux, je n’arrivais pas à communiquer…

Et tout ce temps, tu accusais tes parents d’être indifférents, de ne pas t’écouter, de ne pas chercher à te comprendre. Mais tu ne savais plus parler. Pas sans agresser et blesser ceux que tu aimais, exactement comme ce que tu vivais. Alors tu te renfermais sur toi-même. Tu ne disais pas.

Au lieu d’exprimer et de faire sortir tous ces maux en toi, tu te bourrais de mots à n’en plus finir, pour oublier les tiens, tous ceux que tu entendais dans ta vie, dans ton quotidien, dans ton désespoir.

… Et que suis-je censée en faire maintenant ?

Les laisser sortir, les laisser s’exprimer. Les laisser prendre leur juste place, leur créer un espace où exister, où ils puissent être reconnus, entendus et même partagés.

Avec la peinture ?

Avec la peinture, le dessin, l’écriture. Ce livre que tu as lu, tu as pensé que tu pourrais peut-être en écrire un semblable. Et bien écris, écris ton histoire, écris ton adolescence. Ecris les maux qui t’ont pesé, exorcise les mots qui t’ont blessé.

Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Je n’ai pas vraiment envie de repenser à cette période-là de ma vie… C’est pesant…

Il y a mille façons d’écrire. Tu n’es pas obligée de décrire la réalité, si tu n’en as pas envie. Tu peux raconter une autre histoire, où tu pourras tout aussi bien laisser tes émotions s’exprimer par les mots.

Hum… On verra, merci du conseil.

Fais ce qui te fait du bien. Et ce que tu trouves amusant. N’était-ce pas amusant de peindre cet arbre ?

Si j’ai bien aimé, j’ai mieux compris la richesse de l’aquarelle. C’était rigolo d’utiliser des pinceaux secs afin de faire des effets. Et de rajouter des détails par-dessus à la peinture acrylique. On peut même peindre avec des cure-dents.

Il n’y a pas de limite dans la création artistique. Seulement celles que vous vous fixez. Ta feuille était trop petite ? Qu’à cela ne tienne, tu en as scotché deux autres. Ton pinceau n’était pas assez fin ? Tu as pris un cure-dent. Tu voulais faire un lavis sans pinceau pour ? Les pinceaux pour acrylique peuvent très bien servir à l’aquarelle. Tu voulais garder certains détails très linaires ? Tu l’as fait au crayon coloré, quand le reste tu l’as peint au pinceau. Tu avais envie de fleurs opaques par-dessus le feuillage ? Tu as utilisé de la peinture acrylique avec du blanc pour opacifier.

Oui, c’était plus rigolo que ce à quoi je m’attendais, même si au départ c’était un peu fastidieux. J’aime bien le rendu, même si mes branches et mon feuillage manquent de volume… J’aurais aimé avoir un plus grand support. Mais pour mélanger aquarelle et acrylique, il faudrait une toile cartonnée, et pas une toile enduite. En tout cas, j’ai vraiment envie de m’acheter un chevalet en rentrant. Ou d’en fabriquer un. Je crois que je vais dépenser une bonne partie de mes allocs dans du matériel de peinture… pinceaux, peinture, chevalet, médiums, toiles…

Si c’est ce qui te fait envie et t’aide à te lever chaque jour, alors fais-le.

Oui… mais reste à savoir où je vais peindre chez mes parents. Ma chambre est petite et peu lumineuse. J’aurais aimé m’installer près d’une baie vitrée. Mais elles sont en plein passage…

C’est à voir. Tu verras quand tu y seras.

Oui, je verrai bien quand j’y serai… En attendant, j’ai déjà ce qu’il me faut pour faire quelques trucs intéressants… Merci.

4 mars 2017