Peindre son univers intérieur

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Artiste : Yuumei

Ça y est, l’automne arrive. Cela se sent dans les matins plus frais, les feuilles qui commencent à tomber et le fond de l’air venteux. Je n’en reviens pas à quelle vitesse l’été est passé ! Et ma bonne résolution d’écrire plus souvent ici ? *soupir* Pour être honnête, je n’ai pas vu le temps passer.

Et tu avais toujours quelque chose de mieux à faire.

C’est vrai, j’ai beaucoup peint. Cela me prend beaucoup de temps, plus peut-être même que le temps que je passais à écrire ici avant.

Mais tu ne partages pas tes peintures. Pourquoi ça ?

Parce que j’explore dans mon coin, je ne sais pas trop où je vais et ce que je fais. J’essaye juste de m’amuser. J’imagine que je n’ai pas assez confiance en mes qualités d’artiste pour m’exposer. Pas sur ce que je fais, sans suivre de modèle ou de cours en tout cas.

C’est intime n’est-ce pas ?

C’est vrai, parfois. Certaines choses que j’ai faites me plaisent bien. Mais je ne suis pas sûre que grand monde comprendrait. C’est de la peinture abstraite.

Et alors ? C’est ton univers, c’est ça qui est intéressant.

Oui et non, j’ai l’impression justement de chercher comment exprimer et explorer cet univers intérieur et je trouve cela compliqué. Avec la peinture, il y a la barrière de la technique, des matériaux, du dessin… C’est complexe, et parfois vraiment impossible de reproduire l’image qui me vient en tête… Quand il y en a une. Je ressens vraiment de la frustration parfois à chercher quoi peindre.

Alors que c’est plus facile avec les mots ?

Peut-être, mais seulement si l’on ne se ment pas à  soi-même. Si l’on ne se fuit pas et si l’on a conscience de ce que l’on veut exprimer.

L’art se passe de ce genre de barrières.

C’est vrai. Pas besoin de mots, on peut essayer juste de reproduire une impression, un sentiment, quelque chose de vague. Mais je ne dirais pas que c’est facile. C’est même ardu en fait, je trouve.

Alors on peut rester sur le « juste s’amuser ».

C’est vrai, et en même temps… Des fois je sens que ce n’est pas suffisant, mais je ne sais pas vers quoi aller.

Pourquoi est-ce que tu peins ?

Je ne suis pas trop sûre. Peut-être qu’une partie de moi cherche à fuir la réalité à travers la peinture. Je me concentre sur les couleurs, les traits, les textures. Je ne pense plus au reste, ça fait du bien. Cela allège le poids de la maladie et du reste. J’oublie que j’ai l’impression de m’enliser dans une situation inextricable. Et en même temps, des fois, peindre est effrayant.

L’univers des possibles, hein ?

Je dirais plutôt la peur de l’inconnu. Ou de ce qui peut émerger de moi, de sombre et d’effrayant. Peu de monde a envie de peindre ce genre de choses. La majorité des gens préfèrent peindre des choses « belles » ou tout du moins qui seront jugées de cette manière. Moi aussi je l’avoue.

Alors il faut une certaine dose de courage pour peindre des choses effrayantes et réelles ?

Oui, je pense… C’est accepter de se mettre à nu dans ses parts d’ombre. « Regardez, c’est cette souffrance que je ressens ». Je trouve ça difficile de se donner la liberté de le peindre.

Plus qu’avec des mots ?

Peut-être. Parce que cela va au-delà des mots. C’est l’émotion elle-même et son énergie que cela véhicule. Cela peut être vraiment dérangeant/choquant à observer après. Il y a quelques-unes de mes créations qui sont comme ça. D’une certaine manière, je les trouve belles, mais dérangeantes. Et celles-là, je n’ai vraiment pas envie de les partager.

C’est ton droit.

Oui, j’ai décidé de ne pas me forcer. Quand je sentirais le besoin de montrer, et bien j’y réfléchirais. J’avais pensé il y a longtemps à créer une galerie sur un blog. Ce n’est pas encore le moment, mais j’espère qu’il viendra un jour.

On y travaillera.

Si tu le dis, lol ! Bon je sais, l’expression est un enjeu personnel pour moi. Vaste. Je cherche comment exprimer qui je suis à travers un travail et pour l’instant je ne trouve pas. Cela me cause beaucoup de chagrins, car en plus je me sens vraiment freinée par la maladie.

Mais on en parlera une autre fois ?

Oui, c’est ça, je n’en ai pas envie aujourd’hui. Merci pour l’échange.

21 septembre 2019

Les émotions profondes

Artiste : Yuumei

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir frustré, comme si vous tourniez en rond, mais sans savoir pourquoi et d’où cela vient ? Et bien je me sens exactement comme ça en ce moment. J’ai beau essayer de faire ceci, ou cela, de méditer, d’aller me promener, d’écrire mes pensées, ce sentiment revient toujours. Décuplé par l’hypersensibilité.

Un nouvel automne arrive. Et sans savoir pourquoi, cette idée provoque une profonde envie de pleurer en moi. Que je ne comprends pas, sinon cela serait trop facile. On dit, et moi la première, que les émotions sont des messagers de notre âme. Elles nous permettent de comprendre ce qui est important pour nous, ce qui nous touche, ce qui nous parle, ce qui nous fait réagir et réouvre de vieilles plaies. Alors je me demande pourquoi, parfois, elles sont si difficiles à décrypter.

Vous savez, c’est comme si, par exemple, vous étiez allongé dans un champ, sur un drap moelleux, vous regardez le ciel bleu et ressentez la caresse du soleil. Il fait beau et chaud, vous êtes en agréable compagnie. Tout va bien. Et d’un seul coup, sans savoir pourquoi, vous ressentez une profonde et lancinante émotion désagréable (au choix : tristesse, désespoir, colère, amertume, …). Alors que vous n’avez ABSOLUMENT aucune raison de vous sentir mal. Et alors qu’absolument rien d’extérieur ne l’a provoqué. Ou peut-être  était-ce le passage d’un papillon, mais c’était tellement fugace que vous ne l’aviez même pas remarqué consciemment. Et là est le détail important, vous ne l’aviez pas remarqué CONSCIEMMENT. Mais quelque chose s’est passé, et a réveillé cette émotion en vous.

Comment comprendre un tel déferlement d’émotion quand la logique ne l’explique pas ? Quand vous ne savez pas ce qui l’a déclenché ? C’est un casse-tête sur lequel je me heurte encore et encore. Parfois, quelques petits bouts de réponses me sont donnés par des articles de Sylvie. En lien avec l’âme, quasi toujours. Mais la plupart du temps, je dois juste faire avec. Continuer à marcher alors que je ressens une solitude plus glaciale que le fin fond du cosmos. Ou bien me lever alors qu’une tristesse inconnue et abyssale pèse sur ma poitrine et m’empêche de respirer.

C’est exactement comme ça que je me sens en cet instant. Je n’arrive plus à Respirer. Respire Camille. J’ai beau faire entrer et sortir l’oxygène de mes poumons, rien ne change. Pourquoi ? Quelque chose m’oppresse, et je n’arrive pas à en identifier la source. Habituellement, quand ce sont des émotions de surface, « superficielles » comme je les appelle, écrire dans mon journal, méditer, peindre, cela suffit… Mais les émotions de grand fond, c’est une autre paire de manche. Même l’exercice de l’œuf intérieur de Camille Fraise ne suffit pas à les apaiser.

Elles sont là. Juste là. Sans explications, sans solutions. Comme un panneau écrit en chinois qui vous dit que quelque chose ne va pas. Mais quoi ? Me suis-je trompée de direction ? Est-ce que j’ai oublié de faire quelque chose ? Alors j’essaye de tendre l’oreille, et c’est comme si cette émotion me fuyait et jouait à cache-cache. Elle ne veut pas se dévoiler et me dire son secret. N’ai-je pas fait assez silence pour l’entendre ? Ou ai-je peur de l’écouter ? Que va-t-elle me révéler pour provoquer quelque chose de si terrible en moi ?

16 septembre 2018

Le temps qui passe

Artiste : Yuumei

Bonjour à tous,

Je reviens ici et j’ai le sentiment de trouver un champ en friche. Cela me fait de la peine, car j’ai toujours beaucoup aimé mon blog, et accordé de la valeur à ce que j’avais construit ici moi-même, avec mes mots, mes émotions et mon vécu. Partager ma réalité, mes expériences. Bonnes comme mauvaises, on peut toujours en tirer quelque chose, un élément de compréhension, une expérience, des réactions émotionnelles, un miroir dans lequel s’analyser.

Pourquoi n’ai-je plus réussi à écrire pendant tous ces mois ? Comme si les mots m’avaient fui en même temps que mes conversations avec mes guides. J’aurais pu continuer à écrire malgré cela, comme je le faisais au début, avec mes émotions et mes réflexions. Décortiquer ce qui traverse mon cœur et perturbe mon mental. Comprendre mes propres réactions et débusquer derrière mes schémas de pensées, mes comportements récurrents.

Peut-être tout simplement que je n’en avais plus envie. Que je me sentais trop fatiguée. Après un an de repos, je me sens mieux. J’ai acquis la certitude que quoi je traversais, je devais être ma première et meilleure amie et toujours me soutenir. Moi intérieurement et moi mon corps aussi. Je constate de plus en plus à quel point je suis quelqu’un qui aime le calme et qui a besoin de tranquillité. Dans mes pensées, dans mes activités, dans mon environnement. Je l’avais toujours vu comme une contrainte, à travers mon hypersensibilité aux énergies, aux foules, mon hyperacousie, etc. Finalement, je comprends que toutes ces « contraintes » sont en fait là pour m’aider à cerner ce qui me convient le mieux : le calme.

Alors j’aime de plus en plus peindre, passer du temps dans la nature, écrire et lire. Je découvre la joie des couleurs, la magie de l’eau avec l’aquarelle. J’observe le temps qui passe et qui fuit. Tellement vite. Mais où donc va-t-il ? J’ai enfin le sentiment d’avoir le temps de vivre, calmement, tranquillement. Et je reste désemparée face à la réalité que ma vitesse de croisière est 3 fois plus lente que celle de la société qui m’entoure. Comment alors y trouver ma place ? M’adapter tout en respectant mes besoins propres ? Trouver une façon de gagner ma vie et d’être autonome ?

Tant de réponses manquent à l’appel. Malgré le temps que je laisse au temps. Un an, c’est peu de chose dans une vie. Et en même temps, cela peut être beaucoup, si cela permet d’ouvrir la bonne porte. Néanmoins la porte qui me correspond reste dérobée à ma vue, et je continue d’errer. Un pas après l’autre, en espérant que le chemin se trouve quelque part, même si je ne suis pas encore capable de le voir.

21 mars 2018

Trouver sa voix

Artiste : Kuvshinov-Ilya

Je ne sais même pas par où commencer tellement c’est le bazar dans ma tête.  Au message reçu par Sylvie « On me dit de te rappeler que la foi est une flamme qui s’entretient et qui part de la foi en soi avant toute chose », je me sens profondément découragée. Pourquoi ?

Pourquoi certains jours, la foi en la vie semble couler de source et j’arrive à ressentir une forme de sérénité ? Et pourquoi d’autres jours, je ne sais même plus ce que veut dire le mot « foi » ? Et encore moins comment m’y connecter et raviver cette flamme ? Comme si je n’en avais plus la force, tellement je me sens parfois fatiguée et découragée. Comme si ce mot s’était vidé de son sens, à force d’errer dans cette nuit de l’âme et ce brouillard sans fin. Comme si l’absence d’amélioration face à la maladie malgré mes efforts l’avait vidé de sa substance.

Comment faire face quand on est submergé par un raz de marée de souffrance, de fatigue, de désespoir et de doutes ? Où trouver la matière pour entretenir cette flamme quand tout s’est écroulé autour de soi ? La perte de repères physiques, la perte d’un partenaire, la dégradation de ma santé, l’arrêt de ma vie professionnelle, l’altération de mon cercle social ?

J’imagine que la mort de tout ce que l’on croit connaitre,  de tout ce que l’on croit désirer, n’est là que pour mieux nous aider à renaitre à nous-même, nous pousser à l’introspection pour apprendre à vraiment se connaitre, et à ainsi mieux pouvoir suivre la voix de son âme.

Mais où est la mienne ? Pourquoi je ne l’entends plus ? Elle s’est soudain tût et je me retrouve dans un silence assourdissant, où seuls mes acouphènes me tiennent compagnie. Ne plus entendre la voix de ses guides quand on se sent plus perdue que jamais est difficile. Sentiments d’abandon, de douleur et d’incompréhension face aux appels à l’aide qui semblent rester sans réponse.

Comment prendre du recul sur ce que l’on vit lorsque l’on est constamment submergé de vagues émotionnelles douloureuses ? De tristesse, de solitude, de peurs et de doutes ? L’esprit cherche à rationaliser, à comprendre. Pourquoi ? D’où cela vient ? Quels sont les déclencheurs ? Mémoires émotionnelles qui remontent ? Travail d’épuration de la Kundalini ? Ou que sais-je d’autre ? Et pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi ? Comme s’il fallait que tout ait un sens pour supporter cette souffrance, une finalité, un objectif « ainsi je n’aurais pas vécu ça en vain ». Qui supporterait de vivre de la souffrance gratuite sans aucune utilité ?

Mais les émotions ne peuvent pas se rationaliser, car elles se vivent dans le cœur. Elles émergent et me submergent, peu importe leurs origines et le chemin qu’elles prennent. Elles effacent toute la sagesse et les guidances reçues, toute la patience et la foi en moi. Elles me retournent, et me laissent vidée, dans l’incompréhension, la solitude et le sentiment d’être impuissante. Impuissante à contrôler mon hypersensibilité, mes nuits et rêves agités, mon état de santé totalement aléatoire et fortement impacté par mes nuits.

Comment dans ces conditions trouver le calme et la foi pour prendre des décisions par rapport à mon orientation professionnelle ? Comment avoir le courage et la foi d’imaginer un chemin professionnel dans la relation d’aide à autrui ou la thérapie, quand je ne semble pas capable moi-même de faire face à la maladie, à l’hypersensibilité et surtout à mes propres doutes ?

J’ai une liste de métiers potentiels établie avec la psychologue du travail qui m’accompagne dans la démarche de réorientation demandée auprès de Pôle Emploi. Après de nombreux échanges et questionnaires, il est temps d’appliquer la méthode de « l’entonnoir », resserrer les possibilités pour mettre au point un projet professionnel cohérent, me renseigner sur le métier et les formations.

Mais je regarde cette liste et je me demande où est ma voie. Où est ma voix ? Je me sens comme paralysée, face à l’idée de choisir et de m’engager dans une direction, et ma peur de me tromper ressurgit. Ma peur de mal choisir, de ne pas en être capable, de ne pas réussir. Pourquoi rien ne résonne-t-il comme une évidence ? Pourquoi toutes les options ne me semblent que de longs parcours du combattant, pour lesquels je ne me sens pas prête ? Ma confiance en moi semble s’étioler plus que jamais, les doutes me submerger et la clarté me fuir.

Comment dans ces moments-là peut-on entretenir sa foi en soi-même ? Quel acte concret et quotidien peut-on poser chaque jour pour nourrir cette flamme, quand tout à l’extérieur semble peser pour l’étouffer ?

Parfois, j’aimerais bien que l’on me donne « la bonne réponse ». Peut-être est-ce pour cela que ma guidance s’est tût, c’est à moi de la trouver par moi-même. Personne ne peut choisir à ma place. C’est à la fois un beau cadeau et en même temps une lourde responsabilité. Comment choisir quand je ne sais pas ce que je veux ? Ni ce dont je suis capable ? Ni vers quoi je veux aller concrètement ?

Faire un pas au hasard ? Avoir la foi que je ferais le bon choix quel qu’il soit ? Je sais qu’en vérité, peu importe le chemin, c’est la façon dont on le vit qui importe. « Tous les chemins se valent », il n’y en a pas un bon ni un mauvais, ce ne sont que des expériences. Et comme la vie est évolution, rien n’est jamais figé, on peut changer d’avis, rebondir, évoluer. Alors pourquoi ai-je si peur de me tromper ou de ne pas être capable ? Comment guérit-on ce genre de manque de confiance en soi ?

21 juin 2017

Déchirement

Artiste : Yuumei

Tout à coup, cela me semble dur… Finir mes valises, co-animer ce dernier cercle de femmes, préparer l’organisation du repas partage pour mon départ. Tout à coup, cela me semble si dur l’idée de dire au revoir à tout le monde…

Aujourd’hui, j’ai écrit un mot à une amie, joint au petit cadeau de remerciement que j’ai pour elle. Et j’ai réalisé que, même si on gardait contact, même si on se revoyait pendant des vacances, et bien les choses ne seraient plus les mêmes… Tous ces moments que je prenais acquis, tout ce temps passé ensemble à étudier l’astro, à covoiturer, à discuter de nos vies… Tout ce qui a pu être construit grâce à la proximité… Cela demeurera toujours dans mon cœur et dans ma mémoire comme quelque chose de précieux. Mais quelle évolution de la relation ?

Je n’ai jamais été très douée pour les relations à distance, exceptée avec 1 ou 2 amies… Je ne suis pas douée, ni pour me connecter sur facebook, ni pour répondre rapidement aux emails, ni pour donner des nouvelles (surtout quand je suis dans une période difficile de ma vie). Je sais que certaines feront l’effort de prendre des nouvelles, d’autres non car elles mènent une vie à 100 à l’heure.

Et je me demande, quels souvenirs, quelles images, quels mots je laisse sur cette île ? Le lien émotionnel que moi je ressens avec certaines personnes est-il partagé avec la même intensité ? Ces personnes sont-elles aussi touchées par mon départ que moi par le fait de leur dire au revoir ?

La Réunion, c’est un peu ça par moment : un déchirement. Entre la terre natale et la terre d’accueil, que ce soit pour les métros qui viennent ici, ou les créoles qui partent vivre en métropole. Entre les gens qui restent fixés ici et ceux qui ne font que passer quelques années. Entre notre culture d’origine et celle qui nous accueille.

Il y a tellement de choses auxquelles je dis au revoir. C’est fou, je n’aurais pas cru m’attacher à tant de choses en 2 ans, alors que l’île ne m’a pas ménagé et m’a fait traverser de nombreuses épreuves. J’aurai pu la détester pour ça, pour ces énergies si intenses et explosives. Mais bizarrement, même si cela m’a épuisé, je ne m’en suis que plus attachée à elle maintenant.

Je déteste cette situation d’entre d’eux. Ma place de parking vide parce que ma petite voiture est vendue. Mes murs vides parce que j’ai décroché mes décorations. Les pièces spartiates parce que j’ai vendu les meubles que j’avais rajoutés. Je sais que mon « chez moi » ici n’a jamais été un « foyer ». Mais j’avais malgré tout réussi à construire un cocon protecteur contre le froid extérieur. Et maintenant que je le démantèle physiquement, bout par bout, le vide et le froid me frappe avec force. J’ai beau avoir essayé de créer un simulacre de foyer, en réalité, ce n’en était vraiment pas un… C’est fou comme l’on peut se mentir à soi-même. Et s’entourer d’énergies pour tenter de combler les trous. J’imagine que c’est une façon de faire, à défaut de s’entourer de « compagnons » d’entente pour ne pas sentir le froid de la solitude… Mais la réalité n’en est pas moins dure.

Alors, par moment, je ressens ce grand froid, cette grande solitude. Et je me demande : est-ce que je compte réellement pour quelqu’un ? Y a-t-il réellement quelqu’un à qui je vais manquer ? Ou ne suis-je qu’un souvenir qui va passer ? Un rencontre parmi tant d’autres sur le chemin de la vie ?

On est tous qu’un grain de sable dans l’univers. Il serait prétentieux de prétendre le contraire. Pourtant, j’ai parfois l’envie d’être aimée de façon unique, inconditionnelle. D’être spéciale pour quelqu’un, et pas forcément pour un partenaire, mais aussi pour des amis, de la famille… Alors, chaque fois que je quitte un endroit, je ne peux m’empêcher de me demander : ai-je  vraiment compté pour quelqu’un ?

Ce soir, je me sens inconsolable. Je ne me sens pas prête à faire le deuil de cette vie-là, de ces amis-là, pour plonger dans un inconnu dont je ne sais rien et pour lequel je n’ai aucune direction. Et dans cet entre-deux, je me sens si seule… Déjà à moitié partie pour ceux qui sont ici, et pas encore rentrée pour ceux qui vont me retrouver…