Un petit pas après un autre petit pas

Artiste : Snatti89

 

Des fois, on aimerait que la solution arrive vite. Surtout quand cela ne va pas, quand on se sent mal, désespéré ou que l’on souffre de douleurs, qu’elles soient physiques ou morales. On voudrait un remède rapide, si ce n’est immédiat, qui apaiserait, soulagerait ou soignerait tous nos maux.

En réalité, ça ne se passe que rarement comme ça. J’avais déjà évoqué la chose dans un article précédent sur l’endométriose, mais je reviens dessus. Une émotion a un message à nous transmettre, aussi pénible soit-elle. Et bien la maladie aussi, aussi difficile soit-elle. On ne peut pas espérer voir l’un ou l’autre disparaitre si l’on a pas compris quel est le fond réel du problème, quel est le message à entendre ou la leçon à intégrer.

Et des fois, souvent même, cela prend du temps… Le temps de s’ouvrir à soi-même, d’apprendre à écouter ses émotions, mais aussi le message de son corps. Le temps d’apprendre à accepter ce que l’on vit, sans le rejeter ou rejeter la faute sur untel ou tel phénomène. Le temps de reprendre en main sa capacité d’action, d’apprendre à prendre soin de soi et à se faire du bien. Le temps d’user les résistances qui nous empêchent de changer, d’aller vers un autre schéma de fonctionnement, une autre façon de penser, d’agir et de se considérer soi-même.

Il est tentant, face à un tel cheminement, long et souvent fatiguant, de ne pas vouloir poser un pied sur un tel chemin. C’est bien sûr plus facile de rester dans une position de victime spectatrice. « Je ne peux rien faire… », « Les médecins ne font pas leur travail… », « C’est un tel qui devrait changer de comportement… ». Mais au bout d’un moment… il n’y a pas le choix. Si l’on veut que les choses changent, il faut remonter ses manches et se mettre au boulot.

Le plus dur est de s’y tenir. De continuer à avancer, même quand on a l’impression que rien ne va, que rien ne change, que rien ne s’améliore. On ne le voit pas en réalité. Les progrès sont tellement infimes qu’on ne s’en rend pas compte jour après jour. Auriez-vous le sentiment d’avancer si vous parcouriez 1 mm par jour ? Vous ne le verriez même pas.

Mais vaut-il mieux parcourir 1mm tous les jours (ce qui fait 365 mm par an) que 10 cm d’un coup une fois dans l’année (ce qui fait 100 mm par an) ? La première solution bien évidemment. D’une part, parce qu’au final, vous aurez avancé plus loin, et d’autre part, parce que vous l’aurez fait en douceur, de façon progressive et linéaire.

Je ne sais pas pourquoi dans notre société, nous sommes invités à faire les choses dans l’éclat. De manière « rapide et efficace ». D’un seul coup ou presque. On a tendance à croire, à tort, qu’un effort intense pour un résultat immédiat est plus efficace qu’un tout petit effort constant sur le long terme pour un résultat plus lointain.

Mais pourquoi une séance de sport intensive de 1h par semaine aurait plus de résultats que 5min d’exercices de kinésithérapie tous les jours ? Tout dépend évidemment de ce que vous recherchez comme résultat. Pourtant, ceux qui vont s’inscrire dans la durée seront probablement issus d’efforts, peut-être moins intenses, mais plus ciblés et surtout constants.

La clé est la constance et la persévérance. Peu importe ce dont vous ayez besoin.

Réduire votre stress ? C’est en méditant tous les jours et en changeant progressivement votre rapport à votre environnement anxiogène que vous le vivrez mieux au quotidien. Certes, vous pouvez aller vous payer un super massage. Il va vous détendre, mais est-ce que l’effet perdurera dans le temps ?

Il faut parfois savoir s’investir pour soi-même. Même si on n’est pas sûr du résultat et même si on ne sait pas quand celui-ci va arriver. Mais il faut avoir la foi qu’il arrivera. Par exemple, vous pouvez décider de vous investir dans une formation de 2 mois sur une méthode de méditation. Vous allez devoir y investir de l’argent (payer la formation), du temps (réaliser les exercices chez vous) et de l’attention (assister aux cours). Vous ne verrez peut être pas les effets tout de suite, peut être devrez-vous persister pendant 6 mois à faire les exercices pour ressentir un changement. Mais un jour, vous aurez un déclic, vous vous rendrez compte, après coup, que cela a bien changé quelque chose. Vos proches vous diront peut-être « tu es plus posée », « tu as l’air plus souriante ». Ce seront des petites remarques de votre entourage, des miroirs extérieurs, qui vous permettront de réaliser le changement que vous avez opéré en vous. Car puisqu’il est doux et progressif, vous ne vous en serez peut être pas rendu compte tout seul.

Conclusion, il faut persister. Même si vous faites un pas minuscule, ou qui pourrait paraitre à d’autre insignifiant. Il faut le faire. Encore, et encore. Il faut continuer. Même si vous êtes fatigué et découragé. Même si vous en avez marre. Même si vous ne voyez pas à quoi ça sert. Même si vous avez l’impression de ne pas obtenir de résultats. Même si vous faites une pause entre deux pas.

Il faut continuer. Un petit pas après un autre petit pas, cela vous permettra d’avancer et un jour, vous sortirez de votre tunnel. Ou bien de votre nuit de l’âme (lol).

Je suis loin d’être au bout de mon chemin. Pour chaque défi surmonté, il s’en présente un nouveau à ma porte, que ce soit sur le plan de la santé, du professionnel ou de mon environnement social. Mais j’essaye de me rappeler ça. Il faut persister. Même si j’ai le sentiment de faire du surplace depuis 2 ans, je vais continuer de faire un petit pas après un petit pas. Même si je ne le vois pas, certaines choses changent, c’est certain.

2 octobre 2018

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Danser

Artiste :
Artiste : Kuvshinov-ilya

 

Je ne sais pas pourquoi, j’ai commencé à avoir super mal au ventre cet après-midi. Pourtant, je n’ai rien mangé de différent de la veille, absolument pas. Du coup, si ce n’est pas la nourriture, alors ça ne peut être que des émotions que je ne digère pas, non ? Or il s’avère que cela a commencé lors de la réunion avec mon supérieur. Alors qu’il me balançait ses énergies de frustration et m’apprenait par là même qu’une de mes missions était au point mort à cause de problèmes décisionnels et de réglementation…

Je ne suis pas étonnée, je m’y attendais. J’ai déjà soulevé ce problème là il y a environ 6 mois, mais à cette époque le président de l’association ne l’avait pas compris, c’était rentré par une oreille et sorti par l’autre… J’ai donc fini par m’armer de patience et attendre, puisque je ne pouvais rien faire de plus. Mais c’est vrai que c’est frustrant.

Et puis je viens d’apprendre que ça y est, ma collègue va partir. Celle dont je reprends le poste et qui était passé sur une autre mission. Celle avec qui je n’ai pas fini la transmission et ne vais pas pouvoir puisque mes congés ne sont pas décalables et que je pars la semaine prochaine, et elle avant que je revienne… Un joyeux bazar qui s’annonce. C’est très bien pour elle. Moins pour l’association. Mais je comprends ses motivations et je pense qu’en effet, il n’y a qu’elle-même pour se soucier de son avenir et penser à elle et ses projets. J’espère que lorsque le moment sera venu pour moi, je serai aussi capable de décoller grâce à une opportunité positive, et pas juste pour fuir une situation désagréable.

Je sais que j’ai des choses à apprendre et comprendre dans ce travail, qui ne concerne pas forcément les connaissances professionnelles que je peux acquérir, mais plutôt dans la façon de fonctionner, la souplesse, la créativité, l’évolution d’un état d’esprit. Même si cela ne m’enchante pas… En revanche, je sais que cela pourrait se faire dans de pires conditions, comme dans mon job précédent. Et que c’est aussi l’opportunité pour moi d’apprendre à prendre soin de moi en dehors du travail comme pendant. Il doit bien y avoir des solutions à mes crises de fatigue et mon manque d’endurance sur le terrain, non ? Ou des alternatives ?

Ce que je sais, c’est que pour l’instant, j’ai beau faire de longues nuits, prendre mon traitement et mes vitamines, faire des siestes, manger sans gluten, me cuisiner des légumes et de la soupe, cela fait des semaines que je suis épuisée et que mon corps et donc mon cerveau tournent au ralenti. Que je ne suis pas efficace comme d’habitude. C’est frustrant, mais même ça, la fatigue l’étouffe. Quelque part, c’est comme si je me sentais anesthésiée par la fatigue.

Peut-être que c’est mieux en ce moment. Peut-être que tu n’arriverais pas à tout gérer. Mais peut être que le travail dans tes rêves est suffisant pour l’instant. Car malgré tout il mobilise beaucoup d’énergie.

Oui, c’est vrai que je suis dans une période de rêves très actifs. Ça tombe bien car je dors beaucoup. Mais si je m’en souviens clairement, je suis incapable de les interpréter et d’en comprendre le message profond. Il y a certains éléments qui passe mais la cohérence…

Le message de fond ne passe pas. Ce n’est pas grave, laisse toi le temps. Tu n’es pas encore prête à l’entendre. Cela viendra. Tu sais que ce n’est pas grave et qu’il ne sert à rien de forcer. L’interprétation risque plus de te perturber.

Mais les rêves me perturbent déjà. Un plus particulièrement. Je sais que c’est un rêve spirituel, comme me l’a appris Sylvie, parce qu’il y avait des tas de détails, il était net et puissant, très long aussi. Comme une histoire, mais dont je ne saisirais que quelques mots par ci et par là. Pourtant je sais qu’il est important. Comme l’était celui aussi avec l’incendie. J’ai cherché la signification des symboles. Mais je n’arrive pas à agencer et à voir le schéma global…

Je sais que cela ne sert à rien de forcer, mais c’est comme si j’étais à deux doigts de comprendre et qu’une barrière invisible me retenait… C’est frustrant et j’ai l’impression de dépenser une énergie folle dans ce cycle onirique ! Après ce rêve super fort, j’ai mis presque 1h à réussir à me lever et j’ai été confuse toute la journée. Alors que cette nuit où je n’ai fait que 2 ou 3 petits rêves, je me suis sentie moins fatiguée dans la journée.

Des fois j’aimerais bien avoir de l’aide pour apprendre à interpréter en prenant en compte mes particularités. Parce que je sais que le langage des rêves utilise des symboles qui sont particulier aux rêveurs. Et là, ça l’était clairement… Ce n’était pas n’importe quelle voiture que je cherchais, mais la réplique exacte de celle que j’ai acheté ici, au point de rêver de sa plaque d’immatriculation !

Et que représente cette voiture ?

Et bien une liberté, un confort. C’est un signe d’autonomie aussi, parce que je l’ai acheté avec mon argent (et celui dont j’ai hérité de ma grand-mère) mais sans dépendre financièrement de mes parents, et sans qu’ils m’aident non plus à la trouver. Elle a été très longue à trouver aussi. J’ai passé 1 mois et demi à pied et en bus, et qu’est-ce que c’est la galère dans une ville de la Réunion. Mais j’ai essayé de faire confiance à mon cœur et mon intuition, d’apprendre la patience…

Alors c’est peut être un symbole de patience. Mais je ne comprends pas l’articulation avec mon rêve. Puisqu’après tout je cherchais ma voiture pour fuir une situation qui me faisait peur, ou plutôt à laquelle je résistais. Je résistais.

Au départ de mon rêve, j’étais à la recherche de quelque chose. Et par hasard je tombais sur cette vieille amie qui me parlait d’un cours de danse, hors justement je voulais en trouver un. Elle me proposait de tester mais je venais juste pour regarder. Ce qui était frappant, c’était que cette amie n’avait pas du tout le même physique ! J’avais du mal à la reconnaitre par rapport à notre jeunesse. Elle avait beaucoup grossi, ses traits étaient aussi devenus grossiers, seuls ses yeux me disaient qui elle était, c’était comme ça que je la reconnaissais.

Mais pourtant quand elle dansait avec le groupe, c’était magnifique, ils étaient tous d’une grâce époustouflante qui m’a coupé le souffle. C’était une danse particulière, une de celle où l’on ne compte pas le tempo, où l’on improvise les mouvements, on se laisse porter dans le fluide. Il y avait des figures magnifiques, des portés en couples… Cela demandait une musculature de ouf ! J’observais et je me disais que je n’en étais pas capable, il fallait vraiment être très très musclé, or ce n’est pas mon cas et mon corps est faible. Vers la fin, ils proposaient à tout le monde de les rejoindre, mais je refusais, je restais sur le bord. J’avais une bande qui me couvrait les dents et les oreilles pour ne pas entendre la musique et résister à l’appel de la danse. Elle me faisait super mal et quand je l’enlevais à la fin, je me rendais compte que je saignais des gencives et des oreilles.

C’est là que je fuyais et partais à la recherche de ma voiture sur le parking. Il était bondé car beaucoup de monde était venu pour ce cours de danse. Et il y avait beaucoup de voitures identiques à la mienne. J’en voyais une qui était d’ailleurs tombé sur une autre et je me disais « olalala, avec le bazar sur le parking ils ont poussé ma voiture et provoqué une bêtise ». Mais en regardant la plaque d’immatriculation, je savais que ce n’était pas la mienne, soulagement, et je la trouvais bien garée plus loin. Alors que je démarrais et allais partir, les danseurs surgissaient et la prof déclenchait d’un claquement de doigt la musique. Je n’avais pas mes protections sur les oreilles, je ne pouvais pas résister. Je sortais de la voiture et me mettais à danser avec les autres sur le parking. J’étais stupéfaite et effrayée ?

Un rêve très riche et complet. Il y a beaucoup de symboles dedans. Nous pouvons t’aider à réfléchir à chacun. Que représente cette fille, Anaïs, pour toi ?

Pour moi, elle était la perfection, très belle, très féminine, très douce mais en même temps très forte. A l’époque où je la connaissais, c’était une très bonne danseuse, très bien sculptée. C’était aussi une femme avant l’âge, car elle était très précoce et assez adulte… Mais sa représentation dans mon rêve ne lui ressemblait plus du tout. Elle était « bouffie » par le temps, elle était devenue plus vieille, plus banale, madame n’importe qui.

Pourtant elle dansait avec grâce.

Pourquoi ne pas avoir voulu la rejoindre ?

Parce qu’il fallait être très forte et musclée pour pouvoir danser comme ils le faisaient. Que cela faisait longtemps que je n’avais pas dansé, que je ne suis pas musclée et que je suis incapable de tant d’énergie avec ma maladie. Je ne m’en croyais pas capable. Bien que j’en avais très envie, je me l’interdisais parce que je ne pensais pas mon corps physique capable de le supporter.

C’est pour ça que je me bouchais les oreilles, pour ne pas entendre la musique, pour ne pas céder. Mais du coup, en refusant d’entendre, je me bandais aussi les dents qui me faisaient très mal. Or les dents sont un symbole de vitalité, si ma mémoire est donne.

Donc ?

Donc je m’interdis de danser parce que je pense que mon corps n’est pas capable de le supporter à cause de mon endométriose ? Et en pensant ça, j’affecte réellement ma vitalité et ma santé ?

La pensée est créatrice. Cela ne te parle pas, parce que tu n’en as pas encore pleinement conscience. Tu le sais mais tu ne l’as pas compris et vécu.

Moi je voyais plutôt la danse comme un symbole de quelque chose à lire au 2eme degré.

Pourtant tu te poses bien la question de savoir si tu devrais reprendre la danse ou pas. Et si ton corps est capable de le supporter à cause de ton endométriose. Tu as demandé la réponse en rêve. Mais quand elle vient tu n’arrives pas à la voir, parce que tu veux interpréter de façon compliqué. Comme le dit Camille Fraise sur son blog, l’interprétation des rêves est plus souvent terre à terre que ce que l’on croit, et vise à aider dans la vie matérielle aussi.

Donc tout ça pour me faire comprendre que je devrais reprendre la danse ?

Qu’une partie de toi le désire, celle qui aspire à la vie, au mouvement, à la joie et à la beauté. A cette partie de toi que tu réfrènes et enfermes en ne t’en pensant pas capable. Tu t’enfermes toi-même dans ta maladie, comme tu t’enfermes toi-même dans ton appartement, en ayant peur du monde, peur des autres, peur des rencontres. Tu te réfugies derrière l’excuse de ta maladie. Mais la vérité c’est que tu ne sais pas comment faire, tu ne sais pas comment aller vers les autres, comment aller vers toi-même, ce vrai toi vivant et vigoureux au fond de toi. Celui qui est capable de force et de souplesse. Cela t’effraye. Parce qu’alors, si tu admets que tu n’es pas faible, tu n’as plus d’excuse pour te cacher. Tu fuis en prônant le fait de vouloir rester autonome, de pouvoir faire ce que tu veux, comme tu veux, quand tu veux. Donc tu fuis les obligations, les responsabilités, mais aussi les liens sociaux, parce que tu as peur qu’ils t’enferment. Tu t’empêches toi-même de vivre par peur.

Tu sais que tu en as pris doucement conscience ces derniers temps. Mais tu ne sais pas comment faire autrement, tu ne sais pas comment sortir de cet isolement, de cette prison que tu as toi-même créé avec tes peurs.

Non, je ne sais pas… Je suis tellement peu douée pour les relations sociales. Sauf avec quelques personnes, avec qui « le courant passe » tout de suite. Je ne sais pas construire de façon « artificielle » et progressive une relation. Je ne sais pas comment m’intégrer, parce que je ne sais pas comment me placer face aux autres. Parce que je manque de confiance en moi, j’ai tendance à me placer dans une position inférieure, à me considérer moins bien et moins intéressante que l’autre. Alors je ne trouve rien à dire, je me sens maladroite…

La pensée est créatrice. Nous te l’avons dit et nous ne sommes pas les seuls.

Mais cela ne me dit pas comment sortir de cette impasse dans laquelle ma vie se trouve, sur tous les plans, celui de la santé, du travail, des relations sociales.

Il faut apprendre à danser. Il faut apprendre à suivre le mouvement, te laisser porter par les énergies de vie. Peu importe que tu ne sois pas assez « musclée », pas assez « belle et gracieuse ». Cela s’acquiert avec la pratique, il n’y a pas de mystère. Il faut apprendre à te faire confiance à toi-même, petit à petit, apprendre à te connaitre, connaitre ton corps et tes limites réelles. Pas celles que tu t’imposes avec ta maladie et tes peurs.

Pourquoi t’empêcherais-tu de danser, alors que tu aimes ça et que tu en as envie ?

Parce que j’ai arrêté car mon corps ne pouvait plus suivre, j’avais trop mal à mes genoux… Parce que j’ai peur de ne pas y arriver, de ne pas être capable de tenir le rythme, ni de danser correctement.

Et alors ? Au début tu auras un temps difficile. Le temps que ton corps retrouve sa souplesse, son endurance, sa précision. Mais tu devras être patiente et douce avec toi-même. Rome ne s’est pas construite en un jour. Ta vitalité et ta confiance en toi ne le feront pas non plus.

Humm… Merci.

9 juin 2016

Rythme de vie

Artiste :
Artiste : Kuvshinov-ilya

Les journées commencent à raccourcir, nous serons bientôt à l’équinoxe et à la fin de la saison cyclonique pour mon île de l’hémisphère sud. C’est bizarre, je n’ai pas l’impression de vraiment changer de saison, car le climat est assez constant et l’amplitude des jours est finalement assez petite. Mais je me sens déphasée. En métropole, c’est bientôt le printemps, ici c’est bientôt… ?? Il n’y a pas vraiment d’automne comme je le connais, les arbres ne perdent pas leurs feuilles, sauf les platanes qui ont été ramené d’Europe et qui se situe de l’autre côté de l’ile. C’est la dernière « saison » que je n’ai pas encore vue. Après, j’aurais fait un tour de cadran complet, un an. Le répéter ne m’enthousiasme pas du tout… Mais bon, c’est comme ça. Autant que j’en prenne partie et que je me concentre sur ce qui me fait du bien et me fait plaisir.

J’ai très envie de m’allonger dans l’herbe et de regarder les nuages. Mais il y a bien très peu d’endroits où l’on peut faire ça. Pas sans faire de la route pour monter haut dans les montagnes… Ici les habitations sont très étalées partout, et l’espace agricole est occupé à 80% par des champs de canne à sucre, surtout près de la côte là où tout le monde habite. Les parcs sont rares et souvent bondés de monde, de coureurs, de famille, de jeunes… Bref, il semble même impossible de pouvoir y faire la sieste tranquille un midi, entre les sportifs et les agents d’entretien qui sont là tout le temps et font pas mal de bruit… Et pourtant, j’ai déjà bien essayé !

Je me dis que j’aimerais bien avoir un jardin pour m’y ressourcer, n’avoir qu’à sortir de chez moi pour m’allonger dans l’herbe, écouter les oiseaux et le vent dans les feuilles de palmier. Mais avoir un jardin ici, c’est un boulot monstre ! Il faut passer son temps à l’entretenir toutes les 2 ou 3 semaines… car tout pousse sans arrêt à une vitesse folle. Je n’aime pas trop ça. J’aime la lenteur et le cycle des saisons paisible de métropole. Mais en même temps changeant et se renouvelant en douceur.

C’est bizarre, parce que c’est ici, alors que le cycle de la nature ne prend pas vraiment de repos, que tout est de feu et que tout pousse en permanence, que les gens ont le rythme de vie le plus tranquille. Ici, beaucoup de gens font le 35h pile poil, surtout les fonctionnaires mais même les magasins. Les horaires sont du genre 7h30- 11h30/12h30-15h30 ou bien les petits magasins font 8 ou 9h-12h/14h-17h d’ouverture. Même une majorité de grande surface ferme entre 12 et 14h, c’est fou ça ! Impossible de faire du shopping en débauchant (sauf dans les grandes galeries marchandes des centres commerciaux qui ferment à 19 ou 20h). Ni d’aller à la banque ou aux assurances quand on a les mêmes horaires de boulot. C’est assez surprenant comparé à la métropole ou tout est ouvert jusqu’à 18 ou 19h au moins. Et puis le rythme suit beaucoup celui des enfants, or ici les vacances sont réparties différemment avec 1 mois et demi en décembre et aussi en juillet, plus des séries de 10 jours entre. Du coup, moi en ne prenant jamais de congés, j’ai l’impression que les gens sont très souvent en vacances… Evidemment, ce que je dis sont de grandes généralités, car je vois certaines agriculteurs ou pépiniéristes à leur compte bosser 9h 7j/7 presque. Mais globalement, le rythme de vie semble plus tranquille et l’on dit souvent ici « ça va doucement » à la question « comment vas-tu ? ».

Bref tous ce hiatus pour expliquer qu’en métropole, le rythme de base suit plutôt 39h, que l’on voit rarement les gens débaucher avant 18 ou même 19h. Qu’il faut toujours en faire plus et encore plus et ne pas compter ces heures, l’opposé quoi. Malgré des saisons plus marquées avec un hiver qui incite au repos, le rythme de travail reste intensif toute l’année, sauf peut-être pendant les 2 mois de vacances l’été, et encore, tout dépend du domaine de travail (boom touristique et pleine saison en production végétale). Les gens y sont beaucoup plus stressés qu’ici. Je ne dis pas ça parce que je pense que les réunionnais sont des feignants, non. Je pense que le rythme de vie est différent et que c’est une réalité.

Mais pour moi, c’est une réalité que j’apprécie, souffrant de fatigue chronique avec mon endométriose. Quand je suis arrivée ici, je sortais d’un job où je faisais 50 à 70h par semaine, et où je travaillais 1 we sur 3. Travail en plus assez physique. J’étais au bout du rouleau, épuisée, mon corps n’en pouvait plus. J’ai très lentement récupéré ici, mais la différence de rythme m’a vraiment permis de beaucoup me reposer. Et surtout de dormir plus. Je me rends compte que j’ai besoin à minima de 8h de bon sommeil par nuit. Quand pendant mes études, si je dormais 7h par nuit c’était une grosse nuit ! Et pas parce que je faisais la nouba, mais parce que j’avais cours de 8 à 18h, devais me déplacer en bus, et travailler mes cours le soir. J’étais en état de fatigue permanent en réalité. Je commence seulement à découvrir quelle tête j’ai sans de grosses cernes !

Et maintenant, dès que tu enchaines plus de 3 nuits avec moins de 7h de sommeil, tu ne te sens pas bien.

Oui, je viens de remarquer ça… Aujourd’hui j’étais particulièrement mal, j’avais des troubles pour me concentrer et même m’exprimer de façon cohérente, mon cerveau tournait au ralenti. J’ai eu mal à la gorge, la même douleur que j’avais en permanence pendant mes études. J’ai des cernes gigantesques, toutes mes veines gonflées. Je me sens lourde et incapable de réfléchir… Et je finis par comprendre que mes coups de froid chronique et mes mal de gorge permanents étaient dus à de la fatigue, un manque de sommeil et au stress aussi.

Que tu compensais en mangeant beaucoup, et sucré aussi.

Je ne pense pas que je pourrais revenir à ce rythme de travail si intensif, où finalement je ne suis pas forcément plus productive parce que je suis trop stressée et j’ai les idées trop embrouillées. Je fais alors tout au radar et c’est rarement dans ce genre d’état que j’ai de bonnes idées fulgurantes. Je n’ai pas non plus envie de ne vivre que pour mon travail, et l’idée d’avoir un peu de temps en fin de journée pour un loisir créatif ou un projet me plaît bien. Toute la question étant quel projet…

Mais je vois bien, que même si le travail me plairait, je ne suis plus capable de faire 50h/semaine… Mon corps ne me le permet pas en fait. J’ai encore du mal à récupérer quand je fais des grosses semaines avec beaucoup de terrain. Et avant, je passais mes we à me remettre sur pied et me reposer plutôt qu’à vivre et profiter, tout simplement. Je n’en ai plus envie, simplement parce que pour moi, le quotidien ne devrait pas être une corvée, et que l’on devrait vivre pour en profiter. Alors certes il est nécessaire de travailler, et je m’ennuierais si je ne travaillais pas, car j’aime ça quand je fais quelque chose qui me plait. Mais je ne veux pas passer ma vie à travailler.

Ce qui me fait me poser des questions sur mon futur retour en métropole. Comment puis-je trouver un travail qui satisfait à ces exigences d’horaires ? Je pourrais être à 80% ou 90% d’un temps plein ? Ne pas être cadre ? Parce qu’en étant ingénieur, ça me parait compliqué… Quand on a un salarié ingénieur, on préfère le « maximiser » plutôt que d’en avoir deux. Les ingénieurs en général font souvent beaucoup d’heures. Et quand ils sont cadres, ils sont rarement aux 39h (jamais au 35h c’est une bonne blague qui n’existe pas en métropole – sauf dans les services publics peut être ?) et ont souvent un contrat à la mission = pas de limites horaires pour remplir les objectifs, souvent haut placés. Contre seulement quelques RTT de plus… bref l’arnaque.

Tu tiens un discours que tu n’aurais jamais tenu il y a quelques années. A te lire, on pourrait même croire que tu es une feignante.

Eh bien, face à ma santé, à mon moral et à l’état général de ma vie, je me rends compte qu’on ne peut pas faire un boulot efficace sur le long terme si on est mal dans sa vie. Et pour être bien dans sa vie, quand on ne fait pas le job de ses rêves, alors il faut profiter de la vie à côté.

Donc tu ne fais pas le job de tes rêves ?

Je ne sais pas quel est le job de mes rêves. Je ne sais même pas s’il existe… Après tout, la motivation est peut être comme le reste, elle varie selon les périodes. Il faut probablement l’entretenir et la nourrir…

Il faut surtout que ce que tu fasses parle à ton cœur.

J’ai remarqué que j’étais déjà beaucoup moins en conflit, à faire un travail d’intérêt public pour une association, une mission qui ne cherche pas à faire simplement du profit mais à construire quelque chose, construire une filière durable. Je me sens tellement mieux par rapport à ça ! Avant, j’avais l’impression lors de mon job et de mes stages que mon boulot était vide de sens, car il ne servait qu’à produire encore et encore pour enrichir des dirigeants… Et alors, je n’arrivais plus à rien, plus à me motiver et les journées étaient une torture sans fin.

Pourtant les journées sont parfois longues même ici.

Oui… Parce que je n’apprécie pas forcément l’ensemble de mes tâches, que je suis souvent seule et que je n’ai parfois pas grand-chose pour me stimuler, éveiller ma curiosité et me pousser à trouver de nouvelles idées… Du coup, vu que je m’ennuie, je suis démotivée, et alors j’arrive encore moins à travailler et être efficace…

Quelle serait pour toi une journée idéale ?

Une journée où je travaille sur un projet qui me demande de faire des recherches, de brainstormer avec d’autres personnes, de chercher des idées, de proposer des solutions. Ça j’aime bien. Mais il faut que cela varie, j’aime bien aller sur le terrain de temps en temps, pour être en contact avec la réalité sur laquelle je travaille, pour connaître les plantes et les infos techniques, et ne pas rester abstraite et théorique. J’aime aussi par moment échanger et faire du transfert, partager. J’aime que mes missions soient variées dans le temps (les unes après les autres) et qu’elles soient stimulantes.

Ici, tout était très stimulant au début parce que tout était nouveau, que j’avais tout à apprendre. Même s’il me reste beaucoup de choses à apprendre, et que j’en aurais toujours, la nouveauté s’estompe, et l’ennui arrive. Je pense que c’est pour ça que j’étais soulagée de finir mes stages à chaque fois, car je m’ennuyais à la fin.

Il te faut en effet une stimulation intellectuelle soutenue et fréquente, avec des phases de repos. Je sais que tu te demandes comment tu as pu rester pour la 1ere fois aussi longtemps dans une structure. C’est parce que vous être peu nombreux, que tu dois être polyvalente, jongler avec les sujets, que de nouveaux projets apparaissent et disparaissent.

Même si mon collègue m’en parle beaucoup moins et me sollicite moins… il m’a mise dans une case, et ne m’en fais plus trop sortir, contrairement au début.

Il n’a pas forcément compris que tu aimes les défis et la nouveauté. Il te laisse à ce que tu sais déjà car il t’a vu démotivé et peu productive à la période où tu allais le plus mal…

Hum… Il faut que je réfléchisse à ce que je peux faire contre l’ennui au travail.

L’idée d’un projet perso à côté est bonne. Cela te permettrait en effet de prendre confiance en toi, comme le disait Sylvie.

Je suis d’accord, cela me permettrait aussi d’aller de l’avant sans ressasser le passé, de construire quelque chose pour retrouver un peu ma capacité à agir, à créer, à donner forme à mes idées. Toute la question est quoi ? Il faut que ce soit quelque chose de stimulant, je viens de le comprendre, donc un défi qui permette de me motiver. Mais qu’il n’y ait pas d’enjeux pour que cela reste un loisir et ne me mette pas la pression. Et enfin, il faut que cela me fasse envie, m’excite au moins un peu…

De là, tu devras faire des efforts pour avoir un peu de constance jusqu’à la fin de ton projet. A moins qu’il ne soit très rapide, ce qui te permette de contourner le problème de l’ennui amené par la répétition, et le désintérêt qui suit.

Oui mais quoi comme projet ?

Commence par quelque chose de petit, qui soit accessible, avant d’augmenter le niveau.

Apprendre le japonais me parait trop long pour commencer, même si j’aimerais bien m’y mettre un jour. Mais j’ai compris que j’ai besoin de vrai cours, parce que sinon je n’arrive pas à bosser régulièrement, je repousse et je repousse…

D’où les cours d’astrologie. Tu n’aurais jamais eu le courage de t’y mettre avec des livres, même si tu as l’intelligence pour apprendre seule. Le problème c’est qu’il te faut du concret, des exemples, des échanges, quelque chose d’interactif pour capter ton attention. Sinon tu t’ennuies, comme un petit enfant. Tu as envie qu’apprendre soit ludique, parce que tu aimes ça. C’est comme un jeu pour toi, un défi qui te permet de comprendre. Tu aimes les cours où tu comprends le pourquoi des choses. Tu détestes le par cœur sans queue ni tête et sans la moindre explication. Prends ces éléments en compte. Observer ne te suffit pas. Tu aimes bien ça, mais un club d’astrologie t’ennuierait parce que c’est trop passif et ne demande pas assez de réflexion. Garde-le comme loisir ponctuel pour des soirées découvertes.

Humm… Je vais y réfléchir. Merci.

8 mars 2016