« Trop de questions dans la tête »

Artiste : Kuvshinov-Ilya

Cela va faire plus d’une semaine que je me traine comme une lamentable chaussette. Crise de fatigue chronique ? Crise d’endométriose ? Virus ? Allergies ou autre chose ? Processus énergétique ? C’est quoi ce bazar, j’aimerais bien comprendre pour mieux savoir comment réagir ! On ne se comporte pas pareil si on a attrapé la grippe, que si on a une montée de Kundalini par exemple…

On commence par aller chez le médecin pour vérifier que tout va bien au niveau physique.

Ah, j’aimerais bien ! Dire que j’ai mis un mois entier avant de trouver un médecin traitant ! Entre le fait de chercher quelqu’un d’un minimum compétent et recommandé face à l’endométriose, et des « on ne prend plus de nouveaux patients », des congés et des délais… J’ai rdv la semaine prochaine et cela va faire plusieurs semaines que j’ai posé le RDV, alors que j’étais juste fatiguée…

Franchement, dans ce genre de cas, je suis vraiment désespérée. Que suis-je censée faire si je n’arrive pas à trouver un fichu médecin traitant ? La même pour le kiné avec des délais de 3 semaines… Et je ne parle même pas du gynéco, pour lequel j’ai encore de l’attente et où je vais devoir me déplacer à 1h30 de route… Je ne pensais pas me heurter à un tel désert médical, alors que pourtant la ville où je suis est une des principales du département ! C’était plus facile à la Réunion, ce qui est un comble vu qu’on me disait « tu seras mieux suivi en métropole ». Que dalle, préjugés à la c**. Ça me donnerait presque envie de repartir, tiens ! Sauf qu’il n’y a pas de centre de cure thermale spécialisé en gynéco à la Réunion. Mais je me demande si je vais réussir à la faire cette cure…

Ah, ça me décourage tout ça. Ça m’énerve aussi. J’ai l’impression d’être laissée sur le bord de la route, d’être à la ramasse et de ne rien comprendre. Je demande guidance et soutien, des explications aussi et que dalle… J’aimerais savoir ce qu’il se passe, parce que je sens que ce n’est pas habituel. J’aimerais savoir pour mieux accueillir et m’adapter dans la façon de le gérer. C’est trop demander ? Qu’est-ce que vous faites mes guides ? Yoooouuuuhou c’est le moment de vous manifester !

J’en ai marre d’être larguée. Marre de devoir lâcher prise sans rien comprendre. Je suis rentrée pour prendre soin de ma santé, et celle-ci ne fait que se dégrader depuis, c’est de pire en pire ! Qu’est-ce que je fais mal au juste ? Je fais bien attention à mon régime sans gluten et sans lactose. Je n’ai même pas craqué alors que je vois mon père manger mon ancien fromage de chèvre préféré. Je prends bien mon traitement. J’essaye de soigner mon sommeil du mieux que je peux. D’alléger mes douleurs à coup de bouillote. Je me suis remise à méditer comme vous me l’aviez conseillé.

Je ne comprends pas, ça m’énerve, ça me désespère (oui, oui, je me répète, je sais). Ça me fait me sentir impuissante et bientôt je vais péter un câble ! Comble de l’ironie, alors que je me dis que j’aurais besoin d’une aide, une amie m’appelle pour m’en demander, car elle est à peu près dans le même état. C’est quoi, c’est les énergies du moment ? C’est pour ça que je ne fais que rêver de tempêtes dehors et de devoir fermer mes volets ?

Putain de bord** ! Pourquoi vous ne me répondez pas ? Il va falloir encore que je râle longtemps pour que vous vous manifestiez ? (oui, oui, ça s’adresse à mes guides, l’exaspération me pousse à la grossièreté, mais je vous rassure, c’est plutôt rare). Ça vous fait rigoler de rester en retrait sans rien me dire pendant que moi je galère toute seule ?

Franchement, il y a des moments comme ça où je me sens bien seule, même si je suis censée pourvoir parler avec mes guides, recevoir des messages, blablabla… Si je pouvais être médium uniquement sur commande, quand j’ai besoin d’explications, ça m’arrangerait bien tiens. Au lieu de ça, mon hypersensibilité me fait faire l’éponge face à mes parents, et ma médiumnité me fait capter des infos désagréables dont je me passerais bien.

Comme celle de ce soir. En descendant, j’ai remarqué que le bon de réduction, que j’avais laissé sur la marche de l’escalier pour le monter plus tard, avait disparu. Et j’ai su tout de suite. Ma mère l’avait embarqué en le prenant pour le sien (qui était pourtant rangé à l’autre opposé de la maison) et l’avait utilisé. En soi, absolument rien de dramatique. Mais ce geste inconscient m’a fait capté l’info que ma mère n’a toujours pas intégré que je VIS dans cette maison, et pas que je suis juste de passage. Elle se comporte encore sans le vouloir, par moment, comme si tout ce qui était dans cette maison était à elle, sans faire attention à distinguer ce qui m’appartient, de ce qui est à elle. Alors pour les objets très différents, ça se voit (et encore…) mais pour ceux qui sont identiques…

Je ne peux pas lui en vouloir, après tout, cela fait des années que je ne vivais plus à la maison. Et cela ne va faire bientôt qu’un mois que je suis de retour. Mais je sens qu’elle a beaucoup de mal à intégrer cette réalité. Pour elle, je ne suis de passage que quelques mois, je vais bientôt re-déménager. Alors que ce n’est pas mon intention, je ne me vois pas partir avant la fin de l’année, et je lui ai bien dit. Et la réaction émotionnelle de mon côté est disproportionnée. Parce que cela me renvoit à ma blessure de rejet par la mère. Une part d’elle n’arrive pas à intégrer l’idée que je vais rester, une part d’elle est pressée de me voir repartie. Même si c’est une part totalement inconsciente, cette réalité subtile me fait mal, parce que je la « sens », je la « sais ».

Je mets des mots dessus parce que j’y ai réfléchi et que j’ai essayé de retracer le chemin me menant à cette émotion et cette connaissance. Mais en vrai, elle a été instantanée. Dès que j’ai vu le coupon manquant, j’ai capté tout ça. Evidemment, il m’a fallu un peu de recul pour décrypter pourquoi j’ai eu une réaction émotionnelle si forte. Evidemment, j’ai vérifié la véracité de ce que j’ai capté : était-ce bien elle qui avait pris le bon ? L’avait-elle utilisé ? Etait-ce une confusion ? Oui, oui et re-oui. Elle m’a donné le sien à la place. Alors pourquoi cela n’a-t-il pas suffi à apaiser ces émotions violentes de tristesse ?

Parce que cela n’efface pas l’information que j’ai capté, et que je suis sûre qu’elle refoule elle-même. Une part d’elle n’a pas envie que je reste vivre à la maison. Je peux le comprendre. Dans son conditionnement, enfant à la maison = responsabilités, travail en plus, restriction de sa liberté gagnée. Ma mère a eu l’habitude de tout sacrifier pour nous quand nous étions petites. Pourtant, ce n’est pas ce que je souhaite. Je n’ai plus 9 ans, je participe aux tâches domestiques communes, je peux rendre des services, je suis autonome pour mes repas ou j’ai un plan B pour les repas communs s’il y a du gluten. Alors c’est vrai, quand je suis malade et coincée au lit, je suis d’une moins grande aide et mes parents écopent de mes courses à faire car je ne peux pas sortir. Mais je compte bien veiller à ne pas être un poids financier, à participer au paiement des charges.

Cela m’a frappé que ce petit « accident » ait eu lieu après leur avoir demandé à combien ils pensaient estimer ma part aux frais d’électricité et d’eau, pour que je leur fasse un virement mensuel. Alors que je tiens à leur montrer ma volonté de ne pas être une surcharge (au moins financière, à défaut de malade à aider de temps en temps) en tant qu’habitante de la maisonnée, voilà ce message incongru que je capte. Je suis censée en faire quoi au juste ?

Lui laisser du temps. Ta mère a besoin de temps pour s’adapter à la situation et pour comprendre que ses peurs et préjugés sur ton retour à la maison ne sont pas fondés. Elle n’est pas dans une période propice à la réceptivité. Ton père l’est bien plus, et tu as vu qu’il commence à prendre le pli. Il commence à lire toutes les étiquettes pour vérifier s’il y a du gluten ou du lactose.

Oui, j’ai vu et cela me touche. Je sais bien que les changements ne se font pas du jour au lendemain. Et j’ai bien noté ce que vous m’avez dit sur le fait de subvenir à mes propres besoins par moi-même. Qui sont en grande partie des besoins immatériels, de l’attention, de la bienveillance, de la douceur, du soutien moral, etc…

Je me rends compte que je porte des attentes sur eux, et qu’en plus, je ne fais pas forcément pour eux, ce que j’attends moi-même d’eux. Comme leur demander comment c’est passé leur journée. A vrai dire, je n’en ai pas vraiment besoin. Il suffit de les écouter et de les observer, et mon hypersensibilité fait le reste. Mais leur poser la question ouvre aussi la porte aux plaintes ou aux pensées formulées de façon négatives, surtout chez ma mère. Et ça, j’ai du mal à gérer… Vraiment du mal. Je suis déjà touchée de plein fouet par leurs énergies sans qu’ils parlent, alors avec… Quand elles sont positives, cela ne me gêne pas. Mais après une journée de boulot, c’est rarement le cas. C’est plutôt épuisement, stress, déception, anxiété, préoccupation pour les futures tâches à faire, dévalorisation, etc. Ma mère n’attend qu’une chose, c’est d’être à la retraite. Plus le temps passe et plus le travail devient difficile, car elle fatigue, mais aussi parce que les conditions de travail se dégradent dans son entreprise. Franchement, ça ne fait pas envie…

Ça ne fait pas envie, et au milieu de tout ça et de mes soucis de santé, je suis convoquée à un entretien par Pôle emploi ! Franchement, qu’est-ce que je vais bien pouvoir y dire ? SOS ma vie est en bordel, je ne sais plus du tout ce que je veux faire, et ma santé est pire qu’une roulette russe ?

Peut-être que les deux sont liés.

Méchant ! Ce n’est pas ce que j’ai envie d’entendre ! Tu es en train de me dire qu’il faut que je retrouve un boulot pour retrouver la santé ?

Non, ce que nous sommes en train de te dire c’est qu’il ne sert à rien d’attendre de retrouver la santé pour commencer à faire des projets et te projeter. Tu auras toujours une santé fragile, comme l’a si bien décrit Sylvie dans son article, que tu aurais pu copié-collé pour parler de ta propre santé. Ce n’est pas une raison pour t’arrêter dessus, suspendre indéfiniment ton futur professionnel. Si tu as le bon projet et que c’est le bon moment, il se fera, bonne santé ou pas. Tout ça, ce n’est qu’une excuse pour reculer des quatre fers.

Ouah, super… C’est moi qui vient pour pousser un coup de gueule et c’est vous qui m’engueuler parce que je ne me bouge pas assez pour mon projet professionnel ?

Il est temps que tu te remettes en mouvement, si ce n’est extérieur, au moins intérieur. Tu as créé de l’espace pour semer une nouvelle graine, il serait peut-être temps maintenant de la semer.

Et semer quoi comme graine ? Parce que je veux bien moi, réfléchir tout ce que tu veux. Mais je suis comme une girouette avec mille directions possibles. Comment en choisir une quand je ne sais pas ce dont j’ai envie ? C’est un casse-tête sans fin pour moi.

Tu n’as pas besoin d’y réfléchir, pas pour l’instant. Tu as besoin de le ressentir, au fond de toi, au fond de ton cœur. Tu as besoin de te laisser guider par ton âme. D’où les messages que tu reçois de rester en retraite, de t’occuper de toi, de te connecter à ton esprit intérieur. Ce n’est pas par plaisir que nous te coupons en grande partie du monde extérieur. C’est pour te pousser à te tourner vers l’intérieur et à écouter le message de ton âme. Il n’y a pas de meilleure guide qu’elle.

Et je suis censée deviner ça toute seule ? Vous ne croyez pas que ça serait plus efficace avec les sous titres ? Parce que franchement, laissez tomber, je peux être malade pendant 3 piges si vous ne m’aidez pas à comprendre l’origine du problème.

L’origine du problème. Et bien tu te réveilles chaque matin avec un fort mal de gorge : problème d’expression. Tu es épuisée et tu n’as plus d’énergie vitale : tes activités ne sont pas suffisamment nourrissantes. Ton hyperacousie s’est accentuée, d’après toi, ça veut dire quoi ?

Je ne sais pas, je me suis posée la question, mais je n’arrive pas à trouver la réponse.

Nous allons t’aider : tu entends trop de plaintes au sujet du monde du travail. A la télé, à la radio, dans la bouche de ta famille, mais globalement de toute la société. Le travail est associé à une corvée, pour beaucoup de gens, la grande majorité. Ce n’est pas ce que tu veux dans ta vie. Ce n’est pas ce que tu peux te permettre avec ta maladie.

Oui, ce dernier point, je l’ai compris. J’ai peu d’énergie et une santé fragile. Avec l’endométriose, j’ai besoin de beaucoup de repos et de récupération. Le peu d’énergie que j’ai passe souvent au quotidien dans le boulot. Si ce boulot n’est pas régénérant, qu’il me pompe tout, je m’épuise et je ne tiens pas le coup dans la durée… Mon équilibre est fragile et il faut vraiment que je trouve un moyen de le préserver au quotidien (enfin commençons déjà par le restaurer, ça serait bien).

Mais c’est une sacrée contrainte. Je ne me vois pas la remplir dans le monde classique du travail actuel. Je sais bien que certaines personnes arrivent à se créer le job qui leur convient sur mesure. Mais il faut quelque chose : une idée, un talent ou une facilité, une passion ou une forte motivation. Un élément moteur et surtout un concept, quelque chose qui donne une ossature.

Moi je suis à des années lumières de tout ça. Je ne sais même pas dans quel domaine je veux évoluer : la recherche, l’enseignement, le journalisme, le bien être ? Formation ou pas formation ? Vers quoi aller ? Comment ? Pfuit, c’est le vide absolu !

Il est trop tôt pour faire de telles projections. Si déjà tu essayais de capter l’élan de ton âme, ça irait mieux. Tu te poses trop de question avec la tête et pas assez avec le cœur.

Facile à dire dans notre société… « Tu te poses trop de question avec la tête et pas assez avec le cœur. » Et comment je fais pour poser des questions à mon cœur et à mon âme, hein ? Elle semble bien en standby cette dernière.

Parce que si tu ne l’écoutes pas, elle ne prend pas la peine de s’égosiller pour rien. C’est comme une plante qu’on arrose. Plus tu en prends soin, plus tu apportes de l’attention, plus elle se fait expressive.

Oui, je comprends l’idée, merci. Et concrètement ?

*sourire mystérieux* Demande à te connecter à elle et tu verras bien.

Bon, vois par toi-même, quoi. Ok, merci.

13 mai 2017

 

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Arrêter le lactose ? [endométriose]

Artiste

Artiste : Wlop

Je suis ronchon. J’ai une terrible envie de flan à la pistache, depuis que j’ai lu cette recette ce matin dans le livre de Marion Kaplan. Elle est simple, il me manque juste des pistaches, à ma grande frustration. En fait, j’ai envie de gâteaux, de sucré sous forme de dessert. Évidemment, ça tombe quand je n’ai pas les ingrédients nécessaires. Et que je suis coincée au lit à cause de mes règles (merci endométriose de mon cœur !) qui sont apparus par surprise ce matin.

Le jour où je devais aller voir mon supérieur pour écrire ensemble ces foutus papiers pour rendre ma rupture de contrat concrète. Quelle coïncidence n’est-ce pas ? J’ai longuement hésité dans mon lit à me dire, bon est-ce que j’y vais malgré tout ? Est-ce que je force sur mon physique pour me débarrasser de ça ? Mais en fait, j’ai essayé de me lever et après 3m courbée en deux et avoir vu quelques étoiles, je me suis rendue à l’évidence que 1) je n’étais pas en état de conduire 2) je n’avais pas l’énergie nécessaire pour faire face à mon supérieur. Si d’habitude cela me vide de mon énergie et me rend malade, alors en étant malade, je n’imagine même pas ce que cela donnerait !

De toute façon, tu n’étais pas prête à lui faire face.

Oui, je m’en suis rendue compte hier soir… Au cours de ma crise d’angoisse qui m’a empêché de trouver le sommeil entre 22h30 et 1h30 du matin, pour une fois que je me couchée tôt ! Là, c’était le pompon, pire que toutes les autres ! J’aurais cru qu’avec le temps, j’arriverais à mieux les gérer. J’ai fait les exercices de respiration que j’avais lus dans ce bouquin, les exos pour dédramatiser, un exo de relaxation musculaire. Rien à y faire.

Finalement, j’ai fini par faire cette visualisation de mon égo sous la forme d’un enfant. Et mon égo est dans une grande colère par rapport à mon supérieur. Impossible de me connecter à un sentiment d’amour et de gratitude envers lui. J’ai essayé mais cela sonnait comme creux et vide, comme non sincère. La pensée était là, mais pas l’énergie du cœur. Définitivement, c’est quelque chose que l’on ne peut pas « décider » de pardonner et de ressentir de la gratitude. Je me demande comment j’ai réussi à le ressentir pour les parents de mon amie et pas pour mon supérieur… Et clairement, ça m’embête, parce que sans ça, cela va être difficile de dissoudre dans l’amour et la lumière ce lien de domination qu’il exerce sur moi. Et de partir pour de bon. Je ne sais pas ce que je suis censée faire par rapport à ça…

Laisse-toi du temps. De toute façon tu n’es pas en état de te préoccuper de ce sujet…

Oui, mais…

Je préfèrerais que l’on parle de ton état actuel. Alors comme ça, tu as envie de sucré ?

Oui, mais pas de n’importe quel sucré. Des carrés de chocolat, des tartines miel et purée de noisette, ça ne suffit pas. J’ai envie de gâteaux ! De bons gâteaux, de flans, de roulé à la confiture ! J’aimerais que toutes ces délicieuses recettes sans gluten et sans lactose que j’ai découvertes aujourd’hui apparaissent « pouf » toutes faites devant moi.

Et pourquoi pas acheter des choses toutes prêtes ?

Déjà parce qu’il n’y a pas grand-chose de délicieux et d’accessible financièrement dans les rayons des supermarchés. Et ensuite, parce que la seule pâtisserie sans gluten de toute l’île de la Réunion est à 30 min de route ! Je sais qu’il y a aussi un gars sur le marché de Saint Leu qui fait des produits comme ça, mais autant dire que c’est compliqué d’accès.

Dis-nous vraiment ce dont tu aurais envie.

Et bien, encore mieux… J’aurais envie, que lorsque je suis malade comme ça et clouée au lit, ce soit mes proches qui viennent me voir avec un bon gâteau maison sans gluten et sans lactose… Même si je sais que ce n’est pas possible, parce que 1) ils sont à 6000 km de chez moi 2) ils ne savent pas cuisiner sans gluten et sans lactose.

Et tu ne crois pas que c’est le point 2 qui pose le plus de problème ?

Mes parents ne montrent pas grand intérêt à cuisiner sans gluten et lactose. Je ne sais pas si c’est parce que je les vois très rarement, ou qu’ils n’ont pas envie de faire l’effort d’apprendre ou qu’ils ne se sentent pas concernés. Ma mère a des symptômes que la médecine conventionnelle n’arrive pas à calmer. Je lui ai suggéré de tester un régime sans gluten pour voir si cela la soulageait, mais elle a fait de l’humour et ne m’a pas prise au sérieux.

Je ne suis pas sûre qu’ils changeraient quoi que ce soit à leurs habitudes par rapport à moi, même si je revenais vivre près de chez eux, ou bien encore carrément à la maison. Non, je n’en suis pas sûre du tout. Je ne sais pas ce qu’ils pensent. Mais quand ils étaient en vacances ici, eux ont mangés comme d’habitude, en achetant du pain et des chocolatines. Ils ont même fait des pâtes, moi j’ai mangé du quinoa de mon côté. Ça n’a pas été très facile pour moi, ce n’est pas comme si je n’adorais pas le pain. L’odeur du pain frais dans la voiture était insoutenable. Je ne me souvenais pas à quel point cela sentait si bon et me mettait la salive à la bouche. Ils ne se sont même pas posés la question…

Mais ils t’ont acheté des produits sans gluten.

Oui, c’est vrai, ils ont fait des efforts. Sauf que tout ne peut pas s’acheter. Que se passera-t-il au prochain Noël que je ferai ? Est-ce que mon père cuisinera sa traditionnelle bûche de Noël et moi je les regarderai tous en manger sans pouvoir y gouter ? J’ai peur que tout soit comme ça. Je n’ai pas envie d’avoir à ma battre pour faire accepter mon régime alimentaire. Comme ma grand-mère qui m’a cuisiné un gâteau d’anniversaire à la farine de blé, alors que je lui avais bien expliqué que je ne mangeais plus de gluten. Elle s’attendait à ce que je fasse une exception. J’ai dû lui expliquer que non, je ne pouvais pas faire d’exception, parce que si je commençais à en faire une, tout le monde me demanderait d’en faire une autre. Je trouve ça super dur émotionnellement…

C’est ce qui te rebute à arrêter définitivement les laitages ?

Entre autre. Arrêter le gluten a déjà été un défi. Il ne s’est pas trop mal passé, parce qu’en douceur et de façon progressive. Finalement, chez soi, ce n’est pas si compliqué. Il suffit de remplacer le pain par des crackers sans gluten, et la farine de blé par des substituts. Mais en dehors, ça devient déjà plus dur. Il faut faire une croix sur la majorité des produits préparés et les desserts et pâtisseries. Il faut être vigilant dans les restaurants, laisser tomber les pizzerias, italiens, restos de pâtes.

Mais le lactose en plus ? Ça devient l’enfer à l’extérieur. Le beurre, le fromage, le lait… dans les sauces, les gâteaux, etc. Même pour moi, c’est un dépaysement bien plus complexe que je ne le pensais. Parce que cela change aussi la nature de certaines recettes. Je n’ai toujours pas trouvé de recette de crêpes sans gluten et sans lactose qui me satisfasse après 3 essais différents.

Peut-être vaut-il mieux pas que tu ne cherches pas à reproduire ce que tu connaissais, mais que tu partes sur de nouvelles choses. Comme cette recette de crêpes à la farine de châtaigne ? C’est sûr, le gout sera différent de celles au blé que te faisait ton Papa, mais au moins tu ne chercheras plus la ressemblance. Et qui sait, nouveau peut être bien, non ? Vois tes amies qui t’ont redemandé ta recette de gaufre sans gluten à la farine de châtaigne.

Je croyais que mes problèmes de digestion du lactose n’étaient que passagers ? Que provoqués par la perturbation de ma flore intestinale à cause de ma dépression nerveuse ? Mais que cela allait revenir à la normale ?

Il vaudrait mieux pour toi que tu arrêtes définitivement. Avec ta maladie et tes problèmes de santé, tu serais mieux sans. Tes rêves te l’ont dit.

Oui, à chaque fois que je rêve de manger quelque part, au restaurant ou ailleurs, je demande « sans gluten et sans lactose ». Et franchement, j’ai du mal pour le lactose, parce que j’adore tellement le fromage !

Tu peux garder le fromage de chèvre pour l’instant, en petite quantité. Pas plus d’une portion par jour, ok ?

De toute façon, je ne suis pas prête à renoncer à ça. Ça fait trop d’un coup. Je me suis rendue compte que mon manque d’envie de cuisiner ces derniers temps était dû au fait que je n’ai pas d’envie compatible avec ma nouvelle alimentation.

On ne peut pas avoir envie de ce que l’on ne connait pas. Il faut te refaire un répertoire. Tu as très bien vu aujourd’hui qu’il existait de nombreuses autres recettes qui te faisaient envie. Laisse-toi du temps. Et prends la peine de cuisiner des choses qui te font envie. Tu verras que le résultat en vaudra l’effort et que tu auras le sentiment d’avoir pris soin de toi en faisant ça.

Laisse-moi deviner. Une pensée m’est venue ces derniers temps. Mon endométriose comme mon intolérance au gluten sont là pour me forcer à prendre soin de moi, c’est ça ? Avec le gluten et le lactose, je suis obligée de cuisiner moi-même, plutôt que de me laisser aller à la facilité en achetant des choses toutes prêtes. Et l’endométriose et les crises de fatigue chronique me forcent à me reposer, à ralentir le rythme, à écouter mon corps… C’est pour ça que même si je fais un travail psychologique et énergétique, ma maladie ne partira pas ?

Pas tant que tu n’auras pas réellement appris à prendre soin de toi et que tu le feras sans contrainte. Imagine-le comme une opportunité.

Je ne trouve pas ça juste, quand d’autres peuvent manger n’importe quoi sans s’en soucier.

La vie n’est pas « juste » dans le sens où vous êtes tous égaux. La vie est « juste » pour chacun d’entre vous, selon votre parcours propre et les choses que vous avez à guérir ou à apprendre.

Hum… Merci pour la discussion.

10 janvier 2017

 

Coup de gueule envers l’Univers

[Avertissement : comme son titre l’indique, cet article est mon coup de gueule concernant toutes les émotions négatives que j’ai pu accumulées durant cette année 2016. Âmes sensibles aux émotions négatives et râleries, mieux vaut vous abstenir de lire celui-ci ^^]

Il y a des fois où je n’en peux plus. Où je me sens vraiment découragée et surtout très seule. Évidemment, c’est une réalité matérielle, puisque mes amis proches sont tous – de façon temporaire ou permanente – en métropole. Ainsi que ma famille. Ainsi, je n’ai personne pour passer me faire un coucou, m’encourager à sortir, m’emmener prendre l’air quand je n’ai pas la force physique de conduire. Mais au-delà de cette solitude-là, il y a celle de me sentir seule et incomprise dans les épreuves que je traverse. Même mon amie, qui pratique le chamanisme et m’a initié, m’a dit « je n’ai jamais vécu un tel nettoyage et brassage énergétique tel que tu le vis […] je ne peux te guider davantage ». C’est sacrément dur à recevoir quand on se sent plus désespérée et perdue que jamais, qu’on aurait juste besoin d’être rassurée…

Trop d’infos à digérer, trop d’émotions à nettoyer. Mon corps qui semble ne plus vouloir coopérer. Tout devient plus dure, la moindre petite chose du quotidien. Me lever, faire à manger, m’habiller, sortir faire des courses… A quoi bon ? Rien ne me motive à avancer. Au contraire, je sens tout mon être se braquer et refuser de continuer à avancer. Refuser de commencer à vivre cette nouvelle année. Refuser de sortir et d’être en contact avec la réalité.

J’ai senti au fond de moi que tout ce brassage et ces difficultés ne sont pas terminés. J’espérais que la nouvelle année serait plus positive, que tout ce nettoyage se terminerait avec la fin de l’année passée. Mais la réalité, c’est que c’est loin d’être fini… Le processus ne fait que s’amplifier. Mes peurs et mes angoisses continuent de se manifester. Et la vérité c’est que je suis terrifiée. Terrifiée par tout ce vide créé, plus de travail, plus de perspective d’une relation en couple, plus de but ni d’envie, aucune direction dans ma vie.

Pour accueillir la nouvelle année, parmi les nombreux exercices, méditations, etc que l’on peut lire (ici celles de Jennifer Posada – en anglais -), beaucoup encourage à poser une nouvelle intention pour cette année, ou bien à imaginer ce à quoi l’on inspire. C’est un exercice de pensée positive pour attirer les énergies souhaitées à soi. Et bien, la réalité c’est que je suis incapable de le faire, et que je fuis la réalité d’une nouvelle année à cause de ça. Je ne sens pas de nouvelles graines à planter dans mon cœur. Pire, j’ai l’impression que mon cœur devient de plus en plus petit, gris et renfermé. Que je n’arrive plus à me sentir connectée à lui et à ressentir de l’amour pour moi-même. Comment alors réussir à prendre soin de soi ?

Comment mobiliser la force pour se lever quand rien ne vous motive, rien ne vous attend chaque jour ? Pourquoi se faire à manger si on n’a pas faim ? Et que de toute façon le corps émet des messages contradictoires incompréhensibles et que l’on n’arrive rien à digérer ?

Mon ancrage au monde matériel semble plus ténu que jamais. Un jour à être malade, et devoir faire la diète, et pouf me voilà complétement perchée. Sans faire attention, me voilà à continuer à sauter des repas – rien ne me fait envie dans mon placard et dans mes frigos. Il faudrait bien que je fasse des courses… mais mes vertiges me dissuadent de prendre le volant. Et puis de toute façon, je n’ai pas envie de sortir, pas envie d’être confrontée au monde extérieur.

Je me sens trop fragile, prête à être brisée par cette réalité qui ne me donne aucun espoir, aucune chose à laquelle m’accrocher. Le soleil brille, mais pas pour moi, je n’ai même pas envie de le laisser rentrer. Il y a des moments comme ça, où on n’en a juste pas envie, pas la force.

Mes proches me demandent de me renseigner pour un poste, d’écrire et de postuler. Mais ils ne comprennent même pas que je n’ai en ce moment pas la force de vivre au quotidien. Que je peux rester des heures couchée, sans envie de rien faire.

C’est arrivé, comme ça, d’un coup. Comme quelque chose qui s’est cassée après cette fin d’année. Comme un espoir soufflé et rien pour le remplacer. On dit parfois que l’amour est la force qui fait tourner la planète et vivre les gens. Peut-être est-ce vrai. Peut-être est-ce pour ça que je n’ai plus envie de me lever. Parce que je prends enfin conscience de la réalité – que je ne pourrais pas vivre de nouveau une relation avec ex-compagnon, ma flamme jumelle. Ou bien dans tellement longtemps, qu’il ne vaut mieux pas que je compte dessus pour avancer.

Je dois trouver la force d’avancer juste pour moi-même. Mais comment on fait ça ?

Toutes les choses que j’aimais d’habitude me semble vide de sens et ne m’appelle pas. Mon appareil photo est posé à côté de moi, mes crayons aquarelle, mon matériel de peinture aussi. Ma tablette graphique également. Mon canevas, les livres sur la biologie végétale que j’avais commencé. Des choses qui me feraient mourir d’envie d’en avoir le temps, si je travaillais et si j’avais une vie normale. Sauf que rien ne me semble normal en ce moment. Je marche en terrain inconnu, où je ne comprends rien de ce qui m’arrive. Où je ne comprends pas les réactions de mon corps, les énergies que je ressens, les rêves envahissants que je fais.

J’essaye de m’accrocher, de suivre les flots. Mais je me sens fatiguée. Peut-être devrais-je juste me laisser couler et voir ce qui se passe ? Peut-être devrais-je ne pas lutter ? Ne pas me lever, ne pas m’habiller, ne pas chercher à faire quelque chose qui me semble au-dessus de mes forces physiques et morales. Et attendre. Peut-être que cela va passer ? Peut- être que quelque chose va céder en moi et me donner de nouveau la force d’avancer, de continuer sans savoir où aller.

Vraiment, rien n’a plus aucun sens pour moi. Je me raccroche à la seule chose que je peux encore faire. Écrire. Mettre les mots les uns derrière les autres. Ce serait tellement plus facile si j’arrivais à faire de petits pas pour aller mieux de la même façon que j’arrive à écrire. Si j’arrivais à transformer ces émotions de désespoir, de tristesse et de peur en énergie pour rêver de nouveau, avoir envie de vivre et avancer.

Alors j’écris à l’Univers. Hey, Univers, Source, Guidance où ce que tu veux. Je suis perdue ! J’ai besoin d’aide ! S’il te plaît. Aide-moi à trouver une raison pour avancer ! Aide-moi à trouver la force de me lever chaque jour et de faire quelque chose de mes journées… Aide-moi à retrouver l’envie de vivre et de sourire à la vie…

6 janvier 2017

Un chat est un chat

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Auteur : Les Rêves de Celia

Je sens une grande frustration en moi. Elle est apparue à la suite d’une conversation avec un ami, qui me demandait ce que j’avais fait la semaine passée, et ce que je comptais faire. Ce à quoi je n’ai pas répondu grand-chose, à part que je n’avais pas trop eu la forme physique… Je n’ai pas ressenti sur l’instant l’ouverture nécessaire pour me confier. Qu’aurais-je pu bien dire ? J’ai encaissé le nettoyage énergétique de fin d’année et travaillé à la transmutation des émotions qui me pesaient ? J’ai continué mon travail d’exploration des mémoires familiales ? J’ai consacré du temps à développer ma créativité et mon intuition ? J’ai écrit sur mon blog ?

C’est parfois rageant de se rendre compte que tout le travail intérieur, émotionnel et énergétique que l’on fait ne se voit pas de l’extérieur, pour la plupart, et encore moins à distance. Ce genre d’échange me donne parfois l’impression que je ne fous rien sur le plan matériel. Comment expliquer qu’en réalité, je fais avec le corps que j’ai et que celui-ci est très vite impacté par les émotions et les énergies ?

Alors oui, des fois, je craque. J’aimerais que mon corps soit plus fort et en meilleure santé, que je puisse sortir et conduire quand je voudrais, que je puisse reprendre la danse et aller nager. Que je ne sois pas obligée de rester couchée pour limiter les douleurs, ou de faire deux siestes par jour. Que je ne sois pas obligée non plus de faire ultra attention à mon alimentation à cause de mon endométriose. Que je n’ai pas des crises de fatigue aiguë chronique. Etc, etc…

Je ne sais pas pourquoi j’ai un corps physique si « faible » ou tout du moins qui somatise à ce point. Au point que je n’ai pas le choix de faire un travail sur mes émotions et sur mes énergies. La moindre pollution énergétique extérieure, ou émotion refoulée devient tout de suite un mal à la gorge, une douleur… Alors je n’ai même pas le choix, pour aller mieux, je dois en tenir compte.

Des fois, j’aimerais tout envoyer valser. J’aimerais ne pas avoir ces contraintes-là de vie liée à mon hypersensibilité. Comme quoi, il y a du boulot à faire au niveau du contrôle de mes capacités et de ma gestion énergétique. Je ne demanderais que ça, qu’on m’explique comment je suis censée faire. Parce que des fois, je me sens putain de seule – excusez-moi pour la grossièreté mais ça fait du bien. Heureusement que j’ai la chance de pouvoir lire des blogs comme ceux de Sylvie et de Camille Fraise. Sinon, j’aurai pété les plombs depuis longtemps. Ils représentent pour moi un flambeau d’espoir et d’inspiration, et un modèle de ténacité.

Mon propre blog n’a évidemment pas cette prétention-là. Je l’avais créé au départ pour partager mes poèmes couplés à mes propres photos, avec une vision plutôt d’écriture littéraire. Et puis finalement, mon inspiration a dévié, et je ne suis plus capable d’écrire des poèmes comme je le faisais autrefois, comme pris dans une transe émotionnelle. Je me demande même pourquoi j’écris encore ici. Enfin, je le sais, on dirait que le partage est mon moteur pour canaliser. Même si des fois ça m’embête un peu, car j’ai l’impression de « copier » le modèle de Sylvie – surtout quand je partage mes photos en même temps.

En quoi est-ce un mal de « copier le modèle de Sylvie » ?

Je ne sais pas, cela me met parfois mal à l’aise.

Parce que tu te sens moins légitime qu’elle à écrire ce que tu captes ?

Evidemment. Je ne suis pas capable de nommer et distinguer mes guides. Je me sens comme un bébé dans la cour des grands à côté d’elle et de Camille.

Pourtant, tu te rends compte que ce que tu perçois est aussi une réalité pour les autres. Notamment cette histoire de fenêtre et de porte dans la relation aux autres.

Oui, mais… Je perçois peut être certaines choses sous un certain angle de par ma reliance au Milieu… Cela ne veut pas dire pour autant qu’elles soient justes. Ou que je sache mettre les bons mots dessus.

Un chat est un chat. Une phrase est composée d’un sujet, d’un verbe et d’un substantif. Voudrais-tu changer la structure même de la grammaire ? Il n’y a pas 36 façons d’écrire. Il faut aligner les mots. Et pour un échange interactif, un dialogue est ce qu’il y a de plus efficace. Sylvie ne l’a pas inventé. D’autres personnes qui canalisent utilisent ce modèle là aussi. Tu peux également écrire des articles inspirés sans dialogue, mais là c’est plutôt ton âme qui parle à travers toi, que nous tes guides qui t’inspirons.

Ah bon ? Je me demandais qu’elle était la différence. J’entends ce que tu dis, mais cela ne fait pas disparaitre ma gêne.

Il n’y a pas de suprématie à avoir. Ce n’est pas parce que le blog de Sylvie est bien plus vieux ou populaire que le tien que tu n’es pas légitime pour écrire ici. C’est ton espace, tu y partages ce que tu es. Il n’y a pas de comparaison à faire. Tout est complémentaire.

Je le sais… Alors pourquoi je ressens cette gêne liée à tant de tristesse ?

Parce que tu aimerais que tes proches reconnaissent ta médiumnité et l’acceptent. Tu voudrais qu’ils comprennent le travail que tu fais en ce moment, qui est pourtant invisible aux yeux des autres. Tu voudrais qu’ils ne te jugent pas et ne pensent pas que « tu ne fous rien ». D’un point de vue officiel, tu masques ta période de purification intensive sous l’appellation d’une « dépression nerveuse ».

Ce n’est pas moi qui ai choisi le terme, c’est le psy…

Certes, ce que tu vis possède tous les critères d’une dépression nerveuse. Toi et moi savons pourtant qu’il se passe bien plus de choses que cette appellation limitée.

Oui… mais combien de temps cela va-t-il encore durer ? Mon ostéopathe parlait de 3 mois… Mais les 3 mois sont passés !

Cela prendra le temps qu’il te faudra. Tu ne manques de rien à ce que je sache ?

Non, mais comment je le justifie aux yeux extérieurs ? Qu’est-ce que je dis à ma famille, aux personnes qui me posent des questions ?

Il est temps de réfléchir à ce que tu veux projeter dans le monde extérieur qui t’entoure. Penses-tu pouvoir cacher toute ta vie que tu es médium ?

… Je n’y ai jamais vraiment réfléchi, parce que je crois que je ne me suis jamais considérée comme telle. J’ai encore du mal à comprendre réellement ce que cela veut dire, et je ne sais même pas quel type de médium je suis, pourquoi et comment gérer mes capacités !

Sur le pourquoi, tu as déjà eu ta réponse. Tu penses que pour s’affirmer médium, il faut être capable de guider les autres et de les aider à guérir. C’est comme ça que tu le vois, parce que tu as l’exemple de Sylvie sous les yeux. En réalité, c’est bien plus complexe que ça et il existe des tas d’autres types de médium.

Pourquoi ne suis-je jamais tombé sur d’autres exemples ?

Tu en as eu. A vrai dire, tu en connais même un certain nombre dans ta vie physique. C’est juste que comme ces personnes-là ne savent pas forcément non plus quelle est leur particularité, tu n’identifies pas forcément le rôle de la médiumnité chez eux.

Non définitivement pas… Chez Sylvie et Camille, elles ont chacune trouver leur spécificité, ce qui les définit en tant que médium. Cela parait clair et évident, quand moi j’ai la sensation de patauger.

Tu oublies également que tu n’as que 26 ans, et que Sylvie et Camille ont également longtemps « patauger » pour reprendre tes termes. Il faut te laisser du temps. Tu ne peux pas avoir toutes les réponses alors que tu t’ouvres à peine et réellement à ta guidance. En revanche, tu peux pour progresser faire le choix d’écrire tous les jours comme Sylvie le faisait.

Oui, j’ai senti le message passer. Ecrire, écrire, écrire. Ça tombe bien, c’est un des trucs où je ne suis pas trop mauvaise et que j’aime faire. Comme une de mes amies me l’avaient souligné. Mais où cela va me mener d’écrire ici sur la spiritualité ?

Cela te mènera où tu dois. Tu aimerais avoir des réponses sur ton orientation professionnelle. Nous te le disons franchement, « ce n’est pas le moment ». Concentre-toi déjà sur l’apprentissage de la gestion de tes émotions et suis ton intuition de te concentrer sur ta santé pour le temps qui vient.

Ok, mais j’en reviens à ma question de tout à l’heure. Comment je justifie ça auprès de ma famille ?

Crois-tu que tu as réellement besoin de te justifier ? Dépends-tu financièrement de quelqu’un ?

Non, mais… Je sens déjà la pression familiale qui commence pour que je cherche un boulot.

C’est parce qu’ils s’inquiètent pour toi. Apprends à les écouter avec ton cœur, apprends à les rassurer. C’est toujours en apaisant la peur que l’on libère les poids émotionnels. Et il n’y a pas de meilleur remède que l’amour pour ça. Remercie-les. Fais leur comprendre que tu entends leur inquiétude et que tu l’as prend au sérieux. Explique-leur simplement que tu as d’abord besoin de rétablir ta santé pour pouvoir prendre les bonnes décisions et ils le comprendront. Fais leur confiance.

Hum…

Et réfléchis à ce que nous t’avons posé comme question sur ta médiumnité. Tu sais quelle carte tu as tiré aujourd’hui, tu n’as pas compris pourquoi sur le moment, mais cela fait sens maintenant. Cette carte t’invite à oser rayonner qui tu es. Quel mal y a-t-il à être médium ?

J’ai entendu tellement de critiques, d’accusations de charlatanisme, de manipulation etc, que…

Es-tu ce genre de personne ?

Non.

Les proches qui te connaissent le savent aussi. Il n’y a pas de raison qu’ils portent ce genre de jugements.

Je sais… mais j’ai pourtant le cœur qui se serre. J’ai peur d’être rejetée à cause de ça. Car mes parents ne sont pas très ouverts sur le sujet de la spiritualité. Et mes rares tentatives se sont souvent soldées par une incompréhension.

Il y a l’art et la manière d’expliquer. Ta tante ne s’est jamais moquée de toi quand tu lui as parlé de l’âme de ta mamie. Ta mère n’a jamais critiqué ta volonté d’accompagner ta grand-mère lors de son « passage vers la lumière ». Une de tes amies s’est ouverte au chamanisme suite à tes encouragements. Une autre est capable de discuter de spiritualité avec toi, même si elle vit la sienne très différemment. Tu as même un ami à toi, très sceptique envers tout ça, qui arrive à t’écouter sans jugement. Tes proches sont plus ouverts que tu ne le crois. Même ta propre sœur.

Je me demande des fois pourquoi je suis la seule comme ça dans la famille. Y en avait-il d’autre dans les générations précédentes ? J’imagine qu’en réalité, cela n’a pas grande importance. Je me questionne juste sur comment faire avec, alors que je fais seulement mes premiers pas en pleine conscience et dans l’acceptation de cette réalité.

C’est déjà un grand progrès. D’accepter sans opposer des « pourquoi » à chaque fois que tu reçois une guidance. C’est la clé pour la développer et t’y ouvrir encore plus. La foi. La foi que ce que tu reçois est juste pour toi, la foi que ce que tu captes est aussi légitime que ce qu’une autre personne capte. Encore une fois, la guidance est propre à chacun. Ce que tu captes peut être juste pour toi, mais ne pas correspondre à un autre. Cela ne veut pas dire que c’est « faux ou vrai », tu le sais. Cela signifie simplement que tu ne peux pas te tourner vers l’extérieur pour être rassurée et voir tes guidances confirmées. Je le répète encore une fois, la clé c’est la Foi.

Oui, au moins, cela ne diverge pas de ce que Sylvie canalise, lol.

Il y a autant de médiums que de personnalités, même si on peut distinguer des grands groupes. Avec le temps, tu découvriras tes propres particularités. Mais ne mets pas la charrue avant les bœufs. Apprends à développer ta foi et ton ouverture à ta guidance. Un pas après l’autre, comme vous dites.

Merci.

3 janvier 2017

Lettre à l’univers

Auteur :

Auteur : Les Rêves de Celia, octobre 2016.

Je me sens très instable émotionnellement. Je me rends compte que je suis en colère. En colère contre mes proches, en colère qu’ils ne me semblent pas se soucier de moi et du fait que je n’aille pas bien. Mais pourquoi suis-je en colère ? Parce que mon mental pose l’interprétation que ce silence est égal à de l’indifférence. Mais je vois qu’en réalité, je ne fais que reporter cette colère, sur des personnes qui ont un visage, parce qu’ainsi, j’ai l’impression de pourvoir me « venger » en les ignorant à mon tour. Cela me donne l’illusion de ne pas être impuissante face à cette colère et ce sentiment d’indifférence.

Mais la réalité, c’est que ces personnes ne m’ont absolument rien fait. Elles sont égales à elles-mêmes, vive leur propre vie, à un rythme souvent soutenu, celui de la société. Le temps peut parfois paraitre bien long lorsqu’on est en arrêt maladie, et la journée bien solitaire.

La vérité, c’est que ma colère a commencé en réaction à ma souffrance. Lorsqu’on m’a répondu à Pôle emploi « non, nous ne pouvons pas vous accorder un entretien avec un conseiller (pour demander de l’aide sur mon orientation professionnelle) car vous êtes en arrêt maladie. Tant que vous serez en arrêt, vous êtes considérée comme non disponible à la recherche d’emploi et cette catégorie-là n’a pas le droit à des entretiens. Essayez auprès de la mission locale. » Je suis allée à la mission locale « non, on ne peut pas vous conseiller, vous avez plus de 26 ans révolus ».

Je n’en veux pas à ces conseillères, elles font leur job, et à priori elles ne sont pas payées pour me conseiller. Restriction de budget, règles à appliquer, blabla, toute la machine administrative. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de me sentir abandonnée, laissée seule à me débrouiller par la vie.

Ma psychologue, comme mon psychiatre, m’ont conseillé de me renseigner sur une réorientation professionnelle, de faire un bilan de compétences, bref de trouver un fil à suivre, une nouvelle envie et remotivation professionnelle pour lutter contre les troubles anxio-dépressifs. Tout le monde n’avait que ce mot à la bouche « bilan de compétences », et je me suis dit qu’au vu de la répétition, c’était une piste envoyée par l’Univers. Pourquoi cela tombe à la l’eau ?

Je suis en colère que la réponse soit « on ne peut pas vous aider ». Je suis en colère de ne pas trouver l’aide pour identifier une porte de sortie. Est-ce que c’est une blague ? M’orienter vers une piste pour me retrouver face à un mur ?  J’ai vu mes espoirs se casser en petits morceaux à la réponse de la conseillère. Pour être aidée, je ne dois plus être en arrêt maladie, mais pour m’aider à aller mieux, il faudrait que je trouve une piste sur ce que je veux faire de ma vie. C’est le serpent qui se mord la queue ! Et voilà, j’ai de nouveau l’impression d’être abandonné par l’univers, de faire face à une indifférence générale. Sauf que l’univers n’a pas de visage sur qui on peut crier sa colère, pas pour moi. Alors c’est plus facile de la reporter sur ses proches, injustement.

Sauf que c’est nul. Parce que c’est moi-même que je punis en m’isolant de mes proches. Parce que c’est moi-même que je rends malheureuse en laissant mon mental me convaincre que ces personnes sont indifférentes à moi…  Et parce que je suis fatiguée de répéter ce même schéma mental de « silence = indifférence » qui me fait tellement mal. C’est comme remuer le couteau dans la plaie encore et encore, de cette blessure de l’abandon maternel.

Alors j’ai plutôt envie de dire à l’Univers que je suis en colère ! J’en ai marre d’être perdue, de me sentir mal, de ne rien comprendre, de ne pas savoir où je veux aller, ni comment y arriver ! Et cette colère n’est qu’un masque à une souffrance, plus profonde, celle de me sentir abandonnée dans ma guidance au moment où j’ai le sentiment d’en avoir le plus besoin…

« Il est possible d’éviter certaines embûches. Encore faut-il pouvoir se faire confiance lorsque volontairement, la guidance devient plus floue afin que vous écoutiez votre propre cœur. » disait Elémiah sur le blog de Sylvie ici.

Mais comment puis-je écouter mon propre cœur quand je suis submergée par tant d’émotions ? Que je suis perturbée par tant de rêves choquants et de cauchemars qui me laissent dans un malaise profond au réveil ? Que la guidance apportée lors de mes voyages chamaniques fait ressurgir tant de choses lourdes et tristes dont ne j’arrive pas à gérer les énergies dans le monde matériel ?

Je pense aller mieux physiquement, et j’envisage de reprendre le travail, mais mes insomnies reviennent en force et me laissent dans un état lamentable. Je ne comprends toujours pas ce qui se passe dans mon ventre, et je me demande s’il n’y a pas d’autres choses en plus que le lactose qu’il faut que j’arrête. Mes douleurs sacro-iliaques explosent et conduire devient difficile… Mon acné est revenue en force, preuve que quelque chose ne va pas avec mes hormones et mon traitement hormonal. Mais je ne comprends rien, je ne sais plus où donner de la tête et quoi faire… Devrais-je retourner chez le médecin un millionième de fois pour lui réclamer des tests d’allergie alimentaire ? Le fera-t-elle seulement si je lui demande ?

Prends RDV lundi si cela peut te rassurer…

Je ne sais pas quoi faire sur le plan professionnel. Je ne sais pas si mon arrêt maladie va être prolongé ou pas ? Je n’arrive même pas à estimer si je suis en état de reprendre le travail…

Pas avec les bouleversements émotionnels que tu traverses.

Combien de temps ?

Tant que tu n’auras pas pris les bonnes décisions.

Mais c’est quoi les bonnes décisions ?

Celles que tu refuses d’envisager. Pourquoi ne veux-tu pas quitter ton travail sans avoir trouvé autre chose ?

Parce que je n’ai pas d’argent de côté, et que je ne toucherai pas le chômage si je démissionne. Parce qu’alors je n’aurais pas les moyens de payer mes charges. Parce que je n’ai pas envie de retourner vivre chez mes parents. Parce que j’ai peur de ne pas savoir quoi chercher et encore combien de temps je mettrais pour retrouver du travail. Parce que quitter un CDI dans les conditions actuelle d’emploi…

Mais quoi que je dise, j’ai l’impression que tout cela sonne creux. Je ne connais pas la réponse.

Parce qu’il n’y en a pas. Ce sont tes peurs qui te retiennent de partir.

Mais enfin, réussir à subvenir à ses besoins, ce n’est pas juste une chiquenaude. C’est la réalité matérielle. Payer le loyer, l’assurance, l’essence de la voiture, etc…

Qui te dit que tu seras sans le sou, que tu ne pourras pas toucher le chômage le temps de retomber sur tes pieds ?

Je ne suis pas sûre que mon supérieur accepte de signer une rupture conventionnelle…

As-tu essayé ?

Non. Parce que je ne sais pas ce que je veux.

As-tu envie de retourner y travailler ?

Non, je n’ai plus envie de travailler dans ces conditions-là. Je n’ai plus envie de m’infliger ça…

… par peur de le quitter et d’aller vers l’inconnu ?

C’est vrai… C’est vrai aussi que j’ai accepté ce travail par défaut d’avoir autre chose. Parce qu’il me donnait une sécurité matérielle, en même temps que je m’offrais l’opportunité de travailler sur mon féminin à la Réunion.

Tu n’es plus obligée d’y rester. Un cycle s’est achevé, un nouveau va commencer. Il faut t’ouvrir aux possibilités, tu ne peux pas le faire en gardant ce travail comme un boulet à tes pieds.

J’ai peur de partir, j’ai peur de la réaction de mon supérieur et de la façon dont cela va se passer. J’ai peur que la situation que j’ai vécue dans mon travail précédent se répète.

Comme tu le dis, c’est une peur, tu n’as pas à t’identifier à elle. Est-ce une raison valable de rester ? Par peur, alors que peut être d’autres magnifiques et enrichissantes expériences t’attendent ailleurs ?

Mais où ? C’est difficile pour moi de partir sans avoir une idée de destination à court terme…

Parfois il faut laisser un peu de temps pour que les choses apparaissent. Parfois il faut dissiper la brume présente avant de pouvoir se projeter dans un avenir proche. Ton travail ne t’apporte plus aucune satisfaction, ni aucun épanouissement. Pire il t’apporte du stress et des désordres psychosomatiques. En plus de cela tu es payé avec 3 semaines de retard. Dis-moi quels avantages il y a à rester ?

« La paix des ménages ». La paix auprès de mes parents, éviter l’angoisse étouffante que ma mère projette sur moi. Eviter les regards et les jugements de la société.

Encore une fois, est-ce une bonne raison ?

Non, bien sûr que non…  Il n’y a pas de bonne raison à rester à cet endroit, quand cela n’a plus de sens.

Alors il est temps de partir.

Mais comment ?

Renseigne-toi bien sur les conditions de rupture conventionnelle. Essaye d’expliquer honnêtement la situation à ton supérieur, dans la mesure de ce qu’il est capable d’entendre. Que tes problèmes de santé vont nécessiter une réorientation professionnelle, que tu ne pourras plus aller sur le terrain comme il le souhaite. Essaye de voir et de négocier avec lui. Tu sais déjà ce qu’il va attendre de toi, essaye de t’en servir comme arguments pour le rassurer.

Oui, la rédaction de ces rapports… et la transmission. J’ai peur de ne pas réussir à négocier. Je ne sais pas non plus si je vais être capable de le faire. Cela suppose quand même d’y retourner. Avec mon état physique instable, ça risque d’être compliqué…

Commence par te renseigner, puis tu verras.

Merci.

4 novembre 2016

Les transferts émotionnels dans nos relations

Artiste :

Artiste : Tara Mc Pherson, Waterfall

J’essaye d’intégrer ce que m’a dit le gynécologue, au sujet du suivi de mon endométriose, mais plutôt que me rassurer, cela m’angoisse et me décourage… Je me demande bien pourquoi ? Après tout, selon lui, les résultats sont encourageants, mes ovaires sont autant « sous contrôle » que possible vu mon problème de dystrophie ovarienne (produisant trop de follicules). J’ai même un endométriome qui a réduit de taille.

Malheureusement, les effets secondaires sont encore bien trop présents : fatigue chronique, impact sur le système digestif, sciatique, etc. Et j’ai l’impression que bien que j’ai enfin un traitement pour cette pathologie, je suis quand même bien trop souvent malade par ailleurs.

Mais pour lui, cela ne serait pas forcément dû à l’endométriose. J’ai constamment dans mes analyses de sang une composante dont les résultats sont trop élevés. Mon médecin traitant avait écarté ces résultats gênants en supposant que c’était dû à l’endométriose. Mais lui me dit que ce n’est pas l’origine. Et qu’il faut rechercher les causes. Et m’a questionné sur mes antécédents de problèmes articulaires… Il suspecte une autre pathologie. Et je ne sais pas quoi penser. J’ai bien eu le pressentiment que quelque chose n’allait pas avec mes analyses, mais le médecin traitant les a écarté, probablement fatigué de la complexité de mon cas…

En tout cas, je suis contente que mon gynéco n’ait pas fait la sourde oreille. Heureuse aussi qu’il ait pris le temps de me répondre. En sortant, j’ai entendu les secrétaires et infirmières se moquer et dire « olala, il a passé 2h avec une patiente, vous vous rendez compte ? ». Même si ce n’était pas exact, il a en effet pris du temps avec moi. Mais comment faire autrement, face à une maladie si mal connue et mal informée ? Face à la difficulté d’avoir un RDV avec ce spécialiste et de ne le voir qu’1 à 2 fois par an ? Face aux angoisses générées par des tas de questions sans réponse ? Alors que l’endométriose a tant d’impact sur ma santé, mon moral et ma vie quotidienne ?

J’essaye d’en faire moins cas qu’autrefois, de ne pas m’enfermer dans la maladie en me définissant comme « la fille avec de l’endométriose ». Mais, il n’est pas faute de constater que, même si je fais attention à mon alimentation, que j’ai repris le sport, que j’ai décidé d’avoir plus d’ouverture sociale, quoique je fasse, et même d’arrêter de me focaliser mentalement sur ma maladie, celle-ci revient. Sous diverses formes, de façon inattendue et inconsciente. Notamment, via l’interprétation de mes rêves, que si la psy ne m’aidait pas à décrypter pour certains, je ne verrais pas le lien, pourtant il est bien là, souvent caché profondément, mais présent. Ou bien encore via une crise physique aigüe après 1 mois en pleine forme. Ou encore via le poids sur le moral, qui se manifeste avec la crise anxio-dépressive que je traverse actuellement.

Comment cohabiter avec la maladie ? Sans lui laisser avoir le dessus, sur le moral et sur le physique ? Mais sans l’ignorer et engendrer une crise inattendue et violente ? Comment l’écouter et l’accueillir sans lui laisser toute la place ?

Parfois je me sens vraiment impuissante et dans un flou absolu. Je ne comprends pas les messages de mon corps ni de la maladie. J’essaye de soigner ma qualité de vie pour limiter les impacts négatifs sur ma santé…

Alors même que ta situation au travail est toxique ?

J’ai conscience maintenant que cette situation ne me convient pas. Que l’organisation (ou son manque si vous préférez) ne correspond pas à ma façon de travailler. Que celle-ci, ainsi que la mauvaise ambiance et les soucis financiers, génèrent beaucoup trop de stress en moi, plus que je ne le pensais, plus que mon corps ne peut en supporter. Mais devrais-je changer la situation (en cherchant à changer de travail)  ou changer mon regard et ma façon de réagir à cette situation ?

Pourquoi as-tu peur de partir ?

J’ai peur d’être dans la fuite. Et par là même de répéter le même schéma encore et encore. Je ne veux pas revivre ça une 3ème fois. Je préfère encore essayer de régler ça maintenant…

Mais le problème c’est que tu n’es pas en état, ni physiquement, ni moralement. Il te faut apprendre à l’accepter. Il te faut apprendre à lâcher prise. Tu ne peux pas tout contrôler, tu ne peux pas être parfaite. Tu ne peux pas imposer ta volonté à ton corps, au-delà d’une certaine limite physique.

J’ai l’impression que tout s’écroule et que plus rien n’a de sens… C’est ça, ce que ça fait de tomber en dépression nerveuse ? D’un seul coup, le corps craque, il est épuisé, il ne veut plus rien entendre, il ne veut même plus dormir malgré la fatigue. Le mental ne suit plus, impossible d’avoir les idées claires, de réfléchir, de prendre du recul, d’analyser et de se projeter dans un projet pour rebondir. Les émotions deviennent encore plus ingérables. Tout est source de stress, de tension, de peur, le moindre imprévu, la moindre stimulation trop forte. Les émotions habituelles prennent des proportions énormes, balayent mon hypersensibilité et me laissent à terre, comme ça, sans prévenir.

Et je me sens si seule à traverser tout ça…

Pourtant tu ne l’es pas. On est là. Monia aussi. Tes autres amies aussi, même si à distance. Ta famille est là pour te soutenir par la pensée, malgré les 11 000km qui vous séparent.

Je me sens tellement dans le brouillard, tellement perdue. Je ne comprends pas, cette chute d’un seul coup…

Parfois il vaut mieux chuter dès le départ, pour se relever toute seule et plus forte. Préfèrerais tu que cela t’arrive dans 10 ans alors que tu pourrais être en couple ?

Non, bien sûr que non. De toute façon, on ne choisit pas vraiment le moment où cela nous tombe dessus.

Tu serais surprise de voir les signaux inconscients que l’être peut mettre ne place quand il est prêt à faire face à un nouveau défi, censé l’aider à grandir.

Mais vais-je vraiment sortir grandie de cette expérience ? Et en sortir tout court, alors que j’ai le sentiment de tourner en rond ?

Ça dépend. As-tu l’envie de vivre ?

En ce moment, pas vraiment. Mais je n’ai pas pour autant l’envie de mourir. Et je me rappelle de ces moments où j’avais l’envie de vivre. J’ai simplement envie d’aller mieux. De pouvoir sourire doucement et sentir le soleil briller dans mon cœur, quel que soit l’orage dehors.

Ce que tu cherches à atteindre n’est pas si simple. Regarde, il a fallu des années et bien des épreuves à Sylvie. Tu ne peux pas t’attendre à y arriver du jour au lendemain.

Mais cela fait déjà des années… Cela fait déjà 7 ans que je fais face à ma maladie, à mes blessures, aux aléas de la vie…

C’est le jour où tu arrêteras de compter que tu auras « réussi ». Parce qu’en vérité, les épreuves ne s’arrêtent jamais, la vie est faite de challenges et d’opportunités. Mais c’est le jour où tu arriveras à les regarder tranquillement, sans les voir comme des obstacles insurmontables, que tu pourras sentir le soleil briller quel que soit le contexte extérieur.

Merci… Mais cela ne m’éclaire pas sur la situation extérieure actuelle. Comment suis-je censée savoir si quitter mon travail actuel représente une fuite ? Que faire pour améliorer mon état de santé ?

Les pistes et les clés te seront données en temps voulu. Prends les choses une par une, et aie confiance. Les choses se dessinent petit à petit, mais tu ne peux pas les contrôler. Chercher à le faire ne serait qu’une source d’angoisse inutile. Concentre toi sur ton intérieur, recherche cet espace de paix en toi, qui ne dépend ni de ton état de santé, ni de ton environnement matériel, ni de ta réussite au travail. Libère toi des jugements et des regards extérieurs. Tu es en arrêt de travail, et alors ? Tu es en dépression, et alors ? Est-ce que cela fait de toi un être moins humain ? Une personne moins aimable ? Est-ce que cela change tes caractéristiques intérieures profondes ?

Tu as besoin de temps pour toi. Tu as besoin de temps pour guérir et cicatriser. Le monde ne s’arrêtera pas de tourner parce tu ne vas pas travailler et ne remplis plus ta mission de parfait petit soldat productif dans cette société capitaliste. Tu sais que j’ai raison.

Que va-t-il arriver si tu ne vas pas au travail ?

Il n’y aura personne pour recevoir et conseiller les agriculteurs…

Et est-ce grave ? Sachant que de toute façon, au fond, tu n’as rien de très utile à leur conseiller, puisque tu ne peux pas les encourager à planter s’il n’existe aucun débouché viable. C’est toi-même qui l’as dit.

Oui… C’est malheureusement la loi du marché. Et ça, je n’y peux rien, mieux vaut s’y conformer. Au final, mon travail a perdu de son sens, et je ne me sens pas utile… Je sais bien que finalement, personne ne va en pâtir, sauf mon supérieur…

Et pourquoi donc ?

Parce qu’il n’aura personne pour justifier le travail fait, pour rédiger les rapports pour les subventions… Et aussi qu’il se sentira obligée de gérer partiellement mon poste en mon absence, peut-être ?

Est-ce ma mission ?

Non.

Mais l’a fait-il déjà ?

Partiellement, il aime se mêler de tout, tout savoir et tout décider. Cela lui donne une illusion de contrôle. Parfois, il reçoit même les agriculteurs « importants » sans me prévenir et sans moi, alors que c’est mon poste… Et puis derrière, me dit de poursuivre l’encadrement, alors que j’ai loupé la 1ere étape importante…

Incohérent, n’est-ce pas ?

Oui, mais j’ai arrêté de chercher à comprendre pourquoi. Ce qui m’agace, c’est qu’il se positionne en « sauveur » et « donneur de service » alors que je ne lui ai rien demandé. Et qu’il suffisait qu’il me retransmette la demande pour que je m’en occupe.

Mais en réalité, il préfère le faire lui-même. Parce qu’il n’a pas confiance en toi. Ce n’est rien de personnel, il n’a confiance en personne. Pour lui, tout le monde à un moment ou un autre le déçoit, par son « incompétence » et pour l’absence de décision. Tu ne peux pas réussir à atteindre son niveau d’attente et de satisfaction. C’est impossible. Personne ne l’a jamais fait, ou s’il le pensait, il est déçu après coup, comme avec Sophie. Ce qui le rend méfiant. En réalité, il est en permanence frustré, car il veut atteindre un niveau d’idéal irréaliste. Ce qui le pousse à être contrôlant, à vouloir tout faire par lui-même, ou à défaut contrôler et prendre les décisions à la place des autres, pour s’assurer qu’elles soient les bonnes.

Tu n’as pas à te sentir dévalorisée ou incompétente face à lui. Car il te pousse à toujours plus, il veut toujours plus, il n’est jamais satisfait. Et il ne le sera jamais, ce dont il ne se rend pas compte, et ce qui va le mener face à de grosses déceptions envers lui-même. La faillite de la structure est inéluctable, que tu sois là ou pas. Cela aurait été quelqu’un d’autre à ta place, cela aurait été pareil, voir même plus rapide. Tu ne peux pas prendre sur toi la responsabilité et la culpabilité de ses échecs à lui.

Et surtout, tu dois apprendre à te détacher émotionnellement. Si tu ne veux pas partir et si tu culpabilises à être en arrêt maladie, c’est parce que tu as peur de le décevoir lui. Bien que tu ais la preuve de son manque de compétences dans certains domaines, de ces décisions parfois contestables, de son comportement colérique, tu te comportes avec lui comme avec un père. Tu ne veux pas le décevoir, à tout prix. Cela ne tient pas de la raison et de la logique, mais de l’émotionnel et des blessures non guéries que tu portes en toi.

Nous t’invitions à réfléchir en douceur sur ta relation avec ton père. C’est ce côté-là que tu devrais explorer avec la psychologue, si tu veux parvenir à surmonter ce blocage dans le cadre du travail. Tu ne peux pas exprimer pleinement tes compétences et ton potentiel, si tu reproduis des schémas type sauveur/victime, sauveur/bourreau, mais bien plus encore le schéma père/enfant. Tu réalises un transfert de blessures de la relation père/fille dans le cadre de tes relations à l’autorité.

C’est une réalité. Certes douloureuse et déstabilisante, mais une réalité à accepter avec douceur et gentillesse envers toi-même. Pourquoi répètes-tu ce schéma ? Qu’attends-tu de ce père dont tu cherches si avidement la reconnaissance et la fierté ? Pourquoi cette peur de la crise de colère ? D’être source de déception chez l’autre ?

C’est vraiment un travail difficile pour moi… C’est faire tomber de son piédestal mon propre père. Je sais qu’il n’est pas parfait. J’ai compris qu’il était impliqué dans un certain nombre de blocages sur ma féminité engendrés à l’adolescence. Mais en accepter encore d’autres… Comment croire qu’il peut m’aimer si fort et en même temps avoir provoqué tant de souffrances en moi ? Comment est-ce possible, comment est-ce seulement compatible ?

Alors admettre que ton père a commis des fautes envers toi revient à admettre qu’il ne t’aime pas ? Je ne te demande pas de réfléchir, mais seulement de laisser tes émotions sortir.

Oui, peut-être, je ne sais pas ! Comment pourrait-il m’avoir tant marquée et blessée sans en être conscient ? Ce n’est pas l’image que j’ai de lui. L’image que j’ai de lui, c’est que s’il savait combien il m’a fait du mal inconsciemment par ses comportements, il en serait absolument atterré, déprimé et il en culpabiliserait à mort. Il a un cœur tellement bon, qu’il serait incapable de se pardonner à lui-même… Je ne veux pas qu’il sache.

Alors tu cherches à le protéger lui ? En refusant d’admettre tes blessures, tu penses le préserver de la culpabilité et de la tristesse ?

Peut-être, on dirait… Pourtant, je ne suis pas obligée de lui dire… Je trouve ça extrême comme comportement : refuser inconsciemment d’admettre ses peurs et ses blessures par peur de faire souffrir la personne qui les a déclenchés…

Les méandres du mental sont complexes. Tant que tu ne les mets pas en lumière, il est difficile de les dépasser, et tu peux longtemps rester à errer et être perdue. Voilà pourquoi je suis intervenue. Maintenant que ce mécanisme est porté à ta conscience, je t’invite à l’explorer et le travailler avec ta psychologue. Elle saura t’aiguiller en douceur pour comprends son origine. Tâche de faire preuve d’ouverture et d’accepter de dépasser tes résistances sur le sujet.

Rappelle-toi que c’est pour toi-même que tu fais ce travail, et juste pour toi. Que c’est pour sourire et sentir le soleil briller, comme tu l’as dit. Tu n’as pas de compte à rendre, pas de peur des jugements à avoir. Le travail que tu fais est difficile, mais tu es courageuse. Il te faut croire un peu plus en toi. Tout doucement, pas à pas, « tu vas y arriver ». Tu es déjà sur le chemin, il est sous tes pas. Tu n’as nulle part où aller, tu y es déjà, tu as seulement à le réaliser…

Merci…

21 octobre 2016

 

La colère contre son corps et la maladie [endométriose]

Artiste :

Artiste : Wlop

J’ai envie de hurler, de frapper, de bouger dans tous les sens, de crier. Je me sens frustrée, profondément frustrée et je ne sais pas comment évacuer cette émotion. J’ai envie de tout casser et en même temps, je reste là immobile, avec cette fureur au cœur.

Au début je pensais que j’étais encore en colère contre lui, parce qu’il a coupé les ponts et que ce silence me donne le sentiment d’une totale indifférence, que je n’ai jamais existé pour lui, que ça y est, pouf ! d’un seul coup il m’a rayé de sa vie et de son cœur. Et ça fait profondément mal… Parce qu’après tout, c’est ça qu’il voulait, que je sorte de sa vie parce que je le faisais trop souffrir…

Et j’ai cette ambivalence de colère et de tristesse. Parce que même quand je ne pleure pas la journée en pensant à lui, c’est mon cœur qui pleure dans mes rêves à longueur de nuit et me prouve juste combien je l’aime encore, combien je souffre de la situation et de cet attachement.

Et je suis en colère, contre la vie, contre cette injustice. Mais aussi contre moi-même, contre mon corps et ma maladie qui ne me permettent pas d’avoir une sexualité épanouie, d’avoir une jeunesse banale où je n’aurais qu’à me soucier de savoir comment je m’habille pour sortir et quel cocktail j’ai envie de boire.

Au lieu de ça, je suis souvent coincée chez moi parce que j’ai trop mal aux ovaires, ou que je suis trop épuisée pour sortir m’amuser, ou bien parce que je suis malade des intestins à cause de cette foutue maladie. J’ai l’impression qu’elle me vole tout. Pourquoi dois-je me soucier d’un traitement médical, d’un suivi psychologique, de chercher un thérapeute en viscéral, d’analyser mes rêves pour comprendre ma maladie, de chercher à me connecter à mon féminin, d’avoir peur des relations sexuelles, de compter mes jours d’absence au travail ? Quand d’autres jeunes femmes de mon âge ne se soucient que du choix du film à aller voir, de la sortie plage du we, des histoires d’un tel sortant avec un tel ?

Je trouve ça tellement injuste ! J’en ai marre d’être malade ! Alors même que j’essaye de prendre soin de mon corps, que je ne fume pas, ne bois pas, ne fais pas de nuit blanche. Je rêve d’autre chose, de santé, de liberté, de joie et de légèreté. De pouvoir partir en we rando de 3 jours, sans avoir à me préoccuper que mon ventre ne tienne pas le choc. De pouvoir partir en voyage à l’autre bout du monde, à l’improviste, sans me soucier de bien avoir mon traitement ou avoir peur de faire une crise. Ne plus avoir d’acné, ne plus avoir le ventre gonflé et douloureux. Ne plus avoir des crampes de douleur à chaque orgasme. Ne plus avoir peur des rapports sexuels et du désir de l’autre.

Une partie de moi ne peut pas s’empêcher d’être en colère contre moi-même, de culpabiliser, de penser que c’est ma faute s’il est parti, que je suis coupable. Que mon corps est coupable de cette trahison, que c’est à cause de lui qu’il est parti. Qu’il l’a rejeté. Une partie de moi ne peut pas s’empêcher de détester mon corps : « Pourquoi tu me fais ça ? N’es-tu pas censé être mon allié et me soutenir ? » Comment vivre harmonieusement avec moi même quand ce genre d’émotions me traversent ?

Je suis fatiguée de tout ça. Fatiguée de lutter chaque jour contre la fatigue, le découragement, la tristesse et le désespoir. Une vie de couple épanouie ? J’ai fait un trait dessus au présent et je ne sais pas si cela sera possible pour moi un jour.

***

Le médecin a beau me dire « votre discours est un parfait copié collé d’autres personnes souffrant de l’endométriose que je côtoie. J’ai l’impression que cette maladie use, que les personnes souffrent d’une fatigue constante, elles sont à la ramasse par rapport à tout. Elles ont toujours un train de retard par rapport aux gens du même âge et ne peuvent pas faire ce qu’elles veulent : sortir, faire du sport… Cela entraîne aussi une fatigue morale et des troubles d’anxiétés. Quand on a un entourage compréhensif ça va, mais quand ce n’est pas le cas… »

Le médecin a beau me dire ça, cela ne me soulage pas. Parce que justement je n’ai pas l’impression d’être comprise par mon entourage. J’ai l’impression que personne ne comprend la fatigue physique et psychologique que cela crée. Mon ex-compagnon me disait au moment de la rupture « et puis on n’a pas le même niveau d’énergie… » Je m’en souviens très bien, parce que ça m’avait choqué ! Comme si je l’avais empêché de sortir quand j’étais fatiguée, alors que je l’encouragerais à le faire même sans moi !! Même mes parents n’ont pas l’air de capter, ils prennent ça pour un fait acquis sans réelle conséquence autre que de me faire accumuler des jours d’absences au travail, ce qui est problématique « mais comment tu vas faire pour ton boulot ? », plutôt que de s’enquérir de mon état moral. Même certains médecins me disent « vos analyses de sang sont correctes, ça doit sûrement être psychologique… »

Et puis au travail… je cache ma maladie, je n’en parle pas. J’essaye de faire de mon mieux pour faire comme si tout allait bien, même les jours où je n’ai vraiment pas la forme. J’ai peur que si cela se sache, mon employeur pense que je suis trop fragile, pas productive, que je vais me mettre en arrêt maladie tous les 4 matins. Puis que finalement cela soit une source masquée de discrimination, de non renouvellement de contrat ou carrément de licenciement. Alors oui, j’ai toujours cette angoisse qu’on me reproche que mon travail est mal fait dans les jours où je ne suis pas bien, ou bien qu’on me reproche d’être absente trop souvent. Je compte les jours, j’essaye de compenser malgré tout. Finalement ma maladie devient une source de honte et de peur. Comment vais-je gérer la prochaine crise au travail ? Et si c’était celle de trop ?

Je suis fatiguée d’être fatiguée ! J’aimerai être pleine de vitalité et sauter dans tous les sens ! Mais j’ai à peine assez d’énergie pour faire les tâches du quotidien, et même ça en ce moment, je dois prendre le temps de récupérer. Quand je rentre du boulot, je suis tellement épuisée, sans énergie, que je dois faire une sieste pour être capable de me faire à manger, étendre mon linge, préparer mes affaires pour le lendemain, faire ma toilette et aller me coucher. Et quand j’avoue ça, les gens me regardent bizarrement ou sont super surpris.

Exactement comme expliqué dans « la théorie des cuillères » (the spoon theory) : http://www.butyoudontlooksick.com/articles/written-by-christine/the-spoon-theory/)

Devoir faire des choix et des sacrifices sur tout, parce qu’on n’a pas l’énergie suffisante. Quelles solutions face à ça ?

8 décembre 2015

Sang sacré

Auteur : Sionra

Auteur : Sionra, The firebird

Qu’est-ce que t’a appris ta maladie ?

 L’importance d’un mode de vie sain pour se maintenir en bonne santé : pas de cigarette, pas d’alcool, pas de caféine, une bonne qualité de sommeil, une alimentation riche en fruits et légumes pour les vitamines, riche en fibres pour le transit intestinal, riche en fer contre l’anémie (malgré que je n’apprécie pas le goût de la viande rouge).

L’importance d’écouter son corps, de s’accorder repos dans la phase précédant et pendant les règles. D’apprendre à accepter cette perte de vitalité, cette énergie qui coule et fuie en me laissant faible. C’est difficile, mais cela fait partie du cycle.

C’est quelque chose de particulièrement difficile à comprendre pour ton compagnon.

 Oui, il ne comprend pas bien ce concept. Pour lui le corps peut être dominé par la volonté, et si l’on décide d’être en forme, alors il ne faut pas laisser son corps au repos comme ça. C’est typiquement masculin comme mode de pensée. Il ne comprend pas que ce n’est pas une maladie que l’on combat ou une fatigue que l’on surmonte.

Non, c’est une des phases du cycle féminin. Les énergies montent comme la lune et atteignent un climax, puis elles redescendent jusqu’au mourir. Chaque cycle féminin est une mort puis une renaissance. Et toutes ces énergies se ressentent dans notre vie physique, notre vitalité et notre quotidien.

D’ailleurs, je relisais le très enrichissant livre de Miranda Gray « Lunes Rouges » sur ce sujet. Qui disait qu’elle n’était capable d’écrire que pendant 1 semaine par mois, à une certaine phase de son cycle. Même moi je suis plus inspirée à certains moments que d’autres, que ce soit pour écrire, dessiner ou autre chose… Je devrais d’ailleurs faire le parallèle un peu plus souvent.

La femme est cyclique. Et son cycle correspond plus ou moins à un cycle lunaire, ce qui explique que les énergies féminines soient proches des énergies lunaires selon les moments. Mais c’est quelque chose de difficile à admettre par les femmes, surtout dans nos sociétés linéaires, mais encore plus difficile à admettre par les hommes.

Car les hommes ne sont pas cycliques de la même façon. A moi ils m’apparaissent linéaires, avec des pics d’activités différents. Mais je ne suis pas un homme et je n’ai pas cette connaissance intérieure. J’ai également lu que les hommes suivaient un cycle solaire, sans plus de détails. Donc un cycle quotidien jour/nuit ? Ou un cycle plus long, telle une rotation complète de la terre autour du soleil ?

Il est à noter combien le cycle féminin et ses énergies sont souvent abordés dans le domaine ésotérique/spirituel, mais complétement délaissés par la société (sujet tabou), alors que c’est l’inverse pour l’homme. Point de scrupules à parler de ses besoins sexuels dans la société, mais on entend rarement parler du cycle énergétique des hommes. Bref, tout ça pour dire que je n’en sais pas grand-chose, mais que c’est une bonne question que m’a posé mon compagnon.

 Parfois je suis frustrée, parce que je sens bien qu’il ne comprend pas cet aspect cyclique, et cette obligation physique de devoir respecter mon propre cycle et rythme intérieur. Je le vois cette incompréhension et cela m’énerve. Cela me blesse parce que je le sens passer à côté de toute une partie de ce que je suis. Et puis comme s’il déniait même ma nature cyclique, en déclarant qu’il suffit de faire preuve de volonté sur son corps. Ce n’est pas comme cela que ça marche pour mon corps, et je doute que cela le soit pour n’importe qu’elle autre femme. A un moment, celui-ci cassera ou se rappellera d’une façon ou l’autre à la femme.

J’aimerais bien inviter tous les hommes à apprendre sur ce sujet. A comprendre leur femme et la force qui réside dans leur cycle. Une phase de vitalité croissante, concentrée sur son épanouissement et ses désirs propres, avec combativité et énergie ; une phase de générosité et de bienveillance où l’on s’oublie dans le soin des autres ; une phase de créativité qu’elle soit physique ou en idée, avec les mots, les mains ; une phase de retrait et d’introspection en même temps que de fatigue pendant le renouvellement de ses énergies. Tellement de changements, de possibilités, d’élans différents, d’énergies riches et diversifiées…

 La femme est la première étourdie par ce tourbillon, et met souvent énormément de temps à le comprendre et l’apprivoiser. Moi-même je n’en suis encore qu’aux balbutiements de sa compréhension. Alors je peux comprendre que les hommes soient perdus, et qu’ils ne perçoivent que chaos, humeurs lunatiques et inconstance. Je peux comprendre que certaines énergies puissantes les effraient, celle de la guerrière, celle de l’indépendante, celle de la femme assouvissant sa sexualité sans tabou. Mais je ne peux accepter que la société cherche à nous cantonner à une seule phase du cycle, celle de la mère aimante et flexible, qui s’occupe des autres avant elle-même et est passive et compréhensive. Les femmes sont plus que cela et j’en veux à la société patriarcale de chercher à nous déposséder de notre propre pouvoir féminin. Par peur de sa force et de son caractère incontrôlable.

Pourtant le dire ne me soulage pas. Je suis en colère. Le sang versé pendant les règles devrait être quelque chose de sacré et de respecté, et pas quelque chose de caché, tabou et considéré comme sale.

 Qu’y-a-t-il de sale à cet écoulement de sang chaud profondément intime ? Il n’est pas plus sale que du sang versé par une blessure. Il témoigne d’un renouvellement des énergies, de la capacité du corps féminin à encore une fois créer un nid capable d’accueillir la vie –qu’on souhaite ou non l’utiliser. C’est une petite mort qui permet une renaissance. Et pas un signe de péché !

Pourquoi cela gêne-t-il tant la société patriarcale ? Est-ce comme je l’ai lu, parce que ce saignement est incontrôlable ? Et que par la même il rappelle aux hommes leur impossibilité de contrôler les énergies du cycle féminin ? On ne peut pas les empêcher, on ne peut que les accueillir et leur donner forme. Mon outrage semble ne jamais se tarir. Pourquoi ?

 Peut-être, parce que comme les autres femmes de ta société, tu as été formatée à trouver ce sang sale, à en avoir peur, à le cacher et à le craindre. Il est vrai que personne n’en parle. Aucune de tes amies ne dit quand elle a ses règles. Et tu t’ais sentie humiliée à chaque fois de devoir le dire pour expliquer pourquoi tu étais malade – quand tu ne savais pas encore que c’était de l’endométriose.

 Oui c’est terrible. C’est comme si je m’étais trahie moi-même en laissant ce formatage me contrôler. Comme si j’avais renié la femme que je suis, dénié son propre pouvoir de transformation et d’évolution. Refusé à mon corps son droit à être cyclique et par la même refusé l’existence de mes ovaires et de mon utérus. Je me demande si c’est cela qui est à l’origine de ma dystrophie ovarienne. Après tout, mes ovaires font le double de la taille qu’ils devraient, de sorte que je ne peux plus les ignorer.

 Comme s’ils te disaient « nous sommes là, nous faisons partie de ton corps, et nous ne nous arrêterons pas de dysfonctionner tant quand tu ne nous auras pas reconnus ».

 C’est vrai… mais ensuite ? Pourquoi de l’endométriose en plus, par-dessus tout ça ? Pourquoi cette souffrance, cet isolement, cette errance médicale (5 ans quand même…) ?

 Pourquoi pas ?

 Ce n’est pas une réponse, pas du tout une réponse !

 Qu’as-tu envie de dire aujourd’hui ?

 Qu’aucune femme ne devrait avoir honte d’avoir ses règles !! Qu’elle devrait être fière de sentir son sang couler ! Qu’elle ne devrait pas avoir à le cacher ! Qu’elle devrait être capable de reconnaitre sa couleur et son odeur, exactement comme elle le ferait d’une autre partie de son corps, de ses cheveux ou de sa peau. Parce qu’avoir ses règles – sans être malade – est une bénédiction !!!!!!!!!!

 Alors tu es triste à l’idée de perdre tes règles ?

 Oui. Le traitement que je vais devoir prendre contre l’endométriose va arrêter mon cycle hormonal et mes règles. C’est le seul moyen de stopper le développement de la maladie. Jusqu’à la ménopause. Que ce soit sous hormone ou sous pilule, je ne vais plus jamais avoir de règles naturelles !!!!!!!! Alors même qu’elles m’ont rendue si malades, je ne veux pas les perdre ! Elles font partie de mon cycle féminin. Comment vais-je reconnaître le début d’un nouveau cycle féminin ? Comment vais-je renouveler mes énergies vitales sans elles ? Comment vais-je me sentir femme cyclique et maitresse de mon propre pouvoir ? Je ne veux pas les perdre. Je ne veux pas. Je ne veux pas.

Pas après avoir appris si durement leur valeur !!! Pas quand je commence juste à comprendre tout le pouvoir qu’elles renferment et auquel elles donnent accès ! Ce n’est pas juste !!! Ce n’est vraiment pas juste !! J’ai traversé tout ça pour en arriver là ?

 Tu sais, beaucoup aimerait pouvoir nommé leur maladie et avoir un traitement efficace.

 … Moi je ne veux pas avoir de traitement hormonal à vie…

 Pourtant, tu n’aimerais pas ne plus avoir d’acné, diminuer ta pilosité, arrêter de pendre et perdre du poids sans raison ? Tout ça sont des symptômes de ton dérèglement hormonal. En contrôlant celui-ci, tu pourras retrouver la peau de pêche que tu as eu sous ta première pilule, tu t’en souviens ? Il n’y a pas que des désavantages…

 Oui, tu as raison, j’ai une folle envie de voir mon acné s’arrêter, parce que je n’en peux plus. C’est disgracieux et rend ma peau difficile à aimer, rend mon corps difficile à accepter. Et puis c’est douloureux, on ne pense souvent qu’à l’aspect esthétique, mais cela peut être très douloureux et laisser des cicatrices malgré de bon soin… J’ai essayé toutes sortes de choses pour m’en débarrasser, mais rien n’a jamais marché….

 Mais je vais te dire, tout cela ne me semble être que des lots de consolation. Parce que j’ai peur. J’ai peur des conséquences de ce traitement sur mon cycle féminin, mon fonctionnement interne et biologique. C’est une peur profonde et irrationnelle, que mon compagnon ne comprend pas du tout. Mais c’est comme si tu disais à un objet sphérique de devenir cubique. Comme si tu cherchais à changer son essence même. Je suis cyclique. En cassant mon cycle hormonal et biologique, j’ai peur de casser ma nature cyclique de femme… Comment l’exprimer à quelqu’un qui ne comprend pas cette essence-là ??? Comment l’accepter ?

Tout dépend si c’est ton cycle biologique qui crée ton cycle énergétique. Ou si c’est ton cycle énergétique qui crée ton cycle biologique. Sont-ils la transposition l’un de l’autre ? Si l’un est arrêté, l’autre est-il aussi stoppé ? Ou peux-tu continuer à vivre ton cycle énergétique féminin d’une autre façon ?

 Je n’ai pas la réponse. Si je l’avais, je n’aurai probablement pas cette peur, ni cette réticence…

Je te demande de réfléchir à ce que tu es prête à abandonner. Préfères-tu conserver tes règles et être malade chaque mois, à chaque menstruation ? Sachant que cela peut te rendre définitivement stérile ? Ou préfères-tu abandonner ton expérience physique du cycle féminin pour cette vie restante ?

… N’y-a-t-il pas un autre chemin ? Une autre voie qui ne soit ni l’un ni l’autre ?

Peut-être. Peut-être que cela dépend de ta capacité à surmonter les obstacles. Reconnaître le choix en est déjà un. Trouver une autre porte en est un autre. Nous en reparlerons.

7 juillet 2015