Déchirement

Artiste : Yuumei

Tout à coup, cela me semble dur… Finir mes valises, co-animer ce dernier cercle de femmes, préparer l’organisation du repas partage pour mon départ. Tout à coup, cela me semble si dur l’idée de dire au revoir à tout le monde…

Aujourd’hui, j’ai écrit un mot à une amie, joint au petit cadeau de remerciement que j’ai pour elle. Et j’ai réalisé que, même si on gardait contact, même si on se revoyait pendant des vacances, et bien les choses ne seraient plus les mêmes… Tous ces moments que je prenais acquis, tout ce temps passé ensemble à étudier l’astro, à covoiturer, à discuter de nos vies… Tout ce qui a pu être construit grâce à la proximité… Cela demeurera toujours dans mon cœur et dans ma mémoire comme quelque chose de précieux. Mais quelle évolution de la relation ?

Je n’ai jamais été très douée pour les relations à distance, exceptée avec 1 ou 2 amies… Je ne suis pas douée, ni pour me connecter sur facebook, ni pour répondre rapidement aux emails, ni pour donner des nouvelles (surtout quand je suis dans une période difficile de ma vie). Je sais que certaines feront l’effort de prendre des nouvelles, d’autres non car elles mènent une vie à 100 à l’heure.

Et je me demande, quels souvenirs, quelles images, quels mots je laisse sur cette île ? Le lien émotionnel que moi je ressens avec certaines personnes est-il partagé avec la même intensité ? Ces personnes sont-elles aussi touchées par mon départ que moi par le fait de leur dire au revoir ?

La Réunion, c’est un peu ça par moment : un déchirement. Entre la terre natale et la terre d’accueil, que ce soit pour les métros qui viennent ici, ou les créoles qui partent vivre en métropole. Entre les gens qui restent fixés ici et ceux qui ne font que passer quelques années. Entre notre culture d’origine et celle qui nous accueille.

Il y a tellement de choses auxquelles je dis au revoir. C’est fou, je n’aurais pas cru m’attacher à tant de choses en 2 ans, alors que l’île ne m’a pas ménagé et m’a fait traverser de nombreuses épreuves. J’aurai pu la détester pour ça, pour ces énergies si intenses et explosives. Mais bizarrement, même si cela m’a épuisé, je ne m’en suis que plus attachée à elle maintenant.

Je déteste cette situation d’entre d’eux. Ma place de parking vide parce que ma petite voiture est vendue. Mes murs vides parce que j’ai décroché mes décorations. Les pièces spartiates parce que j’ai vendu les meubles que j’avais rajoutés. Je sais que mon « chez moi » ici n’a jamais été un « foyer ». Mais j’avais malgré tout réussi à construire un cocon protecteur contre le froid extérieur. Et maintenant que je le démantèle physiquement, bout par bout, le vide et le froid me frappe avec force. J’ai beau avoir essayé de créer un simulacre de foyer, en réalité, ce n’en était vraiment pas un… C’est fou comme l’on peut se mentir à soi-même. Et s’entourer d’énergies pour tenter de combler les trous. J’imagine que c’est une façon de faire, à défaut de s’entourer de « compagnons » d’entente pour ne pas sentir le froid de la solitude… Mais la réalité n’en est pas moins dure.

Alors, par moment, je ressens ce grand froid, cette grande solitude. Et je me demande : est-ce que je compte réellement pour quelqu’un ? Y a-t-il réellement quelqu’un à qui je vais manquer ? Ou ne suis-je qu’un souvenir qui va passer ? Un rencontre parmi tant d’autres sur le chemin de la vie ?

On est tous qu’un grain de sable dans l’univers. Il serait prétentieux de prétendre le contraire. Pourtant, j’ai parfois l’envie d’être aimée de façon unique, inconditionnelle. D’être spéciale pour quelqu’un, et pas forcément pour un partenaire, mais aussi pour des amis, de la famille… Alors, chaque fois que je quitte un endroit, je ne peux m’empêcher de me demander : ai-je  vraiment compté pour quelqu’un ?

Ce soir, je me sens inconsolable. Je ne me sens pas prête à faire le deuil de cette vie-là, de ces amis-là, pour plonger dans un inconnu dont je ne sais rien et pour lequel je n’ai aucune direction. Et dans cet entre-deux, je me sens si seule… Déjà à moitié partie pour ceux qui sont ici, et pas encore rentrée pour ceux qui vont me retrouver…

Lost somewhere

Etang salé, la Réunion. Auteur
Etang salé, la Réunion. Auteur : les Rêves de Celia, octobre 2016.

Dis, savoir d’où l’on vient,
Est-il si important ?
Dis, savoir où l’on va,
T’aide-t-il sur ton chemin ?

Connais-tu la solitude,
Celle d’une nuit sans fin ?
Ressens-tu la vive inquiétude
D’un inconnu lendemain ?

Parfois, cette vie me pèse tant
Que j’aimerais la poser à terre,
Comme on se déleste d’un carcan
Qui nous bride et asphyxie l’air.

Parfois, j’aimerais croire
A un nouveau jour radieux,
Parfois, j’aimerais savoir
Que la vie m’aime, rien qu’un peu.

Crois-tu que demain
Sera meilleur ?
Crois-tu qu’enfin,
Je connaitrais le bonheur ?

Dis, pourrais-tu m’emmener dans les étoiles ?
Là où la pluie lave les larmes…
Dis, pourrais-tu étreindre mon cœur ?
Faire fondre cette douleur…

3 novembre 2016

Échos du passé

Artiste : Yuumei
Artiste : Yuumei

Comme souvent, j’ai l’impression de faire un pas en avant, puis deux en arrière. Depuis ce stage de chamanisme (dont je parle ici), je me trouve à gérer des émotions, des réactions émotives et des comportements, que je pensais avoir laissé derrière moi avec mes années d’adolescence, et que je n’avais plus ressentis depuis des années.

Comment faire face à ça ? Je me sens d’autant plus désarmée, que cela réveille mes vieilles blessures, mes peurs, mes incertitudes, et toute l’absence de confiance en moi de cette époque-là. J’ai l’impression d’avoir régressée.

Moi qui ne suis pas douée pour m’intégrer socialement, je revis mon sentiment de profonde solitude. Je revis le rejet vécu avec mes soit disant « meilleures amies »  de début du collègue, qui me disaient « si ça ne va pas, tu peux nous parler », mais qui ne m’écoutaient jamais, et même me renvoyer balader violemment quand j’exprimais mon avis ou essayais d’aider dans une situation.

Entre ça, et les moqueries des autres de la classe, qui aimaient se défouler sur mon physique d’adolescente, sur mes bonnes notes, et aussi parce que je ne voulais pas me conformer au moule du collège, de la popularité, du principe d’être méchant et moqueur juste pour se faire remarquer.

J’allais dire que je n’ai jamais été douée pour me faire des amis. Mais c’est faux, juste avant ma 6ème et le début de cet enfer, j’avais un super groupe d’amis, j’étais populaire, autant auprès des garçons que des filles. Je n’étais jamais seule en cours de récré et je me souviens de nos nombreux jeux. C’était une période pleine de rires et de joie.

Il a fallu si peu pour que tout change… l’entrée au collège. Mais était-ce si peu ?

Ma meilleure amie qui a séduit mon amoureux par jalousie. Lui qui s’est laissé convaincre par ses hormones. Tout ça pour un gros gâchis, l’explosion de notre groupe d’amis. En parallèle de ça la découverte de la jungle du collège, des moqueries et du jugement des autres. L’acné. Les garçons qui ne regardaient que les premières filles ayant de la poitrine. La majorité des filles cherchant à les aguicher.

Comment aurais-je pu avoir une place dans ce monde-là ? Alors que mon corps se transformait sans que je le comprenne, que je l’accepte et que je l’assume. Alors que mon hypersensibilité me faisait ressentir un quintuple la méchanceté, la violence des adolescents entre eux, l’hypocrisie, la manipulation, et le jugement basé uniquement sur l’apparence.

Je n’avais qu’une envie, c’était de me cacher. De ne pas exister, de ne pas être vue, pour arrêter de me sentir agressée, pour arrêter de souffrir. Aussi n’osais-je pas m’affirmer, dire ce que je pensais, imposer mes idées, me faire respecter. Je n’étais qu’un fantôme. Qui aurait voulu être amie avec un fantôme ?

Et par ma passivité, j’ai moi-même laissé les autres piétiner ma confiance en moi et détruire mon estime de moi-même. Et alors que j’ouvrais mon cœur par amour, en espérant retrouver celui que j’aimais, celui-ci en a profité pour me mener en bateau, pour me ridiculiser et pour me harceler. Et je l’ai laissé faire, parce que j’étais persuadé qu’il valait mieux que ça et qu’il allait s’en rendre compte, qu’il allait changer de comportement et revenir vers moi.

Ainsi, le collège a inscrit dans mon cœur, que les autres, ces étrangers, étaient synonymes de danger. Parce qu’ils jugeaient sur les apparences et rejetaient ce qui était différent. Mais également, qu’ouvrir son cœur, c’est se mettre en danger, se rendre vulnérable, et que cela débouchait presque systématiquement sur de la souffrance. Qu’avoir confiance en l’autre n’était que signe de naïveté et promesse de douleur.

Quel rapport peut-on avoir aux autres avec de tels traumatismes ancrés en soi ? Pas étonnant que j’ai voulu faire fuir les autres en me cachant derrière un style gothique. C’était une façon efficace de repousser tous ceux qui ne s’arrêtaient qu’à l’apparence. Forcément, j’ai évité les groupes, les évènements sociaux avec beaucoup de monde. Je n’ai développé que très peu de qualités sociales, préférant le cocon de ma famille, le calme de la nature, le fantastique de mes livres, et ma relation avec ma nouvelle meilleure amie de l’époque.

Et aujourd’hui, tout me revient en boomerang : cette peur des autres, cette solitude et ce sentiment d’incompréhension. Cette absence de confiance en moi.

Comment l’estime de moi-même que j’essaye de bâtir depuis des années après mon adolescence a-t-elle pu fondre comme neige au soleil face à la remontée de ce passé ? Comme si tout entre deux s’était effacé. Comme si j’ai oublié tout ce que j’ai pu accomplir, apprendre, les qualités découvertes. Il ne reste rien. Rien qu’un sentiment de ne rien valoir.

Et cette petite voix dans ma tête qui me dit « Qui donc pourrait vouloir être mon amie ? Je n’ai aucune qualité, rien d’intéressant à dire. » « Regarde, voilà un an que tu es à la Réunion et tu n’as aucune amie proche ». De celle que l’on peut appeler quand ça ne va vraiment pas, ou juste pour faire un cinéma à l’improviste. A chaque fois que je crois que c’est le cas, j’ai le sentiment que la vie me fait comprendre que les gens ont leur vie, et que je n’y ai pas vraiment de place, pas le temps, pas l’envie suffisante, etc. Pas que ce soit contre moi, mais parfois juste que le jeu n’en vaut pas la chandelle, car ils ont déjà ce qu’il faut dans leur vie. Une rencontre fusionnelle ne suffit pas. Une relation thérapeute/ soigné peut rendre les choses confuses. Un trop grand écart d’âge rend les choses moins spontanées… Il y a tellement de raisons… Mais pourquoi cette petite voix négative du passé cherche à me persuader que c’est parce que je ne suis pas assez bien, pas assez intéressante ?

Je déteste revivre toutes ces émotions, alors que je me sens si seule et vulnérable. Je déteste revivre ces échos du passé, qui m’enferment moi-même dans la peur des autres, m’empêchent d’oser être moi, d’aller vers les gens, de les rencontrer et d’échanger avec eux. Et même de m’ouvrir entièrement à ceux que je connais déjà. Je déteste ces blessures et ces cicatrices du passé qui m’isolent et me font fuir le monde, vivre dans des livres plutôt que d’affronter mes peurs et d’oser vivre pleinement.

J’ai l’impression d’être redevenue cette adolescente, si blessée et cassée qu’elle ne peut supporter le monde extérieur. Comment puis-je la soigner ?

10 septembre 2016

Gréve de l’existence

Artiste :
Artiste : Dark134

La prise de conscience semble faire doucement son chemin. Pour exploser en moi et me vider de mes forces. Pour me clouer au lit sans aucune explication, comme ça. Comme un refus, une grève de l’existence. Ne pas vivre normalement aujourd’hui, pour ne plus prétendre qu’il ne se passe rien. Ne pas marcher au milieu des gens comme si de rien n’était. Aujourd’hui ce n’est pas possible. Tout mon corps se ligue à ce refus, mon cerveau ne veut plus marcher et se mure derrière la migraine, mes ovaires et mon ventre me rappellent avec douleur ma maladie et tout ce qu’elle a causé.

Puis brusquement, une angoisse terrible m’envahit, une angoisse profonde : je ne vais plus pouvoir le serrer dans mes bras, je ne vais plus pouvoir l’aimer. Je n’ai aucun proche ici sur qui faire rejaillir tout cet amour gigantesque d’une façon différente. Je ne sais pas quoi faire de tout cet amour refusé. Je me sens profondément seule et abandonnée.

Pourtant je sais qu’il y a une personne que je peux aimer : moi-même. Mais une part de moi n’a pas envie de me regarder dans le miroir et de me sourire à moi-même. Une part de moi est en colère contre moi-même. Elle ne cesse de me seriner « Tu aurais dû voir, tu aurais dû comprendre, tu aurais dû faire plus, plus, PLUS. C’est TA faute. » Une autre petite voix me dit « Jamais tu ne trouveras quelqu’un avec une âme aussi belle, avec un cœur aussi grand, avec la capacité de voir si bien le joyaux caché au fond de toi. » Et puis il y a le cœur, qui ne fait que hurler sa douleur, sans me laisser de répit.

Pourtant j’essaye de n’écouter aucune de ses voix, de les laisser parler puis fondre, s’estomper. Je sais qu’elles ne me représentent pas. J’essaye de me rappeler que je suis quelqu’un de bien, que j’étais quelqu’un de bien avant et que je le serai toujours. Peu importe les jugements, les épreuves, les erreurs et les émotions brisées. Il n’y a pas besoin de justifications pour exister. Il suffit d’être, peu importe comment l’on est.

Et demain m’apportera peut-être la guérison pour sourire de nouveau à la personne que je sais au fond de moi exister.

9 octobre

Lost [english text]

Source : Sugarmint
Source : Sugarmints

Packing my boxes and feeling emptiness. Saying goodbye to nice people and felling sad. Tearing apart all my landmarks and loosing myself. Are we defined by the place where we live? By the people whom we mix with? I’ve never think so. So why am I feeling so torn apart whereas I choose to go away?

 I feel true loneliness. I could be surrounded by dozen of friends, by my closest family members, it will not change anything. I’m feeling alone with myself because it seems I don’t even know her.

Who’s that girl? That one who’s capable of rebellion against a heartless and tyrannical boss? But that one who’s incapable of standing her ground against doubts and spite? That one who’s willing to better herself but who can’t even love and trust herself? That girl who can smile one second and cry the other, overwhelmed by her hypersensitivity?

 Sometimes, I’m tired to be myself, or to be more precise, to not know who I really am and what I’m capable of. But if, even I, don’t know, nobody else will do. How can someone find his own path, if he doesn’t know where the north is for him, and what stars exist upon his head to guide him?

29 mai 2015