Entendre un appel

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J’ai le cœur lourd aujourd’hui en pensant à mon amie M. Cela va faire bientôt 2 mois que c’est le silence radio et qu’elle n’a pas répondu à mon dernier message. Je ressens une grande tristesse face à son silence. Ainsi, elle n’a engagé aucune action pour rétablir la situation entre nous. Dois-je en conclure que son égo a plus de poids que notre amitié ? Cela me rend vraiment triste. On croit connaître le gens, puis finalement pas vraiment. On ne connait que des facettes d’eux, on ne connait pas forcément leur passé, leur histoire, leurs blessures et on ne comprend pas toujours leurs comportements qui peuvent nous sembler irrationnels. Je n’aurais jamais imaginé ce comportement-là de sa part.

J’ai beau me dire que je ne peux que continuer mon bonhomme de chemin et avancer dans la direction où la vie me mène, cela me rend vraiment triste.

Tu as le droit d’être triste.

Oui, je sais. J’ai vu sa photo et depuis, je n’arrive pas à ignorer cette émotion, elle m’empêche de peindre et de me concentrer.

Cette tristesse te renvoie à toutes les pertes que tu as subies.

Oui… Ce matin, je lisais les articles de Sylvie des derniers jours, et quand elle parlait de son impression de « passer du tout au rien », j’ai souri parce que cela me parlait tellement. De mon côté, je suis toujours dans la phase du rien et de tout perdre. Je me demande combien ce temps cela va continuer et jusqu’où cela va aller… Ce sentiment de rien et de perte, je le trouve trop familier. De vide aussi. On a beau tenter de s’accrocher aux branches, c’est la chute. On ne peut rien faire et rien empêcher.

Comme quand on tombe malade 3 semaines et qu’on perd sa voix ?

Oui, comme quand on tombe malade et que l’on ne peut rien faire qu’attendre que ça aille mieux. A un moment, j’ai fini par commencer à douter que ça irait mieux.

Et tu veux nous parler de ce sentiment que tu as eu quand tu t’es dit que « finalement, je vais peut-être mourir » ?

Et bien, j’étais épuisée et fiévreuse, les antibiotiques ne semblaient pas faire d’effet, cela faisait de nombreux jours que j’étais déjà au lit et mon état se dégradait encore. Autrefois, sans pénicilline, oui, je pense que des gens fragiles comme moi ont dû mourir de ce genre de surinfection carabinée. J’ai pensé « finalement, je vais peut-être mourir d’une bête infection, alors que ma vie n’a même pas commencé ».

Pourquoi est-ce que ta vie n’a pas commencé ?

Parce que je n’ai pas trouvé ce que je veux faire, je n’ai pas trouvé ma voie. Je n’ai rien commencé à construire, ni à partager. Je partirais sans rien laisser derrière moi. Vraiment rien. A part une mallette de crayons et des pots de peinture, lol.

En soi, cela n’a pas d’importance, est ce que l’on vit vraiment pour « accomplir quelque chose » ? Je ne le crois pas, on vit pour vivre. Mais c’est comme si je ressentais le besoin de faire plus, cet appel… Cet appel à faire ou dire ou être ou créer quelque chose. Je n’en sais rien du quoi, où, comment, pour qui. C’est juste… C’est terriblement difficile à décrire, comme si je ressentais le besoin urgent et vital de faire cette chose, sauf que je ne sais pas ce que c’est. Je me tourne de tous les côtés pour essayer de mieux entendre cet appel, pour chercher ce que ça pourrait être, et je ne trouve pas. Je me retrouve confrontée à une terrible frustration.

Et cet appel, je le ressens tellement fortement, que je ne peux même pas m’en détourner et faire semblant qu’il n’existe pas. Je pourrais, disons, faire comme si je n’entendais pas, me chercher un travail « normal » et construire ma vie comme tout le monde. Mais je n’y arrive pas. Si j’essaye, je tombe malade, je suis empêchée, rien ne marche. Je ne peux pas l’ignorer. Alors j’erre, je cherche, je m’épuise en vain à essayer de trouver : qu’est-ce que c’est ?

Ça m’a fait rigoler, pendant que j’étais malade, ma sœur m’a envoyé un message pour me demander : « ça va mieux ta voie ? ». Elle voulait parler de ma voix, bien entendu, mais ce lapsus était révélateur pour moi. Je perds ma voix, après m’être heurtée au mur qui m’empêche littéralement d’entendre mon appel, pendant le stage de développement personnel que j’ai fait.

Il faut parfois de la force pour suivre un appel.

Peut-être, ce qui est sûr, c’est qu’errer pour le trouver est épuisant.

Mais tu connais les bénéfices du désert, cela sert à creuser par soi-même pour trouver de l’eau.

Alors, pour moi, il faut errer dans le désert avant d’être capable d’entendre mon appel ?

Pour te renforcer et soigner tes blessures.

Super. Vous me ferez signe quand ça sera bon ?

Bientôt.

Votre notion du temps est toute relative à vous les guides.

C’est vrai, nous comptons en vie alors vos années nous semblent courtes.

Vais-je mourir dans cette vie sans avoir entendu mon appel ?

Tu l’entends tous les jours.

Pardon, je reformule, vais-je mourir sans savoir quel est mon appel ?

C’est autre chose.

Oui.

À quoi cela sert-il de comprendre un appel, si on n’a pas les outils pour y répondre ? Ne serait-ce pas encore plus douloureux, de savoir et de ne pas pouvoir faire ?

Ça veut dire quoi cette réponse ?

Ce qu’elle veut dire. Médite là-dessus.

Merci.

12 novembre 2019

Se protéger

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Artiste : Claparo-sans

Je crois que j’ai attrapé froid à la gorge… Le changement de température de l’intersaison me semble toujours difficile pour mon corps

Pourtant, il fait encore doux.

C’est vrai, même s’il a fait moche et pluvieux toute la semaine dernière… ça m’a rendue un peu grognon, j’avais envie de soleil.

Mais tu as quand même profité de ta semaine ?

Oui, plutôt. Je n’en reviens pas que demain on est déjà au mois d’octobre. Le temps passe à une vitesse. Comment cela se fait-il que je ressente qu’il passe aussi vite, alors qu’il est le même pour tout le monde ? J’ai l’impression d’avoir à peine le temps de m’accoutumer à une saison, que la suivante arrive. Et je ne me fais pas au raccourcissement de la longueur des jours. J’aime peindre le soir à la lumière naturelle.

Et tu vas t’acheter une lampe pour pouvoir utiliser l’ampoule spéciale que tu as déjà.

Oui, le luminaire à coté de ma table de peinture fait une lumière trop jaune, cela fausse la perception des couleurs, ce n’est pas pratique du tout. En plus, elle fait beaucoup de chaleur, alors l’aquarelle sèche 2 fois plus vite et ce n’est pas commode pour travailler mouillé sur mouillé. Mais bon, et si on parlait de ce qui me tracasse vraiment ? Je ressens une grosse boule à la gorge…

Ton amie te tracasse. Tu te demandes pourquoi elle a réagi comme ça, n’est-ce pas ?

Oui, je ne la reconnais pas… Comme cela me touchait trop émotionnellement, j’ai fait appel à une des thérapeutes qui me suit, pour prendre du recul et avoir un avis extérieur neutre, d’une experte en communication non violente. De son point de vue, la réaction et les réponses de mon amie était dans l’égo… Je crois que je ne voulais pas l’admettre. J’ai bien vu que ses réponses, sous le vernis de ses mots, n’étaient pas bienveillantes du tout. Qui pourrait dire qu’une réponse n’est pas agressive quand on emploie des injures ? Ou que l’on fait des reproches à l’autre ? J’ai bien vu qu’elle a utilisé le prétexte de ce que j’ai exprimé (« je ressens de la colère ») pour s’autoriser à lâcher sa propre colère intérieure sur moi. Je vois bien que cela a fait caisse de résonance et que cela a touché une blessure profonde en elle, même si je ne sais pas laquelle. Je me demande si elle s’en rend compte…

Cela me fait de la peine la manière dont elle a rejeté la faute sur moi, sans assumer sa part de responsabilité dans ce conflit. Cela m’attriste de voir qu’elle a eu une attitude punitive envers moi (consciemment ou inconsciemment ?), et ça m’afflige d’entendre de quelqu’un d’extérieur, que je considère fiable, qu’il y a une forme de tentative de manipulation dans son comportement. Je me demande si c’est conscient ou non.

Franchement, je ne m’attendais pas à ça. Mais je suis restée droite dans mes bottes, j’ai dit mon ressenti et je l’ai exprimé de manière respectueuse. J’ai décidé de me respecter et de ne pas laisser couler une attitude qui m’a blessée. Je considère que j’ai agis de façon juste en accord avec moi-même, j’admets ma part de tort. Je ne peux rien faire de plus. Devrais-je faire quelque chose de plus ?

Cela t’a marqué, ce que t’a dit F. « On ne peut pas être thérapeute et dans la bienveillance un jour, et le lendemain être agressive et dans la communication violente ».

Oui, dans le fond, elle me disait que la bienveillance, ce n’est pas qu’avec les « clients », mais avec tout le monde… C’est une façon d’être au quotidien. Sinon, c’est être dans la dualité. Pourquoi serais-je bienveillante avec mes « patients » et pas avec mes proches ? Un jour oui, et l’autre non ? Alors, bien sûr, on a tous des hauts et des bas. Il  a des jours où l’on se sent moins bien, où les hormones peuvent nous rendre agressives, à fleur de peau ou solitaires. Mais dans ces jours-là, c’est à nous de prendre soin de soi, et pas aux autres de payer les pots cassés. On peut dire aux autres qu’on n’est pas bien et donc pas disponible. Cela arrive et cela s’entend.

Franchement, je ne sais pas quoi penser. Je trouve cela triste comme situation. Va-t-elle s’enferrer dans son silence ? Si ce n’est pas une question de respect pour elle, c’est une question de quoi alors ? Je suis très triste que ce soit dans ces circonstances là que je constate que j’ai fait du progrès en gestion de mes émotions et en communication non violente.

Tu ne peux qu’accueillir ta tristesse.

Pourquoi ai-je ce sentiment de perte ? Elle a décidé de claquer la porte à notre relation ? De me mettre dans le même panier que la famille qu’elle a laissé en métropole ? Cette situation ne me satisfait pas. Je n’aime pas les personnes qui fuient le conflit plutôt que d’y faire face. Est-ce ce qu’elle fait, ou prend-elle du temps pour prendre du recul et comprendre ce qu’elle traverse ? Ça m’énerve.

Mais ça lui appartient. Tu ne peux rien faire de plus, là d’où tu es. Tu as déjà essayé de lui faire remarquer que c’était elle qui projetait de l’agressivité, pour l’encourager à se poser la question du pourquoi.

Oui, et je n’ai que du silence en réponse.

Et ça te dérange ?

Pas comme cela le ferait autrefois, je me demande plutôt si c’est son égo qui l’empêche de me recontacter.

Et si c’était le cas ?

Et bien ce serait très triste et dommage, mais je ne pourrais rien pour elle. Je me demande même si c’est ce genre de relation que je voudrais avoir : quelqu’un qui me blesserait, se draperait dans son égo et m’ignorerait. Bien sûr, ce ne sont que des suppositions. Et j’espère que ce n’est pas le cas.

Ne lui trouve pas d’excuses, si elle n’en a pas. Tu as le droit de te respecter et de te protéger des comportements blessants qui te nuisent. C’est tout. Tu n’as pas à te justifier pour cela, du moment que tu restes respectueuse et bienveillante.

Pfff.

Dépense plutôt ton énergie à prendre soin de toi, plutôt qu’à t’inquiéter pour elle. Le reste ne t’appartient pas. C’est là où le lâcher prise intervient : « avoir la force de reconnaitre et d’accepter ce que l’on ne peut pas changer ». La réaction et le comportement de l’autre ne t’appartiennent pas, tu n’as aucune prise dessus. Tu aimerais savoir pour comprendre et pardonner. Mais parfois, ce n’est pas si simple que cela. Parfois les gens agissent mus par leurs blessures ou leur égo, et alors il n’y a pas de raisonnement qui tiennent face à ça. L’émotionnel n’est pas rationnel, il est sensibilité, blessures et réactions. Il est par moment incompréhensible pour autrui. Accepte-le et passe à autre chose.

Même si j’aime la personne ?

Même si tu aimes la personne. D’autant plus, tu ne devrais pas laisser son comportement te torturer l’esprit. Si elle tient vraiment à toi, alors son amour finira pas éclairer et dissiper son égo, et alors, à ce moment-là, elle pourra revenir vers toi. Si son égo est plus important, alors tu seras fixée sur l’amour qu’elle te porte.

Cela me semble dur comme jugement !

Et pourtant, l’amour inconditionnel se base-t-il sur des conditions ? « Je ne l’aime que si elle se plie à mon propre mode de fonctionnement ». Ce n’est pas comme ça que marche l’amour authentique, car le respect de soi et le respect de l’autre y sont tout aussi importants. On peut très bien se respecter et aimer l’autre, tout en le respectant aussi. Ceux qui croient le contraire tombent dans la domination ou la manipulation. Pourquoi faudrait-il que l’autre se plie à mes besoins, parce qu’il m’aime, et de ce fait, ne respecte pas ses propres besoins ? Dans une relation équilibrée, il n’y a que des gagnant-gagnants pas de gagnant-perdants.

Je comprends ce que tu dis, et j’en suis convaincue.

Alors applique-le dans ta vie. Et ne laisse personne avoir un comportement blessant répétitif avec toi, encore moins dans les moments où tu es fragile. Les amies, dont tu dois te protéger quand tu n’es pas bien, ne sont pas vraiment des amies.

Merci.

30 septembre

S’affoler pour rien

Artiste : Guweiz

Décidément, c’est dernier temps, me poser pour écrire devient difficile. Surtout quand je me lève de très mauvaise humeur le matin, à cause d’une nuit interrompue par la sciatique à me retourner encore et encore dans mon lit, et puis à cause de rêves perturbants. Je sais bien que dans ces cas-là, ces rêves marquants qui ne « passent pas » correspondent à un message spirituel qui ne veut pas passer. Et je sais bien que sous la surface, si je me mets à gratter, je vais mettre à jour des choses désagréables.

Alors c’est clair, dans ces cas-là, mon mental freine des quatre fers pour ne pas écrire. Parce que c’est aussi un travail, sur moi-même, surtout quand mes guides spirituels s’invitent dans la partie, pour souligner certains éléments ou m’aider à des prises de conscience. En général, cela n’est pas forcément agréable.

Même si parfois salutaire ?

Oui, parfois salutaire… Mais bon sang, je déteste me sentir « comme ça ». Je me sens mal au réveil, je me regarde dans le miroir et je me trouve « moche ». Je sais bien que ce n’est pas tant mon image physique qui me fait sentir comme ça, qu’une subite montée de manque d’amour de moi-même. Je me regarde dans le miroir et je n’aime pas ma tête ces jours ci.

Ma peau est affreuse, alors que pourtant, j’ai tout fait pour l’aider à bien vivre la transition eau de robinet volcanique vers eau de robinet calcaire. Justement, je n’utilise plus que de l’eau thermale en spray. J’ai acheté des produits spéciaux pour les rougeurs, crème, masque, produit lavant. Bref, je fais des efforts et pourtant, cela fait bien longtemps que ma peau n’a pas été aussi « horrible »,  avec rougeurs, gonflements, poussée d’acné. Cela me décourage. Et que dire de mes cheveux ? Deux lavages au calcaire, et c’est fini, ils ont perdu leur éclat, leur volume et on dirait limite du plâtre…

Et ne parlons pas de mes cernes ! C’est quoi le problème alors que j’essaye de faire des nuits de 9 à 10h de sommeil ? Je fais attention à prendre un bon rythme, ne pas me coucher trop tard… Et j’étais contente parce que mes premières nuits, j’ai dormi comme un bébé, des nuits complètes comme je n’en avais pas faites depuis tellement de mois. Voilà que je me fais la réflexion qu’un sentiment de sécurité profonde (grâce à mon retour dans la maison familiale) aide probablement à mieux dormir, et bim la nuit suivante… Insomnie, réveil sans raison, impossible de me rendormir avec ma sciatique. C’est à s’arracher les cheveux !!!

Je ne comprends pas pourquoi je me sens si mal. « I’m feeling like crap ». Est-ce mes hormones qui me rendent à fleur de peau et me donnent constamment envie de pleurer ? Est-ce tous ces changements dans mon environnement qui me perturbent tant ? Pourtant, j’essaye de faire preuve de douceur, de ralentir et de faire des pauses, notamment quand je vois que je me fatigue trop à trier mes cartons. Je me suis acheté un nouveau pull tout doux et tout rose. Je suis allée chez le coiffeur.

Mais surprise, mes efforts n’ont pas l’effet escompté ! Quand la coiffeuse a eu fini de me couper les cheveux, j’ai eu très envie de pleurer. Oui, pleurer, vous avez bien lu. Elle m’a coupé les cheveux trop courts, ce n’est pas du tout ce que j’avais en tête. Certes, j’avais envie de « changer de tête » parce que je n’en peux plus de la mienne ces derniers jours. Mais je ne m’attendais pas à un changement si radical, et cela m’a choqué. C’est dire combien je me sens à fleur de peau…

Alors je me demande : c’est quoi le fond du problème ? C’est quoi qui en réalité ne va pas ? Je ressens un profond ras le bol. Mais de quoi ? Cela fait à peine une semaine que je vis de nouveau chez mes parents, ce ne peut pas être déjà ça… alors que cela se passe plutôt bien. Non ?

Peut-être est-ce un découragement par rapport à la maladie. J’essaye de retrouver une équipe médicale compétente, et c’est un peu la croix et la bannière… Le gynéco spécialisé sur l’endo que j’ai vu m’a beaucoup déçu. Expéditif, toucher très douloureux, manque d’explications… De toute façon, la réponse a été claire, mon cas est trop complexe pour lui, il me renvoie vers un confrère de Bordeaux. Ce qui n’est pas plus mal, vu que je ne me suis pas du tout sentie à l’aise avec lui. Donc j’attends des nouvelles de ce monsieur… En espérant que la communication marche bien entre les deux.

Mais en attendant ? Le gynéco a été très clair : pour lui l’opération est indispensable, INDISPENSABLE, peu importe combien de temps j’attends, que je veuille des enfants ou pas… Il me dit que je peux tester le reste, infiltration épidurale pour la sciatique, la cure thermale pour l’endo, mais que pour lui, l’opération sera nécessaire. Pour éviter l’infiltration de l’endo dans les intestins, pour l’instant il suffit de « racler sans résection ». A la bonne heure, j’ai de la chance…

Et je crois que c’est cette pilule-là qui ne passe pas. Qui ne passe vraiment pas. Ma mère n’a pas compris pourquoi après cet affreux rdv médical, je tenais à m’offrir des boucles d’oreille. Mais moi je sais, c’était pour me remonter le moral, pour soigner et faire preuve d’attention auprès de ma femme intérieure, meurtrie par un examen très indélicat, déprimée par les propos du médecin. Mais cela n’a pas suffit, il faut bien que je m’en rende compte.

Pourquoi est-ce que je me sens moche ? Parce que je sais que mon ventre est un gros bazar et que je ne cesse de devoir expliquer la maladie qui me touche et ses possibles conséquences : 50% de stérilité ? Parce que dans ma tête je sous-estime cette maladie et que la réalité vient de me rattraper ?

Pourquoi dans cet affreux contexte je rêve de bébé et d’accouchement ? Pourquoi je cauchemarde d’un centre de recherche pour la maladie qui se révèle en réalité être une « pondeuse », un lieu où l’on met les femmes enceintes contre leur volonté, pour vendre leur bébé ?

Je ne comprends rien à ses rêves et à leur message. Mais je vois que le thème revient, encore. L’autre fois, c’était un rêve à la Matrix, où les femmes étaient exploitées pour faire des bébés, dans les espèces de cocons du film. Et s’il s’avérait que si elles étaient stériles, alors, pfuit, elles étaient évacuées comme des déchets…

Je sens bien que tout tourne autour de ça, la cause profonde. Mais, le nez dans le guidon, le schéma ne m’apparait pas et j’ai le sentiment de tourner en rond. Je ne veux plus rester les bras croisée, comme une victime, en attendant qu’une solution miracle me soit apportée. Il n’en existe pas. Je veux juste avancer vers un mieux-être, pas à pas. Mais j’ai le sentiment de butter contre un mur invisible. Pourquoi mes efforts habituels ne marchent-ils plus ? Qu’est-ce que je suis censée faire ? Comment rebondir ?

Tu as le droit d’accepter ta tristesse. Tu as le droit d’être choquée. Tu ne t’attendais pas à ce que le gynéco te dise ça. Tu as été très choquée.

Je ne veux pas d’une opération : on te fait des trous dans le ventre et on te racle tous les organes, en espérant ne rien oublier au passage ? Je trouve ça super violent et invasif ! Pourquoi faudrait-il en passer par une telle extrémité ? N’existe-t-il pas des méthodes plus douces ? Le corps n’a-t-il pas une capacité formidable d’auto réparation – comme on m’en a parlé en lien avec le décodage biologique ? Si les nœuds énergétiques de la maladie sont dissous, n’y a-t-il pas un processus qui s’engage au niveau physique ? Et les soins sur les mémoires cellulaires et leur reprogrammation ? Aucun soin énergétique ne peut agir et descendre au niveau de mon corps physique ? Pourquoi cela marche chez certain et cela ne marcherait-il pas chez moi ?

Une part de toi espère toujours une forme de guérison.

Oui, ce n’est pas comme si j’ignorais l’enseignement de cette maladie. J’essaye de comprendre, d’accepter, de prendre soin de moi. Entre le travail psychologique, l’identification des mémoires karmiques, mais aussi familiales dans cette vie, les soins chamaniques, le travail avec mes guides, les cercles de femmes… Qu’est-ce que je ne fais pas ? Qu’est-ce que je ne comprends pas ? Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à dissoudre ces nœuds énergétiques ?

Parce qu’ils sont entremêlés chez toi sur plusieurs sujets.

Et alors ?

C’est plus long. Rappelle nous quel âge terrestre tu as.

Je me rapproche de mes 27 ans. Et alors ?? Cela fait 7 ans que cette maladie me fait travailler sur moi-même.

7 ans ce n’est rien. Ce n’est même pas la durée d’un cycle complet, qui est, nous te le rappelons de 9 ans.

ET ALORS ??!! Ce n’est pas cela qui me réconforte quand je pleure, ce n’est pas cela qui me calme quand je suis en colère à cause de la maladie, ce n’est pas non plus cela qui apaise mes douleurs. A quoi cela me sert de me rappeler que je suis jeune ?

A te rappeler que tu as du temps.

Du temps pourquoi ? A priori, pas pour guérir, vous m’avez fait comprendre que ma maladie ne disparaitrait pas…

Du temps pour grandir avec la maladie. Tu es si jeune, tu ne comprends pas encore la richesse de cet enseignement. Tu le comprendras plus tard et tu comprendras avec que ce temps, que tu trouves si long, t’en aura en réalité fait gagner beaucoup dans ta vie.

Comment ?

Par la sagesse qu’il t’aura apportée, par la réalité que tu auras expérimentée. La maladie n’est pas une fatalité, elle est un voyage vers vous-même et vers vos ressources intérieures. Ce que tu ne peux pas faire à l’extérieur, tourne-toi en toi-même pour le réaliser d’une autre façon. Il existe des tas de chemins pour aller vers un même résultat, c’est ça la beauté de la vie. Rien n’est tracé, c’est à vous de le décider. Tu peux décider de t’assoir et de faire une pause pour te ressourcer, ce que nous te recommandons, ou bien tu peux foncer. Tu peux tenter le raccourci, mais celui-ci te donnera-t-il la même richesse et la même satisfaction au bout ?

Ce n’est pas parce que tu ne vois pas vers où te mène tes pas, qu’il n’existe pas de cohérence. Sylvie le disait dans son commentaire, elle ne cherche plus le sens avant de marcher, elle le laisse émerger au fur et à mesure. Ne trouves-tu pas que c’est une façon de faire bien plus reposante ?

Je ne sais pas… Je pense que oui, mais cela marche bien si tu te sens guidée, si tu arrives à te laisser porter vers ce que tu sais être bon pour toi, même si tu ne sais pas quoi. Je n’ai pas du tout l’impression d’être guidée, ni de savoir dans quelle direction faire mon prochain pas.

Pourtant, nous sommes là à te répondre. Et si tu ne perçois pas la direction de ton prochain pas, c’est peut-être parce qu’il n’y en a pas pour l’instant. Peut-être est-il mieux pour toi de te reposer maintenant. Ne disais-tu pas que la Réunion t’avait épuisée ?

Si, mais il est difficile de se reposer sans avoir ne serait-ce qu’un futur objectif en tête, un pas qui attend. Tout le monde me le demande : et que vas-tu faire « après » ? « Après » quoi, on se le demande…

Et si au lieu de te concentrer sur cet après, tu te concentrais sur ton présent immédiat ? Un pas après l’autre. Un jour après l’autre. Peu importe ce qu’on te dit et quelles sont les attentes de tes proches. Et si tu te concentrais pour te sentir bien, là tout de suite ? Profiter du soleil, écouter le chant des oiseaux, méditer, dessiner, rire et profiter. Qui est pressé ? Le prochain pas a tout le temps d’émerger. A quoi cela sert-il de te dépêcher ? Laisse aussi à ton corps le temps de se reposer.

Je comprends ta logique, mais je n’ai rien devant moi. Aucune idée de comment je vais gagner ma vie, où je vais vivre, etc. En gros, vous me demandez de m’assoir juste au bord d’un grand précipice rempli de vide, et de ne pas avoir le vertige ? Vous me demandez d’être zen et de ne pas avoir peur, quand tout le monde autour de moi s’affole et me demande de regarder vers le bas ?

« Tout le monde autour de toi s’affole » et bien laisse les s’affoler. Ces émotions ne t’appartiennent pas et en réalité, c’est toi qui les projette. Elles ne font que te revenir par effet miroir. Les angoisses des autres sont les tiennes, et ces miroirs sont là pour te mettre le doigt dessus et te pousser à les surmonter. Plus tu seras zen et confiante en ton avenir, même s’il ressemble à une toile vierge, plus les autres le seront aussi autour de toi.

Ce n’est pas le moment de te mettre à gribouiller à la va vite. C’est le moment de rassembler tes pinceaux, avec patience et minutie, et d’apprendre à t’en servir dans le calme et la sérénité. Pour faire face à cela, nous t’encourageons à méditer tous les jours dans la nature. Pose toi dans le jardin, commence par 5 min, puis 10, puis 15 et quand tu arriveras à rester 30 min entière dans un état de paix intérieure, de présence et de centrage, alors nous pourrons passer à autre chose.

Merci.

21 avril 2017

Déchirement

Artiste : Yuumei

Tout à coup, cela me semble dur… Finir mes valises, co-animer ce dernier cercle de femmes, préparer l’organisation du repas partage pour mon départ. Tout à coup, cela me semble si dur l’idée de dire au revoir à tout le monde…

Aujourd’hui, j’ai écrit un mot à une amie, joint au petit cadeau de remerciement que j’ai pour elle. Et j’ai réalisé que, même si on gardait contact, même si on se revoyait pendant des vacances, et bien les choses ne seraient plus les mêmes… Tous ces moments que je prenais acquis, tout ce temps passé ensemble à étudier l’astro, à covoiturer, à discuter de nos vies… Tout ce qui a pu être construit grâce à la proximité… Cela demeurera toujours dans mon cœur et dans ma mémoire comme quelque chose de précieux. Mais quelle évolution de la relation ?

Je n’ai jamais été très douée pour les relations à distance, exceptée avec 1 ou 2 amies… Je ne suis pas douée, ni pour me connecter sur facebook, ni pour répondre rapidement aux emails, ni pour donner des nouvelles (surtout quand je suis dans une période difficile de ma vie). Je sais que certaines feront l’effort de prendre des nouvelles, d’autres non car elles mènent une vie à 100 à l’heure.

Et je me demande, quels souvenirs, quelles images, quels mots je laisse sur cette île ? Le lien émotionnel que moi je ressens avec certaines personnes est-il partagé avec la même intensité ? Ces personnes sont-elles aussi touchées par mon départ que moi par le fait de leur dire au revoir ?

La Réunion, c’est un peu ça par moment : un déchirement. Entre la terre natale et la terre d’accueil, que ce soit pour les métros qui viennent ici, ou les créoles qui partent vivre en métropole. Entre les gens qui restent fixés ici et ceux qui ne font que passer quelques années. Entre notre culture d’origine et celle qui nous accueille.

Il y a tellement de choses auxquelles je dis au revoir. C’est fou, je n’aurais pas cru m’attacher à tant de choses en 2 ans, alors que l’île ne m’a pas ménagé et m’a fait traverser de nombreuses épreuves. J’aurai pu la détester pour ça, pour ces énergies si intenses et explosives. Mais bizarrement, même si cela m’a épuisé, je ne m’en suis que plus attachée à elle maintenant.

Je déteste cette situation d’entre d’eux. Ma place de parking vide parce que ma petite voiture est vendue. Mes murs vides parce que j’ai décroché mes décorations. Les pièces spartiates parce que j’ai vendu les meubles que j’avais rajoutés. Je sais que mon « chez moi » ici n’a jamais été un « foyer ». Mais j’avais malgré tout réussi à construire un cocon protecteur contre le froid extérieur. Et maintenant que je le démantèle physiquement, bout par bout, le vide et le froid me frappe avec force. J’ai beau avoir essayé de créer un simulacre de foyer, en réalité, ce n’en était vraiment pas un… C’est fou comme l’on peut se mentir à soi-même. Et s’entourer d’énergies pour tenter de combler les trous. J’imagine que c’est une façon de faire, à défaut de s’entourer de « compagnons » d’entente pour ne pas sentir le froid de la solitude… Mais la réalité n’en est pas moins dure.

Alors, par moment, je ressens ce grand froid, cette grande solitude. Et je me demande : est-ce que je compte réellement pour quelqu’un ? Y a-t-il réellement quelqu’un à qui je vais manquer ? Ou ne suis-je qu’un souvenir qui va passer ? Un rencontre parmi tant d’autres sur le chemin de la vie ?

On est tous qu’un grain de sable dans l’univers. Il serait prétentieux de prétendre le contraire. Pourtant, j’ai parfois l’envie d’être aimée de façon unique, inconditionnelle. D’être spéciale pour quelqu’un, et pas forcément pour un partenaire, mais aussi pour des amis, de la famille… Alors, chaque fois que je quitte un endroit, je ne peux m’empêcher de me demander : ai-je  vraiment compté pour quelqu’un ?

Ce soir, je me sens inconsolable. Je ne me sens pas prête à faire le deuil de cette vie-là, de ces amis-là, pour plonger dans un inconnu dont je ne sais rien et pour lequel je n’ai aucune direction. Et dans cet entre-deux, je me sens si seule… Déjà à moitié partie pour ceux qui sont ici, et pas encore rentrée pour ceux qui vont me retrouver…

Dualité

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Artiste : NanoMortis

Aujourd’hui, j’ai le cœur lourd. J’imagine que ce n’est pas par hasard si ma sciatique revient en force et si je me suis réveillée avec un torticoli ce matin. C’est comme si tout à coup, je me ressentais rattrapée par la réalité, que j’avais cherché à fuir en me concentrant sur de l’organisation matérielle, en lisant des heures…

La réalité de mon départ me percute enfin, après le déni. J’ai récupéré cartons et du scotch marron, mais je n’ai pas commencé à trier et emballer mes affaires. Tout comme je n’arrive pas à mettre une annonce pour vendre mes meubles. Je me sens bloquée. Tout à coup, je réalise enfin que dans un mois, je ne serai plus ici… J’aurai quitté cette île, quitté mes amis, quitté le quotidien que je connais.

Pour aller vers un ailleurs incertain, un nouveau temps de transition, à la durée inconnue. On pourrait arguer, que retournant vivre au domicile familial, je connais déjà les lieux. Mais je vais y revenir tellement différente, après ces 2 ans à la Réunion et tout ce que j’ai vécu… Là-bas, plus d’amis, plus de repères. Du tri m’attend, retrouver des professionnels de santé pour m’accompagner, des activités… Me pencher sur mon futur professionnel.

Et tout à coup, je me sens tellement perdue.  Perdue face à mes soucis de santé, perdue face à l’absence de direction dans ma vie. Perdue de devoir quitter les personnes chères que j’ai rencontré ici, que j’aime profondément et qui m’aiment comme je suis, sans jugements et sans mensonges. Même si elles ne sont pas nombreuses, ces personnes-là sont très précieuses à mon cœur.

Une part de moi a peur de rentrer, de retrouver des jugements et du rejet face à l’importance de la spiritualité dans ma vie, de vivre de l’incompréhension. Une part de moi projette encore les comportements que mes parents avaient quand je vivais encore chez eux, ainsi que les miens… Pourtant tout est évolution, si moi j’ai changé, mes parents ont changé aussi, mes proches de métropole aussi. Il me faut déconstruire toutes mes croyances et mes aprioris négatifs, pour pouvoir accueillir les choses telles qu’elles sont devenues lors de mon absence.

Et je me sens fatiguée et effrayée par cette nouvelle déconstruction qui vient, qui se rapproche chaque jour un peu plus. Trier, jeter, donner. Ce ne sont que des aspects matériels, mais c’est exactement la même chose qui doit se faire sur les autres plans : mental, émotionnel et énergétique. Je n’ai jamais été douée pour vivre les transitions importantes, telle que celle-ci. Alors, je me demande, comment la vivre au mieux ? Comment m’y préparer pour qu’elle soit douce, simple et fluide ?

Je ne veux pas la vivre comme un choc, comme ce que j’ai vécu à mon arrivée à la Réunion. Une déstabilisation totale, la perte de tous mes repères : nature, étoiles, climat, culture, alimentation, absence des proches… Je vais le refaire en sens inverse, et même si je sais en partie ce qui m’attend là-bas, est-ce que je le sais vraiment ? N’est-ce pas l’occasion de revenir en posant un regard différent, en accueillant les choses sans jugements, telles quelles sont ? Sans attente et sans projection ?

Je pleure. Je pleure cette partie de moi qui va mourir en quittant la Réunion. Pourtant, c’est moi qui ai décidé de partir, de suivre le flot de la vie, de répondre à cet appel, même si je ne sais pas où il va me mener. Même si j’ai eu des messages me confortant dans ce sens. La Réunion n’était qu’une étape pour m’aider à mieux me réveiller, à guérir et à m’ouvrir spirituellement. Mais pour aller où ? Faire quoi ? On dirait que je n’ai pas fini de tâtonner dans le brouillard…

J’accueille cette tristesse, celle de quitter une terre qui m’a accueillie, chamboulée et nourrie. Celle de renoncer à la beauté d’une île Sauvage, faite de feu, d’eau et de terre, où les énergies sont si fortes et si belles. Celle de dire au revoir à de si belles âmes, rencontrées au hasard de mon chemin et avec qui j’ai pu partager tellement de choses dans l’amour et la compassion.

Je me sens déchirée en deux, entre ma terre natale qui m’appelle si fort : ses arbres, ses terres, ses plantes et ces animaux, ma famille, et la Réunion qui est devenue, doucement mais surement, ma terre d’adoption. Pourquoi toujours tant de tristesse et de dualité ? Quand je suis ici, la tristesse de l’éloignement. Et pourtant, alors que je m’apprête à partit, la tristesse de la séparation.

15 mars 2017