S’affoler pour rien

Artiste : Guweiz

Décidément, c’est dernier temps, me poser pour écrire devient difficile. Surtout quand je me lève de très mauvaise humeur le matin, à cause d’une nuit interrompue par la sciatique à me retourner encore et encore dans mon lit, et puis à cause de rêves perturbants. Je sais bien que dans ces cas-là, ces rêves marquants qui ne « passent pas » correspondent à un message spirituel qui ne veut pas passer. Et je sais bien que sous la surface, si je me mets à gratter, je vais mettre à jour des choses désagréables.

Alors c’est clair, dans ces cas-là, mon mental freine des quatre fers pour ne pas écrire. Parce que c’est aussi un travail, sur moi-même, surtout quand mes guides spirituels s’invitent dans la partie, pour souligner certains éléments ou m’aider à des prises de conscience. En général, cela n’est pas forcément agréable.

Même si parfois salutaire ?

Oui, parfois salutaire… Mais bon sang, je déteste me sentir « comme ça ». Je me sens mal au réveil, je me regarde dans le miroir et je me trouve « moche ». Je sais bien que ce n’est pas tant mon image physique qui me fait sentir comme ça, qu’une subite montée de manque d’amour de moi-même. Je me regarde dans le miroir et je n’aime pas ma tête ces jours ci.

Ma peau est affreuse, alors que pourtant, j’ai tout fait pour l’aider à bien vivre la transition eau de robinet volcanique vers eau de robinet calcaire. Justement, je n’utilise plus que de l’eau thermale en spray. J’ai acheté des produits spéciaux pour les rougeurs, crème, masque, produit lavant. Bref, je fais des efforts et pourtant, cela fait bien longtemps que ma peau n’a pas été aussi « horrible »,  avec rougeurs, gonflements, poussée d’acné. Cela me décourage. Et que dire de mes cheveux ? Deux lavages au calcaire, et c’est fini, ils ont perdu leur éclat, leur volume et on dirait limite du plâtre…

Et ne parlons pas de mes cernes ! C’est quoi le problème alors que j’essaye de faire des nuits de 9 à 10h de sommeil ? Je fais attention à prendre un bon rythme, ne pas me coucher trop tard… Et j’étais contente parce que mes premières nuits, j’ai dormi comme un bébé, des nuits complètes comme je n’en avais pas faites depuis tellement de mois. Voilà que je me fais la réflexion qu’un sentiment de sécurité profonde (grâce à mon retour dans la maison familiale) aide probablement à mieux dormir, et bim la nuit suivante… Insomnie, réveil sans raison, impossible de me rendormir avec ma sciatique. C’est à s’arracher les cheveux !!!

Je ne comprends pas pourquoi je me sens si mal. « I’m feeling like crap ». Est-ce mes hormones qui me rendent à fleur de peau et me donnent constamment envie de pleurer ? Est-ce tous ces changements dans mon environnement qui me perturbent tant ? Pourtant, j’essaye de faire preuve de douceur, de ralentir et de faire des pauses, notamment quand je vois que je me fatigue trop à trier mes cartons. Je me suis acheté un nouveau pull tout doux et tout rose. Je suis allée chez le coiffeur.

Mais surprise, mes efforts n’ont pas l’effet escompté ! Quand la coiffeuse a eu fini de me couper les cheveux, j’ai eu très envie de pleurer. Oui, pleurer, vous avez bien lu. Elle m’a coupé les cheveux trop courts, ce n’est pas du tout ce que j’avais en tête. Certes, j’avais envie de « changer de tête » parce que je n’en peux plus de la mienne ces derniers jours. Mais je ne m’attendais pas à un changement si radical, et cela m’a choqué. C’est dire combien je me sens à fleur de peau…

Alors je me demande : c’est quoi le fond du problème ? C’est quoi qui en réalité ne va pas ? Je ressens un profond ras le bol. Mais de quoi ? Cela fait à peine une semaine que je vis de nouveau chez mes parents, ce ne peut pas être déjà ça… alors que cela se passe plutôt bien. Non ?

Peut-être est-ce un découragement par rapport à la maladie. J’essaye de retrouver une équipe médicale compétente, et c’est un peu la croix et la bannière… Le gynéco spécialisé sur l’endo que j’ai vu m’a beaucoup déçu. Expéditif, toucher très douloureux, manque d’explications… De toute façon, la réponse a été claire, mon cas est trop complexe pour lui, il me renvoie vers un confrère de Bordeaux. Ce qui n’est pas plus mal, vu que je ne me suis pas du tout sentie à l’aise avec lui. Donc j’attends des nouvelles de ce monsieur… En espérant que la communication marche bien entre les deux.

Mais en attendant ? Le gynéco a été très clair : pour lui l’opération est indispensable, INDISPENSABLE, peu importe combien de temps j’attends, que je veuille des enfants ou pas… Il me dit que je peux tester le reste, infiltration épidurale pour la sciatique, la cure thermale pour l’endo, mais que pour lui, l’opération sera nécessaire. Pour éviter l’infiltration de l’endo dans les intestins, pour l’instant il suffit de « racler sans résection ». A la bonne heure, j’ai de la chance…

Et je crois que c’est cette pilule-là qui ne passe pas. Qui ne passe vraiment pas. Ma mère n’a pas compris pourquoi après cet affreux rdv médical, je tenais à m’offrir des boucles d’oreille. Mais moi je sais, c’était pour me remonter le moral, pour soigner et faire preuve d’attention auprès de ma femme intérieure, meurtrie par un examen très indélicat, déprimée par les propos du médecin. Mais cela n’a pas suffit, il faut bien que je m’en rende compte.

Pourquoi est-ce que je me sens moche ? Parce que je sais que mon ventre est un gros bazar et que je ne cesse de devoir expliquer la maladie qui me touche et ses possibles conséquences : 50% de stérilité ? Parce que dans ma tête je sous-estime cette maladie et que la réalité vient de me rattraper ?

Pourquoi dans cet affreux contexte je rêve de bébé et d’accouchement ? Pourquoi je cauchemarde d’un centre de recherche pour la maladie qui se révèle en réalité être une « pondeuse », un lieu où l’on met les femmes enceintes contre leur volonté, pour vendre leur bébé ?

Je ne comprends rien à ses rêves et à leur message. Mais je vois que le thème revient, encore. L’autre fois, c’était un rêve à la Matrix, où les femmes étaient exploitées pour faire des bébés, dans les espèces de cocons du film. Et s’il s’avérait que si elles étaient stériles, alors, pfuit, elles étaient évacuées comme des déchets…

Je sens bien que tout tourne autour de ça, la cause profonde. Mais, le nez dans le guidon, le schéma ne m’apparait pas et j’ai le sentiment de tourner en rond. Je ne veux plus rester les bras croisée, comme une victime, en attendant qu’une solution miracle me soit apportée. Il n’en existe pas. Je veux juste avancer vers un mieux-être, pas à pas. Mais j’ai le sentiment de butter contre un mur invisible. Pourquoi mes efforts habituels ne marchent-ils plus ? Qu’est-ce que je suis censée faire ? Comment rebondir ?

Tu as le droit d’accepter ta tristesse. Tu as le droit d’être choquée. Tu ne t’attendais pas à ce que le gynéco te dise ça. Tu as été très choquée.

Je ne veux pas d’une opération : on te fait des trous dans le ventre et on te racle tous les organes, en espérant ne rien oublier au passage ? Je trouve ça super violent et invasif ! Pourquoi faudrait-il en passer par une telle extrémité ? N’existe-t-il pas des méthodes plus douces ? Le corps n’a-t-il pas une capacité formidable d’auto réparation – comme on m’en a parlé en lien avec le décodage biologique ? Si les nœuds énergétiques de la maladie sont dissous, n’y a-t-il pas un processus qui s’engage au niveau physique ? Et les soins sur les mémoires cellulaires et leur reprogrammation ? Aucun soin énergétique ne peut agir et descendre au niveau de mon corps physique ? Pourquoi cela marche chez certain et cela ne marcherait-il pas chez moi ?

Une part de toi espère toujours une forme de guérison.

Oui, ce n’est pas comme si j’ignorais l’enseignement de cette maladie. J’essaye de comprendre, d’accepter, de prendre soin de moi. Entre le travail psychologique, l’identification des mémoires karmiques, mais aussi familiales dans cette vie, les soins chamaniques, le travail avec mes guides, les cercles de femmes… Qu’est-ce que je ne fais pas ? Qu’est-ce que je ne comprends pas ? Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à dissoudre ces nœuds énergétiques ?

Parce qu’ils sont entremêlés chez toi sur plusieurs sujets.

Et alors ?

C’est plus long. Rappelle nous quel âge terrestre tu as.

Je me rapproche de mes 27 ans. Et alors ?? Cela fait 7 ans que cette maladie me fait travailler sur moi-même.

7 ans ce n’est rien. Ce n’est même pas la durée d’un cycle complet, qui est, nous te le rappelons de 9 ans.

ET ALORS ??!! Ce n’est pas cela qui me réconforte quand je pleure, ce n’est pas cela qui me calme quand je suis en colère à cause de la maladie, ce n’est pas non plus cela qui apaise mes douleurs. A quoi cela me sert de me rappeler que je suis jeune ?

A te rappeler que tu as du temps.

Du temps pourquoi ? A priori, pas pour guérir, vous m’avez fait comprendre que ma maladie ne disparaitrait pas…

Du temps pour grandir avec la maladie. Tu es si jeune, tu ne comprends pas encore la richesse de cet enseignement. Tu le comprendras plus tard et tu comprendras avec que ce temps, que tu trouves si long, t’en aura en réalité fait gagner beaucoup dans ta vie.

Comment ?

Par la sagesse qu’il t’aura apportée, par la réalité que tu auras expérimentée. La maladie n’est pas une fatalité, elle est un voyage vers vous-même et vers vos ressources intérieures. Ce que tu ne peux pas faire à l’extérieur, tourne-toi en toi-même pour le réaliser d’une autre façon. Il existe des tas de chemins pour aller vers un même résultat, c’est ça la beauté de la vie. Rien n’est tracé, c’est à vous de le décider. Tu peux décider de t’assoir et de faire une pause pour te ressourcer, ce que nous te recommandons, ou bien tu peux foncer. Tu peux tenter le raccourci, mais celui-ci te donnera-t-il la même richesse et la même satisfaction au bout ?

Ce n’est pas parce que tu ne vois pas vers où te mène tes pas, qu’il n’existe pas de cohérence. Sylvie le disait dans son commentaire, elle ne cherche plus le sens avant de marcher, elle le laisse émerger au fur et à mesure. Ne trouves-tu pas que c’est une façon de faire bien plus reposante ?

Je ne sais pas… Je pense que oui, mais cela marche bien si tu te sens guidée, si tu arrives à te laisser porter vers ce que tu sais être bon pour toi, même si tu ne sais pas quoi. Je n’ai pas du tout l’impression d’être guidée, ni de savoir dans quelle direction faire mon prochain pas.

Pourtant, nous sommes là à te répondre. Et si tu ne perçois pas la direction de ton prochain pas, c’est peut-être parce qu’il n’y en a pas pour l’instant. Peut-être est-il mieux pour toi de te reposer maintenant. Ne disais-tu pas que la Réunion t’avait épuisée ?

Si, mais il est difficile de se reposer sans avoir ne serait-ce qu’un futur objectif en tête, un pas qui attend. Tout le monde me le demande : et que vas-tu faire « après » ? « Après » quoi, on se le demande…

Et si au lieu de te concentrer sur cet après, tu te concentrais sur ton présent immédiat ? Un pas après l’autre. Un jour après l’autre. Peu importe ce qu’on te dit et quelles sont les attentes de tes proches. Et si tu te concentrais pour te sentir bien, là tout de suite ? Profiter du soleil, écouter le chant des oiseaux, méditer, dessiner, rire et profiter. Qui est pressé ? Le prochain pas a tout le temps d’émerger. A quoi cela sert-il de te dépêcher ? Laisse aussi à ton corps le temps de se reposer.

Je comprends ta logique, mais je n’ai rien devant moi. Aucune idée de comment je vais gagner ma vie, où je vais vivre, etc. En gros, vous me demandez de m’assoir juste au bord d’un grand précipice rempli de vide, et de ne pas avoir le vertige ? Vous me demandez d’être zen et de ne pas avoir peur, quand tout le monde autour de moi s’affole et me demande de regarder vers le bas ?

« Tout le monde autour de toi s’affole » et bien laisse les s’affoler. Ces émotions ne t’appartiennent pas et en réalité, c’est toi qui les projette. Elles ne font que te revenir par effet miroir. Les angoisses des autres sont les tiennes, et ces miroirs sont là pour te mettre le doigt dessus et te pousser à les surmonter. Plus tu seras zen et confiante en ton avenir, même s’il ressemble à une toile vierge, plus les autres le seront aussi autour de toi.

Ce n’est pas le moment de te mettre à gribouiller à la va vite. C’est le moment de rassembler tes pinceaux, avec patience et minutie, et d’apprendre à t’en servir dans le calme et la sérénité. Pour faire face à cela, nous t’encourageons à méditer tous les jours dans la nature. Pose toi dans le jardin, commence par 5 min, puis 10, puis 15 et quand tu arriveras à rester 30 min entière dans un état de paix intérieure, de présence et de centrage, alors nous pourrons passer à autre chose.

Merci.

21 avril 2017

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Déchirement

Artiste : Yuumei

Tout à coup, cela me semble dur… Finir mes valises, co-animer ce dernier cercle de femmes, préparer l’organisation du repas partage pour mon départ. Tout à coup, cela me semble si dur l’idée de dire au revoir à tout le monde…

Aujourd’hui, j’ai écrit un mot à une amie, joint au petit cadeau de remerciement que j’ai pour elle. Et j’ai réalisé que, même si on gardait contact, même si on se revoyait pendant des vacances, et bien les choses ne seraient plus les mêmes… Tous ces moments que je prenais acquis, tout ce temps passé ensemble à étudier l’astro, à covoiturer, à discuter de nos vies… Tout ce qui a pu être construit grâce à la proximité… Cela demeurera toujours dans mon cœur et dans ma mémoire comme quelque chose de précieux. Mais quelle évolution de la relation ?

Je n’ai jamais été très douée pour les relations à distance, exceptée avec 1 ou 2 amies… Je ne suis pas douée, ni pour me connecter sur facebook, ni pour répondre rapidement aux emails, ni pour donner des nouvelles (surtout quand je suis dans une période difficile de ma vie). Je sais que certaines feront l’effort de prendre des nouvelles, d’autres non car elles mènent une vie à 100 à l’heure.

Et je me demande, quels souvenirs, quelles images, quels mots je laisse sur cette île ? Le lien émotionnel que moi je ressens avec certaines personnes est-il partagé avec la même intensité ? Ces personnes sont-elles aussi touchées par mon départ que moi par le fait de leur dire au revoir ?

La Réunion, c’est un peu ça par moment : un déchirement. Entre la terre natale et la terre d’accueil, que ce soit pour les métros qui viennent ici, ou les créoles qui partent vivre en métropole. Entre les gens qui restent fixés ici et ceux qui ne font que passer quelques années. Entre notre culture d’origine et celle qui nous accueille.

Il y a tellement de choses auxquelles je dis au revoir. C’est fou, je n’aurais pas cru m’attacher à tant de choses en 2 ans, alors que l’île ne m’a pas ménagé et m’a fait traverser de nombreuses épreuves. J’aurai pu la détester pour ça, pour ces énergies si intenses et explosives. Mais bizarrement, même si cela m’a épuisé, je ne m’en suis que plus attachée à elle maintenant.

Je déteste cette situation d’entre d’eux. Ma place de parking vide parce que ma petite voiture est vendue. Mes murs vides parce que j’ai décroché mes décorations. Les pièces spartiates parce que j’ai vendu les meubles que j’avais rajoutés. Je sais que mon « chez moi » ici n’a jamais été un « foyer ». Mais j’avais malgré tout réussi à construire un cocon protecteur contre le froid extérieur. Et maintenant que je le démantèle physiquement, bout par bout, le vide et le froid me frappe avec force. J’ai beau avoir essayé de créer un simulacre de foyer, en réalité, ce n’en était vraiment pas un… C’est fou comme l’on peut se mentir à soi-même. Et s’entourer d’énergies pour tenter de combler les trous. J’imagine que c’est une façon de faire, à défaut de s’entourer de « compagnons » d’entente pour ne pas sentir le froid de la solitude… Mais la réalité n’en est pas moins dure.

Alors, par moment, je ressens ce grand froid, cette grande solitude. Et je me demande : est-ce que je compte réellement pour quelqu’un ? Y a-t-il réellement quelqu’un à qui je vais manquer ? Ou ne suis-je qu’un souvenir qui va passer ? Un rencontre parmi tant d’autres sur le chemin de la vie ?

On est tous qu’un grain de sable dans l’univers. Il serait prétentieux de prétendre le contraire. Pourtant, j’ai parfois l’envie d’être aimée de façon unique, inconditionnelle. D’être spéciale pour quelqu’un, et pas forcément pour un partenaire, mais aussi pour des amis, de la famille… Alors, chaque fois que je quitte un endroit, je ne peux m’empêcher de me demander : ai-je  vraiment compté pour quelqu’un ?

Ce soir, je me sens inconsolable. Je ne me sens pas prête à faire le deuil de cette vie-là, de ces amis-là, pour plonger dans un inconnu dont je ne sais rien et pour lequel je n’ai aucune direction. Et dans cet entre-deux, je me sens si seule… Déjà à moitié partie pour ceux qui sont ici, et pas encore rentrée pour ceux qui vont me retrouver…

Dualité

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Artiste : NanoMortis

Aujourd’hui, j’ai le cœur lourd. J’imagine que ce n’est pas par hasard si ma sciatique revient en force et si je me suis réveillée avec un torticoli ce matin. C’est comme si tout à coup, je me ressentais rattrapée par la réalité, que j’avais cherché à fuir en me concentrant sur de l’organisation matérielle, en lisant des heures…

La réalité de mon départ me percute enfin, après le déni. J’ai récupéré cartons et du scotch marron, mais je n’ai pas commencé à trier et emballer mes affaires. Tout comme je n’arrive pas à mettre une annonce pour vendre mes meubles. Je me sens bloquée. Tout à coup, je réalise enfin que dans un mois, je ne serai plus ici… J’aurai quitté cette île, quitté mes amis, quitté le quotidien que je connais.

Pour aller vers un ailleurs incertain, un nouveau temps de transition, à la durée inconnue. On pourrait arguer, que retournant vivre au domicile familial, je connais déjà les lieux. Mais je vais y revenir tellement différente, après ces 2 ans à la Réunion et tout ce que j’ai vécu… Là-bas, plus d’amis, plus de repères. Du tri m’attend, retrouver des professionnels de santé pour m’accompagner, des activités… Me pencher sur mon futur professionnel.

Et tout à coup, je me sens tellement perdue.  Perdue face à mes soucis de santé, perdue face à l’absence de direction dans ma vie. Perdue de devoir quitter les personnes chères que j’ai rencontré ici, que j’aime profondément et qui m’aiment comme je suis, sans jugements et sans mensonges. Même si elles ne sont pas nombreuses, ces personnes-là sont très précieuses à mon cœur.

Une part de moi a peur de rentrer, de retrouver des jugements et du rejet face à l’importance de la spiritualité dans ma vie, de vivre de l’incompréhension. Une part de moi projette encore les comportements que mes parents avaient quand je vivais encore chez eux, ainsi que les miens… Pourtant tout est évolution, si moi j’ai changé, mes parents ont changé aussi, mes proches de métropole aussi. Il me faut déconstruire toutes mes croyances et mes aprioris négatifs, pour pouvoir accueillir les choses telles qu’elles sont devenues lors de mon absence.

Et je me sens fatiguée et effrayée par cette nouvelle déconstruction qui vient, qui se rapproche chaque jour un peu plus. Trier, jeter, donner. Ce ne sont que des aspects matériels, mais c’est exactement la même chose qui doit se faire sur les autres plans : mental, émotionnel et énergétique. Je n’ai jamais été douée pour vivre les transitions importantes, telle que celle-ci. Alors, je me demande, comment la vivre au mieux ? Comment m’y préparer pour qu’elle soit douce, simple et fluide ?

Je ne veux pas la vivre comme un choc, comme ce que j’ai vécu à mon arrivée à la Réunion. Une déstabilisation totale, la perte de tous mes repères : nature, étoiles, climat, culture, alimentation, absence des proches… Je vais le refaire en sens inverse, et même si je sais en partie ce qui m’attend là-bas, est-ce que je le sais vraiment ? N’est-ce pas l’occasion de revenir en posant un regard différent, en accueillant les choses sans jugements, telles quelles sont ? Sans attente et sans projection ?

Je pleure. Je pleure cette partie de moi qui va mourir en quittant la Réunion. Pourtant, c’est moi qui ai décidé de partir, de suivre le flot de la vie, de répondre à cet appel, même si je ne sais pas où il va me mener. Même si j’ai eu des messages me confortant dans ce sens. La Réunion n’était qu’une étape pour m’aider à mieux me réveiller, à guérir et à m’ouvrir spirituellement. Mais pour aller où ? Faire quoi ? On dirait que je n’ai pas fini de tâtonner dans le brouillard…

J’accueille cette tristesse, celle de quitter une terre qui m’a accueillie, chamboulée et nourrie. Celle de renoncer à la beauté d’une île Sauvage, faite de feu, d’eau et de terre, où les énergies sont si fortes et si belles. Celle de dire au revoir à de si belles âmes, rencontrées au hasard de mon chemin et avec qui j’ai pu partager tellement de choses dans l’amour et la compassion.

Je me sens déchirée en deux, entre ma terre natale qui m’appelle si fort : ses arbres, ses terres, ses plantes et ces animaux, ma famille, et la Réunion qui est devenue, doucement mais surement, ma terre d’adoption. Pourquoi toujours tant de tristesse et de dualité ? Quand je suis ici, la tristesse de l’éloignement. Et pourtant, alors que je m’apprête à partit, la tristesse de la séparation.

15 mars 2017

Faire son deuil

Artiste : Wlop

Artiste : Wlop

Je demande à parler avec mes guides. Merci. S’il vous plait, j’ai besoin d’aide pour comprendre les messages de mes rêves, et ses énergies qui persistent si désagréablement au réveil. J’ai besoin que le message soit répété en douceur, et progressivement expliqué. Je n’arrive pas à les décrypter et en plus ces énergies pénibles ne m’aident pas à accueillir les messages.

Il y a des songes qui reviennent, encore et encore, à intervalles de mois régulier. Mais comment suis-je censée les comprendre ? Je rêve encore et encore d’une retrouvaille avec mon ex-compagnon pour le travail. Mais ça veut dire quoi ? Ce sont les projections de mes désirs inconscients ? Ou on a encore un travail à faire ensemble ? Spirituel ou bien dans le concret, matériel ? C’est pour m’aider à accepter notre séparation et lui pardonner ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

Comment te sens-tu à parler de ça ?

Triste, cela me fait pleurer. Évidemment que j’aimerais pouvoir le retrouver et lui pardonner. Seulement ressentir de la joie et de l’apaisement en le voyant. A défaut d’être capable de vivre en couple, pouvoir échanger sur le plan intellectuel, se nourrir et s’enrichir l’un l’autre d’une autre façon. Mais je n’ai aucune idée si c’est ce dont lui aussi a envie. Et encore moins si j’en suis capable. Je ne me sens pas prête, pas prête à le revoir, pas prête à la façon inconnue dont je pourrais réagir. Je me sens toujours blessée, et je me demande si cette blessure pourra seulement se refermer un jour. Pas vraiment, hein ? Mais je peux trouver un placebo, une autre source de joie et d’amour c’est ça ?

Parfois il faut du temps.

Mais pourquoi m’envoyez-vous ces rêves avec lui ? Pourquoi ?

Pour te préparer à l’éventualité de le recroiser.

A quoi ça sert ?

Tu pourrais être amenée à le croiser dans le cadre de ton futur travail.  T’interdirais-tu d’évoluer dans un certain milieu professionnel parce qu’il en fait partie ou qu’il y apparait de façon ponctuelle ?

Je sais bien que cela ne me pénaliserait que moi-même. Je sais bien que lui resterait probablement neutre et professionnel. Il sait bien faire ça, séparer vie pro et vie perso. Je sais aussi que c’est une belle personne, riche de connaissances et de sagesse. Au-delà même de notre propre histoire personnelle, je sais que c’est un homme passionnant qui a beaucoup à apporter à autrui, notamment dans le milieu professionnel. J’aimerai être capable de pouvoir évoluer sur ce plan en cohabitation avec lui.

Mais je n’en suis pas capable avec un cœur brisé. Je ne peux pas juste ignorer toute la sphère émotionnelle et personnelle que je ressens. Evoluer auprès de lui comme si on ne s’était jamais connus, comme deux inconnus aux rapports cordiaux et distants. Ce ne serait pas possible. La blessure de l’indifférence serait trop forte. Vu mon hypersensibilité, ça serait signer la mort de ce qui reste de mon pauvre cœur en miettes.

Même si je sais que ce n’est pas lui seulement qui l’a brisé. Dans toute relation, on est responsable à 50%, il n’y a pas de victime et pas de bourreau, même si c’est lui qui est parti. Et même si je sais d’un point de vue rationnel, que c’était la meilleure chose à faire et que je n’en aurais jamais eu le courage. Mais ça fait juste mal, c’est inexplicable… C’est une perte que l’on ne peut pas nommer.

Pourquoi ai-je rencontré ma flamme jumelle dans cette vie si nous ne sommes pas capable de vivre notre amour ensemble ? Pourquoi ? Je n’arrive toujours pas à accepter ça. C’est inacceptable pour moi. Accepter la maladie, les expériences de harcèlement au travail et énergétique, accepter ma reliance à l’Ombre et à la Lumière, accepter ma médiumnité, accepter mon hypersensibilité. Je veux bien travailler à accepter ça. Mais pas accepter de renoncer à ma flamme jumelle, ce n’est pas possible. Ce n’est pas juste ! C’est simplement trop dur.

Et quelles sont les alternatives qui se proposent à toi ? Rester dans cette souffrance ?

Je ne sais pas, je n’en sais rien. Je croyais que vous aviez endormi mon cœur pour que je souffre moins ?

C’est toujours le cas.

Et bien, je n’en ai pas l’impression au vu de ce qui ressort quand j’évoque le sujet.

Parce que tu es toujours en résistance dans ton processus de deuil. Tu n’arrives pas à lâcher prise.

Ce n’est pas quelque chose que l’on décide…

Non mais on peut l’accompagner. Tu pensais que tu avais fait ton deuil parce que tu as tout enterré. Tout mis dans des boites. Supprimer tout contact et toute prise d’information. Eviter toute pensée à son sujet. Mais ce n’est pas ça faire son deuil.

Faire son deuil c’est être capable de voir le bon comme le mauvais et de l’accepter. C’est être capable de sourire en repensant aux bons moments, en ayant de la gratitude dans ton cœur. C’est repenser à l’autre de temps en temps, peut être avec un peu de nostalgie mais, surtout avec de l’amour et de la paix au cœur. Exactement comme ce que tu ressens au sujet de ta grand-mère décédée.

C’est ça le deuil. Ce n’est pas cacher et ignorer ta souffrance. C’est l’accepter à bras ouverts, la laisser s’exprimer, encore jusqu’à ce qu’elle soit apaisée.

Mais je croyais l’avoir fait, après toutes ces heures à pleurer, toutes ces heures à écrire et à me lamenter… A n’en plus finir, encore et encore. Et tous ces rêves pour évacuer… Je pensais sincèrement avoir laissé le champ libre à l’expression de ma souffrance, de ma détresse et de toutes les émotions que cette rupture a pu déclencher. Je me suis laissée le temps, je me laisse encore le temps.

Le temps peut passer aussi longtemps que tu voudras. Un trésor caché et bien enterré est préservé sous la terre. Ta souffrance est à l’abri. Comme un ultime vestige de votre relation, qui te rassure sur l’intensité et la réalité de ce que vous avez vécu. Un vestige que tu n’arrives pas à lâcher… Par peur qu’il n’y ait plus rien. Plus rien qui te rattache à lui, pas même la souffrance.

Mais deux flammes jumelles sont reliées par bien plus que ça. Tu n’as pas besoin de t’enferrer dans une chaine de souffrance pour que votre lien perdure au-delà du temps et de cette vie. Quoi que tu fasses ou non, un jour, vous vous retrouverez.

C’est difficile à comprendre pour ta conscience humaine, mais tu n’as pas besoin d’un tel lien de souffrance. Tu n’as pas besoin d’être rattaché à lui par une émotion ou par un souvenir pour l’aimer. L’amour inconditionnel n’a pas besoin d’attache. C’est ton mental et ton égo qui s’y raccrochent aussi fort qu’ils le peuvent.

Tu es très bien capable d’aimer ta grand-mère décédée, sans aucun lien physique, ni même émotionnel. Tu ne sais pas où elle est, ce qu’elle fait sur son chemin d’évolution, comment son âme se sent. Tu ne sais rien, et tu n’as pas de visite d’elle. Mais cela ne t’empêche pas de l’aimer, de lui souhaiter le meilleur et de lui envoyer des pensées bienveillantes. Où qu’elle soit, et même si elle ne te répond pas.

L’amour sans attache c’est cela. C’est laisser partir l’autre sur son chemin, en lui souhaitant le meilleur. C’est se détacher du besoin de lien, d’amour en retour, d’avoir une réponse et d’être rassurée. C’est donner sans attendre quoi que ce soit en retour.

Mais accompagner ma grand-mère vers la mort parce que c’est ce que son âme a décidé, cela n’a rien à voir avec une rupture… ça n’a rien à voir ! Je n’ai jamais eu de message de l’âme de mon ex-compagnon qui me disait que je l’empêchais d’évoluer…

Mais toi tu avais besoin de plus d’espace de liberté pour évoluer. Le message n’est pas venu de lui, mais de toi, de ta propre âme. Et c’est cela que tu n’acceptes pas. Tu lui as apporté ce dont il avait besoin pour évoluer dans cette partie de sa vie. En contrepartie, il t’a aidé dans la prise de conscience de tes blocages. Mais tu ne pouvais pas continuer ton évolution spirituelle avec lui. Alors il t’a laissé partir. Il a entendu le message de ton âme, c’est pourquoi il était en paix suite à cette décision.

Mais moi, je ne suis pas en paix du tout !!! Pourquoi ?

Parce que tu as refusé ce message. Tu ne l’acceptes pas. Tu n’acceptes pas que ton âme te fasse vivre ça.

« Subir » ça. Je ne supporte plus le nombre de trucs que me fait subir mon âme, parce qu’elle a décidé avant de s’incarner de travailler sur telle et telle blessures. Je suis fatiguée et découragée. J’ai besoin d’un peu de douceur moi aussi ! De joie, d’amour, de paix… En réalité, je ne cherche pas midi à 14h, si je m’intéresse autant à la spiritualité, c’est simplement parce que je veux me sentir bien. C’est tout. Je veux me sentir bien.

Mais pourquoi ai-je l’impression que plus je chemine et plus cela devient hors d’atteinte ? A chaque nouvelle blessure mise en lumière, à chaque nouveau défi imposé par mon âme… Parfois, je me dis « bienheureux l’ignorant ». Je ne considère pas que ma médiumnité est « cool » parce que j’ai plutôt l’impression qu’elle entraine une série d’obligations : celle d’être attentive à mon environnement, celle de mettre en place une certaine hygiène énergétique, celle de prendre en considération les messages qui me viennent (sinon ils se retournent comme des gifles dans ma figure), etc…

Je suis psychologiquement et psychiquement fatiguée.

D’où le fameux rêve où tu es alitée à l’hôpital, avec de la fièvre et des spasmes. Incapable du moindre mouvement à cause d’une fatigue écrasante et disproportionnée. Tu vois, même si tu n’en as pas conscience, ton âme elle le sait. Son objectif n’est pas de te « casser » mais de te permettre d’évoluer. Et là, tu as besoin d’une pause. Tu as besoin d’un peu de temps pour récupérer. Tu as besoin de rentrer pour te reposer. Nous le savons.

Alors, aidez-moi, svp…

Est-ce que ton rêve de cette nuit était intéressant ?

J’aimerais en parler, mais je suis trop fatiguée… Une autre fois ?

Il était là pour t’aider, c’est tout ce que tu as besoin de savoir pour l’instant.

Ok, merci.

24 février

 

Entre Deux Mondes [vécu chamanique]

Artiste : Yuumei

Artiste : Yuumei

Je ressens une grande tristesse dans mon cœur ces temps-ci. Peut-être est-ce parce que je n’arrête pas de penser à mes parents, mon village natal, ma famille, les lieux que je connais ? J’ai envie de rentrer, comme on aurait envie de rester sous la couette. Pour retrouver un environnement chaleureux et rassurant, un endroit que l’on connait bien où l’on se sent dans un cocon de sécurité, une bulle d’amour protégée du monde extérieur.

J’ai cette envie de rentrer, cette envie de voir les gens que j’aime. Cette envie de vacances et de repos, de ressourcement profond et calme. Comme si mon arrêt maladie ici ne me le permettait pas. Comme s’il me manquait quelque chose d’essentiel, de l’amour extérieur peut être.

L’amour intérieur est-il suffisant pour guérir certaines blessures ? L’amour de soi est indispensable pour marcher de façon équilibrée dans ce monde, et être capable d’aimer autrui. J’en suis convaincue depuis quelque temps déjà. Mais est-il suffisant pour être capable d’aimer ?

«  Il était important que tu te sentes aimée par tes parents. […] Ce sont les premières personnes qui peuvent vous donner le sentiment d’être une personne spéciale.

Tout le monde ne sait pas faire sentir à l’autre qu’il est une personne spéciale. Il vous faut pour cela prendre conscience que vous avez vous-mêmes été aimés par au moins un autre être vivant qui vous accordait une place particulière dans son cœur.

C’est important de comprendre ce que c’est que l’amour au sens affectif au-delà de toute attache précise. Parce que dès lors vous serez toujours capables d’aimer, quelque puisse être la forme d’amour qu’il vous sera proposée de donner.»

Extrait de l’article de Sylvie que vous pouvez lire ici.

Cet article de Sylvie m’a beaucoup émue et remuée. Serait-il temps pour moi de rentrer ? De m’offrir ce temps de repos et de répit après un long voyage éprouvant et une quête de vision épuisante ? Mon amie me disait qu’après sa propre quête, elle s’était sentie vidée, qu’elle n’avait qu’une envie c’était de se dorloter, de se cocooner et de se reposer au calme. Et que ce que je ressentais en était peut-être l’équivalent.

Après tout, fatiguée par tout ce flou et cet entre-deux sans fin, j’ai fini par faire le choix de symboliser ma quête de vision de façon consciente, par un acte posé. En allant en forêt méditer plusieurs heures seule. Et j’y ai fait des voyages chamaniques puissants et très symboliques : une mort avec le Soleil, une régénération dans le ventre de la Terre et une renaissance avec la Lune.

Il s’est passé quelque chose de très fort. Et le plus surprenant, c’est que j’étais, le Je de ma conscience ou de mon mental, simple spectateur et ne contrôlais rien. J’ai observé mon Esprit – cette part de divin en soi – donner des soins énergétiques à mon corps physique. C’était beau, fluide et puissant. Ainsi mon Esprit m’a illustré sa force, sa connaissance et sa maîtrise des éléments, me montrant par-là que je ne devais pas douter de sa puissance, de ma propre puissance intérieure, celle de mon Âme.

Mais comment revenir à la vie mondaine et terrestre et intégrer cette connaissance dans son quotidien ? Comment se sentir forte et puissante alors qu’au jour le jour : on lutte contre ses peurs, ses angoisses ; on tente de maitriser ses émotions d’hypersensible indomptables ; on doute, on est perdu et on ne sait pas dans quel direction aller ? Comment réconcilier ces deux réalités en soi – alors qu’elles semblent si éloignées l’une de l’autre, bien que cela soit seulement une illusion ?

18 novembre 2016

Artiste : Yuumei

Artiste : Yuumei

Montagnes russes

Il y a ces moments où plus rien ne semble avoir de sens, où le désespoir m’engloutit, où je me sens seule au monde malgré les proches, si près, enfin. Ces moments où mes émotions semblent indomptables, une marée de tristesse qui ne cesse de monter sans vouloir déborder pour s’apaiser. J’ai envie de pleurer mais les larmes ne coulent pas. J’ai envie d’être écoutée, mais les mots ne sortent pas. J’ai envie d’être consolée mais les gens sont loin de moi.

Et dans ces moments, je me demande « pourquoi est-ce que j’écris ? », « qui peut trouver quelque chose dans mes écrits ? ». Et pourtant, je m’y raccroche comme à une bouée, désespérée. Il n’y a qu’ici que je peux me livrer entièrement sans peur du jugement. Mais à ma grande frustration, c’est souvent quand je ressens l’envie ou le besoin d’écrire que je n’y arrive pas, que la fatigue est trop forte, que je suis interrompue ou que je n’ai pas le temps de m’assoir pour écrire.

Pour me faire face à moi-même, observer la tornade de mes émotions, la profondeur de mes blessures, la montagne russe de mes sentiments. Je me sens tellement chamboulée et chahutée dans tous les sens, sans comprendre, sans savoir depuis ce regard.

On dit que les yeux sont la porte de l’âme et qu’ils peuvent ouvrir sur le cœur de l’autre. Pourquoi est-ce que cet échange de regard avec mon vieil ami, non vu depuis si longtemps, a provoqué tant d’émotions en moi ? J’y ai vu de l’amour pur, un amour qui ne s’explique pas, un amour qui n’a rien de terrestre et de matériel, un amour sans objet sexuel. Juste un amour pour la personne que je suis. Je l’ai senti. Un amour intemporel et inexprimable avec des mots.

Et je me suis sentie tellement seule après. Terriblement seule. Horriblement triste aussi. Alors que cela ne devrait me procurer que de la joie. Je ne sais pas pourquoi.

Après cela, tout m’a paru vide et insignifiant. Tout.

Peut-on vivre sans ressentir un tel amour ? Cette intensité n’a semblé que raviver le propre vide en mon cœur. Alors même que j’ai revu la veille un de mes ex avec qui la relation s’est terminée de façon… interminée… Avec une sensation de chaud froid. Un accueil chaleureux, pour un lendemain distant où il m’évite. La tristesse de le voir me fuir. La déception des paroles non tenues. La solitude alors que j’ai parcouru tant de kilomètres pour tous les revoir.

Mais quelle importance ai-je dans leur vie ? Moi qui ne fais que passer selon les années ? Qui les rattache à un passé dont le souvenir est plus ou moins non souhaité ? Que puis-je bien représenter ? Alors que je ne sais même pas qui je suis et ce que je peux apporter aux autres ?

Et dans ces moments j’ai envie de fuir, de me renfermer dans ma bulle, pour déverser toute cette tristesse et cette mélancolie dont je ne comprends pas l’origine, et qui me ronge tout doucement. De façon absurde, incompréhensible, disproportionnée. Je suis alors fatiguée d’être traversée par de telles émotions sans filet pour me rattraper.

Pourquoi me sentir si malheureuse alors qu’hier le ciel était bleu et mon cœur empli de joie et d’allégresse ? Alors que j’avais une conscience si aiguë que le bonheur face à des conditions extérieures incontrôlables dépend uniquement de notre regard intérieur pour y faire face ?

Comment peut-on basculer d’un tel extrême à l’autre ? La violence de ce revirement me laisse sans souffle et sans force, impuissante.

Je me demande « encore mes hormones ? ». C’est vrai que pendant deux jours, je n’ai pas pris mon traitement contre l’endométriose correctement, j’ai oublié de prendre une de mes deux hormones quotidiennes. Alors il suffit de ça pour rompre mon équilibre ? Pour m’affecter si profondément ? Mes états émotionnels ne sont-ils qu’artificiels ?

Et je n’ai pas de réponse, encore une fois…

17 juin 2016

Ballade photo

Auteur photo :

Auteur photo : Les rêves de Celia ©

Alors tu as pris des photos intéressantes aujourd’hui ?

Oui, c’est vrai, il y en a quelques-unes que j’aime bien, même si ça reste très amateur. C’était une bonne idée d’aller prendre des photos pour me forcer à prendre l’air et sortir un peu. Je n’ai pas trop la motivation ni le courage de sortir depuis mon arrêt maladie.

Tu restes enfermée dans ton cocon ?

Je ne me sens pas bien, vraiment pas bien. Physiquement, parce que mon corps est épuisé d’un rien et que dès que je fais un effort j’ai mal aux ovaires. Mais aussi moralement, je crois que je déprime… J’ai toute cette tristesse qui remonte de je ne sais où…

D’abord le deuil de ma grand-mère, que je n’avais que partiellement fait parce que j’étais trop occupée à soutenir la famille et faire bonne figure pour l’accompagner vers la lumière. Et maintenant le deuil de mon couple, que je croyais déjà avoir fait… Cette nuit, j’ai rêvé de mon ex-compagnon. C’était pénible et le réveil a vraiment été dur.

Je me sens vraiment très très fatiguée en réalité. Malgré ma semaine de repos forcé. Je vois bien que je n’ai plus envie de rien, ni de cuisiner, ni de sortir, ni d’écrire sur mon blog. Si je n’avais pas pris ces photos, je n’aurai rien eu comme sujet m’amenant à écrire.

Ça va, tu as le droit de te sentir fatiguée, tu as le droit d’être déprimée. La vie n’est pas toujours faite que de haut. Cette tristesse en toi est bien réelle, cela ne sert à rien de la combattre ou de la fuir, ce n’est pas comme cela que tu t’en allégeras.

Je pensais être passée à autre chose. Je pensais avoir déjà évacuée tout ça, en être un peu plus loin.

Parce que pour toi, être triste est la preuve que tu n’as pas avancé spirituellement ?

Je sens toutes ces énergies si lourdes, en moi, autour de moi, comme je ne les sentais pas il y a quelques mois. J’ai l’impression d’être retombée des années en arrière, comme si tout le chemin que j’avais fait n’avait rien allégé. Tout est là, tel quel, intouché, juste mis en bouteille au fond de moi. Alors oui, j’ai le sentiment de régresser. Pas que le fait d’être heureuse et joyeuse soit synonyme « d’avancée spirituelle », juste que je pensais mettre défait un peu plus de mes casseroles.

Je me sens tellement en manque de confiance sur ce que je vis dans ma spiritualité. Et sentir toutes ces lourdeurs, c’est comme me confirmer que tout ce que je capte est déformé par le voile de ces énergies denses, que je ne peux pas transmettre des choses « justes » ou tout du moins de façon alignée. Comme si tout ce que j’étais et tout ce que je faisais était « en décalage ». Voilà, je me sens bonne à rien, même dans le seul domaine de ma vie, en dehors du travail, où je dépasse tant d’énergies. Tout ça pour quoi ?

Je n’ai aucun discernement énergétique, je ne sais pas capter l’origine et le type des énergies que je perçois. J’ai l’impression d’évoluer dans des sables mouvants à l’aveugle. De ne pas comprendre les règles du jeu, de ne pas comprendre ce que je perçois si partiellement.

Ce n’est pas parce que tu es entourée d’énergies lourdes que tu ne peux pas avoir accès à ta propre guidance. La preuve, je suis là. Tant que tu arriveras à ouvrir ton cœur, à dire ce qui te pèse, tu pourras nous capter. Peu importe qu’une tristesse de la taille d’un paquebot t’entoure. Peu importe ce que l’on peut te dire sur la justesse et l’alignement de ce que tu captes. Tu n’as pas à t’en préoccuper, car c’est pour toi-même que tu le fais. Pas pour un tiers. Peu importe donc les projections que tu peux faire, puisqu’elles ne te concernent que toi et sont un reflet de toi-même, qui permet aussi de t’observer en miroir.

Tu as vu que parfois, lorsque certaines personnes te parlaient de leur vécu, de leurs expériences similaires, tu ressentais parfois de vives émotions que tu leur collais dessus comme une étiquette, prétextant ton empathie, alors qu’en réalité, c’était toi qui projetais dessus tes propres sentiments en résonnance. Voilà pourquoi il n’est pas si facile de faire preuve d’une « juste » compassion avec autrui, sans leur prêter des sentiments qu’ils n’ont pas, mais en accueillant bien leur vécu, sans laisser le sien propre prendre la place. C’est de cela que l’on parle quand on dit « alignement » pour aider autrui avec justesse.

Mais ce n’est pas ce que tu fais ici, tu ne l’as jamais prétendu, au contraire. Tu écris pour toi, pour t’aider toi-même à trouver ta propre guidance dans la noirceur de ta nuit de l’âme. Comme un peu de baume au cœur pour t’aider dans ce désert.

Alors laisse-moi te consoler, laisse tes larmes couleur, tu en as le droit. Ici c’est ton sanctuaire, tu peux t’y montrer vraie. Tu peux pleurer alors que le monde extérieur te demande de sourire. Tu peux dire que tu n’as pas envie d’aller au travail demain, alors que tout le monde te demande de leur dire que tu reprends avec grand sourire.

Je n’ai pas envie de reprendre le travail. J’ai besoin de vacances, de me changer les idées. J’en ai marre de l’ambiance pourri qui y règne à cause des problèmes financiers. J’en ai marre de reprendre ce poste sans être formée ni que l’on me donne les outils adéquats… Je suis fatiguée de chercher une voiture sans trouver, de devoir prendre le bus et perdre mon temps… Je suis fatiguée d’être angoissée à cause de tout ça. Je n’ai pas envie de voir mon supérieur. J’ai de plus en plus de mal à supporter ses énergies, sa façon de passer sa frustration sur les autres, ses emportements, ses plaintes « tu comprends… ». A certains moments, il me sort par les trous de nez, et je me porte beaucoup mieux quand il n’est pas là. Et je n’aime pas penser à tout ça. Je n’aime pas sentir mon mental qui s’agite sur ses sujets, ressasse ces idées, m’empêche de dormir à 4h du mat.

Tu préfères ne pas y penser ?

Ça me dérange tu vois. Ça me dérange cette situation, parce que je me sens prise en étaux, entre ce que je supporte de moins en moins avec le respect de moi-même, et le fait de devoir m’adapter et m’assouplir, me plier à la situation. J’en ai marre. Et quand c’est comme ça, ce n’est pas bon. Je perds ma patience, j’explose, je peux dire ou agir de façon déplacée à cause du ras le bol. Et ça risque de faire des étincelles et de ne pas bien se passer. En gros, que je renvoie vertement mon supérieur dans les roses parce qu’ils dépassent parfois les bornes. Ça me pèse et ça me stresse cette situation. Je déteste quand on me demande des choses que je ne peux pas faire, parce que ni les outils ni les connaissances ne m’ont été transmises, et qu’en plus on me le reproche au lieu de le faire auprès de la collègue incriminée… Franchement, je n’aime pas comment cela se passe…

Que peux-tu faire pour améliorer la situation ?

C’est une bonne question… Je ne sais pas… Prendre du recul émotionnel ?

Tu n’es pas responsable de ton manque de formation et du manque de transmission par ta collègue. Tu ne peux pas donc pas culpabiliser de ne pas pouvoir faire le travail attendu. Fais du mieux que tu peux, avec ce que tu as, laisse ton supérieur tempêter sans le prendre pour toi, détache toi des émotions qu’il peut émettre, mais n’hésites pas à souligner les lacunes et les manques qui t’handicapent. C’est son job à lui de coordonner, lui aussi fait trop de choses à la fois, et n’a pas bien gérer la transition. Il a attendu le dernier moment jusqu’au bout. Il n’a jamais donné la consigne à ta collègue de t’apprendre la reconnaissance botanique et l’emplacement des ressources. Elle ne l’a donc jamais fait. Il est tout autant responsable, sinon plus qu’elle-même. Il te faut prendre du recul sur la situation. Beaucoup de recul, vois plus large, dans le temps et dans l’espace. Ton supérieur a aussi ses failles et lui aussi est à bout, donc tout déraille, mais ce n’est que l’expression d’un long processus qui a déjà commencé il y a longtemps, avant même ton arrivée.

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas très optimiste sur la survie de l’association…

Ce n’est pas ton problème, ni ta responsabilité. Tu y vas pour y faire un travail, concentre toi sur ça et laisse le reste de côté. En sachant que tu n’es pas définie par ton travail et en te rappelant que tu ne vis pas pour travailler, mais que tu travailles pour vivre. Et que ce que tu as gagnée, tu le mérites. Tu n’as donc aucune raison de culpabiliser quand tu es en arrêt maladie. Après tout, ces jours-là, ils ne les payent pas, c’est la sécu, à laquelle tu cotises toi aussi. Et comme tu te le disais l’autre jour, ce n’est pas ton supérieur qui te tient la main quand tu es seule et « malade comme un chien » dans ton lit, parce que tu as trop tiré sur la corde au travail. Tu ne lui dois rien. Détache-toi des attentes émotionnelles et des jugements d’autrui. Tu as peur de décevoir ton supérieur ? Et lui, est-ce qu’il se soucie de te décevoir ? Est-ce qu’il s’inquiète pour toi que tu ne te sentes pas formée et armée pour ton nouveau poste ? Est-ce qu’il culpabilise quand tu touches ta paye avec 15 jours de retard ? Remets les choses à leur juste place. Il a d’autres chats à fouetter et toi aussi.

Tu dois prendre soin de toi. Ce n’est pas le travail qui te rendra le sourire. C’est ce que tu feras des fruits que tu en tires qui t’aidera.

Merci.

10 avril 2016

A ma chère disparue

Artiste :

Artiste : Megatruh

Mamie tu me manques. J’aurais aimé être un peu plus en contact avec la femme forte que tu étais, caractérielle, capricieuse mais en même temps authentique, dans toute sa malice mais aussi sa détresse. Finalement, tu ne te préoccupais plus des jugements des autres, d’être excentrique, de n’en faire qu’à ta tête et qu’on se moque gentiment de toi.

On avait beau dire, je crois que personne n’avait connaissance de l’étendue de ta solitude, seule dans ta maison avec ton chien, à attendre, on ne sait quoi… la fin peut-être. Est-ce que tu ressassais les souvenirs de ta vie ? Repensais-tu à ton mari disparu si tôt ? A tes compagnons toujours partis avant toi ? A ton premier fils mort de façon si injuste et incompréhensible ? A ton enfance difficile ?

Quels ont été les bonheurs de ta vie ? Quelle expression avais-tu quand tu as vu ma mère marcher pour la première fois ? Vu ma tante se marier si jeune ? Que connaissais-tu de l’histoire de ta famille ? A quoi a ressemblé ton périple pour retrouver les racines de notre arbre généalogique ? As-tu osé aller parler à ton père biologique ? Qu’as-tu ressenti ?

Il y a tellement de choses que j’aurais aimé que tu me racontes. L’histoire de ta vie, tes souffrances, tes petits bonheur, le chemin que tu as tracé, toujours, en avançant, malgré les difficultés. Je sais que tu as bien mérité le repos dont tu profites aujourd’hui. J’aimerais parfois te sentir près de moi, me tenant la main pour me guider, comme j’ai tenu la tienne quand tu es partie.

Dans quelques jours, tu aurais fêté ton anniversaire. Ta mémoire ne me quitte pas, même après tous ce temps, même malgré la distance. Je ne sais quoi faire de tout cet amour pour toi dans mon cœur, si fort, si présent, au-delà du temps et de l’espace.

Je ne sais pourquoi mon cœur est en peine aujourd’hui, alors que je fus celle qui consolait les larmes lors de ton départ. Car je savais que tu souhaitais partir, c’était ton droit, ta récompense, ton temps du repos si mérité après une longue vie pleine d’épreuves.

Je pense que j’aurais simplement aimé partager plus avec toi, te communiquer un peu plus de mon amour pour toi, de cette chaleur qui te faisait tant défaut, toi qui observait dans la solitude de l’âge nos folles vies à la course incessante, avec si peu de temps pour toi.

J’aimerais te dire que je t’ai aimé, que souvent je ne t’ai pas comprise, que j’ai été choquée, surprise, attristée parfois par ta façon d’être, mais que cela ne m’empêchait pas d’apprécier ta personnalité si unique et bigarrée.

Et je sais que je brode dans une tentative vaine de renouer le lien avec toi, à travers ce que tu m’as appris, ce que tu m’as offert. Sans comprendre ce vide dans mon cœur, ce vide dans ma vie, alors que je sais que tu es quelque part, sur ton juste chemin.

Mamie, je t’aime !

Je pleure le temps passé,
Je pleure ces souvenirs éloignés,
Je pleure cette enfance à jamais égarée.

Les fleurs se fanent sur ta tombe
S’effritant, alors que les saisons dansent leur ronde,
Je tends encore une fois l’oreille
pour entendre ta voix,
Mais seule l’écho de la corneille
Répond à mon émoi.

Je voudrais te sourire
encore une fois,
Je voudrais rire
Et simplement te prendre dans mes bras.

Tu as bercé mon enfance
De ta farouche présence.
Tu as créé des fossés
Et déclenché des raz de marée.
Intransigeante à tes caprices
Masquant fort bien ta malice,
Tu t’es parfois joué de nous,
Pour crier ta détresse,
Mais c’était toujours
Car tu recherchais notre tendresse.

8 avril 2016

Écho : A ma disparue

Peine et rancune

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Artiste : Sylar113

Je me promène et j’observe les maisons, je devine les jardins secrets cachés derrière les haies, j’entraperçois un intérieur accueillant, par là des guirlandes de Noel. L’air est agréable à cette heure-là alors que le soleil se couche et que le ciel est tenté d’orangé. Je devrais me sentir bien, à respirer ces odeurs végétales. Mais je me sens triste.

J’ai envie d’avoir un cocon, une maison où rentrer avec joie, un écrin de verdure secret où me reposer, écouter le vent dans les arbres, sentir le parfum des fleurs. J’ai envie d’un endroit chaleureux où je ne me sente pas seule. Le coucher de soleil ne suffit pas à apaiser ma peine, le chant des cigales non plus. Pourquoi ne puis-je pas être heureuse, simplement dans l’instant ?

J’ai envie de prairies, de cueillir des pâquerettes et d’en faire une huile, de ramasser les feuilles d’automne rouges et d’en faire une guirlande, de décorer le sapin en famille, de respirer le froid de l’hiver à plein poumons et de faire des nuages de buées. J’ai envie de cuisiner des cookies aves ma mère, de me faire taquiner par mon père, de chatouiller ma sœur. J’ai envie d’aller au cinéma avec les filles, de rigoler à gorge déployée, de jouer les funambules le long des canaux. J’ai envie de fourrer mon nez dans son cou à lui, de me bercer de son odeur, de lui sourire avec amour et avec chaleur.

Ma peine recouvre tout, elle teinte tout d’un goût amer, transforme le présent en un instant éternellement insoutenable. Elle noie les couleurs et m’empêche de respirer. Elle efface la joie dans mon cœur, mon espoir dans l’avenir, ma force de croire dans le bon. Elle est un poison qui ôte le goût à la nourriture que j’aimais autrefois, qui fane la moindre fleur surgissant dans mon cœur.

Je ne sais que faire de cette tristesse immense. Alors je l’accueille en moi, tandis qu’elle réduit en miettes mon cœur, impuissante face à tant de souffrance. Ma triste compagne, mon ombre éplorée.

Et je me demande à quoi bon aimer ?

A quoi bon offrir son cœur si c’est pour qu’il soit rejeté ?

A quoi bon tout donner pour s’entendre dire que ce n’est pas assez ?

***

Et sa voix inonde ma tête. Je l’entends encore me disant : « Une voix en moi ne pouvait s’empêcher de me dire : mais pourquoi est-ce qu’on n’a pas fait l’amour pendant ce we en amoureux ? Pourquoi ? ».

Et mon cœur qui crie : mais pourquoi ce reproche ? Cela n’empêchait pas la beauté des moments passés ensembles, les rires, la complicité, la joie et l’amour partagé. Cela t’empêchait-il donc tant de te sentir aimé ?

Finalement un arrière-goût amer me monte à la gorge. Lui qui disait partir maintenant pour ne pas déverser sa rancune sur moi, il l’a quand même fait. Par ses reproches, il a teinté mes souvenirs. Plutôt qu’un we romantique à visiter les châteaux ensemble, ce we restera gravé dans ma mémoire comme le souvenir du « mais pourquoi est-ce qu’on n’a pas fait l’amour ? ». Pourquoi retenir et faire ressurgir ces souvenirs-là ? Et pas ceux de tous les we où l’on a partagé des choses intimes et intenses ? Pourquoi ce we là a eu plus de poids que les autres dans son discours ?

Je me souviens de ces reproches masqués qu’il m’a fait à la fin, me ressortant tous les moments où j’ai fait des erreurs, fait des choses que j’ai regretté, certaines que j’avais même complétement oubliées car je les pensais pardonnées. Et pourtant, elles n’étaient pas si nombreuses que ça ces choses, mais il les a toute souligné, comme s’il les avait noté sur un cahier. Finalement, rien ne m’a été pardonné. Tout ce qui l’a blessé ou heurté m’a été servi sur un plateau, même plus d’un an et demi après.

N’est-ce pas un comportement rancunier ?  Cela m’a vraiment fait de la peine, parce que je ne pensais pas ça de lui.  Je ne m’attendais pas à ça de sa part, ça m’a choqué et profondément déçu.

Je ne veux pas de cette rancune, je ne veux pas la trainer dans mes paquets. Alors je la lui rends. Peut-être lui fera-t-elle une meilleure compagne que la tristesse.

10 décembre 2015

Vivre une injustice

two_lightning_strike_by_pierrerodriguez-d55u8l2Source image : Pierre Rodriguez
 

Aujourd’hui dans le cadre de mes études, j’ai eu l’occasion de ressentir ce que cela faisait vraiment de vivre une injustice. Pas seulement d’en être témoin, mais bien de la vivre dans la peau de la personne concernée. Je n’avais jamais ressenti cela aussi clairement et fortement jusqu’à ce jour.

C’était à propos d’un sujet stupide, qui n’a pas conséquence de vie ou de mort. Juste une ségrégation stupide réalisée par un professeur entre étudiants ingénieur et master. N’empêche, j’ai été choquée comme jamais.

Quels sentiments cela a-t-il éveillé en toi ?

Tout d’abord une grande colère, une immense colère incontrôlable. Alors que je suis quelqu’un de calme, de posé. J’étais prête à engueuler la prof et partir en claquant la porte, chose qui ne m’était jamais venue à l’esprit avant. Si cela n’avait pénalisé que moi, je l’aurai fait, mais je me suis retenue pour mon groupe de travail.

Et puis ?

Et puis, dès que j’ai laissé la colère retomber…. Mais oui, tiens ! Elle est retombée d’un seul coup comme un soufflet. Alors que quand je suis vraiment en colère, ça ne passe pas comme cela, ça m’est du temps à redescendre. En fait cela ne redescend pas tant que je ne l’ai pas exprimé d’une manière ou d’une autre. Or là… pouf, d’un seul coup. Comme si on appuyait sur un interrupteur. Éteinte.

Après cela, je me suis mise à ressentir une terrible tristesse, j’ai failli me mettre à pleurer sur le champ. J’ai du canaliser l’émotion et évacuer l’énergie en soufflant, me recentrer sur moi-même pour éviter de pleurer. Et d’un seul coup l’atmosphère de la pièce entière a changé…

C’était vraiment bizarre !

Est-ce que tu crois que je me suis laissée emporter par mon empathie ?

C’est la première fois que tu étais bizarre comme ça ?

Ben… Switcher comme ça devant autant d’autres personnes, non. Ne pas réussir à garder mon sang froid à cause d’un sujet aussi superficiel… A part avec ma famille, mais la famille ce n’est pas pareil, ils ont le don de m’énerver en 3 secondes chrono parce qu’ils connaissant mes réactions.

Revenons à notre sujet. Comment analyses-tu la situation à postériori ?

L’analyser… Et bien c’est vrai que les filles de mon groupe étaient aussi très en colère. Je l’ai bien vu et senti quand j’en ai reparlé après avec N. En fait j’ai l’impression d’avoir servi de catalyseur. Elles n’osaient pas afficher leur colère, ni dire un mot de travers, mais leur émotions étaient très fortes. Jusqu’à ce que je commence à hausser le ton, et là elles ont eu peur de la réaction de la prof face à ma colère explicite. Et pouf, la peur a fait tomber leur colère comme un soufflet. Et j’ai pu reprendre un minimum le contrôle sur mes propres émotions.

A postériori, je dirais que je me suis vraiment fait balayée !!!

Bon, et l’injustice dans tout ça ? Pourquoi t’es tu laissée envahir par ces émotions ?

Parce qu’elles faisaient  écho aux miennes, elles les ont juste exacerbées. Et ça faisait trop, le bouchon a sauté !! J’ai toujours été touchée par le fait d’assister à des injustices, et je détestais rester sans réactions dans les cas concrets devant moi, trop délicats pour intervenir. Mais là, le vivre…

La colère oui, parce que je trouve ça stupide. Comment un professeur peut-il refuser de répondre aux questions de ses propres élèves, sous prétexte que c’est un cours qu’il donne aux ingénieurs et pas aux masters ? Alors que ce même prof vous a donné un projet à faire ? Et que vous ne trouvez que de la biblio payante ? C’est tellement anti-pédagogique… Ce n’est pas comme si on attendait que cela nous tombe tout cuit dans le bec. On a passé des semaines à chercher et on va la voir en dernier recours…

Alors tu comprends mieux la grande tristesse ressentie ?

Oui, le découragement, le désespoir, la déception… A quoi bon travailler sérieusement si même vos profs vous mettent des bâtons dans les roues ? Ça veut dire quoi ???

Peut-être que ce n’est pas ce sur quoi tu dois te concentrer en ce moment. Peut-être que tu as d’autres priorités plus importantes.

Comme mon rapport de stage ?

Oui, par exemple. Ne disperse par ton énergie vainement, là où tu sais qu’il n’y a rien à attendre.

Oui mais enfin ! A quoi cela sert-il de nous donner un projet si c’est pour ne le faire qu’à moitié ??

Je te retourne la question. A quoi ce projet t’aura-t-il servi ?

A comprendre que cette prof ne sert pas à grand-chose… !

C’est un peu dur. Et sinon ?

Que… je ne veux plus travailler avec une partie de ces filles là. Quelles énergies négatives !

Et cela va-t-il te servir ?

Oui, je pensais sincèrement faire tous mes autres projets avec C. plutôt que N. Pourtant les opportunités que m’a données la vie, m’ont fait radicalement changer d’avis sur les deux ! N. se donne une façade de commère superficielle, mais elle cache de très nombreuses blessures ainsi que sa maturité. Et C. n’est pas si ouverte d’esprit que l’image qu’elle cherche à donner…

Mais bon, ce n’est pas ça qui m’intéresse ! Et l’injustice dans tout ça ?

Que retiens-tu de cette leçon ?

Ne jamais discriminer les gens sur leurs statuts ! Car ils ne reflètent pas leurs compétences réelles. Mais je le savais déjà !

Oui, mais l’avais-tu déjà vécu de cette façon ?

Non.

C’est la différence entre savoir et connaître.

Ahhh… J’ai encore du mal à faire la distinction.

Ça viendra. Cela t’a-t-il fait du bien d’en parler ?

Oui, merci !