Savoir ce qui est juste pour soi

Artiste :

Artiste : Serafleur

« Savoir ce qui est juste pour soi
N’est pas une question de morale, ni de calcul,
C’est un ressenti intérieur profond qui amène la paix et le bien-être.

Les avis extérieurs ne peuvent te donner la réponse,
Mais seulement des miroirs et des échos
Pour interroger ton intériorité
Et trouver Ta propre Vérité. »

Ce sont des jolis mots, merci. Je les comprends en théorie, mais les vivre ce n’est pas simple. Je suis agitée par plein de questions depuis le début de cette semaine. Les conditions à mon travail sont en train de se détériorer. Et je crois qu’une part de moi faisait semblant de prendre ça à la légère, n’y prêtait pas d’importance sous couvert de « faire confiance à la vie ».
Mais voilà, quand cette personne que je côtoie au travail m’a dit « Tu devrais peut être réfléchir toi aussi à partir », cela m’a surprise, m’a choqué et a résonné en moi. Et puis depuis quelques temps, je me sens instable émotionnellement, je fuis dans la lecture et je compense avec la nourriture. Comme si j’ignorais toutes les peurs et le sentiment d’insécurité que toutes ces discussions ont probablement réveillé en moi…

J’avoue que je suis un peu paumée… Je n’y aurais pas prêté autant d’importance, si je n’avais pas fait ce rêve… Celui où mes 2 supérieurs me demandent de me prostituer pour eux et où je ne veux pas… C’est une image assez choquante pour montrer que les directions prises récemment ne sont pas en accords avec mon éthique et mes valeurs personnelles. Ai-je vraiment envie de continuer dans ces conditions ? Pas vraiment…
Mais que ferais-je par la suite ? Je n’en ai aucune idée. Je n’ai pas d’objectif, d’ambition professionnelle, je ne sais pas où je veux aller, je manque totalement de direction… De ce principe Yang / Masculin qui permet de diriger la volonté. Probablement parce que je suis fâchée avec mon Yin et mon principe féminin. Et que cela se répercute dans tous les domaines de ma vie…

Et qu’est ce qui est juste pour moi ? Puisque je sais que j’ai des obstacles et défis à relever dans le domaine professionnel pour arriver à assouplir mon égo, est-ce que cela en est un ? Partir relèverait-il dans mon cas, pour mon parcours de vie, d’une fuite face à une difficulté que je risque de retrouver ailleurs par la suite ?

Trop de questions. Je crois qu’il est temps de faire un peu le vide.

24 septembre 2016

Rose du matin

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Auteur : Les Rêves de Celia

Comme un délicat présent,
j’aimerais entendre
chanter ton sang.

Comme un délicat met
j’aimerais savourer
ta saveur d’été.

L’angoisse m’oppresse, de ne savoir te toucher
Douce fleur, maitresse de la féminité.
Tes épines sur mes doigts, comme une blessure aiguisée
Tes pétales dispersés au vent, comme une promesse brisée.

Dans la solitude de mon cœur
Je rêve d’une trêve apaisée,
Dans l’espoir d’une fleur
J’inspire ta beauté.

Les larmes amères ne savent décrire
Toute l’horreur d’une mère qui souffre le martyre,

Et ces mémoires de passé
Hantent mon présent,
Comme une femme condamnée.

Dis-moi pourquoi,
La soie de tes pétales
Et ton parfum roi,
Me bouleversent sans égal.

Dis-moi pourquoi,
La lune qui déchire la nuit,
Ne sait lever le voile
Sur notre cache cache infini.

Comme un délicat matin
couvert de rosé,
Je rêve d’un lendemain
où je saurai te trouver.

18 septembre 2016

Limitations physiques [relation au corps]

Artiste : AquaSixio

Artiste : AquaSixio

Je me sens bouleversée, par de multiples émotions, par des évènements de mon quotidien, qui viennent comme en échos ravivés mes blessures, mes doutes et mes questions. Je ressens le besoin d’écrire sur mon blog, comme hier, et non pas dans le cadre de mon journal intime, car cela dépasse la « simple » gestion de mon hypersensibilité au quotidien.

Lors de la dernière pleine lune et méditation mondiale de l’Utérus, j’ai émis auprès de l’univers l’intention de me libérer de mes limitations. De celles que je me suis posée à moi-même, inconsciemment, et qui m’empêchent d’être pleinement moi-même, de vivre épanouie, de profiter de la vie et de rayonner qui je suis, de façon simple et humble.

Autant dire que j’ai été servie, que mon âme m’a entendue et que l’univers m’amène toutes les situations nécessaires pour les prises de conscience demandées. J’ai toujours entendu dire « méfie-toi de que tu souhaites, car cela pourrait vraiment arriver ». Je ne m’attendais pas à ce que ce travail sur moi-même soit plaisant, ni même réalisé en un claquement de doigt. Mais voilà, ce cycle de lune n’en finit pas, ni même les prises de conscience balancées en pleine figure.

Cela a commencé par les prises de conscience sur les limitations physiques imposées à mon corps. A cause de ma maladie, à cause de la fatigue, à cause de mon asthme, à cause de mes problèmes de bassins et de genoux, je me suis auto-interdit de faire ceci et cela. Je me suis moi-même décrétée non sportive et incapable de faire telles randonnées, etc… Je n’ai jamais osé reprendre la danse, car j’avais arrêté à cause de mes problèmes de genoux. Je n’osais pas aller sur le terrain dans le cadre du travail, à cause de la peur de ma fatigue chronique. Je n’ai pas voulu m’inscrire à un cours de sport, car j’avais peur d’être incapable de suivre les cours de façon régulière à cause de ma maladie. Je n’ai jamais voulu m’inscrire à des randonnées de groupe, de peur d’être incapable de suivre le rythme à cause des douleurs à mon ventre. Et ceci, et cela…

Mais que veut réellement mon corps ? N’a-t-il pas envie de bouger, de s’exprimer, de ressentir les efforts musculaires et le bien être qui suit une activité physique ? Est-il si fragile qu’il risque de se casser au moindre effort ? Ma maladie est-elle réellement un handicap m’empêchant de pratiquer une activité physique régulière ? Ou n’est-ce pas moi-même qui me mets des barrières mentales, qui n’ose pas ? Alors certes, je ne serai jamais une championne athlétique, je ne pourrai jamais pratiquer certains sports trop violents pour mes genoux. Mais mon endurance et ma capacité respiratoire seront toujours une limite, si je ne travaille pas à les développer progressivement avec une activité. Qu’est ce qui m’empêche de reprendre la natation et la danse, d’essayer pour me donner une chance ? Rien !

Cela fait plusieurs mois que je me suis dit que je voulais reprendre le sport (j’en parlais dans cet article : Danser). J’ai cherché de ci, de là, voulu essayer un cours de Taichi, jamais réussi à trouver le temps, ou quelque chose qui m’interpellait assez. J’avais envie de reprendre la danse, mais aucune des écoles aux alentours ne m’interpellait… J’ai laissé trainer, la rentrée scolaire est déjà passée depuis presque un mois ici, je me disais que c’était raté pour ce semestre ci…

Et puis hier, j’ai assisté à ce spectacle de rue, sur un coup de tête, ou bien une intuition, je ne sais pas. Cette artiste présentait un mélange de danse, d’improvisation, de spectacle sur le thème de « qu’est-ce que c’est une fille ? ». Et plusieurs fois j’ai été profondément émue.

Elle nous a posé la question à tous « qu’est-ce que tu veux faire plus tard dans la vie ? » et a demandé à chacun, adultes et enfants, de venir l’écrire à la craie dans un grand cercle. Et j’ai regardé, bouleversée, les autres écrire leur rêve, enthousiastes, en me demandant qu’elle pouvait bien être le mien. Jusqu’à ce qu’on me tende une craie à moi aussi, et que je me lève, incertaine… Je ne savais pas quoi faire de ma craie, au milieu de ces inconnus. Oserais-je écrire mon rêve profond face au monde, sans avoir peur du jugement ? Oserais-je dire ce que je rêve et que je cache à mon entourage professionnel ? Oserais-je mettre des mots sur cette fantaisie, si loin de mon travail actuel ?

Une part de moi avait envie d’écrire « guérisseuse », mais je n’ai pas osé, alors j’ai simplement écrit « herboriste » sans être convaincue. Je ne sais pas pourquoi cette idée m’est venue, car vraiment ce n’est pas un objectif pour moi. Je ne crois pas que l’on décide de « devenir guérisseuse et sage » comme dans les tribus chamaniques. Je pense que c’est la vie, par ses méandres et ses expériences qui nous façonnent ainsi, malgré nous. La Vie, ou l’Univers, ou le nom que vous voulez lui donner. Et si je traverse bien des méandres et un long désert en ce moment, je n’ai pas la prétention qu’un jour je sois assez sage et forte pour soigner les autres. Si déjà j’arrivais à me soigner moi, au moins partiellement, alors cela me suffirait. En attendant, je trace mon chemin dans le flou, en faisant du mieux que je peux, et sans savoir où je vais.

Mais cette artiste ne m’a pas seulement touché par ses mots et ses idéaux, celui de croire en ses rêves, peu importe que l’on soit une fille et que l’on rêve de devenir chevalier, peu importe qu’on soit petit ou grand. Elle m’a aussi touché par sa grâce et la maitrise de son corps lors d’une danse où elle imitait une danseuse automate, avec à la fois précision et grâce, force et subtilité. En semblant ne faire qu’un avec son propre corps et son esprit. Et je me suis dit… si seulement je pouvais être capable de danser comme cela avec mon corps à moi…

Quelle  n’a pas été ma surprise de découvrir à la fin du spectacle, que cette compagnie, qui vient d’être créée propose diverses activités, dont des cours de danse contemporaine ! Avec des horaires compatibles au mien ! Je crois que ça y est, le voilà le cours de danse que je cherchais… Avec patience, tout vient à point.

Et pour la première fois depuis presque 10 ans, je vais reprendre le chemin de la salle de danse… Espérons que la redécouverte sera heureuse.

11 septembre 2016

Échos du passé

Artiste : Yuumei

Artiste : Yuumei

Comme souvent, j’ai l’impression de faire un pas en avant, puis deux en arrière. Depuis ce stage de chamanisme (dont je parle ici), je me trouve à gérer des émotions, des réactions émotives et des comportements, que je pensais avoir laissé derrière moi avec mes années d’adolescence, et que je n’avais plus ressentis depuis des années.

Comment faire face à ça ? Je me sens d’autant plus désarmée, que cela réveille mes vieilles blessures, mes peurs, mes incertitudes, et toute l’absence de confiance en moi de cette époque-là. J’ai l’impression d’avoir régressée.

Moi qui ne suis pas douée pour m’intégrer socialement, je revis mon sentiment de profonde solitude. Je revis le rejet vécu avec mes soit disant « meilleures amies »  de début du collègue, qui me disaient « si ça ne va pas, tu peux nous parler », mais qui ne m’écoutaient jamais, et même me renvoyer balader violemment quand j’exprimais mon avis ou essayais d’aider dans une situation.

Entre ça, et les moqueries des autres de la classe, qui aimaient se défouler sur mon physique d’adolescente, sur mes bonnes notes, et aussi parce que je ne voulais pas me conformer au moule du collège, de la popularité, du principe d’être méchant et moqueur juste pour se faire remarquer.

J’allais dire que je n’ai jamais été douée pour me faire des amis. Mais c’est faux, juste avant ma 6ème et le début de cet enfer, j’avais un super groupe d’amis, j’étais populaire, autant auprès des garçons que des filles. Je n’étais jamais seule en cours de récré et je me souviens de nos nombreux jeux. C’était une période pleine de rires et de joie.

Il a fallu si peu pour que tout change… l’entrée au collège. Mais était-ce si peu ?

Ma meilleure amie qui a séduit mon amoureux par jalousie. Lui qui s’est laissé convaincre par ses hormones. Tout ça pour un gros gâchis, l’explosion de notre groupe d’amis. En parallèle de ça la découverte de la jungle du collège, des moqueries et du jugement des autres. L’acné. Les garçons qui ne regardaient que les premières filles ayant de la poitrine. La majorité des filles cherchant à les aguicher.

Comment aurais-je pu avoir une place dans ce monde-là ? Alors que mon corps se transformait sans que je le comprenne, que je l’accepte et que je l’assume. Alors que mon hypersensibilité me faisait ressentir un quintuple la méchanceté, la violence des adolescents entre eux, l’hypocrisie, la manipulation, et le jugement basé uniquement sur l’apparence.

Je n’avais qu’une envie, c’était de me cacher. De ne pas exister, de ne pas être vue, pour arrêter de me sentir agressée, pour arrêter de souffrir. Aussi n’osais-je pas m’affirmer, dire ce que je pensais, imposer mes idées, me faire respecter. Je n’étais qu’un fantôme. Qui aurait voulu être amie avec un fantôme ?

Et par ma passivité, j’ai moi-même laissé les autres piétiner ma confiance en moi et détruire mon estime de moi-même. Et alors que j’ouvrais mon cœur par amour, en espérant retrouver celui que j’aimais, celui-ci en a profité pour me mener en bateau, pour me ridiculiser et pour me harceler. Et je l’ai laissé faire, parce que j’étais persuadé qu’il valait mieux que ça et qu’il allait s’en rendre compte, qu’il allait changer de comportement et revenir vers moi.

Ainsi, le collège a inscrit dans mon cœur, que les autres, ces étrangers, étaient synonymes de danger. Parce qu’ils jugeaient sur les apparences et rejetaient ce qui était différent. Mais également, qu’ouvrir son cœur, c’est se mettre en danger, se rendre vulnérable, et que cela débouchait presque systématiquement sur de la souffrance. Qu’avoir confiance en l’autre n’était que signe de naïveté et promesse de douleur.

Quel rapport peut-on avoir aux autres avec de tels traumatismes ancrés en soi ? Pas étonnant que j’ai voulu faire fuir les autres en me cachant derrière un style gothique. C’était une façon efficace de repousser tous ceux qui ne s’arrêtaient qu’à l’apparence. Forcément, j’ai évité les groupes, les évènements sociaux avec beaucoup de monde. Je n’ai développé que très peu de qualités sociales, préférant le cocon de ma famille, le calme de la nature, le fantastique de mes livres, et ma relation avec ma nouvelle meilleure amie de l’époque.

Et aujourd’hui, tout me revient en boomerang : cette peur des autres, cette solitude et ce sentiment d’incompréhension. Cette absence de confiance en moi.

Comment l’estime de moi-même que j’essaye de bâtir depuis des années après mon adolescence a-t-elle pu fondre comme neige au soleil face à la remontée de ce passé ? Comme si tout entre deux s’était effacé. Comme si j’ai oublié tout ce que j’ai pu accomplir, apprendre, les qualités découvertes. Il ne reste rien. Rien qu’un sentiment de ne rien valoir.

Et cette petite voix dans ma tête qui me dit « Qui donc pourrait vouloir être mon amie ? Je n’ai aucune qualité, rien d’intéressant à dire. » « Regarde, voilà un an que tu es à la Réunion et tu n’as aucune amie proche ». De celle que l’on peut appeler quand ça ne va vraiment pas, ou juste pour faire un cinéma à l’improviste. A chaque fois que je crois que c’est le cas, j’ai le sentiment que la vie me fait comprendre que les gens ont leur vie, et que je n’y ai pas vraiment de place, pas le temps, pas l’envie suffisante, etc. Pas que ce soit contre moi, mais parfois juste que le jeu n’en vaut pas la chandelle, car ils ont déjà ce qu’il faut dans leur vie. Une rencontre fusionnelle ne suffit pas. Une relation thérapeute/ soigné peut rendre les choses confuses. Un trop grand écart d’âge rend les choses moins spontanées… Il y a tellement de raisons… Mais pourquoi cette petite voix négative du passé cherche à me persuader que c’est parce que je ne suis pas assez bien, pas assez intéressante ?

Je déteste revivre toutes ces émotions, alors que je me sens si seule et vulnérable. Je déteste revivre ces échos du passé, qui m’enferment moi-même dans la peur des autres, m’empêchent d’oser être moi, d’aller vers les gens, de les rencontrer et d’échanger avec eux. Et même de m’ouvrir entièrement à ceux que je connais déjà. Je déteste ces blessures et ces cicatrices du passé qui m’isolent et me font fuir le monde, vivre dans des livres plutôt que d’affronter mes peurs et d’oser vivre pleinement.

J’ai l’impression d’être redevenue cette adolescente, si blessée et cassée qu’elle ne peut supporter le monde extérieur. Comment puis-je la soigner ?

10 septembre 2016

Chamanisme et guérison de l’âme

Artiste : Kanekiru

Comment je vais ? C’est toujours quand je voudrais fuir cette question, qu’elle vient de l’extérieur et de la part de personnes dont je ne l’attends pas forcément sur le moment. Je viens de passer mon we à briquer mon appartement, à m’attaquer aux moisissures des joints de partout, à laver les rideaux, à dépoussiérer, passer l’aspi et serpiller. Malgré que j’aie reçu le message en rêve que je devrais apprendre à me relaxer et me détendre, à ralentir, je n’ai pas réussi.

Mon mental me pousse à faire ceci et cela, me crée des obligations de toutes pièces. « Et si je ne le fais pas maintenant, quand le ferais-je ? »  Mes peurs aussi « et si tu ne t’occupes pas de cette invasion d’acariens cirons dans ta cuisine, ils vont tout envahir ». Et voilà, je n’ai pas réussi à me poser et à me reposer. Pas autrement qu’en lisant pour fuir la réalité.

Parce que je sens un mal être profond, celui qui vient de l’âme, qui ne s’explique et ne se comprend pas avec la raison. Et il est parfois dur d’écouter une telle souffrance, qui quand on lui laisse la place de s’exprimer vous submerge comme un tsunami, vous met à terre avec une force écrasante. Vraiment dur, quand on n’a pas quelqu’un pour vous accompagner, un cercle de confiance pour oser libérer les émotions et la parole, puis recevoir une pluie d’amour, comme durant mon stage de chamanisme.

Seule, dans l’isolement de mon appartement, sans la connexion à mes guides, sans le soutien de personnes bienveillantes et sans jugement, cela semble insurmontable. Comment aurais-je pu m’attendre à voir resurgir des émotions si difficiles et si profondément endormie ? Comment pouvais-je m’attendre à ce que ce stage de chamanisme soit si puissant et si déstabilisant ?

Depuis le nombre de mois que mon amie avait créé et mis en place ses stages, pas un seul ne correspondait à un moment où j’étais en forme, disponible et motivée. Je ne le sentais juste pas, alors je n’ai pas forcé. Mais pour celui-ci, j’ai senti cette urgence et cette pensée qui me harcelait en me disant que c’était le bon moment, qu’il fallait que j’y aille.

A vrai dire, j’y suis allée sans grandes attentes, à part celle peut-être d’enfin percevoir certains de mes guides ou de mes animaux de pouvoir, de pouvoir me connecter à eux durant les voyages chamaniques. Et si le contenu du stage, sur la théorie et le fond, m’a intéressée, et si les participants et le cercle de confiance créé ont été supers, et si la chamane qui le faisait a fait preuve de douceur et de compassion, rien ne s’est passé comme j’aurais pu l’espérer.

Parce que de 1) je n’ai rencontré ni mes guides, ni mes animaux de pouvoir, de façon direct, même si j’ai reçu des messages, et qu’apparemment ils ont voyagé avec moi (je ne les ai pas perçu) et m’ont prêté leur pouvoir durant les soins. Clairement, j’ai encore eu le message que c’était à moi de rencontrer et identifier par moi-même mes guides quand je serai prête. Et que c’était moi qui les tenais inconsciemment à distance, pas eux.

Parce que 2) je ne m’attendais pas à ce que ce stage de découverte de chamanisme tourne en fait en un we de travail intensif de guérison.

Ainsi j’ai appris ce qu’était le démembrement. Un « procédé chamanique » de guérison puissant, où l’âme décide de se démembrer bout par bout, de se déconstruire entièrement, pour ensuite recoller les morceaux un par un et guérir progressivement ce que chacun porte en lui. De mourir à soi-même pour renaitre. Ainsi, on peut laisser des bouts d’âmes après de lieux auxquels on était très attachés, ou de personnes. On peut laisser des bouts lors de grands chocs psychologiques. Un peu comme un processus de survie, durant lequel la douleur est tellement forte, qu’on préfère abandonner ces morceaux d’âme et ces émotions pour continuer à survivre.

Et ce we, j’ai appris que c’était le processus que mon âme avait choisi. Ce qui fait sens, car c’est exactement ce que j’ai le sentiment de vivre depuis des années. Et je sens cette douleur profonde qui émane de mon âme, ce sentiment de ne pas être complète. Cette sensation de mourir à moi-même, en perdant et abandonnant des parts essentielles de moi-même, au fur et à mesure, encore et sans fin. Ainsi, je revois des moments où clairement j’ai perdu des bouts d’âmes, des personnes auprès de qui j’en ai laissé, des lieux aussi.

Ma terre natale et ma maison d’enfance. Et ces pertes-là m’ont fait souffrir le martyre depuis 1 an, mais mon séjour en métropole m’a permis de recoller ces morceaux là et c’est pourquoi je suis revenue beaucoup plus apaisée et en paix. Je ne souffrais plus de me sentir en terre étrangère.

Mais voilà, on dirait que depuis quelques mois, le processus pour recoller les morceaux s’est enclenché. Sauf qu’à chaque fois que l’on réintègre un bout d’âme, il faut faire face à toutes les émotions et les blessures qui y sont liés. Autant dire que c’est un processus pénible et éprouvant.

Et ce dernier we, je crois que j’ai récupéré parmi mes morceaux d’âmes les plus blessés, ceux de mon adolescence. Et j’ai été littéralement submergée et crashée par la vague. Me sont revenus toutes ces émotions de mon adolescence, quand le collège était une torture, que j’étais moquée, ignorée par mes « amies » autre que ma meilleure amie, trahie et harcelée par le garçon que j’aimais, que j’étais seule chez moi et que mes parents restaient aveugles à ma détresse. Désespoir, souffrance, envie de mourir, sentiment de dévalorisation, colère, découragement… Un tsunami gigantesque, inattendu, me laissant complètement bouleversée, démunie…

Mais aussi la peur d’être jugée et rejetée, la peur d’être mauvaise élève et d’être méprisée par mes parents, le sentiment d’abandon maternel, une solitude indescriptible au-delà de tous mots. Et cette envie viscéral de mourir, là tout de suite, sur l’instant, de retourner au vide sidéral pour ne plus éprouver cette souffrance absolument démesurée.

Comment réintégrer de telles émotions et comment les transmuter ? On me dit d’accueillir, de me laisser traverser, de les accepter et de les écouter pour pouvoir les laisser se dissoudre. Mais comment accueillir de telles émotions sans s’autodétruire ? Comment réussir à réintégrer de telles lourdeurs, alors, qu’enfin, j’avais trouvé un certain équilibre, plus de joie et de légèreté dans mon quotidien et un sentiment de gratitude envers la vie ? Tout ça balayé, tout ça envolé.

Et je suis fatiguée de n’être qu’un fétu de paille. D’être baladée d’un processus de nettoyage à un de guérison, sans aucune douceur ! D’être sans cesse en train de « travailler à ma guérison ». Alors que dès que cela va mieux, c’est pour me prendre une autre claque qui me remet à terre. Combien de fois peut-on tomber dans l’abysse et se relever encore et encore ? A quoi cela sert-il ? J’en suis au point, où tout cela perd le moindre sens, où je ne peux même plus croire que je vais vers un mieux-être.

Mon âme a vraiment choisi un tel parcours de vie ? Elle n’avait bien aucune considération pour sa future enveloppe charnelle et sa future personnalité… Avait-elle donc oublié qu’après être incarnée on ressent des émotions, qui peuvent être une réelle source de souffrance ? Des fois, je me dis que mon âme est maso… Alors c’est sûr, comment avoir envie de l’écouter et de suivre son appel ?

Tout cela n’a aucun sens. Et parce que je suis incapable d’avoir un contact direct (que ce soit en channeling, ou en rêve…) avec mes guides depuis des mois, je me sens vraiment livrée à moi-même… Avançant plus que jamais dans un terrible flou artistique, sans oasis en vue, dans un désert sentimental et social, dans un isolement profond. Où est la douceur dans tout ça ?

A quoi cela me sert qu’on me dise que j’ai des guides puissants, s’ils ne sont même pas foutus de m’aider à faire face ? De prendre en considération mes états d’âmes ? J’en ai marre de me faire ballotée dans tous les sens, sans même voir une lumière au bout du tunnel. Je suis en colère. Je suis en colère contre mes guides, contre mon âme. Je suis fatiguée de tout ça. Vraiment. Pourquoi ne puis-je pas simplement siroter des cocktails sous les cocotiers comme les jeunes de mon âge ?

4 septembre 2016

 

Cercle de femmes + Ressources pour guérir sa sexualité [parlons du viol]

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Artiste : Kimir-Ra

Je ne fais que passer par ici, car la période est très intense en expériences, en vécus et en prises de conscience. Et admettons le, mon corps a du mal à suivre le mouvement.

Néanmoins, je ne pouvais pas attendre pour partager cette ressource, car elle pourrait servir à d’autre. Le thème de la sexualité féminine est un thème qui m’est cher. D’une part parce que c’est une source de douleurs physiques et de souffrances émotionnelles chez moi à cause de l’endométriose, d’autre part parce que j’ai développé des blocages à cause de mon viol.

Je vous avais déjà parlé des ressources découvertes dans ces articles : Épanouir sa sexualité féminine – comment avoir des orgasmes? [ressources]Apprendre le plaisir féminin [ressource sur la sexualité] ; Renouer avec son soi intime, des pistes… . Et notamment de Vanessa Marin, qui est une sexologue dont j’ai pu avoir des échos positifs directs sur son travail. Elle avait notamment écrit un article intéressant sur le sujet ici : Enjoying Sex After Abuse Is Possible, So Here Are 5 Ways To Start Healing.

Et bien, elle vient tout juste de proposer un programme pour aider les personnes ayant subies un (des) abus sexuel(s) : A Survivor’s Guide To Reclaiming Your Sex Life After Abuse. Alors certes, je préviens, ce sont des ressources en anglais, mais malheureusement, il existe bien peu de choses actualisées en français (ou bien je n’en ai pas connaissance, donc n’hésitez pas à partager !). En plus, Vanessa a fait l’effort de le proposer à un tarif qui reste abordable (99$ alors qu’une seule séance avec elle coûte bien plus…)

Le viol est quelque chose de tabou. Je le sais pour le vivre, car on n’en parle pas dans ma famille, et c’est pour certaines femmes de ma lignée un réel secret, très peu partagé. J’ai d’ailleurs fait part, moi même, d’une absence de réponse de ma mère, quand j’ai fini par prendre la décision de lui dévoiler cet aspect de ma vie dans une lettre.

Mais cela l’est souvent aussi auprès des proches et amis. Dire « hey au fait, à cause de mon viol, j’ai… » ça passe mal, quelque soit le sujet développé par la suite. On fait souvent face à un silence gêné, ou bien une sorte d’ignorance sur le début de la phrase. Je caricature un peu, mais il est vrai que cela reste difficile d’en parler. Pourtant cela concerne selon les statistiques (plus ou moins élargies au monde) entre 1 femme sur 10 à 1 femme sur 4. C’est ENORME !

Comment se fait-il alors qu’on en discute si peu ? Qu’on sache si peu comment guérir sa sexualité et sa féminité après un tel évènement ? Parce qu’on n’en parle pas, et on ne partage pas  les expériences et les conseils qu’on pourrait avoir chacune développés !

Et cela me fait penser aux cercles de femmes. Grâce à cette expérience, j’ai pu apprendre que partager son expérience, en exprimant son vécu, ses difficultés et ses découragements, entre femmes peut être une source d’aide immense.

D’abord, parce qu’on s’autorise à exprimer sa souffrances, ses doutes, ses peurs et qu’en le faisant, on se permet ainsi d’identifier ce qui nous fait tant souffrir en sourdine, ainsi la prise de conscience et la formulation est le premier pas pour agir vers la guérison.

Ensuite, parce qu’en partageant notre expérience, on offre un miroir aux autres femmes présentes, qui peuvent s’en servir pour expérimenter des réactions, des émotions, faire un parallèle d’expériences, voir des ressentis incompris formulés par une personne extérieure. Et cela est très puissant et peut aider chacune à mieux se connaître ou avoir des prises de conscience.

Enfin, et non des moindres, parler dans l’espace d’un cercle de femme, c’est sacré. C’est oser être dans un espace de confiance, face à d’autres femmes qui offrent leur écoute, leur bienveillance et leur amour. C’est aussi se connecter à la force des femmes et du Féminin Divin, d’une façon, et donc être entourée pour faire face à la difficulté. Même si ce n’est que temporairement. Et bonus, après le cercle, on peut échanger sur nos expériences et ce qui nous a aidé durant un repas partage chaleureux !

J’aime aussi le fait que les cercles de femmes soient une bonne occasion pour demander une guidance, que ce soit à travers un ressenti, un tirage de carte, les mots d’une autre personne, une visualisation ou une visite d’entités lors des méditations.

Je trouve que c’est vraiment une jolie façon d’expérimenter et de partager sur le Féminin, et je suis toujours heureuse et plein de gratitude de pouvoir vivre cela, quelques soient les femmes rencontrées et le temps qui passe. C’est une magnifique découverte que j’ai fait ici sur l’île de la Réunion, mais je sais que des cercles existent un peu partout. Certains animés par des Moon Mothers, mais pas forcément !

Le principe d’un cercle de Femme est assez simple. Il s’agit souvent de se retrouver entre femmes pour s’offrir le temps d’honorer notre féminité. La pleine lune est donc l’occasion parfaite, car elle offre de belles énergies féminines et une date cyclique régulière, qui invite les femmes à observer leur propre cycle mensuel. Avez vous déjà observé si vous aviez vos règles calées sur la pleine lune ou la nouvelle lune ?

Le cercle n’est pas obligé d’être mensuel, il peut avoir lieu tous les 2 ou 3 mois, ou par exemple à l’occasion des Bénédictions mondiale de l’utérus. Ils peuvent être ouverts à toutes femmes désireuses de participer, ou être un cercle plus intime avec des régulières. Il peut être organisé chez soi ou dans la nature (les plages de la Réunion sont bien pour ça!). Ils peuvent être gratuits ou demander une participation (fixée ou libre et consciente) selon si une salle est louée, etc.  Le lieu peut être rendu cosy avec des tapis, des nattes, des cousins, des rideaux, des bougies et une lumière tamisée. On peut aussi mettre en place un autel où chacune peut placer les objets de son choix, des fleurs en offrandes, etc.

Mais qu’est ce qu’on fait pendant un cercle de femme me direz-vous ? Et bien, souvent, quand on ne se connait pas, on commence par un tour de parole pour se présenter. On peut proposer une méditation libre ou guidée. Si l’envie vous prend, un temps partagé de chant, de danse, de musique… On offre souvent de clôturer le cercle par un tour de parole, pour partager les ressentis, le vécus lors du cercles, mais aussi plus généralement les phases traversées dans notre vie féminine si on le souhaite. Bref, vous l’aurez compris, il n’y a pas vraiment de règle !! A part cette ligne de conduite : le respect, le non jugement et la bienveillance, mais aussi la confidentialité de ce qui a été partagé et qui ne s’évoque que dans le cercle. Et le must : un repas partage après pour discuter et échanger plus librement, sur tout ce qu’on veut !

Depuis que j’ai découvert cela, j’ai vraiment envie de me créer mon propre cercle intime, en dehors de ceux créés pour les bénédictions mondiales de l’utérus. Et vous, ça vous donne envie ?

PS : ne vous fiez pas à l’image, on reste habillées pendant les cercles de Femmes ^^

23 août 2016

Choisir ce qui nous nourrit

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Photographe :  LuDa-Stock

Depuis que je suis rentrée de mes vacances en métropole, j’ai l’impression d’avoir l’esprit plus clair, d’avoir aussi vidé partiellement ma coupe d’émotions accumulées trop pleine. Je suis revenue avec des prises de conscience plein la tête, des idées, des envies et de l’espoir. Cet espoir si précieux qui s’érode face à un quotidien dont on semble prisonnier, dans lequel on se sent impuissant, frustrée, malade et perdue. Changer d’échelle, changer de perspective, prendre du recul, voir les choses sous un autre angle, comparer avec d’autres situations de vie, tout cela m’a permis de sortir de cette espèce de torpeur de l’impuissance et de la fatalité d’une situation dont je ne maitrise pas les paramètres et sur laquelle j’ai parfois bien peu de pouvoir.

Parmi ces changements, la prise de conscience de la portée de mon hypersensibilité et de mon empathie me fait revoir les choses différemment. Ainsi je suis plus sensible à ce que je regarde comme loisir, ce que je lis. Et si au lieu de fuir la réalité en m’abreuvant de séries violentes, je me nourrissais de choses agréables et qui me permettent de réfléchir et d’évoluer ? La première série que j’ai repris en rentrant c’est « Good Witch ». Alors non, ce n’est pas une série intrépide, pleine de magie explosive et de combats. Mais c’est une série qui questionne sur notre manière de percevoir le quotidien, la vie et ses bonheurs, sur le sens de certaines choses et sur ce qui est important à nos yeux, tout ça grâce à une gentille sorcière. Pour ma part, il m’a fait réfléchir à la définition que je donnais à la magie, à l’intuition, à l’importance de la famille.

Et puis, me laissant inspirer à la bibliothèque, je suis tombée sur des livres sympathiques, autant pour nourrir la foi que la réflexion. Notamment, « Manifeste pour la terre et l’humanisme » de Pierre Rabhi. Et c’est là que je me rends compte combien je suis empathique, car à la lecture de ce livre, comme d’autres de témoignage, j’ai l’impression de vraiment percevoir les émotions de la « voix » de la personne, et combien la lecture de certains livres me rend réceptive à certains types d’énergie et me mette en prédisposition pour réfléchir à certains sujets.

J’ai commencé dans cet article «Profession et plantes médicinales »  une réflexion sur ma profession et mon lien avec les plantes. Cette réflexion se double aussi de la façon dont on produit et on consomme les végétaux. Car plus le temps avance, et plus j’éprouve de la répulsion pour la fonction de « production ». Alors certes, il faut nourrir la planète, mais la production de plante se place à la même échelle que celle du bétail : inhumaine, sans cœur ni conscience. Si attribuer une conscience aux animaux fait de l’élevage une exploitation sans vergogne d’un vivant évolué, que peut-on dire envers les plantes ?

Dans le domaine de la spiritualité, de nombreuses personnes s’accordent à croire que les arbres ont une conscience et que l’on peut communiquer avec eux. Si tel est le cas, pourquoi pas les autres plantes ? Les rosiers, les lavandes, les herbes ? Telles que ces graminées que l’on cultive : le blé, l’orge, l’avoine etc… Quand vous cueilliez des pommes, vous laissez le pommier vivant, mais quand vous coupez une salade ou une tige de blé, que reste-t-il ? Rien. Cette problématique-là m’a toujours posé un problème, et je n’avais jamais voulu me pencher sur cette considération avant.

Alors non, je ne prône pas pour que l’on devienne tous ascète et que l’on se mette uniquement à manger des fruits et des graines. Simplement que l’on réfléchisse à la portée de nos actions et de nos actes de consommation. Accepter que le végétal ait une conscience qui lui est propre, différente selon le degré d’évolution du végétal (mais savez-vous que le riz par exemple a plus de gènes que nous ?) ne veut pas dire que l’on ne doit plus le manger. Mais le manger en conscience. Etre conscient que cette plante, à travers sa vie, nous offre son énergie, ses qualités physiques et nous nourrit. Aussi faut-il se nourrir avec discernement, rien ne sert de couper 10 salades quand on ne peut en manger qu’une. Savoir comment cette salade est venu à nous est important aussi : sait-on combien de temps il lui a fallu pour pousser, quelle quantité d’eau et de soleil lui ont été nécessaires ? Et les efforts du jardinier ?

Tant de gens vivent en ville et n’ont plus la notion de ces réalités. C’est un fait, nous sommes pour la majorité déconnectés des réalités de la terre et de la nature, alors que paradoxalement nous la recherchons comme source de bien être, car nous en avons besoin. Et c’est peut-être ce que moi aussi je recherche en voulant travailler « en lien avec les plantes médicinales ».

Malheureusement, travailler en lien ou sur un sujet ne veut pas dire que l’on est directement en contact avec. Longtemps, j’ai cru que le seul métier qui me permettrait d’avoir un lien permanent et quotidien avec la nature était la production agricole. Sauf que voilà, j’ai toujours eu un problème avec la production moderne, ces grands champs géants de monoculture, de céréales par exemple. Je me suis donc tournée vers un plus petite échelle, le maraîchage c’est déjà « moins pire ». Les plantes médicinales me semblaient tout indiquées, de par la curiosité qu’elles évoquaient en moi, après tout, ce qui leur donne leur propriétés sont souvent leurs mécanisme de défense contre les pathogènes, les ravageurs ou des fonctions botaniques spéciales. La majorité des plantes médicinales sont assez fragiles ou particulières et ne peuvent se produire comme le reste. Cette toute petite échelle me plaisait bien.

Mais la réalité, c’est que, dès que mes cours ont dévié de la connaissance du végétal pour s’orienter vers la production, j’étais tout de suite beaucoup moins intéressée et je ne me sentais plus à ma place, n’ayant de cesse de rechercher une réorientation plus épanouissante. Je n’en ai pas pris conscience tout de suite, mais j’ai pourtant fait une expérience « extrême » de la production de plantes médicinales et aromatiques, dans un système, qui si on y réfléchit du point de vue de la nature, était aberrant. Un système hors sol, sous serre, ou l’objectif était de pousser les plantes encore et encore –ainsi que les employés humains – pour faire le maximum de coupe à l’année et de rendement. Il n’y avait que ce mot-là qui primait « rendement, rendement, rendement ». Et j’ai été totalement dégoutée. Mon travail était de faire pousser ces cultures, « d’en prendre soin », mais cela n’avait plus aucun sens pour moi. On était dans une usine. Une usine végétale. Où les plantes n’étaient même pas en contact avec la terre et l’air libre. Que l’on bourrait d’engrais de synthèse et d’eau. Quelles propriétés nutritives et énergétiques ces plantes pouvaient bien avoir ?

Je crois que je ne me suis jamais sentie aussi dégoutée et écœurée de mon travail. Ainsi mon expérience de culture a été un échec pour moi et une source de mal être très profond, en plus d’être la première expérience d’un supérieur abusif et manipulateur. Je suis donc partie.

Ma deuxième expérience m’a semblé moins pire. Enfin, j’étais libérée du système capitaliste « produire plus et toujours plus ». [Pour qui d’ailleurs ? Pour des investisseurs, sans aucune considération pour les ouvriers, les techniciens de culture et encore moins pour les plantes.] Car je suis arrivée dans une association. Ouf, gros soulagement, car vraiment la recherche du profit, du rendement, ce n’est pas mon truc. Mais finalement, j’ai beau ne plus travailler directement pour ce système, mon objectif est quand même de permettre la mise en culture de plantes médicinales dans un objectif de rentabilité.

Et ça y est, on y retombe. Alors, oui, il faut bien que l’agriculteur il en vive non ? Oui. N’est-ce pas mieux que de produire de la canne à sucre à gogo ? Oui, ce sont des espèces endémiques qui réapporte de la biodiversité et préserve cette ressource génétique. Mais le mode de production n’est pas aussi intensif ? Ça dépend, on vise certes des modèles d’agroforesterie, mais il faut quand même que la production soit rentable avant tout…

Et ce modèle me rend folle. J’ai un problème avec le terme de « production » comme si on était  à l’usine. Alors que cela devrait être de la « culture ». J’ai un problème avec la façon dont on cultive massivement les plantes, sans respect pour le sol, pour la nature. J’ai un problème avec la façon dont on cherche à façonner et à dénaturer la nature par la sélection variétale et la sélection génétique. Pourtant j’en ai eu des cours de génétique et tout ça, j’en ai eu du bourrage de crâne sur les « intérêts et les bienfaits ». Alors oui, on produit plus, mais les intérêts ne sont que ceux des humains, et ni ceux des plantes, ni ceux de l’équilibre de la nature. La majorité des plantes sélectionnées se retrouvent plus  sensibles à des maladies et des ravageurs, parce que leur énergie et leur métabolisme sont détournés vers d’autres fonctions : celle de produire plus de grain ou plus de cela. On a même rendu un certain nombre de plantes stériles. Quel intérêt a une plante à pousser si elle ne peut même pas se reproduire ? C’est un de ses buts ultimes.

Si l’on transposait ça aux humains, qu’est-ce que cela donnerait ? Imaginons : un monde où l’on clone des humains stériles, pour s’en servir de masse ouvrière. On détournerait toutes les fonctions biologiques superflues pour leur donner plus de forces et leur faire casser du minerai. Et encore, je ne parle même pas d’utiliser leurs chairs pour produire de la protéine animale (après tout nous sommes des mammifères). C’est un raisonnement poussé à l’absurde, mais pourtant, en refusant toute conscience aux plantes, qu’elles soient petites ou grandes, l’idée est là.

Très longtemps, ces idées m’ont posées problème car alors : que penser de mon alimentation ? Et de mon travail ? Je n’ai pas trouvé la réponse à toutes ces questions, mais une amie m’a très justement dit « ce n’est pas parce que tu accordes une conscience à quelque chose, que tu ne dois plus le manger. Il faut juste le faire avec respect ». Bingo, cela a fait tilt. C’est vrai que lorsque l’on pense aux amérindiens, de par le chamanisme, la communion avec la nature, plante et animaux est très forte.  Pour autant, cela ne les empêchaient pas d’en manger. Simplement, ils ne chassaient pas plus que de nécessaire, et honorer toujours les sacrifices réalisés pour les nourrir.

Honorer, remercier, manger en conscience sont les clés pour moi. Ainsi j’accorde de la valeur à la vie qui m’est offerte, à travers ces végétaux, ces animaux et ces cadeaux venus de la terre. En cela, la tradition de la bénédiction au début des repas chrétiens est finalement quelque chose qui prend du sens. Et la bénédiction de notre nourriture peut prendre une forme personnelle et s’adapter aux croyances de chacun.

Je choisis mieux ce dont je me nourris, et en prenant soin de ne pas gaspiller mes aliments. Je choisis aussi les énergies dont je me nourris en honorant mes repas. Et je me nourris également de la gratitude que je ressens envers les cadeaux que me fait la terre.

Et devinez quoi ? Cette gratitude est la meilleure nourriture que je trouve actuellement pour ressentir de la joie dans mon quotidien, même s’il est lourd et imparfait.

 8 août 2016

Profession et plantes médicinales

Artiste : Eaphonia

Artiste : Eaphonia

Je viens de tomber, sur quelques articles de blogs bien sympas (Plantes Magiques (30/07),  Pharmacie de sorcière) concernant les plantes médicinales, leurs propriétés magiques et leur utilisation. Je suis toujours étonnée de découvrir des petites perles, qui clairement montrent le travail et/ou l’expérience des personnes qui l’ont écrit, et de voir qu’elles ont appris et fait tout ça dans leur temps libre. Je me sens souvent alors bien ignare, moi qui suis supposée dans ma professions être « spécialiste des plantes médicinales » d’un point de vue agronomique.

Et j’ai cette dualité constante. De savoir que je travaille dans une structure qui se consacre en grande partie à ces plantes, de savoir que j’ai fait des études agronomiques, que j’ai fait plein de stages dans la production de plantes médicinales ou la recherche agronomique à leur sujet. Que « je suis spécialisée dans les plantes médicinales »…

Et qu’à côté de ça, je ne les utilise finalement que peu dans mon quotidien. Je n’ai pas de jardin ou de culture de ces plantes. Je ne sais pas en reconnaitre énormément, comme je ne connais que très peu d’usages. Finalement, je ne sais rien quoi. Ou des choses qui ne me servent pas dans mon quotidien.

A quoi ça me sert de connaitre la législation sur les plantes médicinales ? La pharmacopée et son fonctionnement ? Les outils industriels de séchage ? Les méthodes de production de l’huile essentielle ? L’analyse du coût de production ? Les méthodes de récolte mécanique ? Les outils de traçabilité ? Les méthodes d’analyses de la composition chimique des plantes ?

Tout ça ne me fait pas connaître ni leurs propriétés médicinales,  ni leur méthode de culture dans le jardin à petite échelle, ni leurs énergies et leurs propriétés magiques. N’est-ce pas ironique que j’ai décidé d’étudier l’agronomie pour pouvoir travailler en lien avec les plantes médicinales ? Et que je constate finalement que je ne leur suis liée que par la théorie, que je ne suis pas en contact avec elles dans mon quotidien, que cela ne me permet pas de mieux les connaitre.

Alors, on pourrait penser que si j’étais « vraiment passionnée » par les plantes médicinales, et bien, je passerais une partie de mon temps libre à les étudier, à les cultiver, à les récolter et à les utiliser. Pourtant, ce n’est pas le cas. Alors certes, j’accumule les bouquins sur les plantes médicinales, j’en récolte de temps en temps, il m’arrive de faire une huile solaire ou deux. Mais vraiment rien au niveau de ma soit disant « passion ».

Et je ne comprends pas ce décalage. Tout ce qui me vient au jour d’aujourd’hui, c’est qu’il est la source d’une souffrance importante. Peut-être explique-t-elle pourquoi mon travail me pèse tant et pourquoi je ne me sens pas « au bon endroit » dans mon job.

Pourtant, quand je me suis réorientée, cela a été comme une évidence. Je voulais travailler en lien avec les plantes et la nature. Et mon école me semblait parfaite. J’ai adoré les premières années d’études, celles où l’on a fait de la botanique, de la physiologie végétale, de la reconnaissance de végétaux, un projet de jardin, des sorties botaniques et entomologiques sur le terrain, de l’écologie végétale. J’ai tellement aimé tout, j’ai senti que cela me nourrissait. Tout comme j’adore la connaissance de manière générale, apprendre et étudier.

Mais comment cela se fait-il que toute mon énergie disparaisse quand il s’agit de s’intéresser à ça comme loisir ? Me balader en forêt, méditer dans l’herbe, regarder les feuilles des arbres agitées par le vent, prendre des photos de plantes dans les jardins botaniques pendant les vacances, ça oui. Mais apprendre à reconnaitre les plantes, à connaitre leurs propriétés, à les utiliser, pffuit… Même lire tous ces livres achetés ou faire des recherches internet, rien. Pas de motivation, pas d’envie, pas d’énergie. Suis-je donc fainéante ? Ou pas vraiment passionnée ? Ai-je besoin que l’on me serve tout sur un plateau ?

Ou ai-je ce « dégoût » à cause de ma profession ? Comme si décidément, les plantes médicinales, c’est le boulot et si je m’y intéresse pendant mon temps libre, alors j’ai l’impression de travailler, et cela ne me fait plus envie, surtout que mon boulot me pèse en ce moment. Un peu comme mon ex, écrivain, qui a eu une période où il était dégouté de la lecture à cause de son métier, car cela s’apparentait trop pour lui au travail.

Je ne sais pas quoi en penser. Vraiment. Tout ce que je sais, c’est que je ne suis pas heureuse dans mon travail, alors que je suis censée avoir « un job rêvé pour une passionnée de plantes médicinales ». Parce que oui, j’ai une opportunité fabuleuse de voir de l’intérieur tout le travail qui est fait pour essayer de créer une filière de plantes médicinales sur le bout de caillou où je suis. Mais quelle est la réalité derrière ? Beaucoup de gens idéalisent mon travail, peut être moi la première, parce qu’il y a les mots « plantes médicinales ». Ce n’est pas parce que je travaille avec certaines plantes que je suis capable de bien les reconnaitre en forêt tropicale, encore moins que je connais leurs propriétés médicinales et leur posologie. Ni que j’en ai chez moi (difficile sans jardin) !

En réalité, je passe 80% de mon temps derrière un bureau, à exécuter les ordres de mon supérieur, rédiger ceci, rechercher cela, essayer de prendre mon poste en main, récupérer les données essentielles, tenir des réunions avec les autres structures, faire des comptes-rendus de réunion, déchiffrer des textes officiels régionaux ou nationaux, saisir des données, remplir des fiches, analyser des données, répondre aux agriculteurs qu’on n’a pas beaucoup de données… Rien de très palpitant en réalité. Et aller sur le terrain n’est pas forcément agréable, car c’est souvent physique avec ma maladie ; c’est sous le cagnard ou la flotte, après une route qui peut être bien pénible (montagneuse) avec ma sciatique ; une contrainte de temps etc. Et j’ai l’impression de ne faire que me plaindre en écrivant ça, ce qui me déprime…

Alors certes, pour moi, c’est mieux que de vendre des concombres (y a rien de mal à ça, mais je n’aime vraiment pas la vente). Mais on est à des années lumières de ce que je pouvais imaginer sur « travailler avec les plantes médicinales »…

Et qu’est-ce que tu imaginais au juste ?

Et bien, j’ai toujours cette image dans ma tête de la guérisseuse qui vit dans sa chaumière dans une clairière de forêt, qui cultive, connaît et sait cueillir ses plantes médicinales, qui sait les préparer et les utiliser. Je sais bien que cette vision n’est pas compatible avec notre société moderne. Qu’elle date d’une autre époque, très vieille. Que j’en suis à des années lumières. Mais pourquoi cette idée me revient-elle sens cesse encore et encore ?

J’ai déjà réfléchi à la transposer à notre société moderne. A être botaniste. A faire des études de pharma, mais trop de chimie dans le programme à mon goût. A aller dans un autre pays européen pour faire des études d’herboristerie. A faire une formation de naturopathie. J’ai déjà envisagé des tas de choses, je me suis renseignée sur des tas de choses. Car depuis que ma formation a évolué vers la production (normal, c’est une formation agronome), je sens un décalage, quelque chose qui me fait me dire que je ne suis pas à ma place.

Mais quelle est ma place ? Quel est mon lien avec les plantes ? Et comment puis-je le vivre dans mon quotidien ? A travers ma profession ? En tant que loisir ?

Tellement de questions… Et si peu de réponses… Je crois que c’est un sujet sans fin, que je n’ai pas fini d’explorer. Mais je vais en rester là pour ce soir.

1er aout 2016